‹ Japon, Indo-ChineChapitre 82 sur 101 · H1NE · texte numérisé non relu

H1NE

repos, mais qu'il y aurait une lointaine renommée , u adressa à ce beau fleuve, dont les rives lui avaient servi d'asile, quelques vers charmans , où il dit sa gloire tardive et sa reconnaissance (1). »

L'ancienne capitale de Cambodje (2) , Pon-Tai~Pret, et la nouvelle, Penom- Peng, sont situées, d'après Crawfurd , sur la rive droite if une branche de la Grande-Rivière. — Dans la carte de Taberd, cette branche prétendue paratt être un affluent du May-Kong parfaitement distinct de ce fleuve et d'un cours relativement borné, sortant du grand lac situé dans le nord-est de Calompé ou Pe-Nom-Peng. -~ L'hydrographie de

(i) « Regarde couler à travers les champs de Camboja le fleuve Mecom , proclamé souverain des eaux;.... un jour, en son repos, il recevra sur ses bords secourables des chants trempés des ondes de l'Océan , échappés aux écueils et aux tempêtes , préservés d'un truie et misérable naufrage, quand, frappé d'un injuste arrêt, se trouvera jeté au milieu de privations et de dangers sans nombre celui dont la Ivre sonore aura plus de gloire et de renommée que de bonheur. » (Les Lusiades, chant X, strophes i a 7 et 1 «8. )

Nous saisirons l'occasion qui se présente ici de compléter ce que nous avons dit p. 355 de ce volume, sur une coutume étrange, que les anciens voyageurs avaient signalée au Pégou , par la citation de la strophe suivante de l'immortel poëme du Camoëns.

Str. laa... « Tois la capitale du Pégou, que les monstres peuplèrent , monstres issus du commerce infime d'une femme et d'un chien , abandonnés sur une terre déserte. — Ici fut créé par la reine un usage bizarre , pour mettre un à celte abominable prostitution : une clochette retentissante est tans cesse attachée à ces parties où l'homme reçoit t existence. » (Voir au sujet de cette tradition le premier volume des Archives des Voyages, etc., de Ternaux-Compans , p. Sx S.)

(1) Taberd écrit Camboze. — Il donne à la capitale actuelle du Cambodje le nom de Nam Fang , d'après les Cochinchinois : c'est le Pe-Nom-Peng des Cambodgiens. L'ancien royaume de Cambodje est connu des Chinois sous le nom de Tchin la. Taberd prétend que les Chinois le désignaient autrefois sous le nom de Phu-Nam , et qu'ils l'ont appelé plus lard , non Tchin-la , mais Chon-lap ou Chiém-lap. (Consulter à cet égard l'ouvrage traduit du chinois par Àbel-Rémusat et mentionné plus loin. )

L'UNIVERS

cette partie du pays nous paraît , quant

à présent, à peu près conjecturale.

Un de ces hommes remarquables que la Providence semble avoir désignés, à de certaines époques, pour agir au nom de l'Europe sur le monde asiatique, et dont les Anglais et les Hollandais ont su tirer meilleur parti que nous : le général Van Diemen (1) illustra son administration des colonies néerlandaises aux Indes orientales par des expéditions importantes et des missions dirigées vers le développement du commerce.

Ce fut lui qui noua le premier des relations régulières avec le Tong-King, et^ établit Te commerce de la Compagnie hollandaise, en 1637. Charles Hartsuik, qu'il y envoya, et que le roi avait adopté pour son Gis, y Ht successivement trois voyages avec, de belles espérances, qui ne furent pas réalisées. Il en fut de même des espérances qu'on avait conçues du comptoir érigé quelque temps auparavant à Cambodje , où , en 1643 , l'infortuné Règemortes, qui, revêtu du caractère d'ambassadeur, se croyait à l'abri de toute violence, fut assassiné avec les personnes de sa suite, par ordre du roi, au moment où on l'introduisait à son audience. Ce fatal événement fut suivi du massacre des Hollandais qui étaient restés dans la loge ; il leur en coûta encore la perte de deux vaisseaux. Une

(i) Van Diemen, dont le nom reste imposé par le grand navigateur Abel Tastnan à une île importante de l'Australie, était lui-même un explorateur éclairé. Il mourut en 1645. Le rôle (pic les Hollandais ont joué dans l'extrême Orient , comme marins , comme marchands, comme conquérants, surtout dans la première moitié du dix-septième siècle, mérite toule l'attention de l'histoire. Il a été dignement apprécié en quelques lignes éloquentes, par M. Ferdinand Denis, dans sa Notice sur U génie de la Navigation (*), p. (I, « Ici, dit-il (pour ne citer que ce passage;, la magnificence des événements procède de la patience dans le courage, comme elle est venue jadis de l'enthousiasme dans les sentiments religieux. » Et en effet celle patience , cette persévérance intelligente et infatigable, souvent héroïque, ont produit des résultats durables autant que glorieux , tandis que les exploits des Portugais n'ont laissé que de grands mais stérile» souvenirs!

