‹ Japon, Indo-ChineChapitre 8 sur 101 · CLIMAT · texte numérisé non relu

CLIMAT

Les auteurs diffèrent beaucoup dans l'idée qu'ils ont conçue du climat du Japon. Quelques-uns semblent même se contredire dans les caractères principaux qu'ils attribuent à ce climat dans divers passages de leurs écrits. Raempfer, le judicieux et exact Ksmpfer, est de ce nombre. Il faut attribuer ces contradictions apparentes à ce que les anciens observateurs n'avaient pas les connaissances nécessaires pour subordonner les diverses observations locales à des considérations générales tirées de la géographie physique. Le Japon présente par le tait une assez grande variété de climats par suite de la configuration et de Yexposition de ses divisions principales. Ce vaste archipel est, par rapport au grand continent asiatique, ce qu'un satellite est à une planète, subissant les influences de cette masse et ayant cependant son caractère propre , son existence physique à part, sa constitution particulière en

M LUfl

un mot. Siebolda fort bien apprécié l'Influence à laquelle nous venons de faire allusion, et en a exposé les causes et les effets, comme nous le verrons bientôt, avec beaucoup de netteté. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Japonais eux-mêmes se vantent de vivre sous un climat heureux et agréable, malgré l'inconstance du temps et les fréquents changements de température. Il pleut souvent pendant toute l'année, mais d'une manière extraordinaire aux mois de juin et de juillet, qu'on appelle pour cette raison Satsukl{l), ou « les mois de l'eau. » Il s'en faut bien cependant que la saison des pluies ait au Japon la même régularité que dans les contrées les plus chaudes des tropiques. Le tonnerre et les éclairs y sont très-fréquents.

Passons à l'examen des grandes causes qui modifient d'une manière exceptionnelle le climat du Japon.

• La partie orientale de l'Europe et l'immense continent asiatique sont beaucoup plus froids, sous la même latitude, gue l'Europe occidentale, abstraction laite même de leur plus ou moins d'élévation au-dessus du niveau de la mer.

Le climat des îles étant plus doux que celui dr la terre ferme, on a peine à comprendre que la chaleur soit moins forte au Japon que dans les pays du continent d'Europe et d'Asi** qui sont situés à la même hauteur polaire. Mais la cause de cette apparente contradiction se trouve précisément dans la froideur de l'Asie, qui, entourant à l'ouest et au nord les lies japonaises et Kouriles, exercesur leur température une influence décisive. C'est de la proximité de ce continent et des vents qui soufflent de ce côté pendant une partie de l'année, que proviennent les froids très-vifs qui régnent au. lapon, surtout dans la partie nord et nord-ouest. Là, à 32° latit. sept., le thermomètre descend , sur le rivage, à 30° et 29* Fahr. ; il gèle à plusieurs lignes d'épaisseur, et il tombe une neige qui reste sur la terre pendant quelques jours. A 36° les lacs , comme celui de Suwa dans le Sinano sont couverts d'une couche de glare, qui entre le 38° et le 40° devient assez épaisse pour qu'on puisse traverser les fleuves à pied.

(t) Satsouki?

