SIAM
GROGBArHiB et hydrogb£1>hie. carrés ;c'est un peu plus que toute lasu-
perficiede l'empire autrichien. Dans ce
Le royaume actuel de Siam comprend chiffre total les États siamois propre-
quatre parties principales : \eSiam pro- ment dits entrent pour plus de moitié;
prement dit , que les Siamois appellent les uays tributaires du nord pour cinq
pays de T'hai ou des Thaï; une portion mille milles carrés environ, et les États
considérable des contrées connues sous malais, plus rapprochés du sud, pour
le nom de Lao ou Laos; une partie de onzecents. Les peuples limitrophes sont :
l'ancien royaume ou État de Cambodje; au nord-ouest , le Pégou, sous la domi-
et enfin une partie importante de la pé- nation birmane; à l'ouest, partie des pro-
ninsule Malaise , occupée par les princes vinces anglaises de Ténassérim ; au
tributaires de Ligor, Patani , Kalan- nord, les Birmans et la province chinoise
tan, Tringano et Quédah (ou keddah.) de Yunnan ; à l'est, le Cambodje-Cochin-
Les frontières extrêmes du royaume chinois et la Cochinchine.
sont : au sud , sur la côte occidentale de Le sol , à l'exception de quelques
la presqu'île , à peu près sous le 6e de- grandes plaines alluviales, autour du
gré de latitude septentrionale , non loin golfe de Siam, sur les rives du May-Nam
de la ville de Kourao ; sur la côte orien- et du côtéde Cambodje, est montagneux,
taie , seulement un peu plus vers le sud , mais d'une élévation médiocre. Les
près de Kamamang. Au nord , elles at- chaînes dont il est sillonné s'étendent
teignent peut-être le 20e degré de lati- souvent jusqu'aux rivages, où elles for-
tude septentrionale. Les renseignements ment un grand nombre de caps. Leur
recueillis à cet égard par Crawfurd , liaison septentrionale avec les démem-
dans le pays même , ont été confirmés brements du massif central de la haute
par l'itinéraire du docteur Richardson, Asie n'est que très-imparfaitement con-
qui en 1839 a pénétré jusqu'à z im May, nue. La chatne de montagnes qui fait la
capitale des Etats Shân, près du 19e dé- démarcation entreLaos-Gambodjeà l'est
S ré. La domination siamoise s'étendrait et Siam à l'ouest est la seconde des granonc sur une zone de quinze degrés de des chafnes parallèles que nous avons silatitude environ, ou à peu près deux cent gnalées dans l'introduction. Elle sépare trente mille géographiques. La frontière la longue vallée du fleuve May-Khong (ou occidentale, si on la recule jusqu'aux Maé-Khaun, etc.) de la vallée du Mav- Iles qui accompagnent le bord de la Nam, dans le royaume de Siam. Au nord, péninsule Malaise, au nord de la grande ses racines se trouvent visiblement dans route de Malarca , passe par les 97° 50' la partie la plus méridionale de la chatne de longitude orientale comptée du méri- des montagnes neigeuses du Yunnan , dien de Greenwich , tandis que la fron- entre le 23e et le 24e degré de latitude tière orientale est probablement indi- septentrionale (ce qui s accorde d'ailquée par le bras moyen du fleuvede Cauv leurs avec les vagues données que fourbu. I je, au nord de l'ontaiprei (ou Cam- nissent la Loubère et Valentyn). Cette bodje) , sous le 106e degré de longitude, chaîne s'étend dans ses embranchements, ce qui donne au plus grand diamètre peu connus toutefois , à travers le tertransversal environ cent milles géogra- ritoire des peuplades du Kas ou Paphiques de l'est à l'ouest. nong; plus loin, vers le sud, à travers Crawfurd évalue la superficie territo- les terres incultes des Tchongs ; et elle riale du royaume à onze mille huit cent borne la grande vallée de Siam à l'est, soixante-quinze milles géographiques Au sud elle ne se prolonge pas jusqu'à carrés (190,000 milles anglais carrés), la pointe de Cambodje, mais s'affaisse Berghaus, d'après sa carte, la porte à beaucoup | lus tôt, \ers le nord, entre treize milles trois cent trente milles le lîc et le 13e degré de latitude sep-
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386 L'UNIVERS
tentrionale, dans la plaine de Tchan- un grand nombre de rivières, dont la tibon , en sorte que le delta de Carn- plupart ont un cours très-restreint et bodje, ce sol fertile en céréales, apparaît dirigé vers le littoral du golfe. On en au géologue comme un immense terrain connaît à peine les embouchures , et on d'alluvion au pied de ces montagnes. Le ne sait rien de leurs cours dans Tinté- May-Nam, ou grand fleuve de Siam, rieur du pays; mais les trois grandes longe, pendant tout sou cours, à l'ouest, rivières navigables qui le traversent cette suite de montagnes jusqu'à l'angle dans la direction du nord au sud , soit le plus enfoucé du golfe de Siam , où est au centre, soit vers ses frontières oriensitué Bangkok, capitale actuelle du taie et occidentale, le Cambodie, le Mavroyaume. La partie supérieure de son Nam et le Martaban , ont été exploré* cours appartient au Laos ( Lactho), et sa dans une certaine portion de leur trajet ; partie inférieure au pays de Siam. et le May-Nam, comme grande artère flu» La chaîne de montagnes de Siam pro- viale de cette région centrale de Vlnâoprement dite, ou celle qui forme la ligne Chine , mérite que nous nous en oecude démarcation entre Siam à l'est et Ava pions plus particulièrement. Le cours à l'ouest , ou , en d'autres termes , entre inférieur de ce fleuve est assez bien le May-Nam et le fleuve de Martaban, est connu, fl prend probablement sa source, la troisième grande chaîne de monta- ainsi que nous l'avons dit ou plutôt régnes méridiennes de l'Inde postérieure; pété d'après les Siamois , dans la proses racines, baignées par la source du vince chinoise de Yunnan, où il prend le May-Nam, doivent se trouver également nom de Nan-Kingho. A Chang-May au nord , dans le Yunnan , sur les fron- ( Zimmay ), situé , selon la carte de Ritières du Laos supérieur, mais vers le chardson, par 18° 60' de latitude sepsud de Pung-Tschang-Fou et à l'est du tentrionale. il n'est encore navjgableque Lou-Kiang ou NouAiang des Chinois, pour de petites embarcations. D'après qui est le Saluaen des Birmans. On a re- cette mémecarte, il est connu dans cette connu ses embranchements et ses bar- partie de son cours sous le nom de rières rocheuses faisant obstacle au May- Ping , ou, pour mieux dire, le cours supérieur du May-JNara et du Sa* May-Ping, qui passe par Zim-May, est luaen, qui le longent dans leur marche probablement la branche occidentale du impétueuse, l'un a l'est, l'autre à l'ouest, May-Nam, la branche orientale portant et qui Unissent par percer ces massée le nom de MaySam-YcU (ou grande montagneuses vers le 18* degré de lati- rivière) (1). Après avoir reçu un grand tude, par le parallèle de Kakayet{ou nombre d'affluents, parmi lesquels le* Hakayet). De là, vers le sud, cette plus considérables paraissent être le chaîne des montagnes de Siam s'étend May-Tian et le May-h ang (2), qui se toujours davantage, mais, à ce qu'il sem- jettent dans le May-Ping, et !e Mayble,.avec des formes plus radoucies. Mium, qui se joint a la branche orientale; Elle continue cependant à limiter le do- la jonction des deux branches s'«
maine fluvial des deux grands cours
d'eau que nous venons de signaler, et se (0 Le May-Nam, selon Crawford, devient
maintient dans son importance géolo- navigable en août et septembre pour des
gique jusqu'au 11e degré de latitude **** P,al* q»» descendent la rivière avec
septentrionale, où elle arrive, à l'entrée dcs ,r*,ns de bois et de bambous, ponant,
de la péninsule Malaise proprement «ousth^ abris , des m^bandw* de d.v^
dite, au minimum de sa largeur, aux bas "P**?; "s imJ*nt f *anSkok g
fonds de l'isthme de Krah, et semble su- JJJJf ■ dtns ,eâ œott * « d"
bir une interruption complète. On soit e(a) ^ May-Nam signifie l,tt*r.lemeui
que cette chaîne primitive atteint dans nM/re dçs m ^ \ . * ^ Craw.
plusieurs points de son trajet de seize {UTt^ â loutea ^ ri^^ ^t» surtout a U
cents à dix-huit cents mètres de hau- nsiè'n uc siani| comme la rivière par
teur absolue ; et le Laos tout entier, s'il Itmc*. — Chez les Siamois, comme dans faut en croire les Siamois, est hérissé de bien d'autres pays asiatiques, le nom d'une
montagnes. rivière change dans les diverses parties de son
Le territoire siamois est arrosé par
( toujours d'après la carte de Richardson), par environ 16° 10' de latitude septentrionale v et trente ou quarante milles plus bas, non loin d'un lieu que Richard son désigne par le nom de Koomkapa, le fleuve se bifurque et le delta commence, delta fort allongé, fort irrégulier et coupé par de nombreuses anastomoses. Le bras le plus oriental conserve le nom de May-Nam jusqu'à son embouchure, et reçoit entre let parallèles de 15° et 15° 15' les eaux du WatpraUtah ou Kanmau, et du SatiAl, qui paraissent être des rivières considérables. La bras occidental prend depuis la tête du delta jusque par le 14e degré de latitude le nom de Soophan ; plus bas nous le trouvons désigné par celui de Nakouchathoe, et prés de son embouchure par le nom plus conuu de rivière de Tatchinn (que Ricbardson écrit Tat-Chin (prononcez : Tatchinn) dans son journal). — U communique par un canal transversal avec une rivière considérable , qui coule dans l'ouest du delta, le May-Khongy que Ritter désigne comme l'un des bras du grand fleuve, mais que nous trouvons tracé comme cours d'eau indépendant sur la carte de Richardson. Le Tatchinn et le May- Khong tirent leurs noms de deux villes qui se trouvent situées près de leurs embouchures respectives.
Le Tatchinn est le plus connu, à cause des plantations de canne à sucre et des raffineries de sucre qui sont sur ses bords. Il est non moins célèbre par la fabrication du beau sel gris qu'on recueille à son embouchure, et qu on transporte de là dans tout le royaume. Les deux embouchures latérales, de même
3ue la plus grande, sont entravées par es barres de sable et de bourbe, en sorte u'à la marée basse , et même dans les ots ordinaires, les navires ayant un fort tirant d'eau , comme nos navires européens, sont forcés de jeter l'ancre au bas de la rivière. Quelques-uns seulement, d'un petit tonnage , peuvent entrer avec les grandes marées.
Les vaisseaux du pays franchissent cependant ces barres, et trouvent des poiU aux trois embouchures. Le May-Nam, en admettant que sa source soit placée où les Si i mois l'indiquent, n'aurait , en tenant compte des détours, guère plus
de deux cents milles allemands de longueur, ou environ trois cents lieues. 11 serait, sous ce rapport, comparable au Don, en Europe ( 175 milles ), qu'il surpasse d'ailleurs beaucoup par le volume de ses eaux. Il faut donc le ranger parmi les fleuves considérables de troisième ou
?|uatrièmerang; mais il est certainement ort inférieur à ses deux voisins, le May- Khong et l'Irawaddy.
Le golfe de Siam avec son territoire riverain est, à proprement parler, la seule partie de ce pays qui soit bien connue; et l'exploration, surtout commerciale, de ses côtes a fait connaître une foule de particularités intéressantes , soit au point de vue géographique, soit sous le rapport ethnographique ; nous allons essayer d'en donner une idée, et nous commencerons par la côte orientale.
Sous le 10° 40' latitude septentrionale, et marquant l'extrême frontière sud du territoire siamois , est située nie Kong {Ko-Kong), habitée par des Siamois, par des Chinois, des Cambodjiens et des Cochinchinois. Cette ile semble former l'extrémité occidentale de la série d'tles innombrables connue des Anglais sous le nom d'archipel Hastings ( archipel encore inexploré). Sur le rivage continental opposé, un peu vers Tintérieur du pays, et sur les bords d'une rivière , se trouve la ville de Kong, résidence d'un gouverneur. Les îles Ko- Sitchang, Ko-Kud, Ko Mak et Ko- Massiy situées un peu plus vers le nord, sont également habitées ( au moins la première) par un mélange de différentes races. Vis-à-vis, à huit heures de marche de la côte, on remarque la ville de ToungYai (c'est-à-dire, Grande Terre basse), chef-lieu d'un district. Ici la grande chaîne côtière qui commence à Kang-Kao est interrompue, et fait place à une grande plaine , qui s'étend jusqu'à Tchantibon ( Tchantabun ). Un large bras de mer, qui reçoit les eaux de trois petites rivières, conduit à Toung-Yaiy située sur le plus septentrional de ces trois cours d'eau. Le canal entre KO* Tchang et la côte aussi bien que le bras de mer qui s'enfonce dans la direction de Toung-Yai sont d'excellents mouillages.
La petite ville de Nam-Tcheo ( Mam- Tcheo sur la carte de Crawfurd), située sur le bord de la mer, vis-à-vis de Ad-
L'UNIVERS
Tchang, est habitée par une population nombreuse de Malais.