(•) Pari» et Toulon , imt, un».

partie des équipages furent aussi égorgés et le reste réduit en esclavage ; mais au bout de trois ans ceux qui étaient encore en vie obtinrent la liberté de s'en aller a bord d'un bâtiment, qui, après bien des infortunes, les débarqua enûn à Batavia. Le monstre qui régnait alors à Cambodje était un usurpateur, dont l'élévation avait fait couler des torrents de sang dans le sein de sa propre famille.

Deux ans avant cette catastrophe , le général Van Diemen avait fait visiter par quelques Hollandais le royaume de Laos, qui borne au nord celui de Cambodje et est baigné comme celui-ci parles eaux du May-Kong. Ils mirent onze semaines à remonter le fleuve dans de petites pirogues depuis Cambodje jusqu'à tVinkyan, où le roi faisait sa residence (1). Dans quelques endroits ces premiers explorateurs d'un pays si peu connu, même de nos jours, trouvèrent la rivière fort larçe; dans d'autres, au contraire, fort étroite et remplie de roches. Souvent même, pour éviter des cataractes qui s'opposaient à leur passage, ils se virent obligés de porter leurs bagages sur leurs épaules, pour reprendre leur navigation a une certaine distance. Les rives leur offraient , par intervalle, des bourgs et des villages assez bien bâtis à la façon du pays. Ils rencontrèrent aussi de hautes montagnes et de petites lies formées par la rivière. Dubois , dans son Histoire des gouverneurs généraux (2), donne le résumé suivant de cette curieuse expédition.

« Le commis- Gérard Van Wusthof, chef de cette ambassade, étantarrivé dans les environs de la capitale, quelques officiers vinrent lui demander communication particulière de ses lettres de créance avant qu'il lui fût permis de les remettre. Ces lettres ayant été examinées et trouvées en bonne forme, trois grandes pirogues , montées chacune de qua-

(1) C'est le WiangTckong, Wiang-Tchan, Chandapoorie de Richardson; Lauehnng et Laite ha un g de Low (fiistorr of Tenasserim ) ; le LdntschangetZandapuridt Berghaat.ete.; enfin le Muang- Luang-Phaban de Mac-I^rod.

(a) Fies des gouverneurs généraux ( bol* landais ) aux Inde* orientales, arec un abrégé de r histoire des établissements hollandais; hm Haye, 1763, in-40.

rante rameurs , turent envoyées pour prendre l'ambassadeur et son cortège.

On mit les lettres dans la principale, sur un vase d'or posé sous un dais magnifique. Les Hollandais se placèrent derrière. Un teninia ou vice-roi particulier était chargé de les conduire au logement que le roi leur avait fait préparer. Ils y furent complimentés par un autre tevinia , au nom de ce prince, qui leur fit offrir des rafraîchissements et quelques présents. On ne tarda pas de fixer le jour de l'audience , à laquelle l'ambassadeur fut introduit avec beaucoup de pompe. Un éléphant portait la iettre du gouverneur général sur un doutant/, ou bassin d'or. Cinq autres éléphants étaient pour l'ambassadeur et

Sour ses gens. On passa devant le palais u roi, au milieu d'une double haie de soldats, et l'on arriva enfin auprès d'une des portes de la ville; dont les murailles étaient de pierre rouge , assez hautes et environnées d'un large fossé sans eau, mais tout rempli de broussailles. Après avoir marché encore un quart de lieue, les Hollandais descendirent de leurs élé-

[>hants et entrèrent chus les tentes qu'on eur avait fait dresser, en attendant les ordres du roi. La plaine était couverte d'officiers et de soldats , qui montaient des éléphants ou des chevaux, et qui campaient aussi tous sous la toile.

