‹ Japon, Indo-ChineChapitre 76 sur 101 · H1NE · texte numérisé non relu

H1NE

venus. La légende assure que la reine eut la modération de n'en épouser qu'un : elle conféra la dignité royale à l'aîné des deux frères, et celui-ci , en mémoire de son origine , fit placer sur ses monnaies la figure d'un bœuf et celle du trident (ou aiguillon), instrument de sa profession.

MARTARAN; MAULMÉIN; AMHKRST; YÉ; TAVOY j TENABSÉRIM.

Introduction. — Le peu que nous avons dit d'Arakàn a suffi pour montrer que la possession de cette province n'est

Îoint sans importance pour les Anglais.

*e reste des acquisitions anglaises aux dépens des Birmans est à la fois beaucoup plus étendu et d'une bien plus grande valeur absolue. Les provinces qui les composent se développent sur une ligne oblique d'environ cinq cents milles géographiques, dont le point le plus occidental est le promontoire sur lequel la nouvelle ville tfsimherst a été construite, en 1826-27, vis-à-vis l'île lialou, à vinçtcinq milles anglais au sud de Martabàn (par 92° 35' de longitude est du méridien du Greenwich ). Le point le plus est de cette même ligne ne peut être assigné que par conjecture; mais il ne saurait être placé au delà du 99e degré; ce

3ui donne pour le plus grand diamètre e la zone territoriale occupée par les possessions britanniques environ quatrevingt-cinq milles géographiques; mais la largeur moyenne de cette zone n'est pas de plus de cinquante milles. Sa superficie est évaluée par Crawfurd à trente-trois mille huit cents milles carrés, en y comprenant les îles qui en dépendent. La rivière Satwen (Sanlien, Sanlun et Sanluen du capitaine Low (1 ) : plus correctement, selon Craw-

(i) History o/Tennassirim, by eaptain James Lowf Madras ArmytM. R. A. S. etc., etc.; dans le Joitrnal de ta Société Royale Asiatique de Londres, vol. Il, pag. a4* * vol. III, paR. a5 à 54 , al pag. 287 a 336; vol. iv, pag. 4a à 108 , et pag. 3o4 à 33a; ▼ol.V, pag. 141 à 164, et pag. 1 ida »fi3. — Ce dernier volume a paru en 1 83g. Le mémoire du capitaine ( aujourd'hui colonel ) Low doit être considéré comme le travail ethnographique te plu» complet qui ail encore paru sor

536 L'UNIVERS

furd , Than-Lwen), forme la frontière petit tonnage, et pour des bateaux à ra-

ouest entre les Birmans et les Anglais , peur, au delà. Le fVagrou n'a pas plus

sur une longueur d'environ cent qua- de vingt-cinq à trente milles de cours,

rante milles. La baie de Bengale limite et est néanmoins navigable jusqu'à dix-

partout ailleurs , à l'occident , les pos- huit milles de son embouchure, près de

sessions anglaises, et leur donne un dé- la ville d'Amherst, où il contribue à

veloppement de trois cents à quatre former une des rades les plus belles et

cents milles de côtes. les plus sûres de toute l'Inde. La rivière

A partir du nord les rivières naviga- Yé ou Yi (Zea ou Hé) est peu considé-

bles sont :le ou la Salwen (probablement rable, et navigable seulement pour des

le Lou-Kiang ou Nou-Klang des CM- embarcations , pendant une partie de

nois), le Gain (Gyein ou Gyein-Kiang), Tannée : son embouchure se trouve

YAttaran (Attaram, ACtharam ou entre le 15r et le 16e degré de latitude.

Ithiyan deLow), le JVagrou ou Â'a- La rivière Tavoy prend sa source vers

lyen, le Yê% le Tavoy et fe Ténassérim. le 15* degré, coule entre dm rangées de

Le Salwen prend sa source dans la montagnes à peu près nord et sud, €t se

province chinoise de Yunnan, traverse le rend dans la mer par 13» 30' de latitude

Lao et partie de Siam, pénètre dans l'em- nord. La ville deTavoy est à trente-cinq

pire birman entre le 19* et le 20e degré milles environ de la mer, sur la rive eau-

de latitude, et se rend dans la mer par che du fleuve ; des navires de cent vingt

deux embouchures, séparées par l'île fia- tonneaux peuvent v remonter. La rivière lou. L'embouchure la plus sud atteint deTénasserim(l^dont)asourcesetrouve environ le 16e degré": sa largeur est de au 15° !<">'. court presque parallèlement sept milles; l'embouchure nord, plus à la rivière de Tavoy jusque vis-à-vis la large, à ce qu'on assure, est obstruée par ville de Merght, où elle tourne brusquedes bancs de sable. La rivière n'est pas ment à l'ouest, pour se jeter dans la mer navigable, à proprement parler, pour par deux embouchures, dont la plus sepplus de cent milles; elles gros navires ne tentrionale est située par 12° 1 1'; cette

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peuvent guère s'élever au-dessus de son embouchure est navigable pour des

embouchure. Le Gain, large mais peu vires ordinaires jusqu'à une quarantaine

profond , se jette dans le Salwen , à la de milles, et pour bateaux jusqu'à cent

ville de Martabân, et prend probablement milles.

