Dans le Saykaydoo
Tsikfoezing, Figo, Boedsen, Boengo,
(i) Siebold dit que ce fut sous le règne du Mikado Stodhwa (8a4 ans après J. C. )
nf empire japonais fut divisé en soixantet provinces, comme il est encore aujourd'hui. Ce qui nous parait ne pouvoir se concilier avec l'époque assignée (comme on le verra plus loin) à l'addition de deux nouvelles provinces aux soixante-six provinces primitives.
(a) Mous avons conservé l'orthographe de Fischer ; mais, en consultant la grande carte de Siebold , nous avons pu nous assurer que la manière dont ce dernier écrit les mêmes noms est différente , plus simple et probablement plus rapprochée de la prononciation japonaise , qu'il parait , au reste , fort difficile d'imiter.
Siebold écrit dans cette grande carte : Tokàido , Tosando, Fokrokao, San in do, Sanjodo, Saikaido ; nous n'y trouvons pas Nankaido. C'est évidemment un oubli, puis-
Îue la petite carte de Siebold, construite 'après les meilleures cartes japonaises, porte les sept contrées : seulement l'orthographe des noms qui leur sont assignés diffère sensiblement de celle de la grande carte. — Nous y lisons , en effet : Too-kai-too , Too-
san-too, Hok-rok-too, San-in-joo, San-tootoo, Nan-kai-too, Sai-kai-too. Nous trouvons, plus d'un exemple de ces anomalies dans Siebold , le plus exact et le plus érudit des voyageurs modernes qui ont étudié le Japon sur les lieux. Ainsi , nous avons déjà vu qu'il écrit de trois manières différentes le nom de la petite ile, très-remarquable, qui se trouve au sud et sous le méridien de Yédo, et où sont relégués les prisouuiers d'État. Nous devons donc nous attendre à de fréquents écarts du même genre chez les autres observateurs, et c'est ce que uous aurons à constater par la suite. Nous croyons d'ailleurs devoir dire ici , par avance, que plusieurs sons de la langue japonaise paraissent être absolument inimitables en caractères européens, et que l'un'd'eux en par- . ticulier est représenté par les voyageurs les plus instruits tantôt par la lettre f , tantôt par la lettre k ; en sorte que la proviuce de Fiten, par exemple, s'écrit souvent Hizen, sans que l'un ou l'autre de ces mots représente exactement la prononciation japonaise.
(i) Autrement Asiou ou Asyou. — La petite province qui porte également le nom à Awa, dans le Tukaidô, s'appelle auv»i Fousiou.
JAPON
Foin, Oosoemi, Sadsuma, Tsik/oengo et Fioego.
Gokinal compte, comme nous l'avons dit , cinq provinces qui sont :
Yamasiro, Yamato, Jdsoumi , Cawate ( ou Kawatsi ) et Setsou (ou Sets.)
Cela fa i t en tout soixante-six provinces , auxquelles on ajoute ordinairement, Jki et Tsouzima, conquises sur la Corée dans le seizième siècle. Total général, soixante-huit provinces.
« Depuis l'invasion japonaise, de 1592 à 1508, sous \eSiogoun Fideyosi, vulgairement nommé Taiko, les souverains au Japon et de la Corée ont conservé des rapports qui sont plutôt ceux d'alliés que ceux de maître à vassal. Les deux cours se font représenter réciproquemeût lorsqu'un prince nouveau monte fur le trône... Le gouvernement japonais, par prudence, a établi dans l'île de Tsousima undes princes de l'empire, et a placé entre ses mains le commerce de la Corée... Tsousima étant d'une haute importance politique pour le Japon , le prince qui y réside a fondé dans la Corée même, près de Fousankai, port du cercle de Kiéna-Siang, une colonie de cinq cents Japonais. Ces colons, qui forment, pour ainsi dire , un corps d'observation, habitent une enceinte d'un quart de lieue de tour, et sont les seuls de leur nation qui se trouvent en Corée, si l'on en excepte les équipages de navires. Tous, soldats et employés , ouvriers et marchands , vivent ensemble, presque isolés des habitants ; ils ne se marient qu'entre eux, et ne peuvent pénétrer dans l'intérieur du pays sans une autorisation spéciale.