« Au bout d'une heure, le roi parut sur un éléphant, sortant de la ville avec une garde de trois cents soldats, les uns armés de mousquets et les autres de piques. Après eux venait un train de plusieurs éléphants, tous montés par des officiers armés et suivis d'une troupe de joueurs d'instruments et de quelques centainesde soldats. Le roi, que les Hollandais saluèrent en passant devant leurs tentes, ne leur parut âgé que de vingt-deux ans. Peu de temps après, les femmes défilèrent aussi sur seize éléphants. Dès que les deux cortèges furent hors de la vue du camp , chacun rentra dans sa tente , où le roi fit porter à dfner aux Hollandais.

« A quatre heures après midi, l'ambassadeur fut invité à l'audience et conduit, à travers une grande place, dans une cour carrée environnée de murailles avec quantité d'embrasures. Au milieu, se voyait une grande pyramide dont le

haut était couvert de lames d'or d'an

poids d'environ mille livres. Ce monument était regardé comme une divinité, et tous les Laos venaient lui rendre leurs adorations. Les présents des Hollandais furent apportés et posés à l'air, à quinze pas du prince. On conduisit ensuite l'ambassadeur dans un grand temple où le roi se trouvait avec tous ses grands. Cent là qu'il lui fit la révérence ordinaire, tenant un cierge de chaque main et frappant trois fois la terre de son front. Après les compliments usités en pareille occasion , le roi lui fit présent d'un bassin d'or et de quelques habits. Les personnes de sa suite ne furent pas oubliées. On leur donna aussi le divertissement d'un combat simulé et d'une espèce de bal, qui fut terminé par un trèsbeau feu d'artifice. Ils passèrent cette nuit-là hors de la ville de même que le roi , ce qui était sans exemple, et le matin on les ramena dans leur logement avec quatre éléphants. Depuis ce jour l'ambassadeur fut encore traité plusieurs fois à la cour, et on s'efforça de lui procurer tous les amusements imaginables. Après s'être arrêté ici pendant deux mois, il en partit pour retourner à Camboya, où il n'arriva qu'au bout de quinze semaines, fort satisfait du succès de sa commission; mais la révolution de Camboya ne permit pas depuis d'en recueillir les fruits qu'on s'en était promis.

« Le royaume de Laos produit une grande quantité de benjoin, dont l'espèce est la plus parfaite des Indes orientales. On y trouve aussi beaucoup d'or, du musc , de la gomme laque , des cornes de rhinocéros, des dents d'éléphant, des peaux de cerfs ou d'autres animaux et de la soie. »

Ce même royaume de Laos, devenu de nos jours tributaire, à la fois, delà Cochinchiue et du Siam (le premier de ces États professant officiellement pour lui les sentiments d'une mère, l'autre se réservant à son égard l'autorité et la protection d'un père / ), a été, il y a une vingtaine d'années, le théâtre d'une scène de désolation, de ravages et de ruine dont les détails font frémir!

Vers la fin de 1827, ou au commencement de 1828, éclata la mésintelligence qui fournit à la cour de Siam le prétexte

L'UNIVERS

d'envahir ce malheureux pays. Il paraîtrait que le wiung-chau-chan ou roi de Laos avait négligé d'envoyer à Bangkok l'arbre ou la fleur d'or, symbole de vasselage et de soumission qu'il devait offrir tous les ans à son suzerain. Une armée de vingt mille hommes fut expédiée sous le commandement du premier ministre, avec ordre d'exterminer le prince rebelle et de mettre le Laos à feu et à sang. Elle accomplit sa sanglante mission avec tout le succès que la barbarie siamoise pouvait désirer! Cependant le roi avait réussi à s'échapper avec sa famille, et croyait avoir trouvé un asile en Cochinchtne ; mais une infâme négociation, dont les bases principales étaient une promesse de livrer aux Cochinchinois des sujets siamois sur lesquels ils prétendaient avoir une vengeance légitime à exercer, et l'engagement pris par le roi de Siam de ne désigner pour successeur du souverain détrôné qu'un prince dont le choix conviendrait à la Cochinchine, eut pour résultat l'arrestation du malheureux fugitif, qui fut transporté à Bangkok, enfermé dans une cage de fer, traité avec indignité, torturé de mille manières, et menacé des plus cruels supplices, dont les instruments, par un raffinement d'atrocité, étaient placés à ses entés, tandis qu'on le forçait de déclarer a haute voix qu'il avait mérité des humiliations et des souffrances plus grandes encore que celles dont on I accablait au nom d'un suzerain miséricordieux ! La Providence permit toutefois que la victime trompât la détestable attente de ses bourreaux ! Le vieux prince du Laos succomba sous le poids de ses misères physiques et morales avant que son implacable ennemi eût eu la satisfaction de lui arracher la vie dans les tortures et pour ainsi dire de sa propre main.