sa source dans la chaîne de collines qui La province de Mautama (2) ou

sépare le Martabân de Siam. VAttaran Martabân, aujourd'hui partagée à peu

suit la même direction , et se jette dans près également entre les Anglais et les

le Salwen , un peu au-dessus de Marta- Birmans , s'étend entre les 16e et 18e de-

bân : ce petit fleuve, étroit, profond, grés 30 minutes de latitude nord. Elle

mais de peu de pente , n'a guère plus de est bornée à l'est par les montagnes de

cent milles de cours : il est cependant Siam, ou la contrée montagneuse appelée

navigable, même pendant les basses par les Birmans Mlya-tVaddy ; au sud,

eaux, jusqu'à soixante-dix milles de par la rivière Balamien, qui la sépare de

son embouchure, pour des navires de Yé; à l'ouest, par le golfe de Martabân ;

au nord, enfin, par les provinces Taung-

les provinces conquiux.-L* rapports du doc- d«mi> P**'6 « «"« de Settauna et

leur Helfer ( J. W. ) sur TénassTim, insérés Thampagou et les montagnes qui Bor-

dans le Journal de la Société Asiatique du dent ,es POSSCSSIOUS Siamoises de ceedte. Bengale, et qui nous ont fourni des données

précieuses sur la valeur actuelle et Y avenir (i) Appelée par les indigènes du nom de

probable de ces nouvelles acquisitions, con- Tannau, comme la province : sa branche

ent les vues exposées par le capitaine Low principale, jusqu'à un point nommé Này-

«t les complètent. — Nous ne saurions trop tating-lan ( littéralement « la montagne de la

de rivière des nais » ), porte le i

isnder l'étude de ces deux séries de rivière des nais » ), porte le nom de Chaungi

recherches et observations du plus baut inté- ( Tcluutnggui), suivant le capitaine Low. C'est

rêl. Le dernier rapport du docteur Helfer a le Tenon thar 'unyit des Birmans, été publié dans le neuvième vol. du Journal (a) Le Salwen est appelé par les

L'aspect général de la contrée est celui d'un pays de plaines , coupé cà et là par des rangées de collines dont 1a base est un roc nuartzeux, ou par de petits monticules de roches calcaires bleues, isolés et très-pittoresques. La surface de la province d'Amherst est évaluée par Crawfurd à environ dix mille milles carrés.

Les montagnes siamoises qui bornent ce district à l'est ont un aspect imposant : plusieurs pics paraissent dépasser seize cents mètres. Il y a deux passes connues du Martabân dans le Siam. La plus importante et la clef de l'un et l'autre pays, comme position militaire, paraît être la « passe des trois pagodes » ( Phra-Song-Shou des Birmans , Phrachidi-Sam-Ong des Siamois ), par 15° 18' de latitude nord et 98° 22' de longitude est (méridien de Greenwich). Cette passe n'est pas aussi escarpée que celle qui conduit de Tavoy à Siam. X)n peut aller en vingt-trois jours de marche ordinaire de Martabân à Bangkok : et les gens du pays font quelquefois le voyage en beaucoup moins de temps. La majeure partie du trajet se fait par eau.

Le pays est naturellement fertile, et produit en abondance du riz de bonne qualité, du froment et d'autres grains.

Les richesses minérales paraissent être considérables, mais n'ont encore été qu'imparfaitement explorées. Le capitaine Low énumère assez au long les productions de toutes ces provinces ; mais nous sommes forcé de nous borner à renvoyer le lecteur à son intéressant mémoire', dont nous aurions voulu pouvoir donner d'amples extraits. Le Martabân et en particulier le petit district d'Yé sont riches en teck et autres bois de construction. Yé et Tavoy (appelé indifféremment par les Indigènes Taooy, Dawac, Dawai , Dawi ) sont des pays montagneux : Mergui est plus montueux encore. U est à remarquer que les noms de ces provinces sont en même temps les noms de leurs capitales et des rivières principales qui les arrosent.

Le commerce y a été de tout temps assez actif; aussi actif au moins que le permettaient les luttes presque continuelles des Birmans et des Siamois, qui se disputaient la possession de ces contrées. Depuis que la domination anglaise y est établie , les relations com-

merciales ont pris un accroissement considérable. Les principaux articles d'exploitation et d'exportation sont, comme par le passé, les bois de construction , le cardamome , le cachou , la cire, l'ivoire, les cornes de rhinocéros et de cerfs, les nids d'oiseaux, les holothuries, etc.

La population de la province d'Amherst depuis l'immigration des Pégouansdu Martabân Birman (à laquelle nous avons fait allusion dans notre Introduction , p. 243 ), est évaluée par Cra wfurd à quarante-quatre mille âmes.

Low la porte à cinquante mille, ainsi répartis :

Birmans et Pégotians 48,000

Chinois, Karians, etc. 2,000

Elle dépasse probablement ce chiffre aujourd hui ; car la ville de Maulmein ( Maulamyeng des Birmans ) comptait déjà en 1848 plus de trente-six mille âmes. Maulmein est la principale station militaire de ces provinces. Yé compte au plus trois mille habitants.

La population de Tavoy avant l'occupation anglaise était, selon Low, de dix-sept mille huit cents âmes, v compris les K aria u s ou Karines. Elle est aujourd'hui, d'après la même autorité, de vingt-six mille cinq cents ; savoir :

Tavoys 22,200

Pégouaus 2,100

Chinois 300

Karinnes et (' ha tomes (les Sa-

lones on Silongs ) 1,850

Chrétiens d'origine portugaise. 50

Mergui. La ville de Mergui , située par 12- 26' 30" latitude nord et 98° 38' longitude est de Greenwich, compte probablement de huit mille à neuf mille habitants, dont au moins sept mille Birmans et Pégouans, trois cents Chinois, deux cent cinquante chrétiens d'origine portugaise et autres, et peut-être trois cents ou quatre cents Siamois.

Quant a Ténassérim, qui a cependant donné son nom à toutes ces provinces, ce n'est aujourd'hui qu'un village d'une centaine de maisons et contenant de quatre cents à cinq cents habitants.

( 12° 12' latitude nord et 99° 3' longitude est, suivant le capitaiueR. Loyd[/ot<r-

L'UNIVERS

ml de la Société Asiatique de Calcutta,

décembre 1838 ]).