Comparativement à la richesse de ces deux peuples , le commerce qui se fait entre la Corée et le prince de Tsousima mérite à peine ce nom; selon les Japonais , c'est plutôt un échange de présents. Le riz, le poivre et les cornes de buffle sont les articles importés par le prince, qui'reçoit en échange le fameux gin-seng et des peaux de tigre et de raie. Les Japonais de la factorerie de Fousankai font aussi le négoce des étoffes de soie et de coton, de soie brute d'une excellente qualité , d'ouvrages la-
qués , et de papier ciré , qui , dit-on , est d'un long usage (t). »
La Corée a été l'objet d'un travail fort étendu par lequel Siebold nous a initiés à une connaissance plus exacte de ce singulier pavs qu'aucun de ses devanciers. La Corée relève immédiatement de la Chine, et nous devions nous borner, en conséquence, à signaler la nature des rapports qu'elle entretient avec le Japon. Nous renvoyons nos lecteurs au volume indiqué dans la note. Quant aux Iles du nord et aux iles Liou- Aiou, nous nous proposons, après avoir résumé ce qu'on sait sur le Japon proprement dit, de consacrer un cha-
{ litre particulier à ces dépendances de 'empire japonais. Nous renvoyons nos lecteurs à son ouvrage, et à l'intéressant résumé dont notre savant collaborateur , M. Pauthier, a enrichi son Histoire et description de la Chine, dont la Corée relève plus immédiatement que du Japon.
Les noms donnés aux grandes divisions du Japon témoignent d'une pensée de classification rationnelle qui a présidé à leur choix. — Tôkaidô signilie « la contrée ou route du sud-est • (Fischer traduit « péninsule orientale * ). ToosanJô, • contrée orientale montagneuse. » Kokrikfdô ( Fokurokkudô de Kaempfer ) , « contrée du nord » ( « terres du nord » Fischer ). Saniendô ( Sanindô de Kamnpfer ), « contrée montagneuse du nord » ou « froide » ( «partie du nord par rapport à Miako, » Fischer ). Sanyùdô, « contrée montagneuse méridionale * ou • chaude » ( « partie du sud par rapport à Miako,» Fischer). Xankaldô, «contrée des côtes du sud » ( « presqu'île du sud, • Fischer ) , et Saikaidô,* contrée des côtes de l'ouest » ( • presqu'île occidentale, » Fischer). — C'est une chose digne de remarque , ce nous semble , que la division du territoire de cet empire insulaire, d'après des considérations physiques , remonte à environ douze cents ans ! — Il est plus remarquable encore que déjà à cette époque, et même, selon toute apparence , à une époque beaucoup plus reculée , cette innombra-
(il Siebold , tome V de la traduction fran-
8 L'UNIVERS
ble multitude d'îles reconnût un seul nière, mais dans un plus grand degré,
chef suprême et fût gouvernée par lesmé- par des caps, des promontoires, des
mes lois, les mêmes usages, les mêmes bras de mer , des anses et de grandes
croyances. Depuîsces temps reculés, l'or- baies qui avancent beaucoup dans les
S nisation et la centralisation (si prisée terres et forment plusieurs Iles, péez nous aujourd'hui ) ont été en bon- ninsules, golfes et havres... La plus neur au Japon , et nous verrons que les grande de ces îles s'appelle Nippon, du six cent quatre fiefe qui rayonnent nom de tout l'empire. Elle s étend en d'Yédo, centre gouvernemental de l'em- longueur de l'est à l'ouest, en forme pire , sont obligés de reporter sans cesse de mâchoire , dont la partie recourbée a ce foyer de puissance , de richesse et est tournée au nord. Un canal étroit, d'honneur, l'éclat et les ressources qu'ils ou détroit plein de rochers et d'Iles, tiennent de lui. dont les unes sont habitées et les au- Revenons aux caractères généraux très désertes, la sépare d'une autre île, qui que présente l'archipel du Japon, et est la seconde en grandeur et qui, par esquissons rapidement les grands traits rapport à sa situation, étant au suddont la nature l'a