Tehantibon, aue Crawfurd écrit Chan ta bun, Ki ihardson ( hantiboon, et Finlavson Chantiboona ou Chansibond , chef- lieu d'une province importante, est la place la plus considérable de la côte orientale du golfe, et située, d'après l'indication des Siamois, à douze heures de marche de la mer, au bord d'une rivière de même nom. A la fln du dix -septième siècle, deux jésuites embarqués sur une jonque chinoise furent forcés par le mauvais temps de se réfugier à l'entrée de cette rivière (1). Ils la trouvèrent assez large, mais peu profonde et très-boisée. Ils la remontèrent dans un petit canot jusqu'à la ville, qu'ils trouvèrent située sur une éminence entourée de forêts , au pied de la chaîne de montagnes qui court du sud au nord et sépare le Siam à l'ouest, de Cambodje à l'est. Le côté par où ils entrèrent dans la ville avait une enceinte de vieilles planches, plus propre à la défendre contre les incursions des bétes fauves que contre une invasion étrangère. Tehantibon est devenu une
Çlace plus importante, de même que oung- Yai et autres villes des côtes, depuis cette époque, par suite du grand nombre d'émigrés chinois qui s'y sont établis et ont donné une extension considérable à la culture du poivre. Tehantibon produit par an 30,000 à 40,000 piculs de cette épicerie, et Toung-Yai 10,000. Ici est également le siège principal du commerce de gomme-gutte.
En dedans de la pointe Lemsing, et à l'embouchure de la ri vièrede Tehantibon, il y a, dit-on, un mouillage très-sûr par cinq à six brasses ; mais les Siamois n en permettent pas l'entrée aux vaisseaux étrangers. En passant sous 12° 38* de latitude septentrionale et 101° 30' de longitude orientale, le long de cette côte, Crawfurd voyait s'élever à l'horizon des chaînes de montagnes assez hautes ; à leur pied s'étend un immense terrain d'alluvion, l'un des plus fertiles, des mieux cultives et des plus peuplés de tout le royaume, et riche surtout en riz,
(i) Lettre du père Fontenay cilce par le père Tachard dans ton second Voyage au royaume de Siam. Amsterdam, 1689, in- 1 3, o. 127 et <uit.
en poivre, en cardamome et en gam-
boge.
Les districts de Toung-Yai et Tehantibon sont le pays habite primitivement par la race Tchong.
La côte à partir de Tehantibon, en remontant vert le nord, est peu garnie d'îles , dans la première partie de son développement, c'est-à-dire entre la rivière de Tehantibon et le cap Sanut. Crawfurd ne mentionne même, par la latitude que nous venons de citer, qu'une petite lie inhabitée. C'est une masse de granit et de roches quartzeuses couvertes d'une multitude d'oiseaux de mer. Des bandes de marsouins se jouent dans ses eaux, qui paraissent fourmiller de mollusques et de poissons de toute espèce.
Finlavson nous peint la province de Tehantibon comme un pays de montagnes, extrêmement riche et pittoresue, et qui, malgré les dévastations ont il a souffert pendant les guerres des Cochinchinois et des Siamois ( dans le cours du siècle dernier), est encore admirable par la variété et l'importance de ses produits. La navigation du fleuve qui le traverse est, à la vérité, entravée, comme cela arrive à la plupart des fleuves de celte côte , par la barre qui s'est formée à son embouchure; mais cet obstacle est franchi pardes bateaux et même par de petits navires. Le commerce, autrefois considérable, a dû tomber par suite de l'annexion au royaume de Siam, qui a concentré à Bangkok tout le commerce étranger. Les produits provinciaux qu'on exporte d'ici sont : le poivre, le benjoin, le stick-lac, l'ivoire, la corne de rhinocéros , les peaux de vache et de buffle, du gamboge ( de la gomme-gutte ), des cardamomes , et des pierres précieuses d'une qualité inférieure. Crawfurd dit que les plus belles sont des saphirs rouges et bleus, qui pourtant se vendent à un prix bien bas. Le poivre est le produit qu'on y cultive le plus, mais exclusivement pour le compte du roi, qui s'en réserve le monopole.
Les forêts fournissent d'excellents bois de construction, qui alimentent plusieurs chantiers où l'on construit un assez grand nombre de jonques. ISon loin de la côte, vers l'intérieur du pays, s'élève une très-haute montagne nommée Bombasoe, du sommet de laquelle la vue
s'étend sur le Tchantibon et le Cambodge. Devant le port de Tchantibon se trouve la petite lie de Banggacha , avec un bon port ; on dit qu'on y trouve beaucoup de pierres précieuses. Une autre petite tle à Test du port, nommée Sa ma rayât, produirait de l'or, etc.
La population de cette province est évaluée à un million par les uns, à moitié moins par d'autres. Elle se compose de Cambodjiens, de Cochinchinois, de Siamois et surtout de Chinois , qui y prédominent non-seulement par le nom- Ere, mais par l'autorité et l'influence qu'ils exercent. Les produits et les richesses du pays se trouvent entre leurs mains; lorsque Crawfurd visitait cette côte, en 1822, le gouverneur de la province était un Chinois , sinon de naissance, au moins d'origine. On comptait aussi dans le Tchantibon de deux cents à trois cents chrétiens indigènes. Les habitants aborigènes de cette province maritime sont un peuple particulier, peu connu, qui se nommait Tchong , et qui paraît s'être retiré dans les montagnes de l'intérieur du pays quand son territoire a été envahi parles étrangers; c'est ce qu'ont fait tant d'autres races aborigènes dans l'est et le nord , par exemple, les Cianipa ou Tchampa, les Moi, les Lao et autres. Ceux-ci ne sont pas sauvages; ils forment même, à ce qu'il paratt, une petite peuplade industrieuse. Le seul individu appartenant à cette race que Crawfurd ait eu occasion de voir ( et cela, par accident, pendant une relâche aux Iles Sitchang ), lui parut différer essentiellement des Siamois , et par les traits et par la couleur. Ses cheveux étaient plus doux, sa barbe plus forte, les contours de son visage plus proéminents , et la couleur de sa peau beaucoup plus foncée. Mais ces différences, toutes marquées qu'elles fussent, pouvaient être propres à l'individu, et ne pas caractériser la variété de race à laquelle il appartenait. Son langage paraissait différer entièrement de celui des Siamois. Crawfurd nous en a donné un court vocabulaire , où Ton remarque quelques affinités avec le dialecte cambodgien.
La baie profonde de Conkaben , au nord de Tchantibon, est , à ce qu'il parait, le seul point de la côte bien habité vers le nord jusqu'au cap Lyant; mais
elle n'a pas plus de trois brasses de profondeur, et est exposée à la mousson du sud-ouest. Il parait cependant que le bras de mer entre la petite île de Ko- Samet et le continent offre un bon abri aux navires ; elle n'est pas habitée. Toute l'étendue de la côte jusqu'ici est un désert montagneux et couvert de magnifiques forêts primitives, qui à la vérité ne contiennent pas de bois de teck ( le meilleur pour la construction des vaisseaux); mais il y a abondance d'autres arbres, qui fournissent également d'excellents bois de charpente et des bois de teinture, parmi lesquels on cite le bois de rose.
Le cap Lyant, situé, d'après les observations de Crawfurd, sous 20° 36' 3 ' de latitude septentrionale, s'avance de beaucoup ( de 12 milles anglais ) plus au nord qu'on ne le trouve indiqué sur les anciennes cartes. Sa longitude, déterminée d'après deux bons chronomètres , serait de 101° 11' à l'est du méridien de Greeuwich , ou de seize milles plus à l'ouest qu'on ne la plaçait autrefois. Vers le sud-est , et dans le voisinage du cap, se trouve un bourg assez considérable nommé Rayung. Vers le sud se trou te devant ce cap, que les Siamois appellent Sammesan, une petite tle, séparée du continent par un canal assez profond ( 4 brasses et demie ) pour donner passage à de grands navires et aux plus grandes jonques. Les bords de ce bras de mer offrent quelques baies sablouneuses et des coteaux nus ou couverts de bois. On recueille dans ces baies une grande quantité d'œufs de tortue, friandise fort appréciée à Siam.
A l'ouest et au nord-ouest de ce même cap se trouvent beaucoup de petites îles, entre lesquelles le navire qui portait Crawfurd put passer sans accident.
Quelques-unes a entre elles sont habitées, par exemple Kô Kram (ce qui signifie Ue de ï Indigo) elK6*han, qui sont les plus considérables. Leurs habitants sont un mélange de Siamois et de Cochinchinois, qui, dans leurs colonisations, se sont répandus vers l'ouest. La cote du continent est ici également habitée par un mélange de Siamois, de Cambodjiens, de Cochinchinois et de Chinois; mais aussi par quelques races plus sauvages et peu connues. La tran-
L'UNIVERS
quillite de cette population maritime est souvent troublée par les incursions des pirates malais. De la, en allant vers le nord, on trouve sur la côte la ville liongpomung, située vis-à-vis le groupe des tics Sitchang , d'où Ton découvre devant soi la terre d alluvion, oui s'élève à peine au-dessus du niveau de la mer, tandis qu'au loin, dans Test, se dresse la haute montagne de Bangposoe , qui domine l'intérieur du pays. Son nom lui vient de la ville maritime de Bangposoe, située a l'embouchure du gran<l fleuve Bangjwcung, qui traverse la basse terre et qui ne le cède guère au May-ISam pour la largeur et pour le volume de ses eaux. Sa barre a du moins la même profondeur, et en dedans de la barre il conserve deux brasses et demie d'eau.
La ville de Bangposoe, qui a une palissade en bois, est assez importante comme place frontière du côté de la Cochiuchine. On lui donne plusieurs milliers d'habitants; son territoire, bourbeux et fertile, touche au delta formé par leMay-Nam, et n'est pas moins riche que le delta en rizières et en plantations de cannes à sucre. D'ici une communication intérieure est établie par eau jusqu'à la station frontière de Toungyai. Le fleuve Bangpakung prend sa source dans les moutagnes qui séparent le Cambodie du Siam. 11 indique, selon Crawfurd, la direction de la grande route militaire que suivaient les expéditions des Cambodgiens contre Siam. Un peu au-dessus de rembouchuredu fleuve, età une demijournée de cette embouchure, est situé Patrigu, où le gouverneur de la province a sa résidence. Vers le nord ouest du fleuve, on voit la plaine riveraine du delta du .May- Nam, s'etendant, plate et unie, jusqu'au fleuve principal , dont l'abord est si difficile, tant à cause de son peu de profondeur que par l'absence de bonnes inarques à terre ou points de relèvement pour le navigateur. Trois jonques chinoises, dont le navire de Crawfurd lit heureusement la rencontre, lui servirent de guides dans cette étroite partie du golfe de Siam.
Les ites Sitchang (Kô-SUchang), le dernier groupe de ces séries d'Iles innombrables qui bordent la côte orientale du golfe du côté du nord, sont intéressantes, à cause de leur position devant
Bangkok, et parce qu'on y trouve de trèsbonne eau et d'autres avantages pour le navigateur. Leur découverte complète est duea la mission de Crawfurd, qui nous a donné une carte de ce groupe. 11 parait se composer de huit Iles. Les deux îles principales s'appellent Sitchang et À'o- Kam {KohKam ou Ko-Kram); entre les dtux le navire de Crawfurd trouva un bon port. Lorsqu'il quitta Bangkok et l'embouchure du May-Nam pour se diriger vers Saipon, il fut oblige, pour passerla barre à l'embouchure du JUay-Nam, de dégreer et d'alléger son navire, et Je groupe des lies Sitchang lui offrit une excellente station pour se réparer et faire sa provision d'eau fraîche et de bois- Un séjour de neuf jours (du 6 au 14 du mois d'aoùi 1822) dans ces îles, autrefois presque inconnues, lui permit de constater la richesse de leur sol, et lui montra leur importance pour la uavigalion.
L'équipage du navire, qu'une station de deux mois à l'embouchure du May-Nam ou à Bangkok avait beaucoup affaibli, se trouva bien, sous le rapport sanitaire, de cette courte mais tranquille relâche à Sitchang. Ces îles ont ils mentionnées par le navigateur anglais Hamilton, vers la lin du dix-septième siècle, sous le nom de • Dutch-lslands » Ite*- Uollandaises. Il donna à la plus grande le nom d' Amsterdam, Il est probable, dit Crawfurd, qu'elle servait d'asile aux navires de la compagnie des Indes hollandaise, qui venaient s'y mettre à l'abri de la mousson du sud-ouest; on y voyait sans doute aussi quelquefois des bâtiments decommerce anglais : mais la connaissance qu'on pouvait avoir de ces îles se bornait alors à de vagues renseignements.
Sitchang, l'île principale (qui donne son nom a tout le groupe), est située (selon Finlayson) sous 13° 12 de latitude septentrionale et 105" £5' de longitude orientale, seulement à quatre heures de navigation de l'embouchuro du May- Nam vers le sud-sud-est; le port y est bon et commode. L'île a deux lieues (cinq milles anglais) de longueur, et une bonne demi-heure de marche ( 1 mille 1/4 anglais) de largeur; elle est rocailleuse, montagneuse, couverte de boie
Jusqu'à la mer et presque sans culture, ^'ile de Ko-Kam n'a qu'un quart de l'é-
tendue de cette dernière , et il y a un vil* l«ge habité pardes pécheurs siamois, qui ontdelriebé une partie du sol et l'ont en* semence de maïs et de légumes. On y observe, ainsi que dans l'île de Sitchang, mais seulement le long du rivage, du granit et de la pierre calcaire bleue. On y remarque des cavernes auxquelles les stalactites et les stalagmites dont elles abondent donnent un aspect des plus étranges et des plus pittoresques.
C'est à la marée descendante seulement que Fi nlaj son put constater l'existence des larges couches de granit à gros grains empilées horizontalement et mêlées de mica et de beaucoup de schisUi qui, d'après sou opinion, constituent le noyau de l'Ile. Sur ces masses de granit reposent des couches de quartz et de pierre calcaire granuleuse , avec des reines de dolomite, surmontées d'une couche végétale assez riche.
Les flots et écue ils plus petits dispersés
Si et là consistent en quartz, avec des ons de minerai de 1er. La stratification de ces espèces de ruches est dirigée de Test a l'ouest, eu s'inclinant vers le nord.