L'ensemble de ces populations diverses s'élève en tout aujourd'hui à environ cent mille âmes ; c'est un peu plus de trois habitants par mille carré. Il y a là un vaste champ ouvert a la colonisation ; et la fertilité naturelle de ces contrées, jointe à la salubrité du climat et à la sécurité que doit inspirer la protection éclairée ae l'administration anglaise, invite à des entreprises d'exploitation sur une vaste échelle. Ce que nous avons à dire du caractère et des habitudes de la population indigène confirmera pleinement ces prémisses.

coup d'geilethnographiquesuh les

PROV1NCBS DE TÉNASSÉRl M.

Les provinces de Ténassérim sont isolées comme celles de Wellesley, Malacca et Singapoure.

Elles sont limitées parla baie de Bengale ( jusqu'à présent la seule voie de communication ) et par des États étrangers. La rivière Salwen ou Salvtn I l< I fer) les sépare du Pégou Birman vers le nord-ouest; la rivière Thoungi, des États Shdn de Zim-May, Labaing et ) ahaing vers le nord ; la chaîne péninsulaire , du royaume de Siam à Test ; la rivière Pa/tclum, des Ktats Siamo- Malais vers le sud. La haie de Bengale et les archipels Nicobar et Andaman bornent les côtes ouest de ces provinces.

Les nations voisines sont :

Les Birmans et les Siamois, possédant un gouvernement assez régulier et consolidé; les États tributaires Siamo-Maiais et les Sh(ins- liirmah , les INicobariens à demi sauvages et les cannibales Andarnanais.

Les provinces de Ténassérim incorporées à l'empire hindo britannique par suite de la guerre de 1829-24-25, en même temps que Assamet Arakan, consistant aujourd'hui, comme nous venons de le voir, en:

Une nartie de l'ancienne province de Martaban (la province Amherst), autrefois dépendante du Pégou ;

Les districts de Yé (ou ïï), Tavoy, Mergui et Ténassérim. (1)

(tj Les observations générales du docteur Heller sur le caractère et lea ressource* com-

Quand l'accès des États Birmans était

interdit aux Européens , ou quaud les ambassades se rendaient par une seule route à A va, en remontant rirawaddv ; la population et les ressources du pays étaient grandement exagérées. Depuis la guerre et l'occupation par les Anglais, on a recueilli des renseignements plus exacts, et l'on a acquis la certitude que le Birman ne peut prendre rang qu'avec les États Indiens du second ou du troisième ordre. La population , évaluée d'abord à dix-sept millions, ne dépasse pas, comme nous l'avons vu, quatre millions. Les récils tant soit peu poétiques et exagérés de Symes avaient donné une fausse idée du gouvernement et de ses ressources :

on s'était mépris également sur le caractère des habitants. Au lieu d'être une race guerrière et de mœurs grossières; ce sont des cultivateurs d'un caractère doux et naturellement gai , opprimes par un gouvernement absolu et tvrannique.

Ils ont été belliqueux et conquèrauis sous l'influence de certains chefs; mais ils n'ont ni l'humeur envahissante et féroce des Tartares, ni les dispositions sanguinaires et pillardes des Arabes, ni le courage personnel des uns et des autres.

La vanité nationale des Birmans a été entretenue par leurs succès contre de petits Etats et la politique pleine d'hésitations et de ménagements de leurs puissants voisins les Anglais.

Les Shans tributaires , dans le nord, qui peuplent les États de SLim- May, Labong et Yéhaing , sont aussi une race naturellement agricole, mais suivant en partie, à cause de la nature mon tueuse de leur pays, les mœurs des peuples pasteurs. Divisés eu faibles clans , détestant les Birmans ( et probablement les Siamois), trop insignifiants pour devenir indépendants, ils paraissent avoir recherché dans ces derniers temps la protection des Anglais.

Les Siamois sont un peu plus avancés que tes Birmans , ear le souverain protège l'agriculture et même le commerce.

D'ailleurs, les habitants sont plus industrieux. La vallée de Siam est fertile au plus haut degré : un grand nombre de Chinois y sout établis, et contribuent

parées de cm différents pays nous ont fourni la matière du préaent easai.

INDO.I

puissamment à développer la prospérité ou pays. Les revenus peuvent être estimes à au moins le double de ceux de Birman. La vanité nationale, ravivée depuis que les Siamois ne se croient pas menaces par les Anglais, leur fait témoigner moins d'admiration ou de crainte a l'égard de oes derniers. Cest ce qui résulte des observations récentes du docteur Richardson.

Les provinces de Ténassérim n'ont point de rapport avec les États Malais; mais quelques Malais viennent a Mergui pour traiter avec le gouvernement, îles nids d'oiseaux , etc.

Les Birmans des provinces de Ténassérim font quelque commerce avec les Nieobariens ; ceux ci échangent des cargaisons de cocos contre des draps ou étoffes, du tabac, du fer et de la poterie. Ils sont en ce moment indépendants; car les Danois qui y avaient des établissements les ont entièrement abandonnés.

Les Andamans (ou Andamanais ) , peut-être les derniers dans l'échelle des races humaines, race maudissante et maudite, attaquent et tuent tout étranger et le mangent quand ils t'ont tué. Les cotes de leurs îles sont visitées par les Birmans pour y faire la pèche des holothuries, ou y recueillir des nids d'oiseaux ; mats ils n'ont aucun rapport avec les naturels. Ils vivent à bord de leurs bateaux ou dans des cabanes temporaires défendues par des retranchements palissades.

Les Hollandais ne sont pas connus sur cette côte; pas un seul navire néerlandais n'y a même paru depuis l'occupation anglaise.

Quelques vieux habitants se rappellent les Français. Dans la dernière guerre les flottes relAchaient dans la baie de Cile du Boit pour guetter au passage les navires de la compagnie faisant le commerce de Chine, etc.

