‹ Japon, Indo-ChineChapitre 73 sur 101 · OROGRAPHIE. — GÉNÉRALITÉS ETHNOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

OROGRAPHIE. — GÉNÉRALITÉS ETHNOGRAPHIQUES

Nous avons déjà eu occasion de remarquer (p. 232 ) uue la chaîne de montagnes qui forme la ligne de démarcation entre le Siam, à l'est, et le royaume d'Ava, à l'ouest, ou entre le bassin du May-Nam et celui du fleuve de Martabàu, semble constituer le commencement ou la base de la langue de terre connue sous le nom de presqu'île Malaise ou presqu'île de Malacca; mais nous avons ajouté que cette chaîne s'arrête brusquement avant d'arriver aux bas-fonds de l'isthme de Krah, partie la plus resserrée de la presqu'île. Plus loin, dans le sud., commence une nouvelle chaîne, que, selon Ritter, on pourrait nommer Uchainede montagnes de l'île Malaise; car il ne faudrait, encore aujourd'hui, qu'une légère élévation de la mer pour inonder l'isthme de Krah et le transformer en détroit de Krah , ce qui ferait clairement apparaître la forme insulaire de Malacca. On est frappé d'ailleurs, en l'envisageant séparément , du changement total de la direction de son axe longitudinal, qui à commencer de ce

Kf»i tit critique n'affecte plus le narallésme au méridien , comme s'il eut été la continuation de la chaîne de montagnes de Siam, mais se dirige vers le sud-est, témoignant, pour ainsi dire, de l'analogie et du parallélisme de tous les rap-

gorts orographiques avec l'île voisine de umatra. Ces rapports intimes avaient été indiqués par d anciennes traditions, dont nous retrouvons les traces dans les relations des vieux voyageurs. C'est ainsi que dans la Description du premier voyage fait aux /m/es orientâtes par les Français, de François Martin (de Vitré) (1), nous trouvons, p. Ct , le passage suivant : « Sumatra , par cy devant « appelée la Taprobane, est située proche

(i) Petit volume in-a4 de aoo pages, « dédié au Roy » (déjà cité); Paris, 1609.

# du cap de Malacca, et est le lieu ( selon « quelques-uns ) où Salomon envoya « (juerir l'or d'Ophir, ce que témoigne « 1 Escrituresaiurte. Quelques-uns tien- « nent qu elle a été continente à la terre « ferme de Malaca. etc. »

Un demi-siècle auparavant ce poète uerrier dont les chants ont assuré immortalité aux exploits de ses com-

Eatriotes dans cette partie du monde, •uiz de Camoè'ns, avait lui-même recueilli ces traditions , et les transmettait à la postérité dans les strophes suivantes de ses Lusiades, où « Thétvs »

révèle à Vasco de Gama les hautes destinées des Portugais dans l'extrême Orient ( cjiant X, strophes cxxm, çx*iv, cxxy) :

« Plus loin est Malacca : elle deviendra sou» votre empire le centre d'un commerce immense et l'entrepôt des riches produits que de l'Orient lui apportera la vaste mer.

« On prétend que de cette terre la mer, en soulevant ses puissantes ondes a séparé la noble (le de Sumatra ; jadis les peuples les ont vues réunies. On l'appela Chrrsonèse, et de ses abondantes veines d'or, qui courent dans les entrailles de la terre , on lui donna l'épithète deCliersonèsc d'or ; quelques-uns ont peu^é que c'est l'antique Ophir.

•« A son extrémité vois Singapour, où la foule se rolrédt pour les vaisseaux ; de là , dans ses sinuosité , la cote tourne vcrsCynosure et marche droit vers l'aurore. Voici Pam, Patane, royaumes enclavés dans le long empire de Siam , qui les tient , eux et beaucoup d'autres encore, sous sa domination. M fleuve Ménam ( May-Nam ), qui les arrose, prend naissance au grand lac nommé Camai. »

Ce curieux passage montre à quelle époque reculée les États malais de la Péninsule étaient déjà placés dans la dépendance de Siam.

Selon les observateurs les plus modernes (I), la partie centrale la plus éle-

(1) Narrative of die Surveying Voyage oj H. M, stùp Ldjr, etc. ; by J. Bcete Jukes, etc. ; a vol. in-8°, Londres, 1847.

vée de la presqu'île constitue inoins une chaîne continue de montagnes qu'une série de groupes montagneux aux formes abruptes et pittoresques et pour la plupart granitiques. Dans le voisinage de ces groupes et jusqucs aux côtes, s'étendent des terrains bas et généralement plats, interrompus eu et là par de petites éminences rocheuses. Les productions de la partie montagneuse ( qui se termine, comme nous l'avons dit, au cap Romania, ou, plus exactement, à la pointe Bourous, par 1° 15' de latitude nord) sont presque entièrement inconnues. M. Griflith, qui avait visité en 18-12 le mont Ophir ( car il y a deux montagnes de ce nom, l'une à Sumatra, l'autre dans la presqu'île Malaise), le Gounong- Lêdany des Malais, par 2° 30' latitude nord , sur la frontière est de Malacca , masse granitique d'environ quatre mille pieds anglais ( un peu plus de douze cents mètres ), Ut la découverte singulière qu'à partir de quinze cents pieds de hauteur la végétation change complètement, et prend à beaucoup d'égards un caractère polynésien ou australien. Jukes, dans l'ouvrage que nous avons indiqué plus haut, faitobserver(p. 225, deuxième volume) que les cotes nord et est de l'Australie et l'île de la Nouvelle-Calédonie

K résentent dans leur aspect géologique eaucoup d'analogies avec la péninsule Malaise. Au commencement de 1847 le lieuteuant-colonel James Low visita le pic de Keddah ( « Queda » : Ritter et autres ), Gounony-Ojéraldes Malais, visà-vis la ville de même nom , par 6° 05' de latitude nord. Il remarqua que cette montagne était stratifiée et non granitique, et qu'elle abondait en minéraux. Sa hauteur, conclue de l'observation de l'ébullition de l'eau sur le petit plateau qui couronne le sommet du Gounong- Djéral, serait d'environ cinq mille sept cent cinq pieds anglais audessus du niveau de la mer (à peu près 1740 mètres). Près du sommet la végétation devient très- rabougrie, et présente aussi le caractère australien. On peut, en général, considérer la presqu'île Malaise et l'archipel de la Sonde comme formant la transition du monde continental asiatique au moude mari; time austral. Crawiurd, dans son bel ouvrage intitulé : HUtory of the Indian

Jrchipelugo, est le premier qui ait étudié d'un point de vue philosophique et développé avec l'autorité de 1 observation locale et de l'expérience d'un homme d'État, les rapports que le commerce et la politique ont établis entre les populations de l'Archipel et Je la presqu'île Malaise et entre ces populations et les puissances européennes ou les grands Etats de l'extrême Orient. Nous devons nous borner ici à jeter un coup d'œil rapide sur une partie de ce vaste tableau, celle que présente la presqu'île Malaise considérée comme une dépendance plus ou moins directe du royaume de Siam d'un côté, de l'Inde anglaise de l'autre. Nous essayerons avant tout de donner à nos lecteurs une idée exacte de la nation qui a colonisé la presqu'île dès le douzième siècle.

La nation malaise dans ses ramifications et ses colonisations multiples appartient surtout au monde insulaire; mais ses plus anciennes colonisations sur la presqu'île Malaise la rattachent au continent asiatique, et créent ainsi un intermédiaire entre son pays originaire et ses colonies insulaires les pfus éloignées. Ce qu'il nous est permis d'examiner ici, c'est le rôle que jouent les Malais de la Péninsule dans le sens le plus rétréci historico généalouique.

Les Européens regardaient autrefois la presqu'île Malaise, nommée par les habitants Tana-Malayou , ce>t-à-dire terre ou Pays des Malais* comme le siège primitif de ce peuple; mais les recherches classiques de Marsden (I) ont montré que le siège indubitablement primitif de ce peuple remarquable était dans l'île de Sumatra , et dans une contrée nommée May-Nang-fiabao, située entre les rivières de Palembangetde Siak à l'est et les rivières de Manjuta et de Tingkel dans l'ouest, par conséquent dans le centre de l'île et sous l'équateur. D'après les traditions des Malais, tous leurs États disséminés dans l'archipel de la Sonde ne sont que des émigrations de May-Nang-Kabao, qu'ils considèrent comme l'État, sinon le plus puissant, au moins le plus ancien et le plus célèbre de tout l'archipel. On trouve des traces

(i) M. Marsden, Historyqf Sumatra, etc.} troisième édition, London.