Il paraîtrait qu'en 1833 les conditions imposées par la Cochinchine à l'égard du Laos oriental n'avaient pas encore été remplies ; et un ambassadeur extraordinaire de la cour d'Annam était en instance auprès du souverain siamois pour obtenir la réalisation de ses promesses, éludées depuis cinq ans sous le prétexte des difficultés que présentait le choix d'un homme capable de remplir convenablement un poste aussi impor-

tant que celui de chef héréditaire de cette principauté. Quel est aujourd'hui le sort des tribus dispersées sur les bords du May-Kong? Quel avenir est réservé à ces peuples, si longtemps opprimés et que le contact des Européens peut seul initier aux bienfaits de la civilisation et du commerce (1)? Ce sont des questions dont la solution semble ap partenir plus particulièrement à l'Angleterre, dont les établissements dans le Ténassérim et la péninsule Malaise ne sauraient atteindre le développement et la prospérité auxquels ils sont appelés par la force des choses, sans que les grands fleuves qui arrosent llndo-Chine ne satisfassent enfin à la haute destination qui leur est assignée par la nature comme moyen de communication et de transport (3).

(i) Dans le premier volume d'un recueil très-curieux et très-intéressant que nous avons déjà eu occasion de citer ( Archives des Voyages, ou collection d'anciennes relations, etc. ; par H. Ternaux-Compaos ), on trouve une description assez étendue du Caœbodje et des pays voisins, et des détails sur une expédition très-aventureuse des Espagnols des Philippines, qui , mus par l'espoir de convertir les peuples de ces contrées au christianisme, pénétrèrent hardiment dans l'intérieur. Rien de plus curieux que la relation de cette expédition (qui eut lieu en 1596) par Christoval de Jaque de los Bios de Hancaned (p. ait à 3oo du vol. cité). — Deux de ces intrépides Espagnols visitèrent le Laos; mais Christoval de Jaque ne mentionne leur voyage que très-sommairement, et ne nous fait connaître aucune particularité qui puisse être considérée comme le résultat de leurs observations personnelles : cependant il parle du Laos, en plusieurs endroits, de manière à prouver qu'à celte époque reculée on avait dans l'extrême Orient une haute idée de l'importance et des ressources de cet État. — « Le roi des Laos ( dit noire vieux soldat) « peut rivaliser par sa puissance et ses ri- « cbesses avec les plus grands monarques du « monde. * — Cela pouvait être en i5yô l'exagération d'une vérité ; mais nous venons de nous convaincre qu'en i838 toute trace de cette ancienne splendeur avait depuis longtemps disparu, et qu'on ne trouve de nos jours au Laos que dépendance , humiliation et misère!

(a) Pour compléter, autant qu'il est eu notre pouvoir, ce que nous avons dit au aujet

Les cours d'eau les plus importants que Ton rencontre après ceux que nous venons de mentionner sont, en contournant la côte :

Le Camao ou Tek-Mao (que Crawfurd écrit aussi Tak-Maa), '« eau noire », qui tombe dans le golfe de Siam, vis-àvis de Poulo-Oubif et qui communique avec la grande rivière Je Cambodje. Ce fleuve est navigable pendant tout son cours pour de petites embarcations. A deux journées de son embouchure se trouve une ville de même nom, peuplée d'environ deux mille habitants, tous Cochinchinois. Le Tek-Mao abonde en poisson ; il arrose un pays riche en

i)lantalions de riz , mais infesté par es moustiques. Nous trouvons, sur la carte de Taberd, ce cours d'eau désigné par le nom de Sông-Xuyén-Dao, et la province sous celui de Tuc-Khmau ou Camau ;

La rivière Tek-Sia, qui se jette dans le golfe de Siam par T 46" latitude nord, et que les Cambodgiens (selon Crawfurd) désignent par le nom de Ret-Ja, ( Làng-liach-Già de Taberd ) , celui de Tek-Sia étant d'origine chinoise; elle est navigable pour de petits navires jusqu'à la rivière de Cambodje. Le pays d'alentour produit une grande abondance de cire ; il est peu cultivé et presque inhabitable, par suite de la multiplication prodigieuse des moustiques et des sangsues;