Dans l'île de Ttoutima ( 34° if latit. sept., 126° 65' long, or.) le riz ne croît plus; près de MaUmaë, dans celle de Jézo, le froment ne donne qu'une chétive récolte, et sur le eap Sàga{ 45° 21' latit. nord, 140° 29' long, est), les sauvages Mnos, race vigoureuse, sont forcés de se retirer dans les cavernes, pour se préserver de l'intolérable rigueur de l'hiver. D'un autre côté, les rivages du sudest et de l'est, protèges contre les vents glacés de l'Asie par de hautes chaînes de montagnes qui coupent dans une direction parallèle au continent les trois grandes lies de Kiouslou, de Sikok et de Nippon, ont un climat plus fertilisant et plus doux. Dans ces parties du pays, on trouve déjà, entre le 31° et le 34° latit. sept., le palmier, le bananier, les scitaminées, le myrte, le mélastome, la bignone etd'autres arbres et plat tes des zones torrides. En quelques endroits on cultive avec avantage la canne a sucre et on fait tous les ans deux récoltes de riz. Les environs de Sendai, ville située dans le 38° lff latit. nord et le 138» 36' long, est, produisent ce végétal avec une telle abondance, que, malgré leur position septentrionale, ils sont en effet, comme on les nomme, les greniers de Jèdo, la plus populeuse cité de l'univers. Mais c'est surtout dans la saison rigoureuse, ui dure du commencement de janvier la fin de février, que se t'ait remarquer cette différence de température entre la côte occidentale et la côte orientale du Japon. A Deilma, par exemple, qui se trouve sous le 32° 46' latit. nord et le 127° 31' long, est, le thermomètre marque alors 45* Fahr., tandis qu'à Jédo, ville située à 35° 41' latit., 137" 22' long., il monte à 56° ; de sorte que la position de cette capitale, plus orientale de 9° 51' que celle de la factorerie, rend sa température plus élevée de 11", quoiqu'elle soit plus rapprochée du pôle de presque 3°. Aussi , pendaut les deux mois d'hiver dans lesquels ces observations ont été faites, les côtes qui font face au continent asiatique furent-elles exposées, trente-sept jours de suite, aux vents glaces de l'ouest, du nord-ouest et du nord. Cette circonstance explique en outre pourquoi la montagne Blan- .

che (Siro-Jama ) , qui se trouve sur la côte occidentale de Nippon f dans le 36*

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latit. , est déjà couverte d'une neige éternelle à 2,500 mètres au dessus du niveau de la mer, et pourquoi le Fusi- Jama , à l'extrémité orientale de l'île , avec son sommet haut de 3,793 mètres, reste sans neige durant des mois entiers (i).

• Pendant les chaleurs, en juillet et en août, où soufflent les vents du sud et du sud-est, cette disproportion.dans la température disparaît devant la latitude des lieux, et la hauteur moyenne du thermomètre pour cette saison est de 79° à Dezima, et de 76° à Jèdo. Sur les côtes sud et sud-est, rafraîchies alors par les vents , il ne monte guère plus haut que 85°; néanmoins, dans la partie sud et sud-ouest de Kiousiou, et principalement dans les baies abritées contre la brise , il marque souvent 90 à 98 et quel* quefois même 100 degrés (2). »

Ces considérations font comprendre comment le Japon réunit, sur une superficie comparativement restreinte, les avantages et quelques-uns des inconvénients des climats tropicaux et de la zone tempérée. Un coup d'œil général jeté sur ses productions va nous montrer que, grâce à l'influence de ce climat mixte, le Japon a pû trouver et trouve en effet en lui-même des ressources qui lui permettent de s'isoler des autres pays par sa politique comme il en est séparé par la mer orageuse, les rôtes escarpées et les écueilsqui semblent en défendre l'approche aux navigateurs européens.

PRINCïPALKS PBODDCTIONS.

Kaempfer, dans sa description sratistiquedu Japon, a soin d'indiquer lesproductions particulières aux différentes provinces ou même aux différents districts, et il consacre des chapitres séparés à l'examen des grandes ressources de l'archipel japonais en minéraux , végétaux et animaux. Il résume cet examen dans une autre partie de son livre de la manière suivante :

« Le Japon est un pays rude et pierreux, entrecoupé par des chaînes de monta-

(i) Fischer et d'autres disent seulement que la neige du sommet du Fousi disparait en grande partie, pendaut les mois les plus chauds de l année.