Les Chinois se sont établis dans les provinces comme marchands ou artisans.

Une caravane d'Yunnan approcha à la distance de quinze à vingt jours de marche de Mauhnéin, il y a quelques années, et avait l'intention dy venir commercer ; mais l'état du pavf et les intent ons peu bienveillantes de Tharawaddy les tirent rétrograder. On assure

que le commerce aujourd'hui tend à rependre cette voie.

La stabilité des empires chinois et japonais depuis tant de siècles forme un remarquable contraste avec les changements et Jes révolutions qui ont marqué la vie des peuples de l'Indo-Cliine, c'està-dire la Cocninchine, le Tonking, le Cambodje , Vjnjam ou Laos, Siam et Birmah. Ces royaumes, tels qu'ils existent maintenant, sont élevés sur les ruines de nations vaincues, dont l'histoire n'est plus connue.

Celle de Ténassérim est fort obscure.

On peut à peine conjecturer quels ont été ses premiers habitants ; car on ne sait même pas qui étaient ses habitants il y a quatre siècles. A en juger par les Karinnes ou Karians qui vivent dans l'intérieur du pays, et qui ont survécu à toutes les conquêtes successives , il est probable que la première race qui a peuplé le pays appartenait au rameau mongolique. Birman , Siam et Cambodje paraissent avoir été peuplés par des migrations du nord, et rien n'indique qu'il

5 ait du sang malais dans les peuplades e Ténassérim.

La population , ily a deux siècles , paraît avoir été d'extraction ta/aïne, avec quelque affinitédu côte de Siam ; et Martabân est mentionné par les Portugais comme une place de grande importance commerciale. Ces provinces étaient depuis longtemps sous la domination de Siam quand A lom-Prâ s'en empara, et les Birmans en restèrent les maîtres jusqu'à l'année 1824, où elles furent réunies à l'empire hindo-britannique. Avecde nouveaux maîtres arrivaient de nouveaux habitants, et les Siamois furent depuis le règne d'Alom-Prâ entièrement remplacés dans les provinces de Ténassérim par les Birmans.

Les peuples qui habitent maintenant ces provinces , au nombre total d'environ cent mille âmes, sont Birmans, Tulains, Siamois, Kariunes, Silongs et gens du dehors.

Les Birmans sont les plus nombreux.

Leurs résidences principales étaient Martaban, Mergui et Yi. Mauhnéin est d'origine récente, ne datant que de l'occupation des Anglais.

Les villages birmans et leurs plantations sont dans le voisinage de la mer ,

L'UNIVERS

sur les bords de rivières navigables et sur des criques.

Les Talalns , originaires du Pégou , sont une race éminemment agricole, planteurs de riz avant tout. Opprimés par les Birmans , ceux des Talalns qui habitent la province d'Amherst (anciennement partie de Martabân ) émigrèrent sur le territoire siamois. Depuis qu'ils ont appris à connaître les Anglais, ils se sont montrés disposés à se ranger sous leur domination : beaucoup d'entre eux ont choisi un refuge dans les provinces de Tenassérim ; mais les plus éloignés n'ont pu émigrer dans I origine , ou en ont été empêchés par les autorités birmanes.

La rétrocession du Pégou aux Birmans par les Anglais victorieux a porté un coup fatal et inattendu à ces populations, (4ui espéraient que les conquérants conserveraient leur conquête.

Moulméin (ou Maulmein), la nouvelle capitale des provinces de Ténassérim , était dans l'origine presque entièrement peuplée de Talalns; et on calcule qu'encore aujourd'hui il s'y trouve vingt Talalns pour un Birman.

Il est devenu à peu près impossible de les distinguer les uns des autres, les deux races s'étant mêlées depuis un grand nombre de générations. Les Talaïns ont une langue particulière, mais qui se parle moins de jour en jour, et il est probable qu'elle sera oubliée avant longtemps. Le birman est la langue universellement répandue, et parlée par ceux même des Talalns qui n'ont pas encore oublié leur langue maternelle.

Les Siamois sont en petitnombre dans ces provinces ; mais depuis qu'ils ont eu des rapports plus fréquents avec les Anglais, ils ont appris a juger de leur supériorité sur les Birmans et de la douceur de leur gouvernement; et de même que les Talalns cherchaient naguère un refuge dans les États siamois pour se soustraire à la rapacité et à l'oppression des Birmans, de même les Siamois, quand le joug du despotisme s'appesantit trop sur eux, viennent demander asile et protection dans les prov inces anglaises. Ces nouveaux émigrés s'établissent de préférence dans le districtde Mergui, sur les bords de la grande et de la petite rivière deTénassérim. On

assure qu'il leur est très-difficile de s'ex patrier, et que lorsque le gouvernement siamois peut se saisir des fugitifs, ils sont inévitablement décapités.

H e I fer regarde les Siamois comme une race vigoureuse , industrieuse , plus entreprenante que les Birmans. Ils sont plus aisés à gouverner, doux, paisibles. Ceux qui sont venus s'établir dans le Ténassérim y ont introduit la culture de la canne à sucre.

Les Karians ou Karinnes sont les plus anciens habitants des provinces :

on ne peut remonter à leur origine.