INDOCHINE

nombreuses de son ancienne grandeur dans ses hautes plaines, vastes, fertiles, richement peuplées et cultivées depuis 1rs temps les plus anciens. Cette fertilité naturelle et la salubrité du climat ont <le bonne heure élevé la population de MaV'Nang-Kabao à un plus haut degré de civilisation que les populations de la côte voisine, basse, marécageuse et livrée sans défense aui ardeurs du soleil. L'accroissement rapide de cette population la mit en peu de temps hors de proportion avec le territoire, cependant assez étendu, qu'elle occupait, et motiva les émigrations et les colonisations transmarines, comme autrefois pour î'Hellade, devenue trop étroite pour ses habitants. La première de ces colonisations fut celle de Singhapoura, la moderne Singapoure. Crawfurd, au sujet de cette colonie, a déjà fait remarquer que des peuples chasseurs ou pêcheurs, peuples pauvres, sauvages, disséminés, ne fondent pas des établissements de cette importance. Sumatra tout entière a été soumise anciennement à la suprématie de May-Nang-Kabao, et on trouve des témoignages de l'antique grandeur de cet Etat et de ses prérogatives suzeraines non-seulement dans les pompeux édits et les titres de ses souverains ( le radjah de May-Nang-Kabao était appelé par excellence maha-radjah de radjah) et le respect que lui portent toutes les branches et ramifications des familles princières attenantes, mais aussi dans la culture proportionnellement très-avancée de cette contrée intérieure et dans les monuments qu'on y a découverts dans ces derniers temps. La presque totalité de la population, qui s'élève à un ou deux millions d'habitants, est agricole. Une petite fraction de cette population est emplovée à l'exploitation des mines d'or. Les restes de sculptures et les inscriptions trouvées dans le voisinage de l'ancienne capitale correspondent, scion sir Stamford ftaffles, aux monumentsdécouverts à Java, et prouvent que ces contrées ont été sous l'influence de la religion hindoue, qui y a été prédominante (et probablement dans toute l'étendue de Sumatra) jusqu'à l'introduction de l'islamisme, au quinzième siècle. La tradition rapporte que IetKoran avait été prêché dans cette île dès le douzième siè-

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cle; mais cela est incertain, et de Jait on ne connaît pas l'époque précise de la conversion des Sumatriens au mahométisme. Mais cette tradition est importante, en ce que l'émigration des Malais à Singhapoura tombe aussi vers le milieu du douzième siècle (1160). Bien

3ue, chronologiquement, la fondation e la colonie de Singapoure, telle qu'elle est rapportée par Marsden, prête encore le flanc a la critique dans plusieurs points de détail, ainsi que l'a démontre Crawfurd, et que les Portugais lui assignent une origine plus ancienne, avec d'autres circonstances et d'autres noms, cependant le fait principal de la colonisation malaise en dehors de Sumatra et d'une seconde émigration, qui a eu pour résultat la fondation de Malacca , est désormais mis hors de doute. La principauté maritime de Singapoure, sous une série de souverains portant le titre hindou de radjahs, acquit de bonne heure une importance commerciale qui excita la jalousie des souverains javanais; et l'État de Malacca était déjà puissant et prospère, et s'était élevé à un degré de civilisation surprenant , plein de luxe , de commerce , ayant des monnaies d'étain, des flottes, des canons, des éléphants, des relations avee la Chine, l'Inde, l'Asie continentale et l'Arabie, au moment où les Portugais apparurent dans ces mers comme con-

3uérants. Par eux commença la décaence des États Malais !

Nous allons essayer de résumer, principalement d'après Ritter, ce que l'on sait de plus positif sur l'origine, le caractère, les mœurs, les institutions , la civilisation actuelle des Malais de la Péninsule. Nous donnerons ensuite une courte description de chacun des États qui occupent les côtes et de la petite principauté méditerranéenne de Humbo.

L'un des fleuves de Sumatra, qui a sa source dans la montagne Maha-Mérou, la grande montagne des dieux du haut paysde May-Nang-Kabao, se nomme Ma* tayô, et se jette, vers l'est, dans le fleuve littoral aux bords duquel Palembang est bâti. Le nom de Malayou est encore à présent celui de l'une des quatre divisions principales du peuplede May-Nang- Kabao. Il est donc certain que la colonie qui alla s'établir à Singapoure porta

L'UNIVERS

ce nom avec elle et le répandit dans toute la presqu'île , à mesure qu'elle y étendit sa domination et y distribua ses diverses races. Il arriva alors que de même que l'Italie avait eu des peuples de l'Hespérie le nom de Grande-Grèce, la presqu'île reçut des habitans de toutes les mers des Indes celui de lana-Malayou , ou de terre malaise. Eu effet le peuple malayou domina toujours les autres tribus de même origine que lui , à quelque époque qu'elles lussent venues accroître la colonie. Le nom et le souvenir de In race primitive, restée à Sumatra, s'effacèrent, s'obscurcirent entièrement devant la grandeur et la gloire de Singapoure, mais surtout, un peu plus tard , de Malacca , dont les princes devinrentde très-zélés serviteurs du Koran, apporté de l'État indien de GuKtirale • alors très-florissant Par les colonies, les expéditions maritimes et le commerce, la langue malaise se répandit de bonne heure sur les rivages et les îles des arcbipels de l'Inde et de la Sonde, où elle devint la laugue générale des relations , une sorte de langue fraut|ue du inonde mercantile. Le nom iVOtang-Maiayo, c'est-à-dire de peuple malais , qui encore aujourd'bui est celui des habitants du pays intérieur de May-INany-Kabao, à Sumatra, ne servit pas seulement à designer leurs descendants dans la presqu'île et les îles, mais encore les peuples mêlés ou soumis à ceux-ci et restes leurs sujets, et cela parce qu'ils durent accepter plus ou moins la langue et la civilisation malaises.

Bientôt ce nom devint dans tout l'archipel oriental l'appellation particulière des peuples indigènes convertis au mahouiélisme; de sorte que jusqu'à présent même la manière la plus générale de les diviser consiste à nommer les uns Malais, comme synonyme de mabométans ou croyants, et les autres infidèles ou païens. Toutefois, la signification étendue attribuée au nom des Malais dut donner occasion à de nombreuses méprises touchant les rapports de ces peuples entre eux. Elles sont loin, même encore aujourd'hui, d'être entièrement eclaircies. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Malais, qui se montrèrent extrêmement prompts à recevoir le Koran, commencèrent dès le douzième et le

treizième siècle br se répandre en dehors de la presqu'île de Malacca, dans les parages orientaux de la Sonde. Ils y vinrent directement de cette colonie, qui n'était pas leur mère patrie, ainsi ., l'ont dit les anciennes histoires. Singapoure, Malacca, Djohor colonisèrent, dans l'île de Sumatra, les Etats M dais de Kamparet d'Aru,et, se répandant sur d'autres points, allèrent jusqu'aux lointaines Moluques. Le premier art nécessaire à la grande extension qu'ils prirent, bien qu'ils eussent été d'abord un peuple agricole habitant l'intérieur d'un /»avs, dut être l'art de la navigation; !<>ur première divisionde la tern-, sur un territoire exposé aux changements des moussons, dut être météorologique. Us se bornèrent aux rivages des terres pour rétablissement de leurs colonies, et peut-être n'y eut-il jamais d'Ile onde contrée dont ils s'emparassent en entier, semblables aux Phéniciens, qui soi vin ni le même système de colonisation. Ils n'occupèrent jamais complètement la presqu île Malaise elle-même, quoique l'on ait prétendu le contraire. Il y eut là, comme dans toutes les Iles e't sur tous les rivages où les Malais s'établirent, de primitives et rudes races indigènes, qui des montagnes et des forêts <lc l'intérieur, où elles s'étaient retirées, vinrent constamment leur en disputer la possession. Mais ce ne fut pas le pi s grand danger de ces colonies, qui, api avoir été longtemps dans les rapports les plus avantageux et les plus pacifiques avec les Arabes, les Persans et les Indiens, nations de navigateurs et de commerçants, se virent successivement ruiner par les Portugais et le> Hollandais et autres Européens, qui les réduisirent à transformer en pirates leurs habitants, opprimes et fugitifs. Telle fut l'origine, dans les eaux peu habitées <i<j fa Malaisie, de cette redoutable population connue sous le nom ù'Oranq-tntà* (Ml hommes de la mer, qui , à la fuis pécheurs , navigateurs, corsaires, sont encore aujourd'hui plongés dans l'ignorance et regardés comme a demi sauvages. Ils s»* SOUt mêles de la manière la plus variée aux races indigènes primitives, ainsi qu'aux Siamois, aux Rougis et autres peuples.

Ils entretiennent avec les États Malais civilisés, qui sont les recéleurs de leurs

GoogI

vols, des rapports très-nombreux. Toutefois, depuis rétablissement et la prospérité du port franc de Singapoure et l'activité croissante des tribus indigènes libres, leur nombre a considérablement diminué.

L'opinion généralement admise de l'absence complète de population sur toute Téteudue de la presqu'île avant l'arrivée des Malayou à Singapoure n'est pas vraisemblable , bien qu'il ne soit nulle part fait mention d'anciens habitants expulsés de la colonie. On ne pourrait à la rigueur accepter une telle assertion qu'en partie. Ce qui la rend des mus improbables, ce sont les espèces de nègres nommés .Samanys, qui nabitentei.core aujourd'hui le pays montagneux de Reddan les grossiers Samsams d'origine siamoise, peut-être même encore les douteux Jakongs et lienouas des montagnes et de la lisière des bois de K nui do; en outre, les anciens monuments funéraires qu'Aibuquerque fit fouiller, ainsi uue le temple antique de l'île l'olvereira des Portugais, dans le voisinage de Malacca, et celui de Barala, dont malheureusement de Barros ne parle gu*en passant. Cependant une population t.ùble etclair-semée peut fort bien avoir favorisé une rapide prise de possession, dans laquelle il n'est nullement question de grandes guerres avec les indigènes.

Apres les traditions historiques, on doit cousiderer la langue comme ta seconde source principale de la connaissance que l'on a acquise des Malais, Elle porte jusqu'à l'évidence l'origine, comparativement moderne, de la nationalité de ce peuple. La construction grammaticale en est de la plus grande simplicité. Il n'y a ni inflexions m genres, ni nombres, ui cas. On n'y remarque pas les traces d'une ancienne culture, et elle manque absolument du feu métaphorique des autres langues de l'Orient. Les mots dont elle se compose ont trois origines diverses. Ils appartiennent ou au malayou propre, dans la proportion de 27 à 100, ou, dans celle de 50 a 100, à la grande langue de la Polynésie , telle qu'elle se trouve dans tous les dialectes, ou enûn, dans la proportion de 16 a 100, au sanscrit. Le re*te se borne à une proportion de 5 à 100 pour l'arabe, et de 2 pour quelques termes javanais, kalingas, persans,

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mais surtout portugais et hollandais, avec un petit nombre d'anglais.

La partie polynésienne de la langue mahyoue, de hé.iucoup la plus ample, atteste le premi-T et le plus infime degré de la civilisation, dans le système numérique, dans les noms des plantes, des métaux, des animaux les plus Utiles, comme aussi dans une quantité de dénomination* j n'ont également les langues les moins développées, telles que : ciel, lune, montagne, main, œil, etc. Quant aux mots sanscrits, moinsnombreux dans le malayou que dans le dialecte de Java, ils ne représentent que des objets mythologiques ou des abstractions , comme :

cause, temps, entendement, sagesse, etc.