La rivière de Kang-Kao ou Hatien, dont l'embouchure est située sur le golfe de Siam par 10° 14' latitude nord et 104° 55' de longitude (selon Crawfurd). Cette embouchure est très-large quoique peu profonde, n'ayant que sept coudées d'eau, environ, à la marée haute et trois pieds d'eau seulement à la marée basse. Pendant la saison des pluies il y avait autrefois une communication naturelle entre cette rivière et

des pays compris sous la dénomination générale de Laos ou Lao , nous ajouterons que, aelon Taberd, le l*c-Thôt que Malte-Brun avait confondu avec le Laos (connu des (. lu mois, dit-il, sous le nom de Lac-Tchoue), n'est qu'un district ou canton peuplé d'environ i,5« o habitants, et silué dans le sudoiK-st du 1 wàtquin et dépendant de la province de Thang-Hoa- IS'goaî.

86' Livraison, f Indo-Chine.)

le May-Kong : les Cochinchinois, dans ces dernières années, onteonverti, à force de bras , cette communication en un canal navigable de quarante mètres de largeur sur une profondeur moyenne de cinq mètres. C est le canal Hatien ou Alhien (1). La ville detie nom située sur la rive droite du fleuve, à deux milles de l'embouchure, compterait , selon Crawfurd, environ cinq mille habitants, Cambodjiens, Cochinchinois, Chinois et Malais (ces derniers en petit nombre).

Vers la On du dix-huitième siècle il existait sur cette rivière une ville considérable, appelée par les Européens Pontiamas {Po-Tai-MaL par les indigènes), et que le commerce étranger approvisionnait d'une foule d'articles nécessaires à la consommation de l'ancienne capitale, Cambodje (Pon-Tai-Pret de Crawfurd et de la carte de Berghaus ) , située à cinquante ou soixante lieues de là , sur la Grande-Rivière. Ce marché a été ruiné en 1177 par les Siamois, dans le cours de l'une de leurs invasions, et ne s'est jamais relevé depuis.

La rivière Kam-Pot (orthographe de Crawfurd ), nommée par les Européens Can-vot (6'd'n vot ou Compot de Taoerd), et qui a son embouchure dans le golfe par 10° 43'. La ville principale de même nom que l'on rencontre sur les bords de la rivière, à douze journées de marche

(i) On travaillait a ce canal du temps de Crawfurd. Il avait élé commencé en i8ao (*) : vingt mille Cochinchinois et dix mille Cauibodjiens y ont été employés pendant plusieurs années : dix mille de ces malheureux ouvriers sont morts de soif, de fatigue et de maladies.

(*) Ce détail est tiré du Journal d'un certain Gtbion, SU d'un Européen, et qui ,* né S Madras , avait ete élevé en partie dans l'Inde Anglaise, en partie dans le Birman. — la connaissance que Clbson avait acquise des tnceur* et des usages de ce dernier pars, aussi bien que des tangues birmane, tellngae. h!ndoustanle, portugaise, etc., secondée par une aptitude naturelle aux affaire* , le mirent en faveur à la cour d'Ava, qui, projetant en isss la conquête de Siam et désirant obtenir, a cet effet, le concours de la Coctiinchlne , y envoya Clbson en qualité d'ambassadeur. Celte ambassade (ut poliment accueillie, mais, le roi de Cochinchine ne Jugeant pas a propos d'entrer dans l'alliance offensive qui lui était proposée, Glbson ne fut pas reçu à la cour, et ramba*>sade birmane, à son retour, tomba au pouvoir des An* glais lorsque ceus-ct s'emparèrent de Tavoy. — Glbson entra au service anglais en qualité d'interprète, et mourut peu de t*-mps après, d'une attaque de eboléra. — Son .«ourn.il. qui renferme une foule de détails cuiirut que noos regrettons de ne pouvoir reproduire, a élé publié par Crawfurd daus uu aDDendicc \ul 11 tic sou lult-rc*.*ante relation

L'UNIVERS

de la capitale actuelle de Cambodje ( Pe- Nom-Pcmj ou Calompé : Columpé de la carte de Taberd), est habitée par des Caml)odjiens, quelques Cochinchinois et environ mille Malais;

La rivière de Pong-Som enûn, peu considérable (d'un cours plus étendu cependant que la précédente), qui se décharge également dans la golfe et par la même latitude : la ville située près de l'embouchure contient, dit-on, un millier d'habitants, Chinois. La contrée traversée par le Pong-Som est fertile en poivre, gamboje, cardamome et arbres a vernis.

Des lacs de la Cochinchine ou des pays voisins et placés dans sa dépendance nous ne connaissons rien de positif ou de précis par les relations modernes, et nous ne trouvonsque de vagues données dans les récits des anciens voyageurs.