marqué. ouest de Nippon , est appelée SaVkokf, L'archipel du Japon proprement dit , c'est-à-dire « le pays de l'ouest » ; elle est en y comprenant l'Ile Yézo, est situé aussi appelée kiusiu f Kiousiou ), ou entre le 30e et le 45* degré de latitude le pays des neuf, étant divisée en neuf nord. Il s'étend au nord-est et à Test-nord- grandes provinces; elle a 148 milles d'AIest, de manière à ce que son grand axe, lemagne de circuit, et les Japonais lui commençant au cap Siriloko ( côte est donnent HO de leurs milles de longueur d' Yézo ), aboutit au détroit de Van-Dié- et 40 à 50 de largeur. La troisième men, entre Kiousiou et Tanegasima, île est située entre la première et la coupant ainsi le méridien de Min ko seconde; elle est presque carrée, et (capitale du Japon ), suivant une ligne à comme elle est divisée en quatre provinpeu près nord-est et sud-ouest , qui passe ces, les Japonais l'appellent Sikokf (1), a peu de distance de cette capitale. La c'est-à-dire , le pays des quatre ( prolongueur de ce grand axe est d'environ vinces ). Ces trois grandes îles sont 1,140 milles nautiques (ou 380 lieues de entourées d'un nombre presque incon- 20 au degré). Le plus grand des petits cevable d'autres îles, dont quelques-unes axes passe à peu près par le centre de sont petites , pleines de rochers et sté- Nippon, suivant une ligne nord-ouest et riles; et les autres assez grandes, riches sud-est non loin d'Yédo (la seconde et fertiles, gouvernées par de petits capitale et le chef-lieu politique de l'em- princes. »
pire). Sa longueur est à peine de 240 L'ancien nom, ou plutôt un des anciens
milles ou 80 lieues. nomsdu Japon, paraît avoir été AkitsoU'
La forme générale de l'archipel est sima (2). Le mot Nippon ou Niffon n'est
très-remarquable: elle suit une courbe pas pur japonais; il est composé des
pseudo-elliptique dont la concavité mots SUsi on Nitsu ( NUsoul) ■ soleil, »
est tournée vers le continent d'Asie , et et lion ou Fon « origine, » prononcés
au centre même de cette concavité cor- dans le vieux dialecte hiératique , ZiW
respond, sur ce continent, le centre et Pan, d'où, en langue mandarine,
d'une concavité à peu près semblable. Shipen , et (dans le nord de la Chine)
Ces deux immenses courbes forment la «
mer du Japon, mer méditerranée, dont , , c. c;, ... c;. ,
les principales issues sont le canal de (0 S,eb° [ ™f SM
msm m S i ji. j„ «ans accent ( asniraiu ? ).
A()raiouCoree,aveclesdétro^deArM- pischer ^ sikJf romme Kiempfer.
senstern et de Brougthon, et le canal Thuntx.rg ausaj
de Tartarie avec les détroits de la Pc- ^ IU de Dcmotseiu (libellule), à rousc et de Mamia. cause de sa forme : nom que le premier « On peut à divers égards , dit Kœmp- Mikado , /. m -Mou, lui donna (63o ans avant fer, comparer le Japon aux royaumes noire ère, suivant les Japonais) lorsqu'il aide la Grande-Bretagne et de l'Irlande , teignit le sommet d'une montagne d'où le étant rompu et COUpé de la même ma* regard pouvait embrasser tout l'empire.
JAPON
Zippen; d'où enfin Zi-pan-gou (gou, koué, signifiant en chinois « pays, royaume » ) mot à mot : « le royaume du soleil levant. » C'est la désignation adoptée en Europe, du temps de Colomb, d'après Marco Polo. — L'empire japonais est designé , en japonais pur et dans le langage poétique, par le mot Hinomoto, qui a la même signification. On l'appelle aussi Yamato, « pays des montagnes » ( cette expression est encore en usage ). Nous ferons observer, en outre, que le mot Nifypon s'applique plus particulièrement à la grande lie dans son entier, et Yamato à la partie de cette fie où est située l'ancienne capitale du Mikado ( souverain légitime du Japon ). Mais l'ensemble des établissements japonais est désigné par les indigènes sous le nom de Dal ÏVippon a le grand Aippon. »
CONSTITUTION GEOLOGIQUE.