(a) Le chevalier Blomhoff a vu le therm. à xo?° Fahr. à Nagasaki,

gnes hautes et escarpées , et il serait entièrement stérile eu bien des endroits s'il n'était cultivé avec un soin et une industrie extraordinaires. Mais dans cet article même la natures été extrême ment favorable a ce pays : ce défaut apparent du terroir, ce besoin de culture, est ce

3ui tient les habitants en haleine et leur onne cet esprit louable d'industrie et de travail. D'ailleurs la fertilité du climat est telle qu'on y voit à peine une colline, quelque escarpée qu'elle soit, une montagne, quelque haute qu'elle puisse être, qui étant bien eultivée, comme elles sont

[wur la plupart, ne donne à l'industrieux aboureur une digne récompense de ses peines et de son adresse. Les endroits stériles, même ceux qu'on ne saurait absolument cultiver, ne sont pas pour cela entièrement inutiles. Une nation nombreuse comme celle des Japonais, si fort ennemie de l'oisiveté, confinée avec cela dans les limites étroites de son propre pays, a dû apprendre à se servir de plusieurs productions de la nature, que la terre ou la mer fournissent, non-seulement pour le soutien delà vie, mais encore pour la rendre douce et agréable. Il est difficile de s'imaginer quoi que ce soit qu'ils ne servent à leurs tables avec différents apprêts ; plusieurs elioses rejetées par plusieurs autres nations composent une partie de leurs desserts et de leurs plats les plus friands. Les bois, les marais, les terres incultes du pays, leur fournissent des plantes et des racines qui servent à l'abondance et à l'ornement de leurs tables. La mer leur four* mt une grande quantité de poissons et de végétaux, de cancres, coquillages, et de holothuria, comme les naturalistes l'appellent, ou petits animaux de mer, des herbes marines, et autres choses semblables. Les qualités venimeuses de certains poissons n'empêchent pas même « ji l'on ne s'en serve : la nature n'a pas donné pour rien à cette nation un corps vigoureux pour le travail, et un esprit capable des inventions les plus ingénieuses. Un terroir fertile de lui-même comme celui du Japon, d'une culture si difficile, était nécessaire en quelque manière pour donner occasion à ses habitants d'exercer leur industrie : sans cela, au lieu d'être laborieux comme ito le sont, ils seraient tombés dans l'oisi-

L'UNIVEAS.

▼été et devenus paresseux. C'est ainsi que les noirs habitants de la zone torride, se confiant à la beauté du terroir

3ui leur fournit de lui-même les besoins e la vie , sont pour cette raison abandonnés à la paresse et à la fainéantise, et mènent une vie semblable à celle des animaux. On pourrait faire une autre objection, qu'un pays doit être nécessairement malheureux lorsque les habitants y sont retenus comme en prison, renfermés dans les limites de leur patrie, quand on leur retranche le commerce et la communication de leurs voisins ; un pays d'ailleurs si divisé et si entrecoupé par divers bras de mer qui y forment un si grand nombre d'Iles. Je réponds

!|ue c'est en cela même que la beauté de a nature parait encore d'une manière singulière : ces diverses îles sont, à l'égard de tout l'empire, ce que sont différents pays à l'égard du globe de la terre. Elles diffèrent en terroireten situation; par conséquent elles produisent différentes choses nécessaires à la vie; et certainement il y a peu de choses que l'on ne puisse désirer qui ne soient la production de quelques provinces, ou de quelqu'une des lies, productions même assez abondantes pour en fournir tout l'empire. On trouve de l'or dans Osui, Sado, Syriga et Satzuma; de l'argent dans Kettamai et Bungo; du cuivre dans Syriga, Msingano et Kignokuni; du plomb dans U ungo , -du ter (Lins Bitsja. Tsikusur leur fournit du charbon de terre , et Ono du charbon de bois. La montagne brûlante tiltoogasima jette quantité de soufre dont on creuse les mines aussi en beaucoup d'autres endroits. Il y a dans Fizen une certaine argile blanchâtre, dont ils font toutes sortes de poterie ou porcelaine. Il vient une grande quantité de bois de Tossa, Ofjawa et Aki. Nogatta produit des bœufs, Oyu et Satzuma des chevaux.