Ils sont, comme la poésie épique des Malais, qui chante des traditions mutilées du Mahabarat et des Uamnyans, une preuve certaine de rapports antérieurs avec les Hindous. Ces rapports eurent lieu, selon toute apparence, avant que les Malais se fussent mêlés aux peuplés d'origine arabe ou persane, qui leur apportèrent de leur côté, dvec le Roran, de nouveaux termes pour leur langue et des sujets tirés des contes arabes pouf leur littérature romantique. La langue telingae de la côte de Coromandel leur fournit principalement des expressions commerciales.

La littérature malaise manque d'originalité dans ses productions, qualité qui distingue au plus haut degré la littérature de Java. Le peu de poésie métrique qu'elle a mérite à peine ce nom. Elle est plus riche en prose imitée de celle des Arabes. La Sf ule chose qui lui appartienne eu propre dans les créations poétiques , ce sont les pièces de vers nommées pantonns. Elles consistent en des stances de quatre vers à rimes croisées. Les deux premiers vers expriment par des images ce que les deux autres rendent en sentiments , en passions et eu traits moraux. Ces pantouns sont légers, gais et chantés par deux voix, qui se repondent alternativement. Ils servent pendant des heures entières de passe-temps aux Malais. Leurs sayars (de l'arabe • saiar » ) sont de lonuues romances métriques imitées de l'arabe, mais dépourvues de toute espèce de verve. Leur prose ne renferme que des romans ou des narrations relatives à dfl

LTfNlVEBS.

certaines circonstances historiques, aux actions de certains héros ou chefs militaires. Ordinairement les sujets de ces compositions sont pris des grandes épopées indiennes dont nous avons parlé ou des contes et des traditions des Arabes, comme par exemple celle qui concerne radjah Seconder, c'est-à-dire Alexandre. Tout cela d'ailleurs est défiguré , exagéré et, comme l'avoue Crawfurd , monotone, sans esprit, puéril et d'une moralité extrêmement faible.

Rien donc que la langue et la littérature des Malais n'aient pas une grande valeur comme productions résultant d'un certain point élevé de culture dans une portion de l'humanité, cependant elles ont une très-haute importance pour la connaissance spéciale de l'histoire de l'Orient, et principalement pour ce qui concerne les pays insulaires et péninsulaires de la vaste région indo-sundoaustrale avant comme après l'introduction du Koran.

Les lois du Koran relatives à la religion, aux mariages et aux héritages furent plus ou moins introduites dans tous les États Malais. A côté de ces lofs il y en eut d'autres, propres à ces États et qu'on nommait undang undang. Elles étaient d'une antiquité plus ou moins reculée, et chaque État avait les siennes. Elles s'accordent pour la plupart entreelles. Elles se rapportent au gouvernement, au commerce, à la vie des ports, à la propriété, à l'esclavage, aux prescriptions civiles et criminelles. Elles ont, par la simplicité du contenu et de la forme, un intérêt plutôt ethnographique que scientifique; mais elles acquièrent surtout une haute importance d;ins les relations avec la nation des Malais, répandue si loin, en partie dégénérée et en partie encore entièrement inconnue.

Les Européens ne connaissent les Malais que depuis la période de leur décadence , c'est-à-dire depuis l'arrivée des Portugais et la destruction , par eux , de Malacca en 1512. Il y avait eu auparavant une autre période plus brillante, comprise entre la fondation de Singapour et la conquête de Malacca, du douzième siècle au commencement du seizième. Mais quelle que l'ut l'oppression que les vainqueurs tissent peser sur les vaincus, la navigation et les entreprises

commerciales de ceux-ci s'étendaient trop loin sur l'archipel, et de là trop loin jusqu'à la Chine, pour -que leur nationalité pût être facilement anéantie. D'un autre côté, ils avaient, à Malacca et à Achin , opposé une résistance trop longue et trop courageuse pour pouvoir espérer jamais une réconciliation avec leurs ennemis. D'ailleurs, la politique des Portugais cherchait, comme jadis celle de Rome à l'égard de Cannage, à détruire partout les colonies de la métropole et à compléter la ruine de Malacca par celle des établissements que cet État avait fondés. 1/ en résulta que les Malais se virent partout forcés de se retirer dans de plus petites positrons, afin d'y échapper à la vigilance des Portugais. Ils devinrent , par nécessité et par crainte de nouvelles attaques de la part de leurs persécuteurs , fugitifs et pirates sur la mer, et c'est dans cet état que les Européens apprirent à les connaître et à les craindre. Ils jugèrent leur caractère sur celui qu'ils montraient dans les États maritimes, et déterminèrent la nature de leurs penchants d'après leur vie de pirates. Et cependant od peut dire que tant nue dura la persécution portugaise et hollandaise, les Malais furent, par la force des choses et des circonstances, ce qu'ils ne pouvaient éviter d'être. Aveclesprétentionsdes Portugais et des Hollandais à la domination «• clusive de toutes les eaux de l'archipel de la Sonde, il ne leur resta rien de mieux à faire pour se ménager une existence indépendante. Les tortures cruelles et les châtiments atroces infligé!

leur résistance les portèrent au Désespoir et à de sanglantes représailles Loin d'y voir quelque vertu, ils regardèrent la soumission comme le vice des lâches. Le métier de pirate leur parut au contraire un devoir d'honneur. Mais au fond, et primitivement, les Malais avaient été des peuples de l'intérieur des terres, voués à l'agriculture. Plus lard ils étaient devenus des commerçants d'une haute civilisation, envoyant, des rivages où ils s'étaient établis , leurs colonies à «le grandes distances, jusqu'à ce que la persécution finit par faire d'eux des pirates, i\e%( f rang-/. aôtt des pêcheurs descendus au plus bas degré de la vie sociale, en un mot, des demi-sauvages.

Malgré l'état d'abaissement où ils vivent, en l'absence de toute loi et même au sein de leur vie de pirates, les Malais montrent cependant de grandes qualités , qui en d'autres circonstances pourraient recevoirune direction remarquable. Un penchant prononcé à l'indépendance, un vif sentiment de l'honneur, beaucoup de susceptibilité pour les offenses , de la réflexion et un besoin habituel d'examiner mûrement avant d'agir, constituent les éléments des progrès qu'ils peuvent être appelés à accomplir, et leur garantissent un meilleur ordre social, que l'on voit déjà poindre. Leur état politique est basé sur les principes du régime féodal, aussi bien à Malacca, Sumatra et Bornéo, que sur tous les autres rivages qu'ils habitent. De là leur constance à reconnaître jusqu'ici la suzeraineté des May-Nang-Kabaos, leur profond respect pour la personne et la famille du prince descendant, par une longue suite d'ancêtres, des souverains malais de Djohor ou de May- Nang-Rabao, et parfois, dans la ligne musulmane , du prophète Mahomet luimême. Leur noblesse se compose des principaux chefs, avec de nombreux vassaux auxquels ils commandent Leur organisation civile, leur police intérieure, consistent en un mélange d'anciens usages nationaux et de coutumes ma ho meta nés, celles-ci subordonnées aux autres cependant, et le tout réuni en corps de lois dans les grands Etats, et laissé à la tradition dans ceux d'une moindre importance.

Ils professent le plus grand respect pour leurs ancêtres et la noblesse, le plus parfait dévouement envers leurs chefs et leurs partis, une vénération illimitée pour les institutions, les règlements, les expériences dont ils ont hérité de leurs pères. Ils n'entreprennent rien de nouveau sans peser mûrement l'avantage et le désavantage qui doivent en provenir. Mais une fois qu'ils ont entrepris quelque chose , ils s'y consacrent tout entiers. Réfléchis dans leurs travaux, intelligents dans l'exécution , ils déploient beaucoup d'activité d'esprit dans tout ce qu'ils font. Ils possèdent au plus haut degré le génie de la spéculation commerciale. Mais, quoique hardis et avides de gain, ils ne sont nullement parcimonieux ou avares. Ils l'emportent

J3- Livraison. ( Lndo-Chi:sb. )

de beaucoup en courage et en audace sur leurs voisins du midi, les Javanais, qui les surpassent en civilisation, mais gardent toujours les traces profondes de l'influence étrangère. Ils ont infiniment plus de noblesse de pensée , d'amour de la liberté ou de l'indépendance que leurs voisins du nord-est, civilisés a la chinoise. Us n'ont pas, comme leurs voisins de l'ouest, les Hindous, le malheur d'être dominés par le préjugé des castes, et ils ne sont pas non plus autant influencés par les principes du mahométisme que les peuples de l'Asie occidentale. Dans les relations commerciales, quoiqu'ils n'aient pas de bien grandes vertus, ils sa vent cependant en apprécier 1 e mérite chez les autres. Ils accordent toujours la préséance à l'Européen qui les a traités avec loyauté. Leur langue, qui s'apprend en quelques mois, est indispensable dans les rapports que l'on peut avoir avec eux, soit pour vendre, soit pour acheter, les interprètes et les entremetteurs ctant.lesplus grands trom-

Seurs qui existent. D'ailleurs il est bon 'être constamment sur ses gardes, et de ne point tenter leur cupidité, car ils ne se fout aucun scrupule du vol, et assassinent aisément pour une somme de cent dollars au plus.

Ces considérations , ces renseignements généraux sont applicables à tous les États Malais de la péninsule. Dans leur état actuel de décadence, ils présentent encore un sujet intéressant de recherches et de comparaisons ethnographiques.

LES CINQ ÉTATS MALAIS DES CÔTES EST BT SUD DE LA PRESQU'ÎLE DK MALACCA : — PATANI , KALANTAN , TRINGANO, PAHANG, DJOHOR BT LES ORANG-LAOT.