La désignation de « pays de montagnes » convient essentiellement au Japon, non-seulement parce que les lies japonaises sont en effet hérissées de montagnes , mais surtout parce que ces montagnes se font remarquer, pour la plupart, soit comme étant d'origine volcanique , soit comme des volcans encore en activité. Nippon est traversé, dans toute sa «longueur, par une forte chaîne d'une élévation moyenne assez uniforme et couronnée par plusieurs pics dont le sommet est couvert de neiges perpétuelles. Cest la ligne de partage des eaux qui, d'un côté ( à l'est et au sud), se jettent dans l'océan Pacifique , de l'autre (au nord ) dans la mer du Japon.
Suivant les annales japonaises, le mont Fousi, la plus haute des montagnes de Nippon et de tout le Japon, s'éleva du sein de la terre en l'année 285 avant J. C, et, en même temps, une énorme dépression du sol donna naissance, en une seule nuit , au grand lac Mitsou ou Oits, dans le voisinage de Miyako(l). Le mont Fousi ou le Fousi-
(i) Nous le trouvons désigné sur la grande carte de Siebold sous le nom de Biwako. — Kbproth l'appelle Riva-no oumi ou Mer de la Guitare , parce qu'il a la forme de cet instrument, et Mitsou-no ounù (Eau de mer). 11 a , dit- il, vingt-quatre ri japonais (de dixhuit et demi au degré) du sud au nord, et
yama est une immense pyramide tronquée , située dans le département (ou la
Iirovince) de Sourouga. Elle a été ongtemps le volcan le plus actif et le plus redoutable du Japon (1). Une de ses éruptions , en 799, dura trente-quatre jours. Elle fut terrible. Les cendres couvrirent toute la base de la montagne, et les cours d'eau d'alentour prirent une teinte rougeâtre. Il y eut une autre éruption en 800 et deux autres en 863 et 864, qui furent précédées de tremblements de terre. Celle de 864 fut la plus violente. La montagne était comme environnée de flammes qui s'élevaient à une grande hauteur, et les éclats du tonnerre ajoutaient à l'horreur de cette convulsion terrestre. On éprouva trois tremblements de terre distincts, et la montagne , en feu pendant dix jours, s'entr'ouvrit enfin à sa base avec une explosion épouvantable. La dévastation causée par cette catastrophe s'étendit sur un espace de trente lieues, et des torrents de lave sur un rayon de trois à quatre lieues , surtout dans la direction de la province Kal ( Kiy de Fischer ). Enfin, en 1707, dans la nuit du 23 au 24 de la onzième lune , deux violentes secousses se firent sentir : le mont Fousi s'ouvrit de nouveau et vomit des flammes et des cendres qui furent lancées jusqu'à la distance de dix lieues. Le jour suivant , l'éruption cessa ; mais elle se ranima avec plus de violence encore le 25 et le 26. D'énormes masses de rochers , des sables
sept de Test à l'ouest ; dans les endroits les .plus étroits, sa largeur n'est que d'un ri. Dans sa partie septentrionale on voit à présent l'Ile Tsikou- boa, qui surgit du fond de* eaux dans Télé de l'année 8a après J. C.
(i) Klaproih la représente comme étant encore le volcan le plus considérable et le plus actif du Nipon, et comme étant couverte de neiges perpétuelles. — Il parait certain , au contraire , que depuis plus d'un siècle le Fousi est tranquille, et que , pendant un ou deux mois de l'année, il arrive souvent que la neige a disparu du sommet de ce mont gigantesque. Il est singulier que M. d'Archiac, dans son excellente Histoire des progrès de la géologie, etc., i847, P*r'c du Fousiyama comme du plus grand volcan du Japon et du plus actif, et le représente également comme couvert de neiges éternelles.
ÏO
L'UNIVERS
rougis par le feu et d'immenses quantités de cendres couvrirent entièrement le plateau voisin. Les ceudres furent portées à de grandes distances, et couvrirent le sol d'Yedo d'une couche de plusieurs pouces d'épaisseur.