Oanga abonde en riz, Tsikusen en châtaignes, fVakasa en figues et autres fruits. Les côtes de la province Oki sont remarquables par la quantité de coquillages qu'elles fournissent, celles de Nisy-Jamma par des herbes marines et autres plantes qui croissent dans la mer. Les côtes, en général, donnent au pays une grande quantité de poisson, pour ne rien dire de toutes sortes de grai-

nes , de pois et de légumes qui croissent en abondance dans certaines provinces; et un grand nombre de choses qui servent pour leurs manufactures et leurs habits. On trouve des perles dans le golfe d'Omura, de l'ambre gris sur les cotes des îles Riuku (1) et des provinces de Satzuma et Kijnokuni des cristaux et des pierres précieuses dans J'su-

Îiarn. Ils n'ont pas besoin de faire venir eurs remèdes des pays étrangers : tant de collines et de vallées, tant de fonds hauts et bas, produisent, dans l'étendue de leurs pays, toutes les plantes et les arbres qui peuvent venir en différents climats. »

Kxmpfer, dans le passage que nous venons de lui emprunter (et que son traducteur a eu le talent de rendre d'un style aussi rude et pierreux que le pays qu'il décrit!), a donné un résumé des ressources naturelles du Japon que les récits plus modernes confirment et au delà. Les plus grandes richesses appartiennent au règne minéral. L'or y abonde; mais les moyens d'exploitation des mines ou des sables aurifères sont, ou imparfaits , ou limités dans leur application par la prudente volonté du gouvernement. L'argent est rare et se trouve surtout dans le nord; l'étain est de la meilleure qualité; le cuivre du Japon passe pour le meilleur qui soit au monde ; Je fer est abondant et on en prépare d'admirable acier; le soufre s y rencontre en quantités remarquables, etc. La pèche des perles est une source considérable de revenus. Le diamant , la topaze et d'autres pierres fines ne sont pas rares. Plusieurs localités sont riches en charbon de terre, en chaux, en terre à porcelaine, etc.. etc.

Quant au règne végétal, îl semble offrir au Japon une immense variété de productions utiles ou agréables. Le tableau quetraceSiebold du développement de la végétation dans les plus belles provinces de l'empire et des phases qu elle parcourt sous l'influence des saisons nous a paru du plus vif intérêt; mais nous devons nous contenter, en y renvoyant nos lecteurs (2), d'en extraire quelques

(i) Liou-Kiou.

(*) Siebold, traduction franç*i*e, tome I»,

p. a86 et suiv.

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passages qui nous semblent propres à caractériser la flore japonaise.

« La végétation des iles japonaises traverse comme la nôtre les phases des quatre saisons, et dans chacune d'elles le paysage a une physionomie différente; mais' la mutation des saisons y diffère de celle des régions septentrionales du globe , en ce que les transitions de Pété à l'automne et de l'automne à l'hiver n'y sont point aussi sensibles que la transition de l'hiver au printemps. Aux premiers jours de l'année, la nature, glacée par l'âpre vent du nord et endormie sous les neiges , s'éveille tout à coup , et peu de semaines suffisent pour donner aux campagnes le riant aspect du printemps. * Pendant les mois de février, mars et avril les progrès de la végétation ont déjà multiplié les fleurs et les fruits utiles. Au mois de mai , « l'activité de l'homme rivalise avec la fertilité de la nature, les côtes conquises sur la lave sont transformées en champs suspendus en amphithéâtre et entretenus comme des jardins : ouvrage d'une culture millénaire qui étonne et enchante le voyageur. » En juin , la verdure, se colorant de plus en plus, annonce l'arrivée de l'été. Le bambou, les palmiers, les bananiers étalent en juillet leur végétation tropicale. « L'oranger et mille antres plantes aromatiques embaument l'air du parfum de leurs fleurs . » Enfin s'ouvre la saison des pluies, qui est le signal des travaux agricoles qui vont préparer une nouvelle récolte, moins riche cependant que la première. Jusque* à la fin d'août la végétation semble statiounaire, les fruits et les semences mûrissent. Septembre et octobre remplacent par des composées, des campanules, des ombelliferes, etc. , les violettes et les anémones du printemps, et plusieurs arbrisseaux printaniers fleurissent de nouveau. Cest le moment le plus favorable a la croissance du navet, de la carotte , du radis et de la pomme de terre v' cette dernière cultivée par les Japonais, non pour eux-mêmes , mais pour les Hollandais de la factorerie).