La flore naturelle de ces Iles est aussi riche et se montre à l'observateur européen aussi nouvelle que la culture lui apparaît pauvre, on, pour parler plus exactement, misérable; cependant, les arbres n'y sont pas d'une végéta t ion très* vigoureuse, et leurs troncs ne pourraient pas être employés à faire des mâts. Dans la grande île de SUchang il y a seulement des traces d'une ancienne culture*, la plupart des Mots sont nus. Les pécheurs de llle Kô-Kûm ne cultivaient que ['igname ( dioicorea alta ), du poivre, dés patates {convalvvUus batataa), un peu d' indigo, des bananiers, un peu de mais (zea maii ) , du piment [caprtûum ) , etc. Un fait remarquable, c'est que tout ce grou->e d'Iles ne renferme pas un seul palmier, quoique l'on en trouve plusieurs espèces dans le voisinage. Les plantes arborescentes y prédominent, à la vérité, mais sans atteindre une grande hauteur. Le tamarinier se montre assez fréquent dans les deux plus grandes îles; mais comme on ne le trouve que dans ces endroits, les plus anciennement cultivés, il est probable qu'il n'y est pas indigène ; il ne produit que peu de fruits, par manque de terrain
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alluvial ; les rhizophores (« mangroves » des anglais ) , qui font la richesse des basses terres de la rive opposée, y manquent absolument. Mais, par compensation , Finlayson y observa plusieurs espèces de tres-hauts figuiers (ucus), un grand nombre de capri foliées , des espèces encore plus nombreuses d'euphorbes, une très-grande quantité doraidées, les plus belles apocy fiées, parmi * lesquelles de très-élégantes noyas (?), etc. Avec cela, beaucoup d'espèces d'asparaginées propres a ce groupe d'Iles, des plantes rampantes aux formes élégantes, ornées du plus riche feuillage et grimpant jusqu aux plus hauts sommets des arbres des forets, et les enveloppant comme d'un manteau végétal. Une de ces plantes, une espèce d'igname (dioecorea), nouvellement découverte, se distingue par la grosseur énorme de ses racines tuberculeuses, dont on prépare une nourriture farineuse et que les Siamoisappellent ftaypuntchang, ce qui signifie igname éléphant. Une de ces monstrueuses racines, transportée à bord, pesait cent cinquante livres, une autre trois cent cinquante, et une troisième quatre cent soixante-quatorze livres ! Cette dernière avait plus de neuf pieds de circonférence! Elles son t trop dures pour servir de nourriture; on ne fait usage que de leur suc. Seulement un quart de la racine est sous terre, te reste se trouve au-dessus. La tige qui sort de ces tubercules difformes n'a que tout au plus un dr mi -pouce de grosseur. On a trouvé cette plante sur trois ou quatre lies de ce groupe, généralement dans un sol pauvre et rocailleux, non loin de la mer, et toujours a l'ombre des arbres. La pulpe en est blanche, farineuse et un peu amère au goût. Les habitants n'en mangent du'en temps de disette.
Cette racine pulvérisée parait avoir des propriétés fébrifuges. L'igname cultivée, dioseoreaatata, comme Finlayson l'a observé, y pousse également avec une énergie particulière, mais n'est pas indigène. Finlayson ne l'a trouvée nulle part solitaire. Toujours en groupes et à l'état de culture, elle a donc sans aucun doute été apportée ici comme le tamarinier. .
La jaune (c'est-à-dire le règne animal) de l'Ile n'est pas moins varice que la flore, seulement elle est encore plus bornée. On n'y a trouvé de la classe des
L'UNIVERS
mammifères qu'une grande espèce de rat , et une nouvelle espèce d'écureuil , Ions d'un pied environ , et blanc comme du Tait, avec des pattes noires. Quant aux oiseaux, c'étaient de beaux pélicans noirs , des butors bleus , une espèce de faucons blancs , mais surtout de belles espèces de pigeons, dont plusieurs particulières à ce groupe d Iles. Indépendamment d'un petit pigeon vert avec la poitrine jaune , colomba litoralis, qui est commun à toutes ces côtes de l'Inde postérieure , on cite une grande espèce blanche, qui a les pointes des ailes noires , et qui se trouve dans plusieurs de ces tles riveraines du golfe de Siam, mais nulle part sur le continent; et enlin un autre pigeon, rougeâtre , avec un reflet métallique, espèce toute nouvelle.
Un très-beau lézard vert , deux magnifiques espèces de crabes de terre, une grande quantité de nouvelles espèces de poissons, aux formes bizarres, et beaucoup d'autres animaux de mer ser* vent de nourriture aux habitants. Les huîtres de roche y sont en très-grande quantité, ainsi que les nids d'oiseaux (salanganes) qu on mange; mais on ne met aucun soin à les recueillir : on les laisse vieillir, et ils perdent ainsi beaucoup de leur valeur. Il y a abondance à' holothuries ( biches de mer ); mais on néglige aussi ce produit.
Au petit hameau de pauvres pécheurs de l'île appelée ho hum, hameau qui ne compte que dix à douze cabanes, les Anglais reçurent un accueil fort amical. Les cabanes de ces braves gens étaient couv iries» de feuilles de palmier; on n'y trouva que de misérables vieillards, de vieillis lennnes et des enfants vieillis avant l'âge. Crawfurd conjecture que cette petite coionir se composait d exiles politiques, qui semblaient, du reste, assez, contents de leur sort Du sommet d'une des montagnes de I lie, on jouit d'une vue maguinque tant sur l'tle que sur le lonlineut voisin. Dans Sitihang, qui est la plus grande de ces Iles , on trouva sur le rivage une bon/te source d'eau douce, et une autre, qui du haut' d'une colline se répand vers le sud-ouest et s'y jette dans la mer. Sur une colline de I fie on avait trouvé un prachidi, ou autrement dit une pagode ayant la furnie u'uue tour, et élevée sur une
base solide de trente pieds de hauteur;
mais on n'y avait vu personne. Cette pagode, située à l'extrémité sud de l'Ile, a été construite sans doute par les navigateurs cochinchinois , comme limite du pays et pour y apporter aux dieux de la mer des offrandes votives, lis y abordent pour prendre de Peau et du bois, en retournant de Bangkok dans leur pays. Crawfurd avait déjà passé neuf jours dans l'Ile sans avoir remarqué aucune trace d'habitants, lorsqu'à la tin il découvrit au fond de l'île un sentier, et en le poursuivant il trouva dans une Arcadie solitaire, entourée de tous côtés
ii a r des montagnes et des forêts, un vieilard septuagénaire, Chinois, et sa vieille femme, née à Laos, tous deux déjà à moitié aveugles. Ils possédaient quel-
3ues arpents de terre , où ils cultivaient u maïs, des ignames et des patates douces , qu'ils portaient au rivage pour les vendre aux navigateurs, gagnant ainsi péniblement leur vie. Ils paraissaient avoir été dans leur jeunesse habitues à une existence plus aisée, et se voyaient, sur leurs vieux jours , probablement par suite d'une condamnation, contraints de végéter dans cette solitude. Pour une grande colonisation les tles Sitchang offrent trop peu de terrain fertile et d'espace; mais leur grand port, bien protégé, situé entre les deux lies principales , et où le flot monte de dix pieds, leurs sources d'eau douce, leur richesse eu bois de charpente et à brûler, leur position devant le delta du May-rsam :
tous ces avantages incontestables en feraient une excellente relâche et station commerciale pour le commerce d'exportation entre ôingapore, Siam et la Cochmchtne, et leur permettraient déjouer un rôle analogue a ceiui qu onuu-, Macao et autre» ports doués des mêmes avantages ont joue dans le commerce maritime de l'Orient.
Les côtes occidentales du golfe sont jusque ici encore moins connues que celles ue 1\ st. Si nous connaissons mieux ces dernières , nous le devons a ce que dons la navigation de Crawfurd, après avoir double la péninsule de Malacca , avec la mousson de sud-ouest, il a fallu traverser toute la largeur de la mer de Chine, dans la direction de» tles i\atunas, vers le nord-est, pour aller pren-
dre connaissance de Poulo-L'bl ( Poulo- Oubi ) , et qu'à partir de Poulo-Ubi on a longé la côte orientale du golfe de Siam , jusqu'à l'embouchure du May-Nam. Au retour de Bangkok^ au contraire, après la relâche aux lies Sitchang (au mois d'août), il était plus prudent de pénétrer d'abord vers le sud jusqu'au cap Kivi ( Kii ), en suivant la côte occidentale du golfe de Siam ( du 14 au 17 du mois d'août ), pour traverser ensuite (comme cela se faisait un siècle et demi auparavant, du temps des Hollandais ) le golfe de l'ouest à 1 est ( en trois jours , du 1 7 au 19 août), avec la mousson du sudouest , et prendre de nouveau connaissance de Poulo-Ubi^ qui marque la route à suivre vers la Cochmchine. Cest ainsi qu'une partie de la côte occidentale du golfe de Siam devint l'objet d'une exploration directe. Ce que nous savons du reste de cette côte est dû aux récits des indigènes ou à la tradition.
En quittant les îles Sitchang, le 14 août 1822 , le John- Adam mit Te cap sur la côte occidentale avec une belle brise, qui lui fit traverser la baie intérieure en quelques heures. Pendant la traversée on voyait de hautes terres des deux côtés. Le golfe n'avait pas dans sa partie la plus étroite , qui constitue cette baie intérieure, plus de cinquante milles de largeur. A midi , le 15, le navire était tout près de la côte occidentale, par 13° de latitude septentrionale et par cinq brasses de fond. On voyait à quelques milles dans le nord l'embouchure d'une rivière, sur laquelle serait située, selon Crawfurd, la ville de Kwi,
2ui donne sou nom à une pointe que rawfurd place cependant sur sa carte, beaucoup plus au sud (1). La vue dans la direction de l'occident lui parut nouvelle et imposante (2). La plage était sablonneuse et séparée, seulement par une bande de terre boisée , d'un amas de pics montagneux, qui s'étendait jusqu aux dernières limites de l'horizon. Quelquesuns de ces pics ne paraissaient pas élevés de moins de trois mille pieds (environ 1,000 mètres). Derrière ces traî-
(i) Il dit ailleurs ( vol. II, p. 209 ) que les petites ville* de Km elPrau sont située* dans te voisinage de la pointe.
(*) Vol. I, p. »97-
nées de montagnes pittoresques, la profonde vallée du fleuve Ténassérim s'allonge vers le sud , jusqu'à la mer de Bengale. Ce sont les Sam-Roi-Yot, ou les trois cents pics des Siamois , dénomination très-caractéristique : ils courent du nord au sud. Leurs cônes hardis se roidissent presque inaccessibles du côté de l'est, mais présentent des pentes plus douces du côté de l'occident.
Quelques-uns des plus hauts pics paraissent être isolés; trois d'entre eux, selon Finlayson , sont des cônes absolument isolés ; extrêmement escarpés et séparés les uns des autres par des espaces de plusieurs milles , ils paraissent surgir d'un sol alluvial. Ritter se demande si ce seraient des cônes volcaniques, comme le Vésuve.
Au nord de cette chaîne, vers l'ouest du delta du M ay-Na m ou plutôt du May- Khong, jusqu'à Yisan, ou le sol devient propre à la culture du riz et passablement peuplé , on ne voit qu'une épaisse forêt, qui Borde le rivage et qui nefournit que du bois à brûler, dont elle alimente la capitale. A commencer d'Yisan le pays change d'aspect. Il est traverse et fertilisé par trois branches d'un fleuve assez considérable, qui se jettent dans le golfe près de la ville de Pripri , qui a , dit-on , des remparts en pierre ; ces trois bras s'appellent Bangtabunnoé , Bangtabunyai et Banglem. La partie du pays qui avoisine l'embouchure paraît être bien peuplée et il s'y fait un commerce assez actif; le sucre de palme forme la principale branche des exportations.
Le fleuve est trop peu profond pour pouvoir être accessible à des navires d'un port un peu considérable.
C'est au sud de la chaîne des Trois - Cents-Pics que s'avance tout à coup, vers le sud-est, la pointe Kwi ou Kui, écrite sur le> cartes plus anciennes, Cui, plus tard (par erreur des copistes, qui avaient transféré le point de Pi au premier jambage d»* \'u) Lin : d'An ville dit, en effet, la pointe Cin. De cet endroit on pouvait distinguer au nord-est les hauteurs du cap Lyant. — Lo sque dans un jour de pluie (c'était le 5 juin 1690) notre intelligent explorateur et naturaliste E Kœmpfer passait devant ce cap, qu'il appelait très-bien Kui, l'aspect de la côte lui rappela les formes rudes de la
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côte suédoise; il vit, ici comme là-bas, beaucoup d'îles et d'écueils arides, incultes et inhabités, dont les navigateurs doivent se méfier. A partir de ce point la mousson du sud-ouest fut favorable au John- Adam pour le trajet du golfe de Siam. En trois jours de temps, pendant lesquels le vent était toujours modéré et le ciel couvert de nuages, on était arrivé à Poulo-Ubi. Pendant le trajet une foule de petites hirondelles entouraient continuellement le navire. La mission de Crawfurd put constater que vers le sud du cap Kici ou Aui la chaîne de montagnes se prolongeait aussi loin que la vue pût s'étendre ; mais là s'arrêta l'observation directe. 11 paraît certain, toutefois, que la côte orientale conserve, à quelques interruptions près, le caractère montagneux, vers le sud, jusqu'au cap Homania. 11 est certain qu'a partir du mâme point le pays devient de moins en moins peuplé ; mais les richesses minérales paraissent augmenter en proportion , et c'est ici qu on commence à trouver ces mines d'etain qui constituent l'un des points les plus saillants du caractère géologique de la péniusule.
Dans la courbe rentrante de la côte, vers le sud du cap Kivi et vis-à-vis la grande courbure en sens contraire du fleuve Ténassérim, sont situées les petites villes riveraiues Banyirom, Muangtai et Muanymui, peu peuplées, et entourées de forêts de sapait (cœsalpinia sapan). De la dernière de ces villes une grande route militaire conduit vers l'ouest dans la direction de Merghui. Cette route fut établie , il y a environ soixante ans, par le roi de Siam, père du roi actuel, nour faciliter a ses armées l'invasion de l'empire Birman. Elle est praticable, à ce qu'on assure, pour les gros bagages et les éléphants, et même jusqu'à un certain point pour des voitures à roues. Le trajet au travers des montagnes ne prend que trois jours, en sorte que cette partie de l'intérieur du pays ne doit être que médiocrement élevée.