Nous savons que dans le Cambodje occidental il existe plusieurs iaes, dont un de grande étendue, que la carte de Taberd appelle Biên-llô (ou « grand lac ») etque Cibson, dans son journal, désigne sous le nom de Bantaioung. Cravvfurd mentionne deux lacs d'eau douce d'une assez grande étendue, situés dans It nord-est de Pe-Xom-Peng , et qui pendant la saison des pluies n'auraient pas moins de trois brasses de profondeur, mais une ou deux coudées seulement pendant les chaleurs. Le plus considérable porte, en cambodjien, le nom de Tan- Lé- Sa p, ou mer d'eau douce, et en malais celui de Sri-Bama. Selon les indigènes, il faut un jour et une nuit pour le traverser. Ces lacs ne sont pas indiqués dans la carte de Taberd , ce qui nous semble inexplicable. (On remarque seulement quelques petits lacs ou étangs vaguement indiqués dans la même direction, mais à une assez grande distance ) Ces deux grands lacs sont probablement ceux que mentionne le voyageur chinois qui a visité le Cambodje {Tchin-La) à la lin du treizième siècle, et dont Abel-Hemusat a traduit et publié la relation en 1819 (1). 11 les désigne sous les noms de lac oriental et lac septentrional : il donne au premier cent U

(i) Descrifttion du royaume de Camboge par un voyageur chinoit, etc. ; Paris, 18x9, in 8".

de tour environ , c'est-à-dire de quinze à vingt lieues, et le place à la distance de dix U de la capitale , soit une lieue et demie à deux lieues. Il nous reste à dire quelques mots des lies trop nombreuses, mais, en général, peu importantes, qui dépendent de Tempire Annamite.

I.a race cochinchinoise, ainsi que nous Pavons déjà constaté dans le cours de ce résumé, s'est étendue au nord du golfe de Siam jusqu'à Ko-Kramy près du treizième degré de latitude. Cette Ne cependant et celles du voisinage appartiennent à Siam jusaues et y compris Ko-Kong. Toute la chaîne d'îles depuis Ko-Kong jusqu'à PouloObi, et les îles au large, comme Poulo-Panjang et Poulo-tï'i, sont du domaine de la Cochinchine.

La plus considérable de ces îles, Phû- Quoc en cochinchinois ; Koh-Dud des Siamois ( « l'île du large » ou « île lointaine » , parce qu'elle est extérieure au groupe principal près de la côte, archipel Hastmgs des Anglais); Koh-Trol des Cambodgiens (« île du volant » ou « du ballon) » ;le Quadrole des anciennes cartes, n'a pas moins de trente-quatre nulles de longueur. Ses productions principales consistent en cochons , cerfs, buffles sauvages et bœufs: on n'y voit ni tigres ni léopards. La population de l'île, selon Cravv furd, peut s élever de 4 à 5,000 âmes, qui se nourrissent surtout de convolvulus batatas, qu'ils cultivent, et de riz qu'ils importent de Kang-Kao , situé vis-a-vis. Les habitants se livrent tous à la pèche; leurs bateaux sont très bieu construits et bien gréés; ils sont etu-

Kloyés à la pèche du tripang , qu'on arnonne sur la côte dans deux ou trois pieds d'eau. — Les marées y sont considérables; de dix-huit pieds selon Cravvfurd, tandis qu'elles ne dépassent pas, en général, dans ces coutrées, huit à neuf pieds. La végétation de Pîle est riche et variée. Les oiseaux de mer abondent dans ces parages.

Les seules îles considérables appartenant à la Cochinchine, dans les mers de Chine, sont Poulo-Con-Dore et Poul** Can Ton ( Cal-Lau-Cham) (1).

(1) Orthographe de Crawfurd.

set

CLIMATS ET PRODUCTIONS î BAC ES DI- VERSES.

Aux trois grandes divisions de l'empire Annamite correspondent trois climats qu'on peut caractériser, d'après le petit nombre d'observations recueillies, delà manière suivante :

1° Climat. — Les saisons au Cambodje suivent les mêmes phases qu'au Malabar, au Bengale et à Siam. Les pluies commencent à la fin de mai ou dans les premiers jours de juin, et durent jusqu'en septembre. Cette saison est marquée par les orages, les tourmentes atmosphériques , et l'abaissement de la température. L'autre moitié de l'année est douce et sereine, quoique la chaleur soit souvent considérable et que , selon le voyageur chinois dont la relation , traduite par Abel Rémusat, a été indiquée plus haut , il ne se passe pas de jour que les habitants du pays ne se baignent une ou deux fois dans l'eau courante ou dans les étangs. Crawfurd, pendant son séjour à Saïgôn, trouva, vers la fin d'août , que le thermomètre de Fahrenheit donnait. les indications suivantes :

Six heures du matin, 79° (26°, 11 cent.); midi, 82° ( 27°,78 cent.); six heures du soir , 80° ( 26°, 67 cent. ). Nous n'avons pas d'indications thermométriques pour la saison chaude.