1 . Royaume de Patani. Au sud de Tana commence avec le cap Patani, qui s'étend au nord-est , sous 7° 20' de latitude septentrionale, l'État de Patani, le plus grand et le plus riche des États Malais de cette région. Il est encore soumis entièrement au Siam, et peuplé de Siamois qui forment la majeure partie de ses habitants. Le pays est plus fertile et d'un rapport plus considérable que les autres États Malais ; il produit beaucoup de riz, du sel, mais peu d'étnin. L'État paye au Siam son tribut en blé et

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en argent. Le roynurae se compose de cinq districts, qu'on appelle : Pujut , Jainbu, Saï, Uaman et Sucgeh ; les deux dernierssituésà l'intérieur du pays, et les autres sur le littoral. Au commencement du dix-septieme siècle les Hollandais eurent à Patani une factorerie. Dix ans plus tard les Anglais les y suivirent, et en 1612, reçus très-favorablement des rois malais , y fondèrent aussi une loge de commerce. Patani servaitjadis d'entrepôt principal aux navigateurs qui de Surate et de Goa, des côtesde Malabar et de Coromandt I , venaient se mettre en rapport avec le Siam , le Cambodje, le Tonkin et la Chine; mais déjà, vers 1700, la sûreté y étant pour ainsi dire nulle, les faits de pillage et de meurtre s'y multipliant, les marchands l'abandonnèrent, et portèrent à Batavia, Siam et Malacca, le commerce qu'ils y faisaient. Les relations de ce pays avec les Européens, interrompues plus tard pendant longtemps par de nombreux changements politiques , se sont renouvelées avantageusement depuis la fondation récente de Singapoure par les Anglais.

2. L'État de Kalantan, au sud du précédent, est borné au nord par le fleuve littoral fianara, et au midi par le fleuve littoral Basut. Il se compose de cinquante communes (mukims) qui lui donnent, sans tenir compte des résidants chinois, une population de cinquante mille habitants. Il n'est que de nom tributaire du Siam. Il produit de l'or, de l'étain et du poivre, ce dernier article s'élevant à 12,000 piculs par an , et l'étais à 3,000.

3. L'État de Trinyaiu) > 1 ringanou ; est au sud de celui de Kalatan. Il s'étend , le long du rivage de la mer, du fleuve Basut jusqu'à Kamamang, sous le 4° 15' de latitude nord. Dans l'intérieur de la presqu'île, il est borné par l'État de Pérak, situé sur la côte ouest, et au sud par celui de Putan. La chaîne centrale de montagnes qui forme la limite entre Pérak et Tringano n'appartient pas à ce dernier pays, qui partout est entièrement plat, if est divisé en trente-cinq mukims ou communes, qui ne comptent, en retranchant les résidants chinois, qu'une population de trente cinq mille habitants. Au premier rang de ses produits figurent l'or et l'étain ; celui-ci pour une quantité annuelle de 7,000 piculs. Pen-

dant le séjour du capitaine Alexandre H ami lion , au commencement du dixhuitièmesiècle. Tringano possédait mille maisons habitables, dont la moitié était occupée par des Chinois, qui y faisaient un commerce important.

4. L'État de Pahang (Pahaung) s'étend au sud du précèdent, de Kamamang jusqu'à Sadile, sous le T \i>' de latitude nord. Entièrement libre de la suzeraineté du Siam , il ne relève, au contraire, comme État vassal . que du royaume malais de Djohor; situé au mi'di. Son souverain porte, il est vrai , le titre de trésorier ou de premier ministre du sultan de Djohor, mais on lui donne celui de radjah de Pabaog , et il n'en exerce pas moins en cette qualité le pouvoir suprême, ce qui lui vaut toujours de la part de Portugais l'appellation de re di Pan (c'est-à-dire roi ae Pahaung;. Au commencement du dix -huitième siècle, l'Anglais Alexandre Hamilton se mit dans de bons rapports de commerce avec ce prince. On évalue , en ce moment, à cinquante mille âmes la population entière de cet État, dont l'or et l'étain sont, comme dans les autres, les principaux produits. DutempsducapitaineHamilton on tirait l'or du fleuve Pahang, qui vient de l'intérieur du pays, à trois toises de profondeur, en parcelles légères ou en masses compactes, et d'autant plus que le fleuve était plus profond. Ce sont les Malais qui se livrent aux travaux des mines d'étain, produisant une quantité de 1000 piculs annuellement, tandis que les Chinois exploitent les mines d'or, qui rapportent 2 piculs. Ces derniers travailleurs consomment chaque année vingt caisses d'opium. Outre les Chinois, qui dans les trois États Malais que nous venons de nommer exercent différents autres métiers, on en compte quinze mille qui ne travaillent qu'aux mines et en retirent annuellement une valeur de 420,000 douais d'Espagne. La plus grande partie de ee produit s'écoule sur le marché de Singapoure; une autre gagne directement, à travers les montagnes, Poulo-Peuang et Malacca, premier marché de l'or avant la fondation de Singapoure. Cependant, les trois États littoraux, de Kalantan, de Tringano et de Pahang. ont vu dans ces derniers temps baisser de plus en plus

IN DO-

leur importance, depuis que la suprématie européenne a tu pour résultat de diminuer dans les eaux de la Sonde le nombre des pirates malais, dont ces États étaient l'asileordinaire, comme ils étaient le marché de leurs vols et de leurs rapines. Il en est résulté qu'ils sont devenus très-importants pour le commerce anglais, qui y place les produits de ses ma* nufactures , surtout le Gl de coton et l'opium même, dont la demande va croissant. On évalue à six cents caisses la quantité qui s'y importe annuellement.

On reçoit en échange de ces marchandises , de l'étain, du poivre et surtout de la poudre d'or.

5. L'État de Djohor (Dschohor, Johor) embrasse toute IVxtrémité sud de la presqu'île de Malacca, de Kamamang sur la côte orientale, sous 4° 15' de latitude nord , jusqu'au Mora-Muar, ou fleuve Muar, qui se précipite vers la cette ouest, sous le 2° 10' de latitude nord. Ce n'est que sur ce côté ouest que l'État de Djohor est un peu resserré par l'État de Malacca, qui lui prend une petiteétendue du littoral. Autrefois les rois de Djohor possédaient Malacca, où ils avaient leur résidence. En ayant été chasses par les Portugais , en 1511, ils se retirèrent à Djohor-Lami, au sud-est de la presqulle, et y fondèrent la ville de Djohor, qui ne devint jamais importante , mais donna son nom atout le royaume, qui auparavant portait celui de Malacca. L'État de Djohor comprend, en outre, les îles innombrables qui.de l'entrée du détroit de Malacca jusqu'à l'issue de celui de Singapoure, sont semées entre le 1er et le 2e degré de latitude nord, et 1rs nlus grandes de celles qui entourent en foule l'île de Singapoure, cédée aux Anglais; il comprend non-seulement c«s îles, mais encore toutes celles de la mer de Chine situées à l'est des Anambas jusqu'au

{groupe des Natounas (du 104° au 109° de ongitude est de Greenwich). Cela forme un ensemble d'îleset de rivages mal peuplés et admettant trois sortes de divisions : 1° celle de la partie continentale de la côte nord-est, comprenant l'État de de Pahang dont nous avons parlé ci-dessus, et n'appartenant au Djohor que de nom ; 2° celle du territoire continental du Djohor au sud, c'est-a-dire du Djohor proprement dit, actuellement sous

iHIiNE. 515

le protectorat anglais; et 3° celle des îles situées au midi du détroit de Malacca, et qui se reconnaissent plus ou moins dépendantes des Hollandais.

On connaît peu la partie continentale du Djohor propre. Il doit être beaucoup

S lus désert et improductif que les îles, usqu'ici il ne livre au commerce rien d'important. Quant aux deux extrémités méridionales qui forment le cap Bourous et le cap Romania, nous eu avons déjà précédemment indiqué l'importance géographique; mais personne n'a encore étudié de près l'aspect des montagnes de l'intérieur du pays, et il n'y a dans l'île de Singapoure, qui se trouve vis-à-vis, au jnidi , que des montagnes de formation secondaire. Quand Crawfurd, parti en 1821 de Singapoure, naviguait le long de la côte méridionale du Djohor, il y trouva un rivage escarpé et élevé; mais la chaîne de montagnes qui divise la partie septentrionale de la presqu'île avait depuis longtemps disparu. C'est à peine si l'on y remarquait l'ondulation de quelques collines. D ailleurs le pays était couvert, à une grande profondeur, des plus épaisses forêts, et il n'y avait aucune apparence d'êtres humains. De la côte on voyait souvent, comme courant a la suite les uns des autres, dans la mer, d'énormes fragments de rochers stériles , composés d'une espèce de porphyre dur, incrusté de petits cristaux de felispath. Il s'était formé des "baies de sable entre chacun de ces rochers. Mais Finlayson trouva, sous l'agréable climat du tropique, ce terrain de porphyre à base de hornstein, comme il l'appelle, couvert d'une végétation extrêmement riche. Le casuarina, V hibiscus, le scxvola inophyllum peuplent les forêts. (I y remarqua aussi une très-belle espèce de palmier, caccas revoluta, en plaine floraison. Il y vit plusieurs espèces inconnues de cala mus, à'urlica, de caryota, etc. Sur la lisière de l'impénétrable forêt littorale les traces d'un grand nombre de cerfs , de léopards et de tigres, se faisaient reconnaître ; mais l'homme ne paraissait représenté dans ces contrées que par quelques tribus sauvages et errantes.- Le rivage de la presqu'île y offre d'ailleurs, jusqu'à sa pointe méridionale la plus extrême, de bons mouillages , dont la position abritée pourrait être aussi avnn-

LTOîlVERS.

ir la colonisation que celle de

m ...«.«-s 1 t< >t que le cap Romania et recueil de Pedro-Branco ou Rocher-Bl3nc, situé en face , sont doublés , vers Test , a l'entrée orientale du détroit de Sinçal>oure, la protection de la côte malaise cesse pour l'Européen qui fait voile pour la Chine, au moins pendant la mousson nord-est de la G n de février, et il est en butte à toute la force de ce puissant courant d'air, auquel s'associe le courant maritime également dirigé vers le sud-ouest. La mer a un flux si haut, elle est si prodigieusement houleuse (theswell of the sea) qu'il devient non-seulement trèsdifficile, mais impossible même de mettre à la voile de toute la côteouest du golfe de Siam , et que le navigateur se voit obligé, pour plus de sûreté, de prendre connaissance de Bornéo , aGn de commencer sous la protection de cette île sa course au nord, en passant devant le groupe des JVatounas et de traverser la mer de Chine jusqu'à la pointe de Cambodje, d'où il peut ensuite aller librement, soit vers le golfe de Siam, soit vers la Cochinchine, en longeant les côtes. C'est aussi le même rapport naturel qui a mis dans la dépendance politique du royaume de Djohor les groupes des Iles Anambas et Matou nas, quoique assez éloignés à l'est.