Quelques observateurs pensent qu'ils sont les vrais indigènes ; d'autres les regardent comme les débris d'une grande nation qui se serait expatriée et répandue sur une vaste étendue de pays; car on trouve des tribus karinnes depuis le 11e jusqu'au 23* degré de latitude nord : les missionnaires américains veulent qu'ils soient venus du Tibet; mais ils n'en donnent pour preuve que l'analogie de quelques noms et de quelques coutumes. On trouve en général ces tribus dans un état de dépendance, si l'on en excepte ceux qu'on appelle les Karinnes rouges y bu nord de Maulméin :

ils ont résisté victorieusement aux tentatives, souvent renouvelées, des. Birmans pour les assujettir. Ce sont des montagnards, qui vivent surtout de pillage. Les autres tribus habitent les plaines ou les vallées ou les bords des rivières , cultivant ce qui est indispensable au soutien de leurs familles, rien au delà. Ils défrichent péniblement un coin de terre au milieu de la forêt, après avoir abattu les arbres, et sèment parmi ces débris végétaux, à peine brûlés, le riz de montagne et les autres graines, qui leur fournissent ce dont ils peuvent avoir besoin pendant l'année. L'année suivante on choisit un autre terrain, dans le voisinage du premier, qu'on défriche et plante de la même manière , et au bout de quelques années, ou en cas de mort, de l'un des membres de la petite communauté, on va chercher plus loin un lieu de défrichement. Ainsi les a a r innés mènent une vie errante , ne forment nulle part d'établissements durables. Les préjugés superstitieux de ces tribus nomades fournissent l'explication de leurs habitudes. La crainte des

LNDOCHINE.

génies ou esprits (nâU) qui président a ux diverses localités paraît être le princi-

Îal motifqui les po rte à changer de place, .eur civilisation est presque nulle. On a ssure qu'ils ont une langue à eux, et c'est un fait remarquable que les Karinues qui sont établis sur les frontières de la Chine parlent un dialecte de la même langue qui se parle chez les Karinnes de la province de Mergui.

Les SUonas ou Saiones forment une variété de l'espèce humaine différente de toutes celles que nous venons d'énuinérer, la moins civilisée de toutes, mais non la moins curieuse. Ce sont eux qui habitent les îles du grand archipel de Mergui : ils sout pécheurs, mais non pécheurs sédentaires; ils vivent tantôt sur leurs bateaux , tantôt sur le rivage de la mer à l'ombre des arbres, tantôt sous des cabanes temporaires de roseaux , de feuilles de palmier ou de bambou.

Ils ne cultivent pas la terre; ils se nourrissent de tortues, de poisson, de coquillages, de riz et de quelques racines ou fruits sauvages qu'ils doivent à leur sol natal. L'origine de cette peuplade est absolument inconnue. Elle forme une race peu nombreuse, un millier d'âmes tout au plus. LesSilongs ont un langage particulier : ce ne sont point des sauvages, dans l'acception ordinaire de ce mot , mais ils n ont aucune notion de notre civilisation ou même de celle des peuples qui les avoisinent. Ils forment des communautés, divisées en familles, gouvernées .s trie te me ni par IV sage traditionnel ; s'accommodent aux lois du gouvernement dont ils dépendent; font un peu de commerce , et vivraient aussi heureux qu'Us sont inoffensifs s'ils n'étaient souvent attaqués et pillés par les Malais. Ils ont la notion très-précise du bien et du mal ; vivent en parfaite harmonie les uns avec les autres, mais punissent sévèrement ceux d'entre eux qui manquent à leurs devoirs. Ils ne savent rien et ne se soucient de rien savoir de ce qui se passe au delà de leur rocher : cette insouciance s'étend même aux notions qui chez nous servent de base à la moralité publique. Ils n'ont aucune forme de religion ; et ceux qu'on a pu interroger sur ce sujet ont témoigne ne jamais s'être préoccupés de savoir s'il est ou non une autre vie! Ces enfants

delà nature ont été visités, il y a quelques années, par le capitaine H. M. Durand, commissaire du gouvernement dans les provinces de Ténassérim ; il les désigne sous le nom de Saiones. Ceux qu'il a vus avaient établi leur résidence temporaire dans l'île Lampi, baie de l'île de Marbre ( Marble island bav ) ; il les représente comme remarquablement doux et serviables. Il s'est assuré que lorsque leur provision de riz est épuisée, ils font macérer très- longtemps dans l'eau une sorte de racine très-abondante dans cette localité, et qui devient , à l'aide de cette macération, un aliment passable.

L'ensemble des différentes nations ou tribus que nous venons de désigner forme ( nous le répétons ) une population décent mille âmes au plus, disséminée sur une surface de trente milles anglais carrés. Ce seul fait atteste l'influence désastreuse des guerres, des invasions et de l'oppression qui ont désolé ce beau pays. Il nous faut maintenant dire un mot des différentes classes d'étrangers qui 1 habitent.

Les Chinois établis dans le Ténassérim sont, comme partout ailleurs dans i'Indo-Chine, au premier rang par leur activité, leur intelligence, leur industrie et leur aisance relative. Ils sont armateurs, constructeurs, distillateurs, charpentiers, forgeroos, boulangers et jardiniers. Ils ne se sont établis que dans les ports de mer ou dans le voisinage : tous se marient à des femmes birmanes; et leurs enfants mâles sont élevés dans la religion et les coutumes chinoises et s'ha • billent à la chinoise. Viennent ensuite les Te ha u lias ( Helfer écrit Chiulias ) , natifs de la côte de Coromandel, qui s'expatrient aussi facilement que les Chinois. Leurs descendants restent dans le pays : ils servent en général les Européens; eteonséquemmenton ne les trouve guère que dans les villes où résident ces derniers. Ils sont en petit nombre. Des Bengalis, en petit nombre également, se rencontrent dans les provinces : ils se montrent inférieurs aux autres étrangers par l'intelligence et l'esprit d'entreprise. A cette même race appartiennent, en général, les galériens (convicts) transportés de l'Hindoustan, et qui s'élèvent déjà à plus de deux mille : la

L'UNIVERS

plupart de ces galériens sont des thugs , c'est-à-dire des membres de cette affreuse confrérie d'étrangleurs de profession que la police anglaise poursuit dans l'Hindou >t an avec une persévérance infatigable, et qu'elle espère anéantir dans un avenir prochain.