L'hiver arrive bientôt, et le monde végétal s'endort, pour renaître vers les premiers jours de janvier.

Les rapports que le Japon a entretenus pendant plus de dix siècles avec le

2* Livraison. (Japoin.)

continent voisin, surtout avec la Chine et Koraï, et avec les îles J iou-Kiou les plus méridionales, ont enrichi sa flore d'une foule de plantes exotiques, les unes utiles, les autres d'ornement.

Aussi dans les provinces les plus peuplées de l'empire le paysage a-t-il une physionomie étrangère, ennoblie par la

puissance de l'art « La nature créa

dans les solitudes qui environnaient les temples et les monastères des bois charmants, où elle jeta avec profusion l'azalée, le camellia , la pivoine aux couleurs variées , le lis superbe et les riches orchidées; elle fit sortir du rivage , habité par de pauvres pécheurs , des forêts de châtaigniers et de chênes, dont les fruits, doux et légers (I), faisaient leur nourriture et dont le branchage ombrageait leurs humbles cabanes. C'est à l'industrie d'une suite de générations que ce beau pays doit sa culture actuelle. Ses oranges douces, ses pommes-grenades , ses poires , ses coings , ses abricots , ses pêcries et beaucoup de végétaux connus en botanique sous le nom de Japonica, sont d'origine étrangère; et sur cinq cents principales

filantes d'ornement ou d'utilité , plus de a moitié sont venues du dehors. »

Le règne animal n'a été que très-imparfaitement étudié au Japon, au moins avant Siebold. Ce que nous en savons se réduit à quelques renseignements généraux. Les mers du Japon sont très-poissoneuses, et le poisson, les plantes marines et autres végétaux herbacés alimentaires , forment avec le riz et les autres céréales la hase de la nourriture des Japonais. Les préjugés religieux s'opposent à ce qu'ils mangent la chair de la plupart des animaux. Le lait et le beurre sont inconnus comme aliments. Les buffles , les bœufs à bosse sont communs au Japon , mais ils ne servent qu'aux travaux de l'agriculture ou au transport des fardeaux. Il y a des chevaux en grand nombre , et plusieurs races chevalines y sont fort estimées à juste titre; mais on n'y voit ni ânes ni

(i) Il est permis de ne pas partager l'opinion que Siebold émet ici sur la douceur et la légèreté des glands et des châtaignes considérés comme aliments! Mats enfin on peut s'en nourrir, faute de mieux!

L'UNIVERS

mulets; point d'éléphants, point de chameaux; quelques porcs, des chiens et des chats par milliers. Parmi les quadrupèdes sauvages on ne compte guère que des cerfs ou daims, des ours d'une petite espèce, des hyènes, des lièvres et une immense quantité de renards. Le renard au Japon jouit d'une considération toute particulière. Le peuple croit qu'il est animé par le diable, et les écrits japonais sont pleins d'histoires merveilleuses où le renard joue le principal rôle. On rencontre des singes dans quelques districts. « Le pays », dit Kœmpfer, « est tout plein de rats et de souris. • Ou ne parle d'aucuns animaux carnassiers de grande taille, mais en revanche les Japonais croient à l'existence de plusieurs animaux fantastiques ou monstres de formes et d'habitudes extraordinaires. Les oiseaux comptent une multitude d'espèces, surtout les oiseaux aquatiques. La famille des gallinacés offre un assez grand nombre d'espèces domestiques ou remarquables par la beauté deleur plumage. EuGu les reptiles sont peu nombreux, mais les insectes du Japon comptent d' innombrables familles. Kœmpfer donne beaucoup de détails sur le règne animai ; et comme son travail est encore en ce moment le plus complet que nous connaissions, force nous est d'y renvoyer le lecteur, qui pourra consulter son chapitre X.

tom. {*' , p. 107 et suivantes. Siebold n dé|à publié un assez grand nombre de détails zoologiques très-intéressants qui se trouvent disperses dans la relation de son voyage a )édo; mais il n'a encore donne aucun travail d'ensemble sur la zoologie du Japon , et sa Faune est a peine en voie de publication. Mous avons donc cru bien faire eo passant rapidement sur un sujet qui ne. pouvait cire en ce moment traite par nous que dans les conditions les plus défavorables.