Nous ne savons que peu de chose de ces deux groupes, parce qu'ils sont plutôt évités que recherchés des Européens , à cause de la mer semée d'écueils où ils se trouvent , et parce que leur rare population malaise n apporte pas sur les marchés des produits dont la mince valeur ne saurait en effet déterminer ces insulaires à s'exposer aux tempêtes de la mousson, aux coups de vent et aux calmes qui régnent alternativement dans ces parages.

Crawfurd ne put réussir à aborder ces Iles, quelque désir qu'il en eût, à son retour de la Cochinchine, en 1822. Le plus récent observateur qui les ait parcourues est le capitaine (aujourd'hui amiral) Laplace, qui, sur la Favorite, explora les deux archipels en 1831. — Nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici les détails de cette intéressante exploration, qui occupent une cinquantaine de pages de la relation (i). Noue

(f) Voyage autour du Monde sur la cor*

devons nous borner à quelques extrait* :

« J'abandonnai les Natunas Se 22

mars au soir, et donnai la route à l'ouest quart nord-ouest pour aller reconnaître l'archipel des Anambas , dont nous devions également faire l'hydrographie.

« Le grand Natunas (l),dont la forme présente quelque analogie avec celle d'une poire, peut avoir treize lieues dans sa plus grande longueur du nord au sud, et huit lieues de large, depuis le morne de l'est jusqu'au côté occidental de l'Ile.

« Si Ton accorde quelque confiance aux assertions des Malais, qui rarement disent la vérité, cet archipel sérail assez peuplé. Je vis, il est vrai, un assez grand nombre d'habitants sur l'ile Belle (2); mais la présence du raja pouvait trèsbien les y avoir attirés, et encore les esclaves m'ont paru composer une partie considérable de la population. Ces pauvres misérables, qui ont été arrachés par les forbans aux fies du grand archipel d'Asie, ou capturés sur mer, cultivent les terres , exécutent tous les travaux de force, et vont à la pèche pendant que leurs maîtres se reposent dans les cases ou mènent à fin quelque entreprise de piraterie.

« Le commerce de ces îles se borne à des échanges de peu de valeur ; les pros portent à Sincapour une grande

3uantité de cocos pour faire de l'huile , u poisson salé et des holothuries pêchées sur les bancs de récifs, puis séchées au soleil. Les produits de ces deux derniers genres d'industrie , dont l'exploitation exige un grand nombre de bateaux et beaucoup d'esclaves , ap-

vette la Favorite, etc., t II, p. 385 à 434; Paris, i833.

(i) Laplace fait Natuna* (sic) masculiu : nous ignorons par quel motif.

(a) L'île Belle, ainsi nommée par Laplace, d'après son apparence , lorsqu'il l'aperçut pour ta première fois à grande distance, ne justifia pas cette distinction quand on nul l'observer de près. Elle est la résidence duu radjah, que Laplace alla visiter dans son palais , n véritable cage élevée en l'air sur des « pieux », et où on montait par « une échelle a faite de bambous, dont 1 élasticité n'avait « rien de rassuraot ». L'ile Belle est située par 3« 44' l»t. nord et io5° 40' de long. est. . •

partieiment aux rajas ou au sultan de Rhio, maître des Natunas , et sont achetés par des marchands chinois ou étrangers, qui les payent avec de la quincaillerie, un peu d'opium, du riz, enfin avec des étoffes communes de coton, dont généralement les Malais font un grand usage pour leur habillement.

« Les commerçants de cet archipel portent aussi dans les établissements européens peu éloignés des fruits délicieux, qui sont pourtant venus sans aucune culture , et des tortues de mer, parmi lesquelles on en trouve fréquemment d'une espèce particulière dont récaille est précieuse pour la tabletterie.

« Ces différentes espèces de pèches , ainsi que le cabotage des fies entre elles et avec Sincapour, n'ont lieu que pendant l'intervalle de beau temps qui sépare les moussons ; mais alors les bateaux ont à craindre des ennemis bien plus redoutablés encore que les vents et les grosses mers; je veux parler des pirates, qui font au commerce malais une guerre continuelle, et l'empêcheront toujours de prendre une grande extensi on, à moins que les Européens n'interviennent pour empêcher un pareil brigandage, dont les progrès se font sentir davantage chaque année, et auquel il est d'autant plus difficile de mettre un terme maintenant que , sous le prétexte de leur propre sûreté , tous les pros sont armés , et que leurs équipages se livrent, suivant les circonstances, au double métier de marchands et de forbans.

« L'archipel des Anambas, situé à l'ouest des ftatunas, n'en est séparé que par un canal de quarante lieues, que les Malais de deux caboteurs que je visitai dans ces parages m'ont assuré être très-sain : la corvette le franchit avec une petite brise qui ne nous permit de voir les hautes montagnes des Anambas que dans la matinée du 23 ; mais, comme le vent du nord-est vint à fraîchir un peu | nous n'étions plus à quatre heures du soir qu'à une lieue d'un groupe de petits îlots appelés Anambas du Nord E s ( . Dans le sud se montraient plusieurs îles , entre lesquelles je distinguai principalement vers l'est une multitude de rochers et de bancs de corail qu'avait explorés en 1825 le baron

de Bougainville , capitaine de vaisseau , qui ne craignit pas d'engager la frégate et la corvette placées sous son commandement dans des passes étroites, inconnues et hérissées de brisants,

[10 m r faire de cette partie orientale de 'archipel une carte que j'avais alors sous les yeux. Je devais suivre un si bel exemple,' et continuer les travaux hydrographiques auxquels la saison avancée et d'autres circonstances contraires avaient empêché cette expédition de donner un plus grand développement; nous commençâmes donc à faire la reconnaissance des fies du centre et de la partie occidentale de l'archipel , où jamais Européen n'avait pénétré avant nous.

« Cette exploration hardie avait commencé depuis deux jours quand la corvette trouva un bon mouillage au fond d'une baie que forment les extrémités de trois Iles très-rapprochées l'une de l'autre et non loin d'un assez grand village.

« L'île sur laquelle est bâti le village s'appelle Siantann, et présente une surface tres-ir régulière, qui peut avoir deux lieues dans sa plus grande dimension sud-est et nord-ouest; les entes, ainsi que l'intérieur , ne présentent que des terres élevées, tantôt dépouillées de végétation , tantôt couvertes de forêts, et qui toutes semblent avoir été déchirées par des convulsions souterraines.

« Au nord de Siantann se trouvent deux fies étroites, allongées dans la direction du nord au sud, et qui forment entre leurs rivages , hauts et cou-

1>ésà pic, le canal dont je viens de parer et dans lequel le vent du nord s'engouffre avec tant de violence que lorsqu'en décembre et janvier il souffle de cette partie, le village de Siantann, qui est situé .devant l'ouverture de ce canal, y est pendant des semaines entières exposé a des tourbillons d'une violence terrible, qui renversent les eases , empêchent d'allumer du feu , et forcent les habitants à se réfugier de l'autre côté de nie, après avoir mis les pros et les pirogues à l'abri sur le rivage opposé de la baie , auprès de l'aiguade , devant laquelle est, je crois, pour les

rands bâtiments le meilleur mouillage toutes les époques de l'année.

L'UNIVERS

« La plus orientale de ces deux tles est appelée Poulao-Mata ; elle a cinq lieues de long, et une seulement dans sa plus grande largeur; elle paraît montagneuse, et n'a que peu ou point d'habitants. Sa voisine, Poulao-Mobour, est beaucoup moins longue et plus étroite; mais elle a l'avantage de posséder une petite baie ouverte seulement au sudest , parfaitement abritée de tous les autres vents, et au fond de laquelle les navires des plus grandes dimensions pourraient facilement abattre en carène.

Ce port a reçu le nom de M. Paris, qui en a dressé fe plan ; juste récompense du zèle et de l'activité de cet otflcier.

« À l'est du groupe dont je viens de faire la description se trouve l'amas d'îlots et de banrs de corail au travers desquels la frégate la Thétis et la corvette t Espérance se frayèrent un pas* sage en 1825. A l'ouest, "au sud-ouest et au sud sont situées les autres parties principales de l'archipel, dans l'exploration desquelles je fus guidé non-seulement par de très-bons renseignements obtenus des Malais, mais encore par un pratique que me donna le raja de Siantann.

« J'allai de bonne heure à teve, accompagné de M. Chaigneau et de plusieurs officiers , faire ma visite à la première autorité , dont le beau-frère était venu à bord pour me servir de guide au débarquement. Je trouvai le raja gravement assis sous une galerie couverte qui formait le devant d'une grande case, espèce de hangar construit en bois et en nattes et suspendu sur des pieux , dans lequel j'entrai par une échelle faite de bambous liés ensemble avec du rotin.