On voit aussi dans le Ténassérim, (à Maulméin seulement , parce que c'est la seule place de commerce) des Armé»

niens , des Parsis et des Mogols, commerçants de père en fils, et qu'on est sûr de rencontrer partout où il y a quelque chance de gain.

Les métis portugais sont en assez prand nombre dans le Ténassérim, où Us jouent le même rôle secondaire que dans les autres parties de l'Indo-Chine et jouissent d'aussi peu de considération.

Les missionnaires américains s'efforcent depuis longtemps de progager dans le pays la religion du Christ comme ils la comprennent. Il y a surtout beaucoup de missionnaires baptistes ; ils font peu de progrès dans la conversion des indigènes. Le docteur Helfer fait remarquer ne les Birmans sont embarrassés pour istinguer les Américains des Anglais.

Ils donnent aux missionnaires américains le nom de maîtres d'école, ou professeurs étrangers.

Presque tous les employés du gouvernement sont anglais; quelques autres Anglais se sont établis , dans ces dernières années, comme constructeurs à Maulméin, ou se sont intéressés dans l'exploitation des forêts de tecks de la province d'Amherst.

Le docteur Helfer, dans son rapport, s'est étendu particulièrement sur les Birmans oui habitent les provinces de Ténassérim, et il établit entre ceux-ci et les habitants de l'Inde britannique un parallèle tout en faveur des premiers, surtout au point de vue de l'énergie physique, de l'indépendance de caractère et des qualités morales. Il semble qu'il y ait ici contradiction ; car les Birmans paraissent nattreet vivre dans une dépendance servi le de leur gouvernement ; et la population birmane qui a passé sous la domination anglaise doit subir encore l'influence traditionnelle de ces habitudes dégradantes : tandis que les peuples de l'Mindoustan jouissent depuis de longues années de la protection

d'un gouvernement libéral ; mais cette contradiction apparente s'explique par les considérations que nous allons indiquer.

Les peuples de l'Indo-Chine sont théoriquement esc\a\r$ du souverain, mais non virtuellement. Une fois sa dette payée au gouvernement, soit eo corvées, soit en service militaire, soit en contributions extraordinaires , le Birman , le Siamois ou le Cochinchinois reprend sa liberté relative : il est indépendant par caractère, dépendant par position et

[>ar suite de la tradition ( Variât des Muais ) qui veut que le souverain soit, en principe, le maître absolu de la personne et des biens. Aussitôt que le souverain veut essayer de pousser ce principe à ses conséquences extrêmes, une # réaction s'opère, et le peuple se révolte ou trouve le moyen de se soustraire à l'oppression. Quand le bruit se répandit, en 1838, que Tharawaddy approchait pour reconquérir les provinces, les habitants de Tairyet Mo envoyèrent des provisions de riz dans la foret, prétsà s'enfuir à l'approche de l'ennemi. Les Birmans, n'étant pas soumis au régime des castes, nesubissant qu'incomplètement l'influence monacale, sont plus indépendants de fait que les Hindous; et c'est à ces causes principales qu'il faut attribuer la virilité relative de leur caractère. Sans cesse en lutte, d'ailleurs , avec les exactions et l'oppression , souvent obligés de vivre dans les forêts (1), exposes i toutes sortes de privations et se procurant au prix de mille efforts des moyens imparfaits d'existence; on comprend

Î|ue les qualités viriles auxquelles nous aisons allusion ont dû se développer en

(i) Dam lei provinces du sud, un tiers au moins de la population mile fait le métier de bûcheron; et il n'y a peut-être pat dtas tout le pays uti seul homme de peine qui deux ou trois fois daos sa vie n'ait été pa?*<-r six mois dans la forêt. Ces six mois sont employés à abattre les arbres, les ébraucher, les équarnr et les mettre à flot pour les envoyer au bas de la rivière. Le bûcheron passe les six autres mois dans la dissipation, fumant l'opium, tentant la fortune aux jeux de hasard , dépensant gaiement ce qu'il a péniblement gagné, et trahissant dans toute n conduite l'indépendance et l'heureuse insouciance de son caractère.

lNDO-OIItŒ.

eux ; on comprend aussi que de cet état d'oppression ou de lutte, de fuite momentanée, de retour et d'épreuves de toute espèce, ait dd résulter, non moins naturellement, le développement de qualités moins honorables : méfiance, linesse, mensonge, etc. Cependant, la manière dont se traitent les petites affaires du bazar prouve péremptoirement l'honnêteté instinctive de la population (1).

Les Birmans dans le Ténassériin ont accepté cordialement la domination anglaise; mais ils regardent toujours le souverain d'Ava comme le chef dé leur religion : après Godama.la famille royale occupe à leurs yeux le premier rang dans le monde. Liés par leurs souvenirs et leurs habitudes héréditaires à leur première patrie, ils prennent le plus vif intérêt aux événements qui changent ou peuvent changer la face des affaires dans le pays d'Ava. Les coutumes birmanes sont pour eux l'objet du plus profond respect, et la famille régnante actuelle est assurée de leur vénération et de leurs sympathies, bien qu'elle ait cessé de les compter parmi ses sujets. Les Birmans , en général, sont cependant attachés à leur pays par un lien naturel plutôt que par uu lien moral. C'est l'aspect de ce pays, la manière d'v vivre, la similitude des occupations journalières qui sont chers à leur cœur. Là où on parle leur langage et où la physionomie locale est la même ou a peu près semblable , ils retrouvent leur patrie I Ainsi des rives du Ténassériin aux frontières de Chine , un Birman est chez lui : tant qu'il est entouré des mêmes circonstances physiques, que son esprit peut saisir les mêmes rapports matériels , les mêmes harmonies , les mêmes contrastes , qu'il peut librement et facilement communiquer sesémotions et ses idées, il est heureux ! Helfer donne du caractère birman une idée plus favorable et ( nous sommes tenté de le croire) plus exacte que celle qu'on est porté à se former d'après les relations des voyageurs qui n'ont fait pour ainsi dire que traverser le pays, et qui nous