G EN Éfi ALITÉS ETHNOGRAPHIQUES.

L'origine du peuple japonais est un sujet sur lequel h s historiens, les philologues et les physiologistes n'ont pu parvenir à se mettre d'accord. Les Japonais se considèreut comme autochthoiks. Ils repoussent toute communauté (L'origine avec lis Chinois : Kœmpfer, Golownin, Klaproth, Siebold appuient

cette prétention. Siebold pense qu'ils sont issus de la souche tartare qui habite la partie nord-est du continent asiatique (I) : Klaproth, Kœmpfer et Golownin ne partagent pas cette opinion. Golownin avoue que cette question d'origine est obscurcie par les ténèbres de l'antiquité la plus reculée ; mais il soutient que les Japonais et les Kouriles ont dû être, dans l'origine, une seule et même uation, et qu'ils descendent de la même souche. Kœmpfer ne trouve rien de mieux que de les faire descendre des premiers habitants de Babylone, et de les faire voyager (2) , au travers de l'Asie, par uiîe route dont ii donne, pour ainsi dire, les priucipales étapes jusqu'à l'extrémité de la Corée, d'où ils ont pu aisément passer à Nippon! 11 montre en même temps (et beaucoup plus clairement il faut l'avouer) que des émigrations de Chinois et d'autres peuples se sont établis parmi eux ; mais que les Japonais diffèrent radicalement de ces divers peuples, et en particulier des Chinois, par leurs caractères physiques, leurs mœurs, leur langage, leur religion primitive, et surtout par leurs dispositions naturelles et leurs tendances intellectuelles. Ces vérités ont depuis été mises dans tout leur jour par Klaproth et par Siebold. Ce serait sans doute un sujet intéressant à traiter en détail que la discussion comparée de ces éléments ethnographiques, mais nous devons ici nous borner à de simples généralités ; et pour donner à nos lecteurs une idée nette des caractères actuels de la race japonaise, nous nous en rapporterons de préférence au témoignage de Siebold, qui a étudié les différentes classes de la population d'un point de vue plus scientifique et plus complet que ne paraissent l'avoir fait ses devanciers. Nous n'avons sous les yeux , il est vrai , que le tableau rapide qu'il a tracé de la population de plusieurs provinces

(i) Nous reviendrons bientôt sur les caractère* principaux qui paraissent en effet, rattacher la famille japonaise à la race mongole.

(a) « Lorsque la confusion des langues, à Babil, força les Bahylouieus d'abandonner le dessein qu'ils avaient de bàlir une tour d'une hauteur extraordinaire! » (Kœmpfer, tome 1er, page 83.)

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de Mie de liouttou, ou (plus exactement) à propos de ces provinces, mais dans lequel on retrouve, il nous en donne P assurance, les traite culminants du caractère national. Nous pouvons donc, en toute sûreté, reproduire, en grande partie, cette esquisse, qui nous a paru offrir un véritable intérêt.

Siebold divise la population en habitants des côtes , de 1 intérieur et des villes, <jui diffèrent entre eux par l'aspect physique, la langue, les mœurs et le caractère.

• Lescôtes et les lies innombrables qui les avoisinent sont habitées par des pécheurs et des marins, hommes petits mais vigoureux, d'une couleur plus foncée que celle des autres classes. La chevelure, plus souvent noire que brun rougeatre, est crépue chez quelques individus, qui ont aussi l'augle facial trèsprononcé, les lèvres gonflées, le nez petit, légèrement aquilin et renfoncé à la racine. L'adresse, la persévérance, Paudace , une franchise qui ne va jamais jusqu'à l'effronterie , une bienveillance naturelle et une complaisance qui touche à la soumission : tels sont les traits caractéristiques de ces habitants des côtes.