L'ameublement en était un peu moins exigu que celui de la salle d'audience de l'île Belle; car une table grossière, garnie de bancs et recouverte d'un mauvais tapis qui jadis avait été vert , ornait le milieu de la galerie. Mais tout ce luxe européen ne pouvait compenser à mes yeux la propreté et surtout l'originale simplicité de la demeure du chef des ISatunas; je regrettai même le lait de buffle , le cocos , les cannes à sucre si rafraîchissantes, quand je vis servir la collation de rigueur, dans laquelle, probablement à mou intention, figurait, en place de thé, auprès des confitures chi-

noises une espèce de café que sa couleur équivoque et une matière huileuse qui surnageait au-dessus de sa surface rendaient également repoussant : je me dispensai d'en boire, malgré les sollicitations de mon hôte , dont les manières annonçaient un homme qui avait vécu avec les Européens; en effet, il était neveu du sultan de Rhio, maître des ISatunas et des Anambas, que les membres de la famille de ce prince , créature des Hollandais, viennent gouverner tour à tour. La bonne mine de ma nouvelleconnaissance , ses traits assez réguliers, sa physionomie moins douteuse que celle de In plupart des chefs malais , me prévinrent en sa faveur : aussi , après quelques instants, je lui offris le présent que j avais apporté avec moi pour en disposer suivant les circonstances. Il consistait en une fort belle paire de pistolets dorés, qui étaient Teniermés , ainsi que leurs ustensiles, dans une boîte d'acajou.

« Un pareil don devait paraître brillant au raja de Siantann, et cependant il nelereçutpascommejem'y attendais, et ne montra presque aucune apparence de plaisir. Il e*t vrai que le soir précédent un personnage de sa suite avait témoigné a M. Chaigneau , qui toujours nous servait d'interprète avec la plus aimable complaisance , que son maître désirait ardemment une montre; mais malheureusement il n'était pas en mon pouvoir de contenter la fantaisie du pacifique gouverneur des Anambas.

• La conversation languissait, car notre répertoire de mots malais avait été bientôt épuisé : je témoignai donc , pour terminer l'entrevue, le désir de parcourir le village ; mais mon hôte , qui mettait sans doute de l'orgueil à nous montrer ses possessions , voulut m'accompagner, et la promenade n'eut pour moi rien de plus gai que la visite.

« Vues de près, toutes ces cases, la plupart misérables et mal construites, perdirent beaucoup de leur prix à nos yeux. Elles étaient rangées sur la pîage , presque au milieu» du ressac, dont l'écume blanchissait leurs faibles pilotis, et séparées du pied de la montagne par un espace sablonneux et resserré. Dans un endroit où les rochers s'éloignaient un peu du rivage , nous vîmes la mos-

IJNDO-

quée , vaste hangar carre , dont ia base , assez élevée et bâtie en pierres de taille, soutenait de forts montants peints en rouge, sur lesquels un toit de paille était posé si légèrement, qu'il semblait comme suspendu en l'air. A l'extrémité opposée à la porte principale figurait une espèce de chaire crossièremeut travaillée , qui me parut être le seul ornement intérieur de cet édilice, dont l'extérieur n'avait non plus rien de remarquable.

« Cependant nous visitâmes avec plaisir le joli bassin destiné aux ablutions des fidèles, dans lequel coule sans cesse l'eau fraîche et limpide d'un petjf ruisseau que laissent échapper les bois voisins; très-près de là passe la petite rivière qui sépare le village en deux parties , l'une desquelles est habitée exclusivement par quelques Chinois , dont les cases annoncent l'aisance et la propreté : ces étrangers, qui aux Anambas comme partout ailleurs dans ces contrées sont marchands, cultivateurs et manufacturiers, font des étoffes de soie très-fines, dont le travail ne peut certainement être comparé a ce que nos manufactures fabriquent dans ce genre; mais celles-ci pourraient-elles en livrer de semblables aux mêmes prix?

« A ces étoffes, dont l'exportation est très-peu considérable, les insulaires des Anambas joignent d'autres produits de leur industrie ou de leur sol , tels que des cocos, du poisson salé, des holothuries séc liées au soleil, et une grande quantité de sagou , qui sont échangés contre des toiles de coton d'Europe, des porcelaines communes de la Chine , de la quincaillerie, et enfin contre du riz, dont ces îles ne produisent pas assez pour la nourriture de leur population.

Celle-ci cependant est si peu nombreuse que le village de Siantann, chef-lieu de la partie occidentale de l'archipel, ne contient pas plus de trois à quatre cents habitants, dont la plupart sont esclaves et appartiennent presque tous , comme dans les Natunas, au sultan de Rhio, pour lequel ils vont à la pêche, quand la saison est favorable, et cultivent des terres pendant le reste de Tannée. Ces malheureux forment une classe vouée au mépris et aux privations; ils vivent sur les bateaux ou dans de mauvaises cabanes, et ue peuvent rien posséder.

Combien de fois avons-nous vu ces pauvres créatures cacher avec soin ce qu'elles obtenaient de notre pitié, pour le soustraire à la rapacité d'un maître qui un instant après venait le leur arracher ! »

Le nom d'Anambas est complètement ignoré des Malais, qui nomment séparément les îles Siantann, Djamadjah, Sarasan et quinze autres, situées entre le 104e et le 1 10e de longitude est de Greenwich, toutes placées sous la dépendance du Djohor. La dernière citée, Sarasan, est celle que les Européens ont appelée Natouna du sud. Elle est la plus rapprochée de la côte de Bornéo.

Le groupe des îles Natounas situé plus loin, a l'est des Anambas, reçut probablement des Portugais ce nom inconnu aux indigènes. Les navigateurs les divisent aussi en groupe des Natounas du nord et du sud, et au milieu ils placent la grande Natouna. — Nous renvoyons, pour des détails hydrographi-

Sues plus exacts sur les deux groupes, à i relation de Laplace.

L'ancienne résidence du prince de Djohor. qui s'appelle aussi sultan de Linga et de Rhio, parce qu'il y a transféré depuis quelque temps son gouvernement,'et qui tire son origine des anciens radjahs de Malacca, est sur la partie continentale du territoire de Djohor. Elle est située surun fleuve, à cinq milles environ de son embouchure. Ce fleuve vient de l'intérieur de la presqu'île, et coule vers le sud, où i I se jette dans la mer, à cinq milles géographiques ouest environ du cap Rn mania , vis-à-vis de l'extrémité nord-est de l'île de Singapoure. Ce Djohor fut bâti par le malheureux sultan Mahmoud-Shah, douzième roi de Malacca, quand les Portugais l'eurent chassé, en 151 1 , de sa résidence de Malacca. Ce n*est à présent qu'un pauvre village de pécheurs, d'une trentaine de huttes. Les mines d'étain qu'on y a récemment découvertes passent pour être productives. Depuis l'établissement des Malais à Djohor on voit disparaître le nom de royaume de Malacca, qui s'était étendu sur toute la presqu'île jusqu'à la frontière du Siam. Leur empire, affaibli, se divise en plusieurs petits royaumes subordonnés, sur lesquels celui de Djohor n'a pu maintenir qu'imparfaitement sa suprématie.

L'UNIVERS

Les îles qui appartiennent à l'État Malais de Djohor, le long de son rivage méridional, sont très -nombreuses, à l'embouchure du détroit de Malacca, et, en partie, de grande dimension, mais toutes stériles, très-mal peuplées et plusieurs même sans habitants. Elles furent pendant longtemps, comme Djohor, le principal refuge des flottes des pirates malais, qui rendaient peu sûres les eaux de la Sonde et de Malacca. Dans ces derniers temps les relations plus intimes qu'elles out eues avec les Européens leur ont donné plus de sécurité. Dans la langue malaise, Djohor est le titre d'honneur d'un pirate, et ne signifie pas autre chose que « voleur de mer ». De ces îles, quelques-unes livrent de Tétain, d'autres une assez grande quantité de poivre noir, l'une d'elles du catéchu. La plus remarquable est celle où se trouve l'établissement hollandais de Rhio. Les Européens l'appellent Bentam ( Bintang); mais les indigènes l'ont laissée sans nom. A l'époque de la cession de Singapoure aux Anglais par les Hollandais , il y eut quelques difficultés à son sujet. Toutefois, les Hollandais tinrent bon, et, d'après le traité de 1824, elle resta entre les mains de ses anciens maîtres (1). Elle est située à l'extrémité orientale du détroit de Singapoure. Du côté de l'ouest, elle est accompagnée d'une quantité innombrable de plus petites et de plus grandes îles (Battam, par exemple ) qui s'étendent jusqu'à la pointe la plus méridionale de l'Asie, qui est le Tanjung Boulous, ou mieux le cap Bouros ( sous le 1° 15' de latitude nord , d'après

(i) D'après l'esprit de ce traité , si l'on suppose une ligue parallèle à l'équatcur, passant par rétablissement de Singapoure, cette ligne sera la limite sud de la colonisation anglaise sur le continent asiatique et les îles adjacentes; la limite nord de la rolonisation hollandaise dans l'archipel Indien. L'article la du traité dit en efTet : « Si M. Britannique s'engage à ne laisser former aucun établissement anglais sur les îles Carimon, Bintang, Lingiu (Unguiun), ou sur aucune des îles nu iud du détroit de Singapour, et h ne conclure ancuns traites avec les chefs de ces lies. » Voir, pour l'apprécialion des dispositions du traite de 1814 » la Revue des Deux Mondes, numéro du icr novembre 1848, p. 404 et suivantes.

Crawfurd). C'est là, c'est-à-dire entre ce cap et le groupe des îles Carimon (ou plutôt Krimun , selon Crawfurd), qui lui font face , (ju'on entre, en venant de l'est, dans le détroit de Malacca. Plusieurs de ces îles sont peu connues, beaucoup ne le sont pas du tout, d'autres n'ont pour habitants qu'un petit nombre de grossiers Malais, appelés Orang- Laôt , c'est-à-dire hommes de mer, gens de mer, pirates redoutés dans ces parages. Quoiqu'on ne les désigne que de nom comme sujets du royaume de Djohor, nous allons cependant ajouter sur aux et leur territoire , au milieu duquel s é lève l'île de Singapoure, avec son jeune établissement commercial , quelques brefs et remarquables renseignements.