2° Climat. — Celui de la Cochinchine proprement dite est affecté par la position géographique, embrassant sept degrés de latitude ( du onzième au dixhuitième ), par la constitution géologique du pays, qui est montagneux, baigné par la mer dans l est, et borné a l'ouest par une haute chaîne de montagnes, courant nord et sud, qui intercepte les nuages et intervertit en conséquence l'ordre des saisons. Ainsi, la saison sèche prévaut en Cochinchine pendant la mousson de sud-ouest , et la saison humide pendant la mousson de nordest. Les pluies commencent avec les derniers jours d'octobre, et se prolongent jusqu'en mars. Quand Crawfurd quittait Saigon, au commencement deseptembre, la saison des pluies ( au Cambodje ) touchait a sa lin, et avanlson départ de Hué et Tourane, vers la fin d'octobre, elle s'établissait en Cochinchine. M. Chaigneau,

qui avait résidé longtemps à Hue, informa Crawfurd que la plus grande chaleur qu'il y eût jamais observée était de 31° Réaumur (environ 103° Fahrenheit; 39 .14 cent.), et que le plus grand froid n'abaissait guère le fluide thermométrique au-dessous de il1; 57° Fahreuheit, ou 13°,89 cent.); mais le froid éprouvé paraissait beaucoup plus vif que ne l'aurait fait supposer l'indication thermométrique, ce qui s'expliquait par cette circonstance que les pluies périodiques tombant à la même époque rendent le corps humain plus sensible aux variations atmosphériques.

3° Climat. — Le Tong-King, pays plat du côté de la mer et montagneux vers la frontière chinoise, a les mêmes saisons, à peu près , que le Cambodje et les autres contrées de l'Asie postérieure exposées à l'influence de la mousson de sud-ouest. Selon Dampier, Richard et la Bissachère, les pluies commencent en mai et finissent en août. La chaleurde l'été est quelquefois excessive, et le froid en déce mbre, janvier et février, est très-vif et rendu plus désagréable par d'épais brouillards, qui sont assez ordinaires à cette saison de l'année. Une circonstance remarquable, et due au concours de causes encore imparfaitement indiquées, est la fréquence et la violence des ouragans et des typhons sur les cotes de Tong-King. Ces grandes commotions atmosphériques s'observent à de plus rares intervalles et dans des proportions moins effrayantes sur les côtes de Cochinchine, et surtout au sud du seizième parallèle; au Cambodje elles sont entièrement inconnues!

Au total, le climat moyen de l'em-

frire Annamite paraît être bon et salu- >re. Les Européens se louent plus particulièrement du climat des provinces d'Hué et de Saïgôn. Le témoignage de nos compatriotes Vannier et Chaigneau, qui avaient résidé plus de trente ans dans le pavs et l'avaient parcouru dans diverses directions, est décisif à cet égard. La constitution robuste et active des indigènes témoigne, en général, de l'influence salutaire des conditions atmosphériques dans lesquelles le pays est placé.

Productions. — Règne minéral. — Les terrains de Cochinchine paraissent être, en général, dé formation primitive.