Le Sirayama ( la montagne Blanche ), couronné de neiges perpétuelles et situé dans la province de Kaga, à un degré et demi environ au nord de Miyako , est également volcanique. Ses principales éruptions ont eu lieu en 1239 et 1654.
On compte en ce moment cinq volcans brûlants dans l'ile de Kiousiou :
le Mi- tu Le dans la province de Satsouma, le AirUima-yama dans celle de Hiouga, VAso-yama dans le Higo, le // 'un ;.<■« il;ms le fizen, et le Tsouroumir yama dans le Ilounao. De ces volcans le plus redoutable est le Wuuzen ou ffunzendato , situé dans la presqu'île de: Simabara, célèbre par l'éruption de 1792 (que nous décrirons tout à l'heure), et dont la hauteur est de 1.253 mètres au-dessus du niveau de la mer.
« Ce volcan, ditSiebold, dont la force projectile est loin d'être épuisée , occupe a peu près le centre de la presqu'île appelée Simabara ( champs insulaires ) , qui forme le district de Takaku(l), partie orientale de la province de Fizen. Un isthme très-bas, d'un ride largeur au plus, entre Sonogi et lit su , attache au district Sonogi (2) de la province de Fizen cette
{)resqu'ile de peu d'élévation, dont la at. est de 32° 33' à 32* 51', la long, de 127° 62' à 128° 10', et qui a deux milles d'Allemagne et un quart de long, sur un mille et un quart de large. Suivant les Japonais , sa longueur est de treize ri; et sa largeur de huit mais ils la mesurent sur la route qui passe , avec de nombreux détours, par les montagnes et par les vallées , et qui touche aux deux extrémités opposées. A partir de l'isthme, le terrain monte en pente douce, dominé par plusieurs hauteurs, au milieu desquelles s'élève le Wunzendake , en forme de pyramide tronauée.
De la colline voisine du village pécheur Fimi , à l'est du Tôge (3) , on distinguait
(i) Takakou?
(a) Sonoguif
(3) Moougne voisine de Nagasaki.
très-bien, an sud, 18° est, trois de ces sommets sur la gauche et quatre sur la droite, qui tous, à l'exception du plus méridional, dont la forme est aplatie, portaient le caractère d'uue origine volcanique. Depuis sa terrible éruption en 1792, le Wunzendake est devenu la terreur des habitants de ces contrées.
Son aspect âpre et menaçant, son vaste cratère écroulé, d'où sort sans cesse une épaisse fumée qui se dilate en nuages vaporeux, dénotent clairement que cet immense réservoir a dû causer jadis d'affreux ravages et peut en exercer encore tous les jours. Cette dernière appré* hensiou parait plus fondée, lorsqu'en approchant du rivage anguleux qui entoure son foyer de lave, on voit des montagnes écroulées sorties du fond de la mer et de nouveaux cratères qui se sont formés là où la terre n'était pas assez épaisse pour comprimer l'éruption du fluide volcanique bouillonnant dans son sein; ou quand on aperçoit les sources nombreuses qui répandent de différents côtés , sur les flancs du Wunzendake, leurs eaux toujours en pleine ébullition. Les tremblements de terre continuels, qui souvent deviennent très- violents et qu'accompagne l'éruption d'anciens et de nouveaux cratères, rendent encore plus imminent le danger d'une nouvelle catastrophe.
« L'histoire ne fait mention d'aucune éruption de ce volcan avant la fin du siècle dernier ; mais il est hors de doute qu'il y en a eu déjà mille ans avant cette époque; car sous le règne du Mikado Monmou, en 701 , on avait élevé sur le rivage une chapelle à l'Esprit de la moutagne, et les habitants des environs lui offraient les prémices de leurs moissons. Dans le sens de l'ancien culte des Kami s % de tels honneurs ne pouvaient avoir d'autre but que d'apaiser le courroux de cette divinité, ce qui indique l'existence d'éruptions destructives.