(i) Au Pégou, dit Gasparo Balbi, oa vend et ou achète tau» parler en se prenant la main »oiu un liuge, et ce langage muet rend tuule duciustou wperQue. Vol. cité, f» ia6, vtno.

paraissent avoir cédé, dans leurs appréciations, à l'influence des préjugés européens. Les Birmans sont polis entre eux, se querellent très-rarement. Ils ne sont pas , en masse , esclaves de l'étiquette , comme les Chinois : ils sont naturelle' ment pleins d'égards les uns pour les autres et envers les étrangers ; on peut même dire que lorsqu'ils obéissent à l'impulsion de leur caractère, ils sont humains, charitables, hospitaliers. L'hospitalité est ici une vertu facile à pratiquer ;car les Birmans ont peu de besoins. On trouve par tout le pays des zayais ou lieux de halte et de* repos

Sour les voyageurs , qui s'y arrêtent de roit et où on les nourrit s\ïs sont pauvres, quand ils en font la demande, ou même sans qu'ils l'aient demandé. Il est de toute justice de remarquer que les institutions bouddhistes ont puissamment contribué à développerces penchants philanthropiques. La tempérance est une des vertus de l'immense majorité des Birmans : ils se nourrissent surtout de riz et d'autres végétaux , aiment les épices , mais ne fout pas usage des spiritueux. Les Karinnes n'ont pas la même modération ; ils se livrent à des excès de boisson, dans de certaines occasions solennelles. Quelques Birmans fument l'opium ; mais , ainsi que nous l'avons fait observer, page 323, cette habitude est considérée comme peu honorable. Les Birmans aiment passionnément leurs enfauts : ceux-ci mènent une vie tellement indépendante que les liens de l'autorité paternelle sont, en général , très-relâchés : cependant , il y a bien peu d'exemples d'ingratitude dë la part des enfants ; et il est fréquent, an contraire, qu'un (ils engage sa liberté pour sept ou dix ans, dans le but de payer les dettes de son père et de le garantir ainsi de la prison et de l'ignominie.

Le mariage est un acte purement civil parmi les Birmans, et ne lie les parties qu'autant qu'elles y trouvent leur convenance. Les séparations sont donc fréquentes, et personne ne songe à s'en formaliser. Comme conséquence de cet état de choses, l'adultère est assez commun, et il a heu par fois du consentement du mari. Une femme séparée de son mari ou un mari de sa femme se re-

L'UNIVERS

marient sans que le nouvel époux s'enquière le moins du monde des antécédents. La séduction à l'égard des jeunes filles est à peu près impossible, attendu qu'elles se marient presque toujours aussitôt qu'elles sont nubiles. Ces mêmes circonstances se présentent dans le Siam , le Cambodje et la Cochiuchine, tous pa\ s bouddhistes, et l'on peut croire qu'elles sont liées à l'action de la religion dominante. Les Kar innés, qui n'ont

tias, à proprement parler, de culte réguier, sont beaucoup plus stricts dans leurs idées de convenance et de vertus domestiques. La polygamie est permise, et se rencontre surtout dans les rangs élevés de la société. Les Européens contractent des alliances plus ou moins durables avec les femmes birmanes, et le docteur tielfer remarque que les enfants provenant de ce commerce paraissent devoir se montrer supérieurs en intelligence à ceux qui sont nés dans l'Inde gangétique dans les circonstances de même nature. Il ne faut pas perdre de vue que la religion établie pourvoit aux besoins des familles en ce qui touche à l'éducation des enfants. La polygamie et le divorce ayant pour résultat de relâcher les liens de la famille et de faire négliger les devoirs de tuition, les monastères bouddhistes se chargent de remédier à œ mal. Nous savons que ces établissements sont entretenus par les contributions volontaires des habitants, et que les enfants y apprennent à lire, à écrire et à observer les cérémonies du culte : rien au delà. Il en résulte que l'immense majorité des Birmans possède exactement la même instruction élémentaire. Les Pounghis forment la classe lettrée : leur savoir est entièrement théologique et métaphysique, et d'autant plus admiré du vulgaire qu'il est moins compris.

Les peuples qui habitent le Ténassérim diffèrent quant à leurs coutumes ou leurs croyances religieuses. Nous avons déjà constaté que les Si longs n'avaient aucune croyance nette et généralement établie ou manifestée. Ils ont uue idée vague d'un pouvoir en dehors de l'humanité , de l'existence de certains êtres invisibles, qui exercent de l'influence sur les choses d'ici-bas. Ils croient que la mer, la terre, l'air, les

arbres , les rochers sont habités par de nâts ou esprits, ou génies bons ou mau vais, qui président aux destinées de ces choses, dirigent leurs mouvements, font pousser les plantes, etc., etc. L'opinion que la religion la plus imparfaite se manifeste par l'idolâtrie ne semble pas exacte; car l'idée que les Si longs se font de la Divinité est trop incomplète pour qu'ils aient même songé à la t\ pilier: 1 idolâtrie est donc plutôt un acheminement a la religion positive. Les Karinnes , plus avancés que les Sitongs , n'assignent cependant encore aucune forme aux esprits qui résident dans les arbres, dans les cavernes, dans de certains animaux, etc. Les Birmans, au contraire, donnent un corps à leurs notions superstitieuses, et adorent les symboles de ces idées. Les Si longs n'ayant pas d'idées nettes de l'influence des nâts , ne cherchent pas à se les rendre favorables par des sacrifices ou des offrandes. Les À'arinnes , persuadés de cette influence directe et journalière, leur offrent des poules, du tabac, du riz, des pièces de monnaie, qu'ils déposent dans des lieux particuliers, quelquefois près de leurs cabanes, sous un abri; les Birmans ont un culte extérieur dont le cérémonial est réglé tant dans la maison que dans le temple. En somme, les Silongs et les Karinnes n'ont point de religion, et celle que professent les Birmans exclut la continuation de l'activité corporelle ou intellectuelle après la mort.