A partir de Muangmai jusqu'à Tchampou la terre riveraine devient pauvre et déserte. Près de Bangtaphan sout des sables aurifères, dont on extrait l'or par le lavage, et un peu plus loin, vers le sud , près de Patyu, on pêche en
grande abondance des chevrettes , don* on prépare le condiment favori des Malais, le blatchang r, dont il s'exporte des quantités considérables.
Tchampou (ou Champou) , sur les bords du fleuve riverain Tayung, est le chef-lieu d'un district qui fournit de l'étain , du bois de charpente et d'excellent rotin. Le sol entre Pumring et Bandon commence à être plus fertile et mieux habité. La rivière Tayoung, qui arrose ce territoire, et dont le cours est si restreint qu'il n'y a que quatre heures de marche entre sa source et celle de la rivière de Ponga, qui se jette dans la mer du Bengale (quoique toutes deux coulent à peu près entre les mêmes parallèles), parait être la plus considérable de la cote occidentale, et des navires qui ne tirent que douze pieds d'eau peuveut la remonter probablement jusqu'à Tchampou. Par la ligne qu'indique le cours des deux rivières que nous veuonf de nommer passe un commerce assez important d'exportation, deJunk-Ceylao, de l'Inde et même de l'Europe, et qui, par mer, aboutit à Bangkok.
A partir de la pointe Limlui au nord de Pumring , jusqu'à Bandon , dans le sud , il y a autour de la grande baie aux innombrables îles une basse terre large et étendue, une véritable plaine de bourbe, qui se découvre à la marée basse, tout le lonç de la côte . et abonde en crabes de ditterentes espèces, crevettes, chevrettes et autres animaux de cette classe , dont la pêche occupe uu grand nombre de personnes.
Plus loin vers le sud est située , devant la côte, la grande île Tantalem, qui n'est séparée du continent que par un canal profond. C'est la première daus ces parages qui soit d'une certaine importance, car au uord il n'y en a que quelques-unes, toutes de petites dimensions, comme Ko-Samni (ou PouloKarnam), habitée en grande partie par des Siamois, mais aussi par quelques Chinois de Hainan, dont les jonques y viennent annuellement, au nombre de dix à quinze, pour v chercher du coton et des nids d'hirondelles : l'Ile encore moins considérable Ko-Phangan ( sur les cartes Pouh- Sancori), qui n'a pour habitants qu'un petit nombre de Malais.
L'Ile Tantalem (probablement Ta-
kmg-Bun ; ce qui signifierait cap ou pays antérieur de la province Talung ) est à la vérité beaucoup plus grande , mais pourtant bien moins oultivée que les autres ; et elle n'est habitée au' à son extrémité montagneuse du sud , vis-à-vis la ville de Sungara, sur la côte malaise. — Son extrémité nord est un pays plat , et le détroit qui l'y sépare du continent est fort peu profond , n'ayant , même à la marée haute , que tout au plus deux ou trois pieds d'eau. C'est une place inapprochable, à cause des essaims de moustique* dont elle est infestée.
Dans le nord -ouest de l'extrémité septentrionale de l'Ile Tantalem se trouve l'état tributaire malais de Ligor. La ville siamoise qu'on y a bâtie et son district s'appellent chez les Malais Ligor; mais les Siamois les nomment lakou. — Le petit fleuve qui ooule près de la ville se nomme Tayang; il n'a pas plus de trots pieds de profondeur.
La petite rivière sur laquelle est située Ligor se jette dans Je Tayang. La ville doit avoir cinq mille habitants, la plupart Malais et Chinois , avec un certain nombre de Siamois. — Trois ou quatre jonques chinoises arrivent annuellement à Ligor pour y chercher du colou et des marchandise* malaises, o'est-à-diro de Yétain, du poivre noir, des rotins, etc.
Talung est le district qui dans l'est de la grande Ue Tantalem s'étend sur le continent; le même nom appartient au fleuve riverain qui se jette ici dans le détroit. Autrefois ce pays était fort peuplé, il est encore bien cultivé; mais l'oppression siamoise a forcé les habitants à émigrer à PouloPinang (Ue du Prince de Galles), située très-près de là, au sud, où ils jouissent au moins du peu qu'ils possèdent, sous la protection européenne. De la ville de Talung, qu'on dit située à six journées de chemin , en remontant le fleuve Talung, il y a , en traversant la péninsule, six journées de marche pour les éléphants jusqu'à Trang, sur la côte occidentale.
Sungora, que les Siamois appellent Sungfûa, est le district siamois le plus méridional de cette province malaise qui entoure le golfe de Su ni.
La ville, située en partie sur la côte malaise et en partie sur l'île opposée de Tantalem, a une certaine importance, à
cause de son port. Trois jonques qui y entrent annuellement en rapportent du nz , du poivre, du bois de sapan , etc.
Ta nu , a peu de distance au sud, est la dernière station de la colonisation siamoise sur la frontière entre le royaume de Siam proprement dit et les États tributaires malais, qui commencent avec Quéda à l'ouest, vers le sud de Trang; et à l'est avec le cap Patani.
La côte siamoise occidentale de la péninsule s'étend du septième au onzième degré de latitude, du territoire maritime de Lungu ( Loungou ) jusqu'à Pak-Shân sur le territoire de Ténassérim, près du golfe de Martaban. — C'est un pays presque désert, et conséquemmeut peu cultivé : couvert par une multitude d'Iles, dont quelques-unes ont de l'importance.
— La ville la plus considérable de toute cette côte paraît être Ponga ( Pliounya ou Pounpin), qui compte trois ou quatre mille âmes, dont environ un millier de Chinois, qui ici , commedans l'Ile voisine, sont surtout occupés de l'exploitation du minerai d'étain. La plus grande des îles est Solang, nommée communément Junk-Ceylon par les Européens ( de Ulung-SalanK ou Sailon, selon les Malais , ce qui signifie : pays antérieur de Ceylan). C'est aussi la plus peuplée.
Elfe est la résidence d'un gouverneur, qui avec le titre de phya administre sept districts, parmi lesquels sont com-
f»ris Ponga, Ban gneti et d'autres jusqu'à 'ancienne frontière birmane , aujourd'hui frontière anglaise, près Pak-ShAn.
En récapitulant ce que nous avons dit des divisions principales du royaume de Siam, et y joignant quelques considérations suggérées par Pétude et la comparaison des explorateurs les plus modernes, on arrive à l'énumération suivante.
Les parties intégrantes du royaume de Siam sont :
a. Siam proprement dit ( Vhay ), qui comprend la vallée du fleuve May-Nam et le pays à son embouchure ou son delta. Il s'étend de l'intérieur du golfe de Siam vers le nord, c'est-à-dire de 14° à 18° de latitude septentrionale, sur un espace de soixante milles géographiques d'A llemagne, jusqu'à la contrée i i nconnue que l'on nomme Pitchai ( ou Pichai), et occupe probablement une surface de plus de six mille milles carrés. Borné à l'est
KM
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et à l'ouest par de grandes chaînes de montagnes, la première s' étendant de Laos à Camboaje et l'autre qui le sépare du royaume d'Ava, il forme la grande vallée du fleuve May-Nam , qui pourtant , *'t7 faut en croire les récit* des indigènes, communiquerait par un embranchement hydrographique avec le lleuve de Cambodje. Mais tout ce qu'on a dit là-dessus ne nous paraît, bien que nous en ayons tenu compte dans notre introduction, ni clair ni conséquent.
Crawfurd nomme comme capitales de ce pays, d'abord Bangkok, résidence actuelle du souverain, aux bords du May-Nam , longue d'une lieue et large d'une demi-lieue, située en grande partie sur la rive gauche du fleuve ( nous avons déjà dit un mot de la population de cette ville; nous y reviendrons plus tard ) ; ensuite l'ancienne capitale , Siam y de la même grandeur et nommée Ayuthia (Judja selon Kœmpfer), qui a peut-être une population plus considérable ; mais elle est située plus haut, dans l'intérieur du pays, et n'a pas été visitée dans les temps modernes. Kœmpfer l'avait décrite, avec son exactitude ordinaire, en 1 690. — Pisaluk (Pitchillooh de la carte de Richardson), entourée d'un mur, est citée par Crawfurd comme troisième ville principale, et par Richardson comme ancienne capitale du royaume : elle serait située, selon lui, entre le 18° et le 19° de latitude septentrionale; mais nous la trouvons placée sur la carte de Herghaus entre les 17° et 18° et sur celle de Richardson par 16» 35'.
6. Le pays de Lao ou Laos, habité par des peuples qui parlent un dialecte siamois, et qui parait être depuis longtemps partagé entre les Birmans, les Chinois et les Siamois. ISousn'avons sur ce point que des renseignements incomplets. Reculé dans l'intérieur du continent et d'un accès difficile pour les Européens , le Laos <• été exposé de tout temps aux invasions de ses voisins; mais sa géographie est restée jusqu'ici dans une obscurité profonde. Crawfurd le représente comme composé de petits États qui payaient en 1822 tribut aux trois puissances limitrophes ; plusieurs d'entre eux sont incorporés au gouvernement siamois ; ce sont : Chang-Mal ou Zim-May, Labong-
Lagon y Muang-Nan, Muang-Pay oi!
Muang-Phé, et âtuang Luang-Phaban.
Leurs chefs sont des princes hériditaires. Chang-Mai (Zaenmae , Zimmai, Yangmai, etc. ) , le Zangoma d'autrefois, est une petite principauté dont la capitale, du même nom, est située, d'après Crawfurd, par 21° 15', d'après Berghaus par îl°, mais plus exactement (comme nous l'avons vu plus haut), d'après V Itinéraire du docteur Richardson, par 18° 50' de latitude septentrionale, et sur la branche orientale du May-Nam. Muana-Nan ou Muang-Nam est aussi considérable que Zim-May : les autres États voisins sout de peu d'importance.
MuangJ.uang (ou Moung-Loung-Pha ban), situédans l'est, et a une grande distance de Zim-May, paraît, au contraire, l'emporter de beaucoup sur cette province, en étendue et en puissance. — Le chef-lieu, de même nom ( 15® 45' de latitude septentrionale selon Crawfurd,
?ui le désigne par le nom de Lan-Chang et Lang-ChangJ; 18° 30' selon Berghaus, oui l'appelle Lantschang; 17° 48' d'après la carte deMac-Leod [Journal de la Société Asiatique du Bengale, 1 837 ]), a été, comme l'observe Crawfurd, toujours considéré comme la capitale de Lao : il dit qu'elle est située sur le bord du haut Camboaje ( May-Rhong ), qui aurait ici la largeur du Mé-Nam près de Bangkok^ et que sa population est aussi forte que celle de cette dernière ville : mais cela paraît peu probable. Les Chinois fréquentent ce marché. On y compte, à ce qu'il paraît, huit mille colons du Yunnan, que les Chinois de celte province appellent Ho ou Hungseh. — Un indigène de Lao disait à Crawfurd qu'en dehors des provinces que nous venons de nommer, et dont deux ne lui étaient connues que par leurs noms, il y avait, à quinze journées de chemin, dans le nord-est de l/mg-Chang , une c/nquième ville, chef-lieu d'une province lao nommée Siang-Kwang. Il lui donna l'alphabet et lui tit connaître quelques mots de la langue qu'on y parlait , et qui parut à Crawfurd extrêmement rude et pauvre, d'après cet échantillon. L'ordre alphabétique était différent de celui de Y écriture nagari (le sanscrit). — Les Siamois comptent en tout, dans la portion du Laos sur laquelle s'étend
leur domination , environ cent-une localités, tant grandes que petites.
c. Siam possède du royaume de Cambodje la grande province occidentale, dans l'ouest du cours moyen du fleuve Cambodje, qui est appelée Batabang ( Bat tam bang ). Le reste, qui forme la partie la plus considérable de l'ancien royaume de Cambodje, est soumis à la CÔchinchine. Le morcellement de ce royaume de Cambodje commença avec la guerre civile en 1809 : une partie du pays appela à son secours les Siamois, et l'autre les Cochincliinois , qui restèrent maîtres de la presque totalité. La partie siamoise parait être fort peu connue, excepté ce qui a déjà été indiqué plus haut en parlant de Tchantibou.
d. Les États malais tributaires, qui sont : Quedah, sur le côté occidental de la péninsule; Patani, Kalantan et Tringano dans Test.
Dans ces dernières années, les Siamois avaient élevé des prétentions à la suzeraineté de Perak; mais, par un traité avec le gouvernement anglais, ils ont abandonné ces prétentions. A l'exception de Patani et Quédah, dont ils ont à peu près l'administration directe , leur domination dans les États malais de la péninsule est à peu près nominale.
Les princes malais tributaires sont tenus d'envoyer tous les trois ans, comme signe de leur dépendance, un arbre d'or ou d'argent. — En temps de guerre , ils doivent fournir leur contingent de troupes, de provisions et d'argent.
Climat et productions. — Une contrée qui s'étend du septième degré, dans le voisinage de l'équateur, jusqu'au vingtième degré de latitude septentrionale, doit nécessairement présenter d'as* sez grandes variétés de climat. Ces différences sont augmentées par la nature du sol , le pays présentant dans de certaines parties l'aspect de vastes plaines alluviales sujettes à des inondations périodiques, tandis qu'il est montueux dans d'autres parties, ou même sillonné par de grandes (haines de montagnes couvertes, pour la plupart, de forêts primitives. D'ailleurs, la mer le pénètre fort inégalement sur divers points, ce qui complique l'appréciation des données climatériques. Les observations de
Crawfurd ne s'étendent guère au delà du climat de Bangkok.
Comme dans les autres pays tropiques voisins de l'équateur, l'année, pour la latitude de Bangkok , ne se compose
Sue de deux saisons : la saison sèche , i saison humide. En 1822 les pluies périodiques commencèrent de bonne heure dans le mois de mai; on n'eut d'abord que des pluies légères, mais vers le milieu du mois l'eau tomba par torrents, et la mousson de sud-ouest s'établit au milieu des ouragans et des orages. Il parait que dans le golfe de Siam pendant le reste de l'année on ne connaît pas ces ouragans, qui se font sentir, surtout vers l'équinoxe , dans les autres parties de la mer des Indes. La température en est sensiblement abaissée. Au cœur de l'été, ou de la saison sèche, le thermomètre monte entre midi et quatre heures , à l'ombre , jusqu'à 28° et 29° Réaumur (95° et 96° Farenheit). Aux mois de décembre et de janvier, qui sont les plus frais de l'année, le thermomètre tombe à 18° Réaumur ( 72° Farenheit ). Ce sont les extrêmes de chaleur et de froid. A partir du mois de juillet le beau temps revint, le ciel se maintint pur et la température modérée jusqu'au départ de la mission, en août suivant ; mars et avril avaient été également trèsbeaux.
La mousson de nord-est prédomine vers le solstice d'hiver, la mousson de sud-ouest vers le solstice d'été. On compte six semaines environ de vents variables et de calme aux changements de mousson.
Kœmpfer résumait en quelques lignes, comme il suit, les observations faites de son temps sur ces changements de saison. « Entre Malacca et le Japon on a
Sindant quatre mois de l'année un vent it du sud et du sud-ouest, ensuite quatre autres mois avec un vent de nord et nord-est. Entre ces deux époques s'écoulent environ deux mois , pendant lesquels le vent change continuellement. * Les Siamois eux-mêmes déterminent leurs saisons, de la manière suivante, par rapport à la crue et à la baisse du May-Nam, dans le rayon de ses inondations périodiques.
Au sixième mois de leur année, qui correspond généralement à la fin d'avril
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et aux premiers jours de mai , la saison
des pluies commence. La cérémonie ou féte de l'agriculture, pendant laquelle le souverain met la main à la charrue, a lieu le sixième jour de la moitié claire ou éclairée de ce mois lunaire, et signale à la fois le changement de saison et la reprise des travaux des champs. — Dans le septième mois les pluies augmentent, et atteignent toute leur force dans les huitième, neu vièmeetdixièinemois ; elles diminuent considérablement dans le onzième, et cessent entièrement dans le douzième. Ce n'est qu'avec le dixième mois que le May-Nam à Bangkok commence à monter : pendant le onzième et le douzième mois il grossit considé» rublement. Dans le premier mois il a atteint sa plus grande hauteur, environ dix-huit pieds, et dans le second il commence à tomber ; dans le quatrième, cinquième et sixième mois de Tannée (avril et mai) il est à Bangkok a sa plus petite hauteur. Dans son cours supérieur, vers la frontière septentrionale du royaume, le May-Nam commence à monter dès le septième mois.
Le climat de Bangkok dans les terres basses, sujettes a une inondation périodique, au milieu des étangs et des champs de riz, est très-chaud, mais non malsain. Les habitants sont d'une constitution robuste et vigoureuse, et gagnent sous ce rapport a être comparés aux Hindous. Durant un séjour de quatre mois dans le pays, de cent trente personnes, dont se composait la mission de Crawfurd, pas une seule ne mourut, quoique tout le monde y fût assez mal logé.
La Loubère, envoyé français, qui avait été a même d'observer pendant une séries d'années le climat de ce pays , dit que lesSiamoisdistinguent trois saisons : nanaou, c'est à-dire le commencement du froid ( décembre et janvier ) ; narôn, c' est-a-dire le commencement de la chaleur (février, mars, avril), leur petit été ; et narônyai, c'est-à-dire le commencement de la grande chaleur ( de mai à décembre, ou leur grand été), pendant lequel, par l'effet d'une chaleur excessive, les arbres sont dépouillés de leurs feuilles comme ils le sont dans les zones tempérées pendant l'hiver. Leur hiver est, par le fait, aussi chaud que la
plupart des étés en France. Le petit été est leur printemps; seulement ils ne connaissent pas d'automne ; ils pourraient compter un double été, car le soleil se trouve deux fois o leur zénith. Heureusemeru , ae remarquâmes couenes de nuages accompagnent toujours les rayons verticaux du soleil et des averses ou même des giboulées continuelles contribue m à en adoucir l'action , sans quoi ce pays tropique serait certainement aussi peu habitable que le sont en général les pays situés dans le voisinage immédiat de l'equateur. Ainsi, dans l'hiver, quand le soleil est au sud de l'équateur il règne des vents de nord (mousson de nord-est ) qui purilient l'atmosphère, et donnent de la fraîcheur au pays; dans l'été, au contraire, ce sont les vents du sud (mousson de sud-ouest) qui prédominent, et alors c'est le temps de la pluie; c'est cette variation des mouvements atmosphéri-
Jues que les Portugais dans oes mers e l'Inde ont nommée Mongaves ( motiones aerls), nom oui leur est resté et qui a passé dans l'usage général. Ces variations de vent sont minutieusement indiquées par la Loubère. Aux mois de mars, avril et mai régnent dans le Siam des vents de sud, qui déjà au mois d'avril sont accompagnés de fortes pluies. Dans le mois de juin le vent tourne à l'ouest ou au sud-ouest , et les pluies continuelles deviennent plus abondantes. Aux mois de juillet, août et septembre, le vent vient directement dt l'ouest, les eaux débordent, et l'inondation a souvent jusqu'à dix lieues de largeur. A plus de cent cinquante lieues en remontant le fleuve cette inondation couvre la valléedu May- Nam, et le flots'y fait sentir. Ce n'est qu'au mois octobre, pendant les vents de nord-ouest ( venant de la haute Asie), que les pluies cessent complètement; au mois de décembre le vent souffle en plein du nord , le ciel est clair et serein; c'est le temps des plus basses marées; l'eau des rivières reprend sa douceur ordinaire , et la conserve mémeau dehors des embouchures, à une lieue au large, dans le golfe partout ailleurs salé. Alors la barre du Way-Nam ost infranchissable pour les navires d'un fort tonnage. Au mois de janvier le vent se fait de la partie de l'est ou du
INDOCHINE
nord-est, et dès le mois de février il tourne au sud-est. C'est ainsi que les vents terminent dans Tannée leur cours circulaire autour de l'horizon. Si cela arrive dans le court espace d'un seul jour, alors il y a ouragan, ou typhon.
Qualités naturelles du sol. — Minéraux.— Lelarge sot atiuvial sur les deux rives du May-Nam est le seul qui ait été visité par les Européens avec un soin minutieux. Les montagnes les plus voisines consistent , selon Crawfura , en roches calcaires, et pourvoient la capitale de ce matériel de construction. Les détours nombreux du fleuve May-Nam, ses ramifications communiquant par des canaux jusque au-dessus de Yuthia, montrent clairement le peu de pente du terrain bourbeux qui s'étend d'un côté dans l'intérieur du pays, et de l'autre fort au loin dans la mer, et même à plusieurs milles de distance de l'embouchure du fleuve; le fond du golfe est de Yargile molle ou de la bourbe, traversée par des bancs de terre glaise. La Loubère considère tout le pays comme semblable au delta du Nil, ei sorti récemment des eaux. On ne trouve dans le lit du fleuve aucune pierre, aucun caillou. Les forêts, de grande étendue, sont extrêmement marécageuses, et jusqu'à nos jours fa plaine est inhabitable. Il n'y a , à proprement parler, que les digues élevées près des rives du May-Nam qui soient habitées. Les montagnes voisines, qui entourent les basses terres, se composent sans doute de plusieurs espèces de terrains et de minéraux, mais qui n'ont pas été étudiées jusqu'à présent. On nomme bien quelques-uns des métaux et pierres précieuses qui s'y trouvent; mais les renseignements à cet égard sont encore très-incomplets.
Le minerai détain, dit déjà la Loubère, a été exploité par les Siamois depuis les temps les plus reculés, et fournit un étain pur et riche ( le câlin des Portugais ), tiès-estiiné. selon lui, dans le commerce. Il parle aussi de l'alliage dont cet ctaiu est la base et qui est connu sous le nom de tutenague. Il observe encore que bien que l'or fût prodigué pour l'ornement des palais et des templesdans le Siam,on ne connaissait pourtant pas une seule mine d*or dans le Siam; et un aventurier espagnol du Mexi-
que, qui à cette époque jouissait d'une grande faveur à la cour de Siam, après ravoir leurrée pendant vingt ans de l'espérance de découvrir des mines d'or, finit par exploiter une misérable mine de cuivre, dont le minerai , de peu de valeur, mélangé avec un peu d'or, produit l'alliage qu'on y nomme tombac. Un médecin français , le docteur Vincent , qui s'occupait pareillement de la recherche des gîtes métallifères, prétendait, à la vérité, avoir trouvé des veines d'or et d'argent, des mines de fer et autres minéraux précreux : mais on en était resté à de vagues indications. Les communications de Crawfurd sont un
5 eu plus complètes. Les mines d'étain, it-il, qui accompagnent toujours la formation granitique, sont ici beaucoup plus étendues que dans toute autre partie ou monde, traversant de leurs filons toute la péninsule Malaise, du cap Ro~ mania jusque dans le territoire siamois, sous 14* de latitude septentrionale, au golfe de Siam jusqu'à Tchampan, et du côté de Bengale jusqu'à Tanoy et Mergxty. Dans toute cette étendue se rencontre le minerai $ étain, soit à Fétat d'oxyde dans des Jilons, soit dans les débris des roches primitives. Les gîtes les plus riches sont au sud de la province de Merguy, et dans l'Ile de Junk-Ceylan, où le minerai se trouve précisément dans les mêmes conditions qu'à tfanka , et probablement aussi riche s'il était convenablement exploité. Les autres points où l'on exploite des mines d'étain pour compte de Siam sont , sur la côte orientale, Sungora, âfardllung, Ligora, Tchampan et Puaya. La quantité totale d'étain livrée à la capitale du temps de Crawfurd , et exportée annuellement de là, se montait à huit mille piculs, ou à environ cinq cents tonneaux.
L'or, qui se rencontre disséminé sur une immense étendue dans la péninsule Malaise, comme l'étain et dans des circonstances géognostiques semblables, su trouve aussi, selon Crawfurd, dans le Siam et dans les mêmes circonstances.
On lui a assuré qu'on en recueillait surtout à Bangtapan et à Rachan, et que celui qui venait de la première de ces localités (située sous le 12e degré environ de latitude nord ) était remarquablement pur (à dix-neuf karats).
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lis comme les seuls ouvriers mineurs sont des Siamois, et que les Chinois dans le Siam ne se sont pas encore emparés de cette exploitation , comme ils Font fait ailleurs, les mines produisent peu de chose et ne suffisent pas à la consommation du pays, par suite de l'usage continuel de la dorure pour les temples, tes statues, etc. Quant au cuivre , Crawfurd dit que les Français, du temps de Louis XIV, essayèrent n'exploiter quelques mines, et que les Chinois s'en sont également occupés, sur une petite échelle, dans le cours de ces dernières années. 11 cite , d'après la Loubère , comme le principal ou peut-être le seul gîte de ce minerai , la chaîne de petites montagnes primitives près de I.ouro ou Nukburi, sous le 15" degré de latitude nord ou à peu près , dans le nordest de l'ancienne capitale Yuthia. Le plomb parait se présenter plus abondamment. Les mines sont situées plus loin vers le nord, à Paknek ( nord-ouest de Bangkok), dans le pays montagneux d'une tribu sauvage de Lawa's, qui les exploitent seuls et en extraient annuel- ' lement deux mille péculs environ. Ce qui indique que ces mines sont riches et d'une exploitation facile. On trouve du zinc et de Vantimoîne à l'est du May-Nam, dans un district qu'on appelle Rapri; mais les mines de zinc ne sont pas exploitées. Il paraîtrait qu'on se procure une certaine quantité d'antimoine pour le livrer aux Chinois, qui s'en serviraient pour faciliter la fusion du fer. En tout cas , l'existence de ces deux produits minéraux serait prouvée par le fait que quelques tribus de montagnards payent ainsi leur tribut en nature. Les mines de fer sont les plus généralement et les plus utilement exploitées. Crawfurd assure qu'elles sont toutes éloignées de la capitale. Il nomme comme les plus considérables celles des districts de Pisiluk, Lakousawan , Raheng et Metak, toutes situées sur le May-Nam ou dans le voisinage de ce Oeuve.
Le fer est à bas prix à Bangkok. On en exporte de grandes quantités, depuis que l'industrie et l'intelligence chinoises ont su perfectionner la manutention.
Il convient d'ajouter aux richesses minérales de Siam un petit nombre de pierres précieuses : le saphir, le rubis
oriental et la topaze. D'après Crawfurd, les montagnes de la province Tchantibon, sur le côté oriental du golfe de Siam, par 12° de latitude septentrionale, sont le seul endroit où on en trouve; on les extrait, par le lavage, du sol alluvial, qui est le domaine du roi, comme à Ceylan. Le gravier est porté à la capitale pour y être examiné. On en offrit à Crawfurd, qui constata que ce résidu consistait principalement en uc/a se, où se trouvaient mêlés quelques petits saphirs. Toutes les pierres qu'on lui proposa lui parurent de qualité trèsinférieure. Le saphir et le rubis de Siam sont loin d'avoir la même valeur que ceux d'Ava.
Règne végétal. — Le règne végétal offre à Siam un vaste champ de recherches, jusqu'ici pourtant fort négligé, par suite des obstacles contre lesquels ont eu à lutter toutes les explorations européennes. Quand la mission de Crawfurd se trouvait dans ce pays, l'excellent botaniste qui l'accompagnait, le Dr Fyulaison, fut malheureusement presque touours malade. Les observations recueiles ne s'étendeut que sur le voisinage immédiat du fleuve, et de nos jours elles se renferment dans les basses terres autour de Bangkok, qui offrent peu de différence d'avec les autres zones tropicales indiennes, de formation analogue. Les descriptions anciennes ont peu de valeur botanique.
Les renseignements fournis par Crawfurd consistent principalement en ce qui suit :
Parmi les céréales, le riz (kaosan en siamois) tient la première place; c'est Yoryza xatica , dont il y a cependant , comme partout , d'innombrables variétés ; ici c'est surtout le riz de mon' tagnes et le riz de marais qui sont cultivés. De ce dernier on compte un grand nombre de sous-variétés comme dans tous les pays tropicaux où sa culture remonte à plusieurs siècles. C'est la culture qui comparativement avec le moins de travail rapporte le plus grand et le plus sûr bénéfice. Le climat de Siam et les inondations périodiques sont extrêmement favorables à la culture du riz , et Crawfurd prétend que, si l'on en excepte le Bengale, aucun pays n'exporte autant de riz que Siam. Les
fi
champs de riz près de Bangkok rapportent quarante pour un.
La régularité et la certitude de cette récolte si importante sont un plus grand bienfait pour le pays que son abondance même.
Le riz est donc à fort bas prix , et , la subsistance du peuple étant ainsi assurée, le gouvernement, contrairement aux usages adoptés par beaucoup d'autres États de l'Indo-Chine, autorise presque toujours l'exportation de cette denrée.
Le monopole du riz formait autrefois une des principales branches des revenus royaux.
Le maïs (kac-pot des Siamois ) est cultivé partout , mais surtout dans les districts montagneux , sans être cependant un objet d'exportation , ce qu'il ne saurait être nulle part en Asie , attendu que le prix qu'on en pourrait obtenir ne contre-balancerait pas les frais de transport. Jusqu'ici il n'y en a, à la vérité, qu'une espèce de connue, le zea mays des Américains; mais comme, d'après Siebold, on trouve déjà dans d'anciennes peintures japonaises d'une époque antérieure à la découverte de l'Amérique, des épis de maïs figurés dans des scènes mythologiques, il y aurait peut-être lieu de rechercher s'il n'existe pas réellement une espèce de ce grain voyageur particulière à l'Asie orientale (l). Parmi les légumineuses, on cultive le plus ordinairement les phas roi us radia tus et max et Yarachù hypogœa ; parmi les racine$*Jarineusesm ce sont surtout les patates douces ( convolculus batatas). Les espèces les plus communes appartenant à la famille des palmiers sont l'aréquier et le cocotier. Ce dernier arbre est ici, comme dans tout le reste de l'extrême Orient, grandement apprécié par les habitants, oui retirent de son fruit, à peu de frais, l'huile qu'on emploie pour I éclairage, etc.
Les espèces de fruits sont extrêmement variées et, sous bien des rapports , supérieures à celles du Bengale, de Bombay, de la péninsule malaise, et même de Ceylan , de Java et d'autres
( i ) Peut-être aussi ne faut-il voir dans le fait roentiouné par Siebold qu'une indication des communications qui peuvent avoir existé, à une époque reculée, entre le Japon et l'Amérique?
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contrées tropicales de l'Inde. Les envi rons de Bangkok ne sont à proprement parler qu'une seule et immense forêt d'arbres fruitiers. Aussi les fruits forment-ils avec le riz la principale nourriture des Siamois. Déjà autrefois cette grande forêt d'arbres fruitiers fournissait ses riches produits aux provinces intérieures, et en particulier à I ancienne capitale Yuthia, ainsi que nous le voyons par les relations des Français qui étaient établis à Siam à la fin du dix-septième siècle, et y exerçaient alors une si grande influence. Les fruits les plus exquis sont Y ananas, la mangue , le mangoustan , le dourian, Yorange et le litchi. La récolte des fruits est surtout abondante du mois d'avril au mois de juillet. Les mangoustans (garcinia mangustana) et les dourians {G. duria) ne portent de fruit ni l'un ni l'autre dans l'Hindoustan ; et plus loin , dans Test de In Cochinchine, les deux arbres disparaissent entièrement : ici, au contraire, ils sont chargés de î ru us , même vers l'intérieur du pays, jusqu'à Korat, entre 16° et 17° de la'titude septentrionale. Ces deux arbres paraissent, d'après les noms malais que les Siamois leur donnent, avoir été introduits dans leur pnys; mais par qui et à quelle époque ? CVst ce qu'on ignore.
Les litchis sn/ ta lia litchi) mûrissent vers la fin de mars et au commencement d'avril , et c'est de la Chine du sud, leur véritable patrie, qu'ils ont été introduits ici. Comme les anciens auteurs du dixseptième siècle n'en font pas mention dans rénumération des fruits qu'on trouvait à Siam , Crawfurd les regarde comme d'une introduction récente dans ce pays, qui a dû, selon lui, s'enrichir de diverses autres espèces de fruits étrangers. Il est constant qu'indépendamment de ceux que nous venons de nommer, la goyave (psidium pomi/erum ) , qui est encore à présent nommée chez les Siamois maloko, c'est-à-dire fruit de Malacca, et la figue carica (carica papatja) du Brésil, que les Malais appellent kloa fâreng, ce qui signifie banane des Francs , ont été apportées au Siam par les Européens.
La canne a sucre y est connue depuis un temps immémorial ; mais sa culture pour la fabrication du sucre n'y1 a été in-
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troduite que tout dernièrement (au commencement de notre siècle) par les colons chinois. Kn 1822 la production de sucre siamois, le meilleur et leplus blanc de l'Inde entière, s'élevait déjà au-dessus de 3,600,000 kil. (60,000 piculs),
3ui s'exportaient en Chine, dans l'ouest e l'Hindoustan, en Perse et pour le marché d'Europe. Les plantations les plus considérables sont situées sur le.
bas May-Nam, ou la rivière Tatchinn, près les localités Bam-Pasoi, Lakonchaise, Bang-Kong et Petriu. On plante la canne au mois de juin, on la coupe au mois de décembre , et au mois de janvier le nouveau sucre parait sur le marche de Bangkok. On n'emploie que des Siamois pour la culture, mais les Chinois s'occupent seuls de la fabrication.
Le poiore noir ( piper nigrvm ), dont le nom siamois, prikthi, nous fait croire qu'il est aussi bien indigène au Siam que sur le côte de Malabar, y est cultivé dans des conditions absolument semblables, comme aussi sur la côte occidentale de Malacca et dans l'Ile du Prince de Galles. Le poivre siamois est cependant meilleur que le poivre malais , mais inconnu comme marchandise sur les marchés étrangers, excepté en Chine, où on le préfère à tous les autres. Y était-il déjà connu du temps de Marco-Polo? 11 n'est cultivé que sur la côte orientale du golfe de Siam, entre le 11e et le 12e degré de latitude septentrionale, à TchantibonetTung-Yai), où sa culture est exclusivement entre les mains des Chinois. Ces districts produisent annuellement environ huit millions de li v. (plus de 60,000 piculs), dont deux tiers doivent être livrés au roi de Siam, qui les achète des planteurs au prix de 8 tikals le picul, pour les revendre à Bangkok avec un profit de 100 pour 100. Crawfurd évalue la production totale de poivre sur toute la surface de la terre à 50,062,500 livres avoir du poids, ou 375,000 piculs (un picul vaut 133 1/2 livres ay. du p. ). La côte occidentale de Sumatra en fournirait 150,000, la côte orientale 60,000 , les lies du détroit de Malacca 27,000, la Péninsule malaise 28,000, Bornéo 20,000, Siam 60,000, et la côte de Malabar 30.000 piculs.
Les mêmes districts qui produisent le poivre produisent aussi deux espèces
de cardamome. Sont-ce de simples variétés de Vamomum cardamomttm , ou faut-il regarder l'une de ces graines comme le produit de Yelettarla cardamomum, arbrisseau commun au Malabar ? Ce qu'il y a de certain, c'est que dans |e Siam et au Cambodje on renarde ces espèces comme parfaitement distinctes, et que l'une d'elles est considérée comme très -supérieure à l'autre. On leur donne aussi des noms difïérents. Les forêts qui les produisent sont du domaine royal , et gardées avec soin.
Crawfurd essava de propager la plus belle espèce à Singapore , en en semant la graine, mais ne put jamais y réussir. I,e marché où cette épice s'exporte de préférence est la Chine, où on paye la meilleure sorte jusqu'à 500 piastres le picul. Le prix des deux qualités au marché de production varie de 60 à 300 tikals. Les capsules delà belle espèce, dit Crawfurd, étaient blanches, et trois fois plus grosses que les plus beaux cardamomes de la côte de Malabar, les graines extrêmement aromatiques et probablement tres-éi hauflantes. — C'est peutêtre à ces qualités qu'elles doivent la préférence que les Chinois leur accordent. Ce sont des qualités analogues, réelles ou supposées, qui font que ce peuple met tant de valeur au camphre malais, aux nids d'hirondelle, etc. Le tabac, que les Siamois naguère encore tiraient en grande quantité de l'Ile de Java, est maintenant cultivé partout dans le pays, et dans les districts Tchantibon et Bangpa&oi il est d'une qualité supérieure. Les Siamois en exportent même à présent beaucoup en Cochinchine et dans les pays malais. Il est à remarquer que le nom donné par les Siamois au tabac signifie littéralement (au moins Crawfurd nous en donne l'assurance ) « médecine ! »
Le coton {/ai des Siamois, gossyptum herbaceum ou indicum) est très-generalement cultivé : il ne réussit pas bien dans les terres basses exposées à l inondation, mais dans les districts montagneux de Pakprek et autres on en récolte beaucoup pour l'exportation. Il paraîtrait qu'il s'en expédie 20,000 piculs environ tous les ans pour Pfle d'Haînan.
Une gomme ressemblant au benjoin, et que Tes Siamois appellent kamnyan
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( à peu près le même nom que celui que ( en allemand adlerhoh , et , par traduclui donnent les Malais), est le produit tion, en français bois d a iglt \ et en anspontané d'un arbre qui croit dans les glais eagle wood ). furets du Laos, dans les districts Les forêts du Siam sont une des gran- Rahaing, Tchiangma y et La kon. Cette des richesses du pays, et renferment gomme est à bas prix dans la capi- sans aucun doute bien des produits totale, ce qui indique aue le produit est téressants encore inconnus. Quoique la abondant; et comme d'ailleurs V habitat grande basse (être du delta du Maiindiqué 9 étend jusque vers le 20* de- nam, dans son sol alluvial, aussi loin
([ré de latitude nord, il est probable que que s'étend l'inondation , soit bien cul- 'arbre en question est différent du sty- tivée, il résulte néanmoins des informarax benzoin de Sumatra, qui croît près tions les plus exactes que la plus grande de léquateur, et demande une culture partie de ce delta est encore couverte particulière. de forêts semblables à celles qui cou- La portion du Cambodje qui appar- vrent les districts montagneux Lorsque tient au royaume de Siam et quelques Kœmpfer, le pieinier botaniste qui ait districts siamois voisins fournissent la visité Siam, profitait de chaque halte de drogue connue sous le nom de cam- la barque qui le portail, en remontant le boge, et employée comme médicament et M >-Nam, pour recueillir et étudier les comme matière colorante. Il est remar- végétaux du pays, ses explorations dans quable que l'espèce de garclnia qui pro- les forêts riveraines furent trop souvent du ii cette résine précieuse croît dans la entravées par les eaux qui submergeaient même région que le poivre et le carda- le terrain ou par le voisinage des tigres morne, c'est-à-dire entre le 10' et le oui infestaient le pays. Quelques produits 12e degré de latitude nord. — Les dis- de ces forêts ne sont connus que par trictsque nous venons de nommer sont, leur valeur commerciale; ce sont surtout, au reste, tes seuls où l'on ait jusqu'à outre ceux que nous avons nommés plus présent récolté cette exsudation végé- haut, le sumac des teinturiers, le sumac taie, que l'on recueille à l'aide d'incisions des corroyeurs, le bois de rose, le bois faites dans l'écorce de l'arbre. de teck, etc. Autrefois il ne venait que Le bois d'aloès (kisna des Siamois, fort peu de ces bois en Europe : les bois aquilaria agallocha de Roxburgh) se de teinture des forêts du nord de l'Atrouve également nomme indigène dans mérique étaient généralement connus les districts forestier s montagneux, ex- sur les marches d'Europe; mais ceux trémement productifs, de Tc/iantibon, des Joréts de l'Asie étaient connus, et vers le nord , jusqu'à 24° de latitude depuis des temps immémoriaux, des septentrionale, mais aussi %ers le sud, Chinois seulement, et utilisés par eux. jusqu'à l équateur. Ou le recueille en Le bois de sapan à matière colorante grande quantité, et dans sa plus grande rouge était le seul qu'on vît dans nos perfection , sur la côte orieutale du marchés : ce n'est que dans ces derniers golfe de Siam et dans les îles voisines, à temps qu'on y a introduit le bois de sapartir de Bangpasoi, par 13° 30' de la- pan jaune. Depuis l'établissement du titude septentrionale. port franc de Singapour, le commerce On s'accorde généralement à penser, européen s'est enrichi des produits vad'après les renseignements obtenus, que ries des forêts malaises, de celles des ce bois doit les qualités qui le font re- îles de la Sonde et de Siam , sans cepencherclwr à un état maladif de l'arbre, dant qu'on ait encore réussi à déterminer L'a7«itonao0a//e>cAaappartientà la dé- botaniquement le plus grand nombre des candrie monogvnie ; c'est une ombelli- plantes auxquelles on doit ces produits, fère et son fruit est une drupe. Ce qu'il Le bois de sapan {ccesatpinia sava de singulier est la transformation du pan), fang chez les Siamois, produit nom; en sanscrit il se prononce aguru une couleur rouge dont on fait grand cas ou agara, que les Malais ont changé dans la Chine et au Japon. Ce bois, dont en aguila, en mettant / pour r; et l'emploi en Europe et dans l'Inde Anc'est de là, probablement, que les Por- glaise est d'une date récente, fait la ritugais ont lormé aquUa et aguillaria cuesse principale des forèu du Siam. U
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se rencontre en grande abondance entre 10° et 13° de latitude septentrionale; les arbres atteignent une hauteur de seize a vingt mètres , et un diamètre de six à sept décimètres. Leur exploitation coûte peu de chose, et alimente une exportation très -considérable. Les plus grandes forêts de sa pans sont situées sur la côte occidentale du golfe de Siam, autour du cap Kui. On en trouve aussi en Cambodje. selon Kœmpfer. A l'extrémité méridionale de la péninsule malaise on ne le rencontre plus; mais il se retrouve dans l'ouest , dans les forêts du Birman, où jusqu'à présent il ne sert que comme bois à brûler.
On a rapporté dernièrement de Siam et des pays malais des bois qui fournissent des matières colorantes jaunes, mais ils sont souvent confondus avec le bois jaune américain. Il y a surtout deux différentes espèces de hlehdes Siamois, qu'on ne trouve jusqu'à présent, au moins en grande quantité, que dans les forêts sur la côte de Ligor, et qu'on exporte aussi aux Indes, où on en tire une couleur jaune très-brillante et solide; puis le bois de l'arbre de Jack (artocarpus integrifolius ), qui fournit le jaune si estimé du" costume des prêtres. C'est probablement avec la poussière de ce bois que les personnes de la haute société siamoise donnent à leur peau , déjà naturellement jaune, une teinte plus foncée, l'employant ainsi comme un fard particulier, qui fait paraître le corps absolument de couleur d'or.
Un autre bois rouge , le waideng des Siamois , est connu des chrétiens portugais du Siam sous le nom de paorosa ou bois de rose; quoi qu'il soit, selon Crawfurd, absolument différent des bois connus en Europe sous ce nom (1). 11 croit dans les forêts situées » ntre le 12* et le 13* degré. de latitude septentrionale, dans le district déjà nommé de Petriut et dans ceux de Rayung et Bangpomung. C'est un
( i ) Il ne parait pas qu'on ait encore déterminé à quel genre et quelle espèce appartient le waideng : il en est de même du bois de rose du commerce ! — Voir, à ce sujet, le très- intéressant rapport du capitaine Munro sur les bois de construction du Bengale, Journal of the Asiatie Society of Bengal , novembre 1847.
arbre très-élevé; son bois, colore roupe et d'un grain très-Bn, prend un beau poli. Les Chinois l'exportent en grande quantité , et l'emploient surtout en ébénisterie.
Le bois de teck ( (ectona grandis ) , de la même espèce gu'en Ava ( car jusqu'à présent il paraît qu'il n'y a qu'une espèce de connue dans ce genre, d'une si grande importance économique et commerciale ) , est une des richesses principales des forêts siamoises. L'exploitation des forêts de tecks n'est cependant pas encore dans le Siam la base d'un commerce extérieur. Le bois est flotté de cinquante à soixante milles dans l'intérieur du pays, par le May-Nam, et arrive à la capitale dans le huitième ou le neuvième mois siamois, pour être employé à la construction des jonques (1). Les indigènes distinguent pourtant deux es pèces de ce bois : une espèce plus dure, qui est la plus recherchée, et croit dans le pays montagneux de Raheng et Chang-May ; et l'autre, de qualité inférieure, qui provient du pays bas de Pitchillou. La zone occupée par les forêts de tecks à Siam est la même que celle où croissent les magnifiques forêts d'Ava et du Pégou. Indépendamment de la construction des navires , le teck est constamment employé par les Siamois dans la construction de leurs temples.
Règne animal. — Sous le rapport zoologique Siam n'a encore été que très-imparfaitement exploré. Ce que l'on sait de la faune siamoise, indépendamment des animaux domestiques, qui ne comptent dans ce pays qu'un petit nombre d'espèces, se "rapporte surtout aux mammifères et aux oiseaux.
Le cochon ( en siamois mu ; — sus indicusf) est le plus répandu de tous les quadrupèdes, ici comme dans toutes les autres contrées de l'Asie tropicale. On le trouve en grand nombre a l'étal sauvage. Domesticisé par les soins des chinois, on le voit partout dans les
(1) Crawfurd affirme que les jonques siamoises sont toutes construites à Bangkok , sous la direciion d'un charpentier chinois , et qu'il s'en lance, année commune, six à huit de la plus grande dimension. La carcasse est faite de marbas , metrosideros Amboinensis , le pont et les bordages de teck.
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villes et villages du delta, etCrawfurd assure, d'après les informations qu'il a prises, qu'on n'en tue pas moins de deux cents par iour pour la consommation de Bangkok et pour l'exportation.
Le lard, préparé par les Chinois avec un soin tout particulier, est en effet exporté, au moins en partie , dans les colonies voisines européennes.
Le bœuf (605 taurus) est sauvage dans les forêts de Siam, ou on lui fait la chasse. Sa chair ( préparée pour l'exportation ), ses cornes, sa peau sont des articles importants pour le commerce chinois; on le trouve aussi partout à l'état domestique. Ceux que Crawfurd vit à Bangkok se distinguaient par leurs jambes courtes, leur corps trapu, et souvent par l'absence des cornes. Ils étaient pour la plupart de couleur rouge ou Brune , jamais blanche ou grise, comme les bœufs de l'Indostan ; il leur manque aussi la bosse charnue qui distingue ces derniers. Ils donnent peu de lait, et ne sont guère utilisés, en conséquence, que pour les travaux des champs. Il est défendu, mémeaux étrangers, d'envoyer aucun de ces animaux à la boucherie. Pour tuer un bœuf les gens de Crawfurd étaient obligés de s'éloigner de Bangkok à ia distance de trois ou- quatre milles, et de faire cette opération pendant la nuit.
Le buffle ( bas bubalus ) , chez les Siamois hwai et karbau ( ce dernier nom emprunté aux Malais ) , se trouve eo bien plus grand nombre dans le pays de Siam que l'espèce précédente. U convient encore mieux à l'agriculture dans un sol marécageux, où sa force supérieure répond plus aisément aux exigences du laboureur. Il ressemble aux buffles des fies de la Sonde, et après l'éléphant et le rhinocéros il est le plus grand quadrupède de l'Inde méridionale. Le genre cheval ( ma chez les Siamois) n'est ici représenté que par une petite race de bidets (pontes ), dont la taille moyenne atteint à peine treize mains, et qui est répandue sur toute l'Asie méridionale. Dans aucun des pays tropicaux, à l'est du Barrampoutter, sans en excepter la Chine, on ne trouve, ni sur le continent ni dans les îles, ia race de haute taille qui prédomine dans les pays secs du centre ou de l'ouest de l'Asie. Cette race de petite taille n'est
même pas très-nombreuse dans le pays de Siam proprement dit; on en élève davantage dans le Laos, et on dit que ces chevaux y sont amenés quelquefois de la province chinoise voisine, de Yunnan. Un cheval anglais de race, entier, de belle taille, qui faisait partie des présents apportés par Crawfurd pour le roi de Siam, fut considéré par ce prince et par toute sa cour comme la plus grande curiosité qu'on eût vue à Siam depuis longtemps, et le roi, en apprenant son arrivée, fit demander avec insistance qu'on le débarquât pour le lui amener a l'instant même.
L'âne, qui dans l'Asie centrale et occidentale est si fréquent et souvent de trèsbelle race, manque entièrement dans ces contrées humides de l'Inde postérieure.
Le mouton, connu des Siamois sous le nom de keh% ne parait cependant pas être indigène dans le Siam,, ou y avoir été naturalisé.
La chèvre, pé chez les Siamois, vit sans doute à l'état sauvage dans quelques montagnes du pays, car on assure qu'on leur fait la chasse à cause de leurs cornes, qui sont employées comme médicament. On voit une race de chèvres plus petites aux environs des temples, où il n'est pas permis de les tuer ; elles ne donnent que peu de lait.
Le plus important des animaux domestiques dans ce pays est sans contredit l'éléphant, chang en siamois, qui se trouve dans toutes les parties du royaume, même dans les parties malaises, en Cambodje et dans le Laos. On trouve les plus beaux entre 14° et 15° de latitude septentrionale, dans le nordouest de la capitale, à Suphan; mais c'est au Laos qu'ils se rencontrent en
{>lus grand,nombre, et le nom même de a capitale, Lan- chang (qui signifie dix mille éléphants), est une indication de l'usage extrêmement fréquent qu'on y fait de ces énormes quadrupèdes dans une foule de circonstances de la vie domestique. Un habitant du Laos , interrogé à cet égard par Crawfurd , lui donnait comme preuve décisive de ce fait , que chez eux les éléphants servaient même à transporter les femmes et le bois à brûler! Ceci est caractéristique, en ce que dans la capitale de Siam l'usage des éléphants estabsolument réservé
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aux personnes de la haute classe, et que le conducteur de l'éléphant du roi , du moins au temps de Kœmpfer (1690), devait être toujours un prince du sang, et habitait l'une des résidences royales. En 1636 , selon J. Sehouten , on ne comptait pas moins de trois mille éléphants apprivoisés dans la capitale. Siam est regardé dans l'extrême Orient comme la véritable patrie de ce noble animal ; il paraît y atteindre le plus haut deeré des qualités qui distinguent cette espèce, si utile à l'homme. L'éléphant de Chitta- <jong, à la frontière de Bengale, et celui de la Cochinchine approchent cependant beaucoup de celui de Siam , et tous ceux que Finlayson a vus dans ce pays étaient selon lui plus petits de taille que ceux de Ceytan. La race siamoise était autrefois la plus recherchée à la cour des grands mogols à /)elhi, surtout sous l'empereur /lurengzek. d'après le rapport de /ter/in?r( 1063). Il parait que les éléphants étaient alors transportés, par des commerçants mahométans , de Afergui et Tat'otf (sur la cote occidentale de la péninsule malaise), à la côte de Coromandel. Dans le Laos supérieur, des chasseurs d'éléphants sont employés en assez grand nombre pour tuer les mâles, dont les défenses surtout sont un objet de commerce. Cette chasse est, à ce Qu'on assure, très-pénible et dangereuse. On a dit que l'ivoire était recueilli au profit du domaine royal; il ne paraît pas pourtant qu'on y regarde de trèsprès , puisque le roi n'en reçoit pas par an plus de quatre cents piculs. Les peaux d'éléphant forment un article important dans le commerce avec, la Chine. — Jod. Sehouten, dès 1036. citait comme l'une des grandes curiosités du pays de Siam réléphant blanc, qu'on ne connaît pas du tout dans la Chochinchine, et un certain Gotthards , allemand de Dantzik , au service militaire hollandais, qui séjournait à Siam, nous raconte que deux éléphants blancs, en la possession du roi de Siam, occasionnèrent, en 1508, une attaque imprévue du roi, alors puissant, de Pegou. Comme chez les Pégouans, Véléphant blanc est un animal sacré : le roi avait offert pour avoir ceux de son voisin des sommes d'.irgent considérables; et comme iis lui furent néanmoins refusés, il résolut de
s'en emparer de force, marcha sur la capitale de Siam, et dut au triomphe de ses armes ce qu'il n'avait pu obtenir d'une négociation amicale. Lorsque Crawfurd et Finlayson étaient à Bangkok , après l'audience solennelle qu'ils eurent du roi , on conduisit les étrangers, selon l'etiquettcau palais des éléphants blancs. Ces animaux ont aux yeux de Siamois une valeur inestimable , parce que dans tous les pays bouddhistes , où l'on croit à la métempsycose, les éléphants blancs sont vénérés comme des animaux sacrés, dans les corps desquels résident les âmes des grands ancêtres. H est ordonné, en conséquence, toutes les fois qu'il s'en montre un dans les forlts, de l'emmener à la cour, où il est logé le plus près possible du palais du roi. Si
Clusieurs se montrent à la fois , c'est un on augure pour la famille royale. Celui qui a le bonheur de découvrir un éléphant blanc reçoit une couronne d'argent et une dotation en terres , qui ne paye aucun impôt et qui est héréditaire jusqu'à la troisième génération. En 1822 il y avait à Siam six éléphants blanrs , plus que le roi n'en eût possédés depuis bien longtemps (1), ce que l'on considérait comme un signe évident de la faveur céleste. On en montra quatre aux Anglais; tous avaient été pris dans les provinces de Laos et de Cambodje, mais aucun dans le pavs de Siam. Les Étals tributaires malais n'ont jamais fourni d'éléphants blancs. Leur rareté augmente ainsi leur valeur, et plusieurs circonstances entretiennent les idées superstitieuses qui s'attachent à la posses sion de ces animaux, puisqu'ils ne se trouvent, à ce qu'il paraît, que dans les demeures des tribus montagnardes, où il fout probablement chercher aussi la souche primitive des Siamois. Chaque éléphant blanc a son établissement à
f>art et son titre royal. Le roi de Siam ui-méme ne monte jamais un éléphant blanc, attendu que celui-ci, comme on le disait un jour à un jésuite, pourrait bien être une majesté aussi grande que le roi lui-même Chacun d'eux à Bangkok avait son écurie à lui seul et dix domestiques à son service; leurs dé-
(0 Voir, nage a36, la note extraite de» An-
aates Siamoises.
fenses étaient ornées d'anneaux d'or ; ils avaient sur la téte un réseau d'or et un coussin de velours sur le dos. Mais, comme leurs frères de couleur, ils étaient punis par leurs domestiques toutes les fois qu'ils commettaient un vol ou une autre faute. Leur couleur avait le ton d'une chair claire, et, comme le dit Crawfurd , leur poil était si On que l'on apercevait la peau a travers. I ,e plus petit n'avait pas plus de six pieds six pouces de hauteur; les autres étaient d'une grandeur ordinaire et d'une santé parfaite. Mais le docteur Fintaywn dit expressément que ce sont des albinos, qui avaient le poil très- lin , peu épais et jaunâtre, et qu'ils forment une variété, jusqu'ici inconnue, de Yespèce ordinaire, qui, sauf cette particularité, est identique avec celle de YMdostan et de l'île de teylan. Il rappelle Y éléphant albinos. Crawfurd l'a retrouvé plus tard dans le pays d*Ava. Cependant Fynlaison remarquait, outre la petite hauteur des éléphants siamois, qu'aussi leurs dents étaient plus petites et moins recourbées que celles des éléphants de Yindoustan; que, si l'on en excepte la cour, leur usage y est sans importance, parce qu'il n'y a en général que fort peu de chemins praticables dans ce pays et que les communications par eau y sont prédominantes. Parmi les éléphants blancs il y en avait un mar* qué par devant de taches noires, grosses comme de petits pois. Parmi les éléphants foncés on en trouvait beaucoup avec des taches blanches sur une partie de la téte et de la trompe. Le plus grand de tous avait huit pieds de hauteur, et atait été, comme les blancs, pris dans les Jorits de Laos. Dans les écuries des éléphants on entretenait aussi des singes albinos, qu'on avait pris dans les forêts à dix journées en remontant le May-Nam, dans le voisinage de PitcfùUou. On prétendait que vivant avec les éléphants ils éloignaient de ces animaux précieux les maladies qui pouvaient les menacer!
Parmi les ouffles Fynlaison remarqua fréquemment dans le pays de Siam des albinos, qui toujours étaient plus grands que le buffle noir. Il y a également dans «e pays parmi les bétes fauves beaucoup d'albinos; cette dégénérescence leuco-éthiopique chez les grands mammifères est un fait très-remarquable,
circonscrit, il est vrai , dans une sphère éographique très-limitée, mais qui.
ans l'étendue de cette sphère, se reproduit fréquemment dans des classes d'animaux très-différentes les unes des autres. Ce même phénomène a t-il lieu chez l'homme dans ces contrées? Cest ce qu'on ignore. Fynlaison est toutefois d'opinion que ces anomalies sont dues à l'influence du climat. Outre les animaux que nous avons indiqués, il y a dans le pays de Siam un très-grand nombre de singes, mais jusqu'à présent mal connus. Lorsque Kœmnfer remontait le fleuve May-Nam jusqu a la capitale Yuthia, en 1690, il remarqua qu'une foule innombrable de singes se montraient dans les forêts riveraines ; c'étaient, dit-il, des espèces noirâtres, trèsgrandes et aussi de petites espèces grises ; on les voyait pendant la journée se promener oisifs sur les arbres et sur le rivage sec; mais le soir ils grimpaient sur les plus hauts arbres, et s'y établissaient par masses compactes, comme font dans d'autres pays les corbeaux.
Pendant ce temps les femelles tiennent leurs petits constamment pressés contre leur sein. Ils se nourrissent principalement des fruits d'un arbre, tjaak, c'est-a dire le grand arbre a lait (?), sur lequel nous n'avons que des renseignements incomplets: Ses fruits, acerbes, ressemblent, dit-on, à des pommes aplaties. Les voyageurs de nos jours ne font mention ni de cet arbre ni des singes, probablement parce qu'ils n'ont
Suère visité que les points situés près u rivage de la mer et ne connaissent rien de l'intérieur du pays.
Le rhinocéros à une corne {rhinocéros indicus), ret en siamois, est après l'éléphant le plus gros animal terrestre connu. On lui fait une chasse fort active, quoiqu'il soit toujours seul ; on calcule pourtant que mille cornes passent annuellement en Chine, où on les emploie à cause de leurs vertus médicinales, vraies ou supposées, et où celles qui sont marquées de certains signes se vendent à un prix très-élevé. Si ce chiffre de mille cornes de rhinocéros exportées annuellement est exact, il faut que cet animal soit beaucoup plus commun au Siam que dans aucun autre pays.
Les peaux de tigres et celles des léo-
fOS
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pards avec des taches noires forment également un article important d'exportation en Chine. Les os de tigres y sont aussi recherchés comme médecine!
mais plus souvent encore broyés et employés dans les environs des grandes villes pour donner, comme engrais , de nouvelles forces aux champs épuisés par la culture. Ces bétes féroces rendent partout périlleuse rentrée dans les forets siamoises; pendant les nuits il n'est pas rare que les tigres pénètrent jusque dans les demeures paisibles des hommes.
Ils sont avec les serpents les hôtes les plus dangereux de ces pays.
On voit aussi dans le Siam des ours ( ursus malayanus), que Ton croyait semblables à ceux de l'île de Bornéo et de la péninsule malaise; mais l'espèce nue Crawfurd a vue a été regardée par le docteur Horsetield comme devant constituer un genre nouveau , qu'il a désigné sous le nom de helarctos.
H y a dans les forêts siamoises des chiens a l'état sauvage. On les entend très-souvent pousser des hurlements à la manière des renards ou des chacals. Le chien domestique est vilain, aux oreilles pointues, grand, seulemeut de trois couleurs, noir, brun et blanc; il est commun dans les villes et les villages , pas précisément apprivoisé, mais vaguant ça et la comme dans les pays mahometans, sociable, accompagnant l'homme sans être ni inquiété ni nourri par lui. Le loup, le chacal, la hyène et le renard n'ont pas été vus jusqu'à présent dans le pays de Siam, et ils paraissent y être étrangers, comme dans tous les pays entre YArahân et la Chine. Lô chat commun s'y trouve, au contraire, et a l'état sauvage et apprivoisé; on en compte plusieurs esftèces entièrement sauratjes, dont quelques-unes de trèsgrande taille. Le lièvre et le lupin sont tout à fait inconnus dans le pays; mais en revanche il y a plusieurs viverrins, et la civette, vlverra cicetta^ est élevée par les Siamois a cause de son musc. Les écureuils sont très-nombreux et d'espèces très -variées. Parmi les porcs-épics Crawfurd ne nomme que ïhistrix cristata. Dans l'ordre des édenlés on remar-
3ue un manispentadactyla ou pangolin, ont la peau s'exporte en Chine pour un usage officinal , et quelques animaux de
l'ordre des rongeurs, entre autres une nouvelle espèce, ressemblant à la souris domestique commune; deux nouveaux rats, qui se rapprochent du mus decumanus, et plusieurs autres ; une loutre (luira leptonix d'après tiorsefield ), dont la peau va aussi en Chine, etc. Parmi les animaux ruminants , quelques espèces de cerfs et de chevreuils ( cervus elaphus? cerv.
muntjac) et le petit cerf moschif ère (le chevrotin : moschus pygmxus et javanicus), dont les peaux, du moins à l'époque où le commerce florissait entre la Hollande et le Japon , formaient une branche d'exportation importante.
Oiseaux. — Le pays de Siam parait être particulièrement riche en oiseaux ; l'économie et la distribution de ces animaux y offrent bien des particularités remarquables , dont l'étude approfondie conduirait probablement à plusd'une découverte intéressante. Parmi les oiseaux de proie on cite des aigles blancs, le vautour ( vultur aura?), le milan {milvus), le corbeau (corvus corone), ce dernier en grande quantité et d'une impudence et d'une familiarité excessives ; parmi les gallinacés, le coq, phasianus gallus, à l'état sauvage et domestique, le magnifique argus (phasianus argus)% le faisan à dos de feu (phasianus ignitus )y et d'autres espèces de cette famille. Le paon {pavocristatus)se rencontre, en grand nombre, sauvage dans les forêts de Siam : une petite espèce, très-bel oiseau, avec un double éperon , qu'on a décrite comme un nouveau genre, sous le nom de polypleciron bicatcaratus, se trouve dans les provinces malaises voisines. On y compte aussi plusieurs nouvelles espèces de perdrix; mais aucune dans le Siam, pas même la gelinotte grise (tetrao cinereus), qui dans 1 Hindouslan, pays beaucoup plus sec, est très-commune. Le tetrao coturnix (caille commune) s'y rencontre cependant en abondance. On mentionne beaucoup d'espèces nouvelles de pigeous.
Quant aux perroquets , les voyageurs ne nous en disent pas un mot. D'un autre côté, les oiseaux aquatiques (grallae) sont extrêmement nombreux dans tout le royaume, et cela s'explique par la nature même du pays, si riche en eaux courantes, en lacs , en étangs alimeutés par des pluies torrentielles périodiques; mais
INDOCHINE
ces oiseaux n'ont pu encore être étudiés. Les côtes sont couvertes de grands essaims de mouettes ( larus), de sternes ou hirondelles de mer {sterna), de pélicans , de cormorans (pelicanus onocrotalus et p. carbo)et de fous (sula). Crawfurd n'a pas pu s'assurer si l'oie sauvage ou domestique, anas anser {han des Siamois), se trouvait indigène dans le delta du May Nom en général. Il en est de même du canard domestique commun (anas boschas), qui s'appelle ici pet, et que les Chinois élèvent en grand nombre. Vanas moschata, dont la patrie est en Amérique, est répandu , comme animal domestique, par toute l'Asie orientale ; on ne l'élève cependant qu'en très-petite quantité dans les environs de Bangkok, où son nom étranger, pet-manila, indique encore par où cette espèce a été importée.
On ne rencontre dans les basses-cours des Siamois que des canards en petit nombre et quelques gallinacés. Ils n'ont du reste ni oies, ni poules d'Inde, ni paons. Par compensation, les oiseaux sauvages abondent, ainsi que nous l'avons dit : des grues, plusieurs espèces de ci-
Sogues, des pélicans, etc., etc. Les plumes e plusieurs espèces sont exportées en Chine, où elles se vendent à des prix élevés.
Comme peuple pécheur , les Siamois paraissent être bien inférieurs aux Cochinchinois et aux Chinois. Le May-Nara ( comme le sont en général les fleuves de l'Inde tropicale) est très-poissonneux; mais le poisson est d'une qualité inférieure. On en fait sécher quelque peu , comme aussi quelques espèces de crabes, pour l'exportation. Les Siamois, quoique bouddhistes, n'ont nullement horreur de tuer le poisson ; seulement ils ne se livrent à la pécbe qu'à une certaine distance du palais du roi.
Tous les Européens qui onthabitédans leSiam se sont plaints du grand nombre des reptiles qui infestent ce pays. Dans la saison pluvieuse leur nombre s'accrott delà manière la plus gênante. Mais quant aux tortues et aux crocodiles, Crawfurd ne les trouvait pas aussi fréquents dans le May-Nam que dans le Gange. Sur les côtes, et surtout sur les bancs et les lies avancées de la côte orientale du golfe de Siam, les tortues de mer abondent; leurs oeufs, dont le roi a le monopole,
constituent une partie importante de la nourriture des Siamois. La tortue verte, chelonia virgata, est extrêmement commune. — Quant aux lézards des espèces les plus belles et les plus variées, Siam en est aussi richement ' pourvu que Java et autres pays de cette zone tropicale. Les cris rauques et monotones surtout des geckos (chez les Malais tokaï , qui se prononce takké ) font, durant les soirées et les nuits entières , le tourment des Européens. Ces animaux augmententen nombre dans la saison des pluies, ainsi que les serpents, qui se montrent alors partout et entrent même dans les habitations, les cuisines et les bassescours, où ils font la chasse aux volailles. Il y en a aussi de venimeux ; cependant Crawfurd n'en vit aucun pendant tout son séjour dans ce pays , mais bien trois différentes espèces de boa constrictor ou plutôt de python. Il n'en vit qu'un qui dépassât treize pieds de longueur; maisils atteignent souvent vingt et vingt deux pieds. Lorsque Kœmpfer était à Yuthia, capitale de Siam, en 1690, on publia tout à coup défense à personne de se baigner ou laver dans le May-Nam ; en s'informant du motif de cette prohibition, Kœmpfer apprit que plusieurs indigènes avaient été mordus par des serpents venimeux et en étaieut morts ; que ces serpents, qui infestent inopinément l'eau du fleuve , n'ont pas plus d'un doigt de longueur , et qu ils ne se montrent que tous les neuf à dix ans et pour très-peu de temps! Ce serait un fait curieux a vériGer.
Parmi les insectes, les voyageurs modernes ne font aucune mention du ver à soie, que Kœmpfer lui-même passe sous silence ; le mûrier n'est nemmé par aucun d'entre eux , et pourtant on prétend que l'un et l'autre ont été jadis (dans le treizième siècle ) apportés de Siam dans la Cochinchine; parmi les marchandises d'importation dans le royaume de Siam, Crawfurd nomme, au contraire, ta soie comme l'article le plus important. Nous croyons devoir en conclure que Siam ne produit pas de soie, et qu'il tire ce qu il en consomme de l'étranger. Mais, d'un autre côté, on y prépare la matière colorante connue sous le nom de laque, produit d'un insecte, coccus lacca, ressemblant à la
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cochenille américaine et qui est nommé ksang par les Siamois. Crawfurd observe que la laque de Siam est bien supérieure à celle de l'indoustan, et qu'elle renferme beaucoup plus de matière colorante que celle que le commerce a tirée jusqu'ici du Pégou et du Bengale. On récolte le stick -lac (laque en bâtons) (1) surtout dans les forêts de Pisaluk , dé Sakotai etdeChang-May (Zaeng Maé,Zim- IVlay), pays montagneux du Laos ou dans la même "direction; mais il est aussi indigène sur les montagnes de hsthme entre le golfe de Bengale et la baie de Siam. D'après les renseignements donnés par les Siamois, Crawfurd était porté à conclure que dans quelques-unes de ces contrées cet insecte est élevé à la manière de la cochenille (coccus cacti) du Mexique. On a calculé que 18,000 pieuis de cette marchandise sont annuellement exportés en Chine.