Mais il serait superflu d'en chercher la preuve dans les traditions d'un passé lointain, ou même dans les tables de l'histoire moderne, puisque nous la trouvons dans la conformation tout entière de la presqu'île et de la plus grande partie de Kiusiu, couverte de monts ignivomes, dont quelques-uns sont éteints, et dont d'autres lancent encore,
JAPON
tous les ans , des matières enflammées par d'anciennes et de nouvelles ouvertures. Le Wunzendake n'est qu'une des branches de l'immense fleuve de feu souterrain qui, des Iles Moluques et Philippines (1), passe par Linkin et l'archipel japonais, s'étend le long des Kouriles jusqu'en Kamtchatka , et expire dans les glaces étemelles du nord.
Voici ce qu'on tait de la première éruption historique du Wunzendake :
« Le 1 8du premier mois de laquatrièrae année de Rwansei ( 1791), à cinq heures de l'après-midi , on vit le sommet du volcan s'écrouler subitement , et une épaisse fumée s'élever dans les airs. Le 6 du mois suivant eut lieu une éruption de la montagne Biwonokubi, située sur le versant oriental, à un ri environ audessous du sommet. Elle fut suivie, le 2 du troisième mois, d'un fort tremblement de terre, qui se fit sentir dans toute 111e de Kiusiu , et qui ébranla le sol de Simabara avec tant de violence, que tout le monde fut renversé. La terreur et la consternation devinrent générales; les secousses se succédaient avec une effrayante rapidité. Le volcan jetait sans interruption une grêle de pierres et des flots de cendre et de lave qui dévastaient le pavs à plusieurs lieues à la ronde. Enfin , )e premier jour du quatrième mois , vers midi , survint une nouvelle commotion qui, de moment en moment , se répéta avec plus d'intensité. Déjà la ville de Simabara ne présentait plus qu'un vaste amas de ruines; d'énormes quartiers de rocs , roulant du haut de la montagne, écrasaient tout ce
?u*ils rencontraient sur leur passage, et on entendait le tonnerre gronder sous ses pieds et au-dessus de sa téte, lorsque tout à coup, dans un moment de calme où Ton croyait le danger passé,
(i) Il nous parait qu'il existe, en ou ire, une liaison intime entre le* réservoirs volcaniques éauuérés par Siebold et ceux qui alimentent les centres d'éruptions actives, très-nombreux encore, de Java et des iles voisines par lesquelles Java se rattache aux Moluques. Nous n'avons pas compté moins de vingt montagnes ignivoroes k Java, eu i844. C'est à La fois un grand spectacle et un beau sujet d'études que cette ligne onduleuse mais continue de feux souterrains qui entoure l'Asie orientale.
le Myôken-Jama, bras septentrional du
Wunzendake, éclata avec une épouvantable détonation. Une grande partie de cette montagne sauta en l'air; des masses colossales de rochers retombèrent dans la mer; un fleuve d'eau bouillante sortit en écumant des fentes de ce nouveau volcan, ek se précipita, vers la mer, qui en même temps inondait le rivage.
Alors se présenta un phénomène sans exemple, qui ajouta encore à l'effroi des malheureux témoins de ce bouleversement de la nature. Du choc des deux eaux naquirent des trombes qui, tourbillonnant dans la plaine, ravagèrent tout ce aui se trouvait a leur portée. — La désolation dans laquelle le tremblement de terre, l'éruption du Wunzendake et celles des cratères ci rcon voisins laissèrent la presqu'île de Simabara et la côte de Figo, passe réellement toute croyance. Pas un bâtiment dans la ville et dans ses environs ne fut épargné, hors la citadelle, dont les murs, formés d'après le système cyclopéen de blocs de pierres gigantesaues, échappèrent à la destruction géuerale. Le déchaînement des feux souterrains avait changé la côte de Figo au point de la reudre entièrement méconnaissable. Cinquantetrois mille personnes périrent, ait-on, dans cette fatale journée. Quand on se reporte à de semblables catastrophes, on conçoit que les Japonais mettent les éruptions volcaniques et les commotions du sol au premier rang parmi les fléaux de leur patrie.
« A Dezima, l'on remarque aussi presque tous les ans des tremblements de terre. Le 10 octobre 1825 nous fûmes tirés de notre sommeil par une de ces secousses, qui fut suivie de plusieurs autres le 23 et le 24 du même mois. Mais les plus fortes furent celles qui se Grcnt sentir dans la soirée du 2G mai 1828.