Lorsque de la ville de Malacca, qui a donné son nom au célèbre détroit, on navigue vers le sud-est, on passe le long de la côie près des rochers Pouto-Pireng et Poulo-Kahab, en vue du cap Bouros, et on atteint le même jour les ites Cdrimon, ou plutôt Krïmoun (1). L'extrémité nord de la petite Carimon est située sous 1°8' t latitude nord ; elle n'a pas une heure de marche de longueur. Cest un pays élevé, mais qui n'a pas plus de cinq cents pieds de hauteur ; il est boisé, sauvage, sans culture, inhabité. La grande Carimon, située plus loin au sud, n'est séparée de la première que par un canal étroit ; elle a environ douze milles anglais de longueur et plus de deux milles de largeur; elle a de bonnes terres, qui seraient susceptibles de culture. Au milieu de cette île s'élèvent deux montagnes coniques, d'environ deux mille pieds de hauteur. En 1825, lorsque Crawfurd la visita, elle était habitée par environ quatre cents colons matait.

A l'ouest de l'île, du côté des promontoires de Sumatra, on aperçoit, il est vrai, très-distinctement beaucoup d'autres fies; mais leurs noms sont a peine

( 1) Ce groupe ne doit pas être confondu avec le groupe, de moindre importance , connu sous le nom de Krimon on Karimon- Java , situé à peu de distance, dans le nord de la résidence de Japara, dont il dépend. — Ces îles ont aussi servi de refuge aux pirates , et ils y relâchent encore quelquefois ou s'y embusquent pour y guetter au passage quelques petits navires dé commerce.

connus des Européens (1). Autrefois ces Ues Carimon étaient la station principale des pirates dans les eaux de la Malaisie. En 1823 (le 18 janvier) Craw/urd descendit seulement sur la petite Carimon . La roche de la cote, toute différente des roches à Malacca, était composée d'une pierre cornée porphy ri forme.

Fintayson nomme encore, outre celleci , un schiste silice reposant en grandes couches inclinées à Test sous un angle de 40°. Il est très-dur, fragile comme du Terre, d'une cassure conchoïde, noirbrun , sans restes organiques. Il remarqua dans la pierre cornée porphyrique un calcaire gris blanc avec des fragments arrondis de schiste siliceux. Ceci paraît indiquer des masses qui ont été produites par un soulèvement. Craw/urd remarqua que la surface de ces roches paraissait très-celluleuse , et dans des cavités glanduleuses se trouvait beaucoup de calcaire secondaire; une de ces excavations avait un demi- pied de profondeur, quatre pieds trois pouces de long et deux pieds de large.

En visitant plus tard cette île, on reconnut que retendue de cette roche de pierre cornée était bornée au rivage , et que c'était une formation superposée à un grain granitique; que le granit est traversé par des veines blanches de quartz riches en minerai d'étain. A partir du groupe d'îles Carimon, remarque Fintayson, plus loin vers Test, les îles sont très-nombreuses. Elles concourent à former le plus beau et le plus grandiose archipel de la terre. I^eur nombre est considérable ; elles sont trèsvariées quant à la forme, à la grandeur et à la hauteur. Beaucoup d'entre elles sont montagneuses; cependant elles diffèrent des mêmes formes dans les pays de roches primitives; elles n'ont que des hauteurs moyennes, avec des sommets arrondis et des pentes douces pour la plupart vers la base. Quelques-unes s'élèvent à peine au-dessus de la surface de la mer, comme rochers nus, d'autres s'étendent au loin de tous côtés, en laissant entre elles des hras de mer libres; quelques-

(i) Constilier, à cet égard, les cartes publiées par le baron Mel ville de Carnbec, dans le Moniteur des Indes orientales et occidentales; La Haye, in-4°, 1847.

unes sont tout à fait plates, d'autres toutes montagneuses. Elles ne sont nulle part couvertes d'une végétation basse; mais quoique le sol pierreux y soit si peu favorable, elles sont toutes, sans exception, boisées, et portent les forêts les plus maniûques, se déployant et se développant ans l'atmosphère ardente et humide des tropiques. Cette haute végétation est aussi antique que le roc qu'elle recouvre. Ce roc n'offrant souvent que très-peu d'espace et de nourriture pour les racines sous terre, la force végétative a été obligée de se chercher souvent une indemnisation, par des détours, des excroissances, des supports et l'extension la plus variée de la ramification des racines. Les plantes qui ne trouvent aucune substance nutritive dans la terre prennent les formes les plus étranges pour la trouver dans l'extension horizontale , et beaucoup de parties extérieures ont, là plus qu'ailleurs, d'après l'observation de Fintayson, la faculté d'absorption propre aux racines. Il vit des appendices végétaux de ce genre, souvent de dix à quinze pieds de long, s'étendre en ligne droite ou brisée pour trouver leur subsistance dans de rares fissures et crevasses du sol.

Fintayson nous dit qu'en continuant à naviguer au travers de ce groupe d'îles jusqu'à SingapouVe il lui semblait ne pas voguer sur la mer, mais plutôt comme s'il côtoyait les rivages d'un 'grand lac. Déjà le capitaine AL HamiUony en 1700, comparait la surface tranquille de la mer dans cet endroit avec la surface d'un étang à moulin ( the sea is always as smooth as a mill-pond ). Nous apprenons encore par la relation de Fintayson que ces eaux au sud de Poulo-Penang et le long de la côte de Malacca sont très-remarquables par leur phosphorescence. Tout l'Océan semble en feu, et laisse échapper comme des flammes de soufre et de phosphore. Chaque coup de rames produit comme une nappe de leu ; l'eau de la mer est verdâtre et vaseuse , et cette eau puisée le jour est lumineuse la nuit. L'observation montre que ce phénomène magnifique est dd aux petits corpuscules en forme de petits grains, gélatineux, vivants, qui, vus même sur la main, remuaient encore avec la plus grande vitesse pendant une

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roupie de secondes. Des fies nombreuses abritent ces eaux des typhons dévastaleurs, si fréquents dans la mer ouverte de la Chine, et des vents violents qui troublent si souvent la mer de Bengale. 1 /action des tempêtes dans le détroit de Singapoure ne se fait remarquer qu'indirectement, ou par réOexion. L'agitation orageuse de la mer de Chine s'étend jusqu'ici seulement sur l'eau de mer, qui enfle rapidement, acquiert une rapidité violente, et prend une direction particulière dans les marées. Une influence semblable, quoique moindre, est exercée par les orages sur les eaux du golfe de Bengale. A cause de cette double influence latérale, les temps des marées sont ici très-irréguliers. Leur action se maintient quelquefois plusieurs jours de suite dans la même direction, ce qui occasionne un arrêt d'eau et un trop plein dans certaines baies et criques; en même temps que des nombreux et étroits canaux qui séparent les îles l'eau se précipite avec la plus grande rapidité, comme si on lâchait une écluse. — Dans l'intérieur de ces îles l'influence régulière, |)ériodique, des moussons se fait à peine sentir, et les courants d'air prennent plutôt le caractère de brises de terre et de mer. Aussi les calmes sont-ils fréquents, et autrefois, lorsque des flottes de pirates croisaient encore dans ces eaux, ils les rendaient très-périlleuses pour des navires européens condamnés a l'immobilité; mais aujourd'hui que les passages sont nettoyés, cette mer est très-favorable à la navigation à vapeur. De là vient aussi une grande uniformité dans ta température pendant toute Cannée : elle est ici constamment agréable et douée , plus peut-être que dans aucun autre endroit de la terre, parce que la vaste surface de îa mer est à peine ridée par le vent, et le ciel est constamment pur. En conséquence, les ports sont très-sûrs : c'est un grand avantage, que Singapoure partage avec toutes les autres positions de ce genre. Par le fait, la saison des pluies, commune à tous les pays intertropicaux, manque ici; les luies tombent pendant tout le cours de année, et exercent l'influence la plus salutaire, en rafraîchissant l'atmosphère et animant la végétation, ce qui rend ces contrées plus agréables et plus propices

à l'homme. Les chaleurs tropicales sont ainsi adoucies et bien moins nuisibles qu'à une certaine distance de l'équateur ou dans des contrées arides. Ces venu ardents, souvent mortels, du continent indien sont presque inconnus ici. Les rivages sablonneux s' échauffent, ilestvrai, aussi pendant le jour; mais les nuits les rafraîchissent de nouveau, et l'atmosphère prend un charme particulier, qui s'harmonise avec le développement de la végétation. Les arbres s'étendent juaques vers l'Océan; les racines et les rameaux se couvrent souvent de coquillages d'huitres, les plantes, parfois, d'autres plantes. La terre, Vair et l'eau dans ces parages tourbillonnent aussi d'animaux de rang inférieur. La mer par exemple à tiingopoure est remplie de coraux, de madrépores, de mollusques des formes les plus remarquables. /• mlayson trouva ici une astérie du poids de six à huit livres; une espèce &akyonium, un champignon de mer, la coupe de Neptune (Neptunian goblet ou A cy> tuni* cup ), de la forme d'un gobelet, ayant souvent trois pieds de diamètre, haut de deux à cinq pieds; d'une forme très-élégante, d'une jaune safran lorsqu'il est frais, et brun étaut desséchél Cet ensemble favorable des iufluences naturelles agit à la fois sur la flore, b culture des plantes, et le monde animal. Des observations spéciales à ce sujet n'ont cependant été faites que sur llle de Singapoure, les autres groupes d'îles adjacentes n'ayant pas pour ainsi dire été visités. Les habitants de cette contrée insulaire , en général de race malaise , sont également peu connus. Ils appartiennent aux tribus les plus sauvages de leur race , et occupent même parmi les Malais le plus bas échelon de la civilisation. Les Malais de Malacca et de Djohor les appellent Orang-Laàt ( Orang , l'homme, et Laôt, l'océan \ ou Orang-Salài ( c'est-à-dire hommes de mer ou hommes du détroit, parce que le mot salât désigne en malais tous ces détroits et passages entre les grouppes d'iles), par opposition aux Orang- Daràt c'est-à-dire hommes du sec }, habitants de l'intérieur du continent ; die même que leurs compatriotes habitant à l est s'appellent Orang-Timor (hommes de l'est). En effet ce nom de Orang-

Laôt ne* sert qu'à désigner les Malais maritimes, dont le domicile est la mer. depuis trois siècles que les Portugais les ont fait connaître, et qu'ils les nommèrent ( ellati , ou Salât, Sut /a ti (SaUeitersâ'A. Hamllton{\), vers l'année 1700) les redoutables pirates de ces eaux (les SpeckMalayer des Hollandais ) (3), qui aujourd'hui encore ne rivent que de pêche et de piraterie.