Cest au moins ce qu'indique le petit nom» bre d'observations géologiques recueillies pendant la mission deCrawfurd. Les principales montagnes, du cap Saint- James à Hué, se composent de masses granitiques et de syénite. Quelques-unes des chaînes les moins élevées et quelques collines isolées consistent en quartz, marbre et roches calcaires. I*e Cambodje, de formation alluviale, est pauvre en produits métalliques. On y trouve, cependant, du fer, mais en trop petite quantité pour suffire à la consommation locale. Le déticit est comblé par des importations du Siam, du Tong- King et, dans ces derniers temps , des établissements européens dans le détroit de Malacca. La Cochinchine proprement dite est aussi dénuée de richesses métalliques que le Cambodje. On a quelques raisons de supposer que les montagnes aux environs du cap Varèla renferment de l'argent; mais, en fait, c'est du Tong-King que ia Cochinchine tire ce qui est nécessaire à sa consommation soit en métaux d'usines , soit en or et en argent. Le Tong-King est effectivement riche en fer, en argent et en or. — D'après le témoignage des Chinois intéressés dans l'exploitation, les mines de fer sont situées à six journées de marche de la capitale (Cacbao), et les mines d'or et d'argent à une distance à peu près double du même lieu, dans la direction de l'ouest. On estime le produit annuel des mines d'argent à une centaine de pfciils , ou environ deux cents treize mille six cents onces anglaises(à peu près 6,000 kilog.). On n'a que de vagues données sur le produit des mines d'or, dont il paraît que les provinces chinoises voisines , du Yùnnan et de Quang-Si , s'approprient une grande partie par la voie de la contrebande. Le père Marini rapporte que les mines d'argent ont été exploitées pour la première fois vers 1625 ou 1630; et il leur assigne pour situation les provinces septentrionales auxquelles il donne les noms de liao et ducanghe. Toutes les mines , au dire de Crawfurd , sont aujourd'hui exploitées par des Chinois. 11 n'y a pas moins de vingt à trente mille de ces émigrés employés à l'extraction des métaux ou aux travaux accessoires de l'exploitation.

Règne végétal. — Les végétaux utiles

des pays Annamites sont à peu près les mêmes que ceux qu'on rencontre sous des latitudes semblables dans les autres parties de l'Inde postérieure. Le riz est la culture principale des terres basses sujettes aux inondations. Dans le domaine du cours inférieur des grandes rivières de Cambodje et du Tong-King la récolte de riz est aussi régulière qu'elle est abondante. H n'en est pas de même en Cochinchine propre, dont le sol, généralement pauvre et sablonneux, est naturellement moins favorable à cette culture : aussi la Cochinchine tiret-elle du Cambodje et du Tong-King une grande partie du grain nécessaire à sa consommation. 1 es autres plantes alimentaires qui sont cultivées en Cochinchine sur une grande échelle sont le maïs, la pistache de terre (arachi$ hypogœa,), l'igname {concolvulus batatas). Le cocotier et l'aréquier sont également au nombre des grandes ressources de ce pays. Le Cambodje et le Tong-King sont particulièrement riches en aréquiers, et le produit de cette espèce de palmiers forme une branche importante de commerce. Les Chinois préfèrent l'arek de Cambodje à tous les autres, et en exportent annuellement des quantités considérables. Les meilleurs truits de la Cochinchine sont l'orange, le litchi, l'ananas ( surtout l'ananas de la province Doung-Nai, par 10° lat. nord), la mangue, le sherifa, la goyave, etc. Les oranges de la province de Saïgôn s'exportent à Singapoure, aux mois de février et mars. Crawfurd les décrit comme étant fort grosses et très-savoureuses, fort supérieures, ajoute-t-il, à celles qui sont apportées de Chine à la même époque. Il lait remarquer que le mangoustan et le dourian , si communs et si justement recherchés dans les îles Malaises et au Siam, manquent totalement dans les pays Annamites (I). On aurait dû, à raison du climat, s'attendre à les trouver au Cambodje, où les Malais qui

(i) Nous trouvons cependant le mangea** lan mentionné dans YHortut floridns C ocincittœ. de Tal>erd (Dictionarium AnamiùcoiMtinum, p. 63 1) ; et peut-être aussi le dourian% si c'est bien ce fruit que Taberd désigne par le nom spécifique de Dmio capjjaris ( il «joute fructus opùtnus ), p. 627.

s'y sont établis dépuis si longtemps auraient au moins pu les introduire ; mais Crawfurd n'a entendu parler que de quelques arbres de mangoustans cultivés, comme objet de curiosité, dans les jardins du roi à Pe-Mom-Peng {sic).

La canne à sucre est très-abondante en Cochinchine, dans le voisinage et au sud de la capitale, dans les provinces Kwang-Ai (orthographe de Crawfurd ) et Kwang-Nam : elle l'est moins dans le Gimbodje, et encore moins dans le Tong-King. Du temps de Crawfurd la fabrication du sucre n'était pas entre les mains des Chinois (comme cela a lieu généralement dans le Siam et les pays voisins); de là, sans aucun doute, l'infériorité du sucre cochinchinois comparativement a celui de Siam, des Philippines et de Java. Il est brun et d'un grain pauvre : on évaluait la production très-diversement, (en 1822) à des quantités variant de 