La première, qui dura au moins une minute, fut si violente, qu'on s'attendait à voir crouler les maisons; en effet, la muraille qui entourait Dezima, et qui à la vérité était assez faible , se feudit en plusieurs endroits. Les oiseaux, effrayés, tournoyaient dans l'obscurité en battant des ailes , et les cris lugubres des corbeaux et des moineaux interrompaient seuls le morne silence de la nature. Daus tous les tremblements de
L'UNIVERS
terre qui eurent lieu pendant notre séjour au Japon, nous avons remarqué un grand calme , un air très-sec et un ciel serein. Le canal bourbeux qui sépare Dezima de la ville exhalait, ainsi que le rivage , plus de miasmes qu'à l'ordinaire , ce qu'il faut attribuer , non au développement de gaz souterrains , mais aux vapeurs marécageuses dégagées par le choc qui ébranlait le fond. Pendant toute la nuit , la terre fut encore légèrement remuée. Il paratt que ce tremblement se fit sentir plus fortement dans 111e d'Amaksa , située à huit milles d'Allemagne au sud-ouest de la nôtre , et nous apprîmes que près de là on vit en mer un phénomène qui ressemblait à un volcan jetant des flammes. En même temps une mine de charbon s'éboula dans l'Ile de Takarasima , à quarante railles d'Allemagne , au sud-ouest de Nagasaki ; et à quatre milles de nous, sur le cap Homo , une idole en pierre roula du haut d'une colline dans la plaine. Le Wunzendake donna aussi des signes d'agitation; pendant l'été, de légers tremblements de terre se renouvelant, il vomit plusieurs fois des flammes ; l'Aso, volcan de la province de Figo (32° 48* latit. septrnt., 129° 10' longit'. orient), et le Mitake, sur la petite lie de Sakurasima , qui fait partie de la province de Satsuraa ( 31* 36' latit. , 1 29° 20' longit. ), eurent également des éruptions assez fortes. Les habitants de l'Ile de Nippon , et même ceux de Yédo et de ses environs, dans le voisinage du fameux Fusi-Jaraa et de l'Asama-Jama. volcan brûlant, entre le 35° et le 37° latit. nord, et sous le 136° 10' longit. est, ressentirent de brusques secousses. Nous pouvons ainsi retracer sur un plan de plus de huit de-
(;rés de latitude et de sept degrés de ongitude une action volcanique qui, si nous connaissions tous les faits relatifs au fleuve de feu dont nous avons parlé , s'étendrait bien plus loin encore. Au Kamtchatka, par exemple, eut lieu, en 1828, une éruption de l'Awatcha.
Suivant les observations que nous communiquèrent au Japon des personnes dignes de foi, les volcans commencent ordinairement à jeter leurs flammes sur le moment du flux, et aux éruptions, comme aux tremblements de terre, succèdent toujours des inondations causées
parunemaréeextraordinairementhaute.
On prétend encore avoir entendu, pendant ces scènes imposantes, un bruit souterrain semblable aux mugissements de la tempête. On n'aperçoit aucune vapeur de soufre ou de salpêtre lors des tremblements de terre ordinaires. Du reste, c'est chose jugée au Japon que sur mer on en ressent le contre-coup.
Les météorologues du pays prédisent avec confiance les variations atmosphériques d'après l'heure où commencent les bouleversements du sol. Si c'est à midi ou minuit , ils apportent des épidémies ; à deux ou à six heures du matin , ils sont les avant- coureurs d'une tem-
{)éte ,et lorsqu'ils arrivent le matin ou e soir, ils annoncent le beau temps. Le crédule paysan écoute ces prophéties avec une roi sans réserve, et attribue les commotions souterraines à une monstrueuse baleine qui bat les cotes de sa queue. Les Japonais instruits en physique y voient, selon le système chinois, une lutte entre les éléments éthérés et les éléments terrestres; et même, dans les derniers temps, nos idées ont été admises par plusieurs d'entre eux. •
Plusieurs de ces montagnes renferment des sources d'eaux minérales remarquables soit par leur très-haute température , soit par leurs propriétés médicinales. Deux de ces sources, l'une sur le versant septentrional, l'autre sur le versant méridional du Wunzendake , et qu'on appelle, l'une « OKo-tsigok »
(le grand enfer), l'autre « Ko-tsigok » ( le petit enfer ), ont une grande et triste renommée historique, comme ayant servi les fureurs des persécuteurs* des chrétiens. Klaproth, dans l'en m neration qu'il a donnée des montagnes du Japon ( Journal Asiatique , 1831 ), remarque que selon les Japonais six de leurs volcans et quatre des montagnes qui renferment des sources chaudes sont les dix enfers du pays. — Dans la province de Sinano, le grand lac Biwako est entouré de sources thermales; sur d'autres points, il y a des puits de naphte et des dégagements de gaz hydrogène.