Les Malais de cette côte , d'après la remarque de /• inlay son, sont encore peu habitues à la vie agricole. Ils mènent de préférence la vie vagabonde des pirates : comparables sous beaucoup de rapports aux peuples nomades de l'Asie centrale ou aux tribus d'Arabes pillards; seulement ils errent sur la plaine liquide, comme les autres dans les déserts sablonneux ou les steppes immenses. Us n'ont pas encore appris à diriger leur intelligence et leurs forces vers les paisibles conquêtes de l'agriculture , et la civilisation européenne ainsi que l'industrie chinoise n ont pu jusqu'à présent exercer aucune influence sur leur manière d'être et sur les pays qu'ils occupent. Leur unique progrès industriel consiste en petits essais de plantation fie poivre et en préparation ae la terra japonica, catechu, qu'on n'obtient pas ici du mimosa catechu, mais de l'arbuste de eambir, nauclea gambir ou aculeata Lin., qu'on appelle uncarra. C'est une plante grimpante, qui a trois à quatre pieds de hauteur et vient dans le plus mauvais sol. On en cueille les feuilles trois ou quatre fois par an ; on les cuit dans des chaudrons eu fer, avec un peu de sagou, et on les laisse refroidir. Il se forme alors une décoction savonneuse en grains, qui se durcit, que l'on coupe en morceaux et qu'on mâche avec la feuille de bétel, ce qui lui donne un goût Apre, astringent, suivi par un autre doux, agréable et très-aromatique.

Crawfurd, qui résida longtemps dans ces enux et apprit à mieux connaître leur population que ses devanciers, trouva

(x) Cap. Alex. Hamilton, Ne» Àee. of thé East Indus; Edirnb., 181», in-8°, p. 98.

(a) Missionnaire Jnhn de Tranquebar, «or le* Spfrk-MalajiT, dan» le* Nouvelles publications de la Société" des Amis des Études de la Nature de Berlin, I. IV, p. 35 1.

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ces Orang-Laôt peu différents d'autres peuplades malaises, excepté un extérieur plus sauvage et une langue plus dure.

Us se donnent le nom de'mahométans, et s'appellent aussi eux-mêmes rayoU, c'est-à-dire sujets , du roi de Djohor; mais cette dénomination ne leur fait pas plus d'honneur, parce que chez les Malais occidentaux rauot signifie pirate (identique avec djohor). Ils sont divisés en vingt tribus, qui sont nommées et distinguées par les étroites passes maritimes (salât) qu'elles dominent.

La plupart passent leur vie sur leurs barques ; quelques-uns ont des huttes sur les rivages ; les plus civilises d'entre eux plantent des bananier*, qui poussent très-vite et donnent en abondanca des fruits nourrissants. Mais ils ne connaissent pas la culture du riz, ni du cocotier, arbre qui offre les plus grands avantages à tant de peuples insulaires.

Crawfurd ne s'attendait pas à trouver une tribu malaise à un si bas degré de civilisation. Ils ne vivent que de pêche; c'est leur occupation principale, soit

S'ils vivent sur leurs barques, soit sur rivages ; ils échangent avec des poissons tous les autres articles dont ils ont besoin. Leurs barques sont de misérables canots (petits pros), couverts de feuilles de palmier, à l'abri desquelles vit toute la tamille, femmes et enfants. Leur commune occupation est la pêche, d'après laquelle se règle leur subsistance. Ainsi , par exemple , Crawfurd prit connaissance d'un port à l'ouest de Singapoure, semé d'Uea verdoyantes, qui leur sert d'asile. Un grand nombre de pros y restent près du rivage; avec la marée elles vont au large. Ils pèchent en général avec le harpon ; c'est pourquoi le port a reçu le nom de Panikam. Ils manquent rarement avec leurs fouines les gros poissons, qu'ils poursuivent dans une eau claire, transparente. Le produit de ces efforts ne peut être que chétif en comparaison avec la pêche au filet ', que font les colons chinois à Singapoure , et dont ces Malais se plaignaient amèrement aux Anglais , comme détruisant tout leur profit. Ceci prouve seulement leur indolence, leur peu d'énergie; ils sont sauvages, lourds, incultes comme leur langue ; mais aussi point égoïstes ni perfides. Crawfurd estime de la manière

Ï/UNIVKRS

suivante leur petit mobilier de ménage : leur hutte ordinaire a tout au plus la valeur de cinq dollars, leur meilleure maison pas au delà de vingt, la barque qui leur sert d'habitation six, leur canot de pèche quatre , un pot en fer de fabrique chinoise ou siamoise un demi-dollar.

— La plupart de ces gens vont presque nus. Comme ils ne connaissent pas Fart du tisserand, quand ils s'habillent, c'est en tissu étranger, préparé à Célèbes.

Leur sarong ou robe de dessous coûte quatre dollards , mais dure quatre ans ; leur mouchoir de téte, qu'ils portent en guise de turban , un demi-dollar. Leur nourriture principale est le sagou crû ; mais on le leur apporte des Iles basses situées devant Sumatra. Le riz serait ici un aliment de luxe , comme le froment en Irlande. On achète le sagou en gâteaux du poids de dix-sept livresenviron, et au prix d'un demi-dollar par picul (133 livres \). Le riz a une valeur quintuple, trois dollars un tiers pour un picul ; mais aussi il est deux fois et demie

S lus nourrissant que le sagou , c'est-àire qu'une quantité donnée de riz équivaut à deux fois et demieautantde sagou. Ce bon marché du sagou et la facilité de la pèche sont considérés par Crawfurd comme les causes principales de l'indolence de ces insulaires et de leur degré inférieur de civilisation. Les dépenses d'un demi-sauvage de ce genre atteignent à peine un demi-dollar par mois, et cela dans une position où lapluschétive nourriture végétale qui puisse soutenir une existence entre pour les trois quart s <1 ans la somme des besoins. La proximité de Singapoure et des colonisations européennes ainsi que chinoises a déjà produit des changements heureux dans la vie de ces peuplades sauvages.

Finlayson observe en général que les tribus malaises de ces fies ainsi que les Malais à Djohor et M a lave a sont bien en arrière des Chinois sous le rapport de l'intelligence industrielle, comme aussi dans les arts et la civilisation , de même qu'elles leur sont inférieures en taille, en force et dans l'aspect extérieur du corps; d'un autre côté, ces Malais paraissent être supérieurs aux Chinois en courage militaire, en hardiesse, en esprit d'entreprise, et ils sont doués d'une imagination ardente. La plus grande

partie de leurs tribus, dit Finlayson, vit encore dans un certain état de sauvagerie, ceux même qui sont te plus favorisés n'ont pas fait de grands progrès en civilisation. On est donc conduit à conclure qu'ils ne sout pas du tout un peuple ancien ; et leur origine est encore plongée dans l'obscurité.

Ils constituent la population principale de l'archipel et du continent voisin, mais prennent dans différents établissements différentes manières de vivre. !)e leur nature ils ont moins de disposition pour le commerce que les Chinois , les Malabares et autres Hindous voisins ; c'est pourquoi ils ont été partout facilement refoulés de leurs positions favorables au commerce , par les Européens surtout. Ils sont navigateurs passionnés ; voilà pourquoi ils sont si hardis et si entreprenants dans leurs expéditions; ils méprisent la vie tranquille des campagnes. Quand ils sont en repos, ils deviennent paresseux, négligents, indolents , mais au moment du danger, au contraire, sauvages, et cruels. La perfidie qu'on leur reproche est plutôt le résultat de leur état social que de leur caractère ; leurs usages sont cependant révoltants. Les malheureux naufragés sont toujours de bonne prise pour eux; ils n'en ont aucune pitié. Mais avec ia vie qu'ils mènent toujours sur l'eau, sans domicile , vivant au jour le jour, il est presque impossible d'en attendre autre chose. Comme pécheurs, ils n'ont qu'à penser à assouvir leur faim ; après avoir mangé ils se reposent à l'ombre des arbres du rivage, ou bien sur leurs embarcations, jusqu'à ce que la faim les pousse de nouveau à la pêche. Les femmes sont aussi bons rameurs que les hommes ; elles n'ont pas de soins à donner au ménage, et s'occupent peu de leurs enfants. Tout misérable qu'est cette vie nomade , sans domicile, et gui consiste à rôder de crique en crique et dans des milliers de détroits et de passages , entre d'innombrables Iles vertes et des rochers nus, avec famille , avoir et fortune, c'est-à-dire quelques haillons, cependant il a été impossible jusqu'à ce jour de forcer les Orang-Laôi 2 changer leur manière de vivre. D'autres Malais, parexemple à Singapoure et à Malacca , sont arrivés à un degré de ch ili-

INDO-CH1ISE.

sation plus élevé, sans cependant être encore bien avancés. L'homme est trèslent à sortir de l'état brut, sauvage; les degrés par lesquels il s'élève sont presque imperceptibles! Les Malais actuels de la presqu'île , et (bien certainement ) ces hommes de mer dont nous venons d'esquisser les mœurs, ne paraissent pas avoir devancé leurs ancêtres dans la carrière du progrès social, si nous en jugeons par la comparaison des observations modernes avec les premiers renseignements obtenus par les anciens voyageurs. Au point de vue de la civilisation propre à ces peuples, dans les conditions où les plaçait leur isolement des Européens, il y a même décadence; et Tinfluence européenne doit , ici comme dans le reste de l'extrême Orient , fonder l'avenir sur les débris du passé.

Finlayson , qui avait eu occasion de mesurer beaucoup <iy Oranç-Laôt, trouva leur taille moyenne de cinq pieds trois pouces anglais; la circonférence de la cavité pectorale deux pieds dix pouces, la circonférence du poing fermé onze pouces; la moyenne de l'angle facial 66° r, la moveune de la température sous la langue 100° 02; enfln, le poids moyen, de neuf stone huit livres, ou environ 60 kilos,'.

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