Les ministres du Christ opèrent peu de conversions dans le Ténassenm, comme dans le reste de l'Indo-Chine ; et il est permis de douter que la plupart de ces conversions soient sincères ou durables. On trouve plus de Karinnes que de Birmans disposés à adopter les dogmes de la foi chrétienne.

La civilisation birmane a atteint certaines limites qui ne sauraient être dépassées dans I état actuel des choses; mais les idées des Birmans en matière de religion ne sont pas un obstacle à leur avancement intellectuel , car ils n'ont point de préjugés religieux, mais seulement des habitudes. Ils sont essentiellement tolérants, et leur affranchissement du système des castes les rend accessibles a une foule de notions de perfectionnement et de bien-être que

h civilisation européenne tend à intro- conspirateurs eurent pendant quelque duire parmi eux. temps la ville de Tavoy en leur pou- Au résumé, sous le rapport intellec- voir; mais la présence d'esprit et l'énertuel comme au point de vue matériel , gique activité du major Burney ( alors les provinces de Tenassérim renferment commissaire adjoint ) mit promptement de nombreux éléments de prospérité fu- terme à l'insurrection. Les principaux ture. La tranquillité de ces provinces conspirateurs furent pris et pendus. Une a été rarement troublée depuis l'occu- autre tentative eut lieu en 1836 mais pation anglaise (1). Les dépenses excè- échoua dès l'origine, dent encore les revenus, mais le commerce prend un accroissement rapide (2). - PROVINCE WELLESLEY. L etain , le fer, le charbon de terre, le

teck et autres bois de construction, Cette province, formée d'une partie

les drogues de toute espèce, la fertilité de 'a c0"te de Keddah et dépendant du

du sol , la nature du climat, qui permet gouvernement de l'Ile du Prince de Gal-

l'introduction d'une foule de cultures '«* (Poulo-Pénang), s'étend de la rivière

utiles ; tout semble promettre à l'indus- Mouda ( Quala-Mouda ) au nord , à la

trie et à l'agriculture des développe- rivière Krian ( Karian : Moor ) Quala-

ments considérables, en rapport avec ^rkm> dans le sud. Sa longueur est

l'importance politique de ce pays. d'environ trente-cinq milles anglais, et

Dans le commencement de l'occupa- 83 largeur moyenne de quatre milles

tion anglaise (en 1839) le gouverne- seulement. La "population s'élève proba-

ment birman avait essayé de recouvrer la blement aujourd nui à plus de 60,000

possession des provinces de Martabân, Ames : car U y a trois ans un recense-

Tavoy et Mergui, à l'aidedes intelligences nient, fait par ordre du gouvernement,

qu'il s'était ménagées dans le pays. Les avait donné les résultats suivants :

(x) Au mois de mai 1843, une conspira- ç? ' »J^00

lion d'une nature particulière, ayani pour but Khng8 et xiiilis/ \ \ I [ f%S

e renversement du gouvernement anglais dans Siamois el Birman». . 333

les provinces de Tenaasérim et l'usurpation Bengalis 582

du pouvoir par un religieux fanatique , fut Européens et leurs familles. . 100

découverte au moment où elle allait éclater. Troupes 23 I

Un moine bouddhiste, du nom de JVga Convicts (galériens). . . 151 S 974

Pjran, était à la tète de ce mouvement. On Population flottante. . . . 800 )

saisit une bannière représentant ses visions e7 Q„ /(v

extatiques et lea divinités qui lui indiquaient le „ . 57,933 (IL

lieu où il devait ériger des pagodes ainsi que la Cependant la majeure partie de son

forme à donner à ces monuments, etc., etc. il fertile territoire est encore couverte

se disait prédestiné par le ciel à régner sur ce d'un épais djongol.

pays, àdater de l'année 1206 de l'ère birmaue, La portion du sol qui est Cultivée pro- «m avait déjà arboré le Thi ou Zi, symbole de doit surtout de la canne à sucre d'exaon autorité, sur les nouvelles pagodes, quand cellente qualité. Nous avons pu recueilli fut arrête avec vingt de tes principaux adhé- hr en 1845 , pendant notre séjour dans renu, juge et condamne à mort; mais le gou- l'archipel Indien, des détails précis et c^TsSrrSJmTîes* pro^sT Tén^wt cir<*nstanciés sur Importance de cette rim, commua U peine capitale en une dé- (1) La population de Poulo-Pénang à la tention pour la vie. ( Voir, pour les détails de même époque était évaluée à environ 40,000, cette affaire, le Journal de la Société Asiatique et ce chiffre se composait de groupes annardu ttongaU.soL XIV, deuxième partie, p. 747 tenant a dix-sept nations ou races différentes , et suivantes; Calcutta, 1845. ) parmi lesquelles les Français et leurs familles (a) La population de Maulméin s'élevait figuraient pour quarante-quatre individus. Du déjà en 1848 * 36,898 habitants sans la gar- tempi de Crawfurd (en i8aa ) la population nisou, et on y comptait 400 Européens. — Le totale de Poulo-Pénang et de la Province Welcooimerce anglais y avait une importance an- lesley n'était évaluée qu'à environ 40,000 nuelle de ■* lacs de roupies, soit environ âmes! On voit qu'elle touche, aujourd'hui , an 3,7 5o,ooo francs. chiffre de 100,000 !

35* Livraison. ( Ikdo-Chtftb.') 35

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