« Ceux de l'intérieur de Kiousiou, qui se vouent en grande partie à l'agriculture, sont d'une race plus grande, reconuaissable à la (igure large et aplatie, par la proéminence des pommettes et la distance des cautbus internes , à son nez gros et très-écrasé, à sa grande bouche, a ses cheveux d'un brun foncé tirant sur le brun rougeâtre, et à la couleur plus claire de sa peau. Chez les cultivateurs, qui journellement s'exposent à l'air et au soleil, la peau devient rouge; les femmes qui se préservent des influences atmosphériques l'ont ordinairement fine et blanche, et les joues des jeunes hlles brillent même d'un vif incarnat.

« Cette race agricole est laborieuse, sobre, pieuse, cordiale, eten conséquence libérale et hospitalière. Sa sauvagerie native, tempérée dès l'enfance par l'observation constante des formes de la politesse et de l'étiquette du pays, n'exclut pas une certaine noblesse, et ne dégénère jamais en grossièreté comme chez les paysans d'Europe. Les labou-

reurs de Fizen ont, au contraire, le défaut commun à tous les hommes bons et prévenants, d'être trop cérémonieux.

« Les pécheurs, croisés avec les campagnards des environs des villes, forment la classe inférieure et industrieuse de la population citadine ; chez le plus grand nombre le type des deux races s'est cependant conservé jusqu'à ce jour, grâce à l'esprit de caste, qui ne tolère quedes unions parfaitement assorties quant à la naissance et à la position sociale. Au reste, quoique le commerce des citadins, dans l'acception la plus rigoureuse du mot , n'ait ennobli ces hommes ni sous le rapport moral ni sous le rapport physique, on ne trouve sur toute l'étendue de ce vaste empire aucune trace de cette populace des grandes villes, qui flétrit la civilisation de notre siècle.

« Dans les villes du Fizen, commedans toutes les résidences princières et dans toutes les cités commerçantes du Japon, les hautes classes sont coulées en un même moule, dont Yédo et Ohosaka offrent le prototype. Il est très-rare de trouver un gentilhomme de distinction qui n'ait été élevé dans la capitale des siôgowCs, ainsi que l'ordonnent les lois; la plupart des employés et des officiers des princes y ont été formés dans les chancelleries et les antichambres du

f>alais, et ont usé leur jeunesse dans e paradis de Yédo, le fameux Jasibara.

Presque tous ces hommes rentrent dans leurs provinces sous le poids d'une vieillesse prématurée. Chaque négociant notable a fait de même son éducation commerciale à Ohâsaka , la plus riche des villes de l'empire , que le voyageur Thunberg,en 1776, nommait un autre Paris.

« Nous avons omis à dessein de parler de Miyako, le séjour traditionnel des mikados ou empereurs héréditaires ; car à la cour de cette dynastie de vingt siècles la simplicité des mœurs, qui maintient la puissance des facultés et la pureté des sentiments , favorise l'essor des sciences et des arts, dans lesquels Miyako surpasse le reste de l'empire.

« Nagasaki, un des centres du commerce, qui est devenu , depuis des centaines d'années, le théâtre de l'usure

L'UNI V EUS

chinoise et des brutalités des marins d'Europe, qui est visité par des marchands verses dans toutes les pratiques frauduleuses et gouverné par d'insidieux courtisans, est bien inférieur en civilisation et en moralité à l'ancienne capitale Dans cette ville, la fréquentation des étrangers a influé sur les

mœurs et les usages Les moines

bouddhistes ont un caractère particulier, à Nagasaki comme dans toute la province, et, si l'on fait la part de l'état intellectuel des autres pays , il n'en est pas un où ils soient plus grossiers et plus hautains; mais, d'un autre côté, ils ne sont nulle part plus déchus dans l'opinion publique. La victoire qu'ils remportèrent sur le christianisme, au dixseptième siècle, et qui fut plus éclatante encore au Fizen que dans les autres provinces , les éleva au plus haut degré de l'orgueil humain , a'où ils retombèrent bientôt après dans l'abaissement du mépris. Le culte des Kamis, au contraire , est l'objet d'une vénération profonde dans cette partie du pays, où il n'existe plus de vestiges de la religion chrétienne. »

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