Les roches qui composent la charpente des montagnes et les blocs erratiques qu'on rencontre à la surface du
sol sont de nature diverse. Le trachyte, le basalte, paraissent y dominer. Les montagnes s'élèvent souvent isolées ou par groupes serrés. Les vallées principales avec leurs plans latéraux se terminent en général en espaces larges et cultivés, et produisent I effet d'un amphithéâtre qui s'abaisse insensiblement en suivant le corps de la montagne et se transforme enfin en plaine. Souvent la main de l'homme a nivelé les pentes à des centaines de mètres de hauteur et dompté les torrents en y pratiquant les saignées artificielles. Néanmoins , le sol pierreux des montagnes résiste encore en bien des endroits à la puissance du temps comme à l'industrie humaine; et au milieu de ces créations agricoles, des masses de rochers primitifs d'une imposante grandeur, assises en couches interrompues , mais cimentées par des filons de basalte; des agglomérations trachytiques et d'énormes blocs de basalte précipités dans les profondeurs par les courants d'eau, restent pour attester le triomphe de la nature dans cette longue lutte contre les efforts d'une suite de générations (1).
On rencontre dans diverses localités de l'argile plastique et de la marne : ailleurs, de minces couches d'argile et de houille entremêlées d'argile en feuilles; ailleurs encore, ce sont de grandes quantités de feldspath et des montagnes entières de terre à porcelaine, appartenant, selon le docteur Burgber, à l'espèce très-recherchée gui se voit entre les rochers granitiques de 111e d'Amaksa. Au pied du hômandake, le gneiss et le gypse se mêlent dans la composition des assises de la montagne, et d'énormes blocs de granit , d'un beau lira in assez gros, sont suspendus sur les gorges sablonneuses.
Nous regrettons de ne pouvoir entrer dans de plus grands détails sur la constitution géologique du Japon ; nous regrettons surtout que notre rapide esquisse n'offre ni l'intérêt ni l'exactitude que nous nous serions efforcé de lui
(i) Voyez Siebold , traduction française, tome Ier. Des phénomènes analogues ont •ourent attiré nos regards dans l'archipel des Philippines et dans la grande île de Java et les îles voisines.
un. i»
donner si nos matériaux eussent pu être puisés dans les observations générales recueillies par le savant Siebold.
Nous nous sommes aidé, autant que possible, des observations de détail qu'il a publiées. Ce que nous avons dit suffira sans doute au modeste but que nous avons dû nous proposer dans cette description fort abrégée de l'archipel japonais.
Des lacs et des rivières du Japon , nous n'avons que fort peu de chose à dire. Aucun observateur européen n'a encore visité, que nous sachions, le grand lac OUs, ou MUmou, ou Biwako. — Sa longueur ne parait pas excéder une vingtaine de lieues , et sa plus grande largeur est d'environ sept lieues. Les autres lacs ne sont connus que trèsvaguement par les récits des Japonais et les positions qui leur sont assignées sur leurs cartes. Les rivières sont nombreuses, mais la plupart torrentielles et d'un cours peu étendu. — L'ïWo- Gawa, le Tenveo-Gawa, X Ara-Gavoa , sont cependant assez considérables.
Plusieurs changent de nom dans les parties moyennes et inférieures de leur cours. Nous aurons occasion , par la suite, d'en décrire quelques-unes, qui sont remarquables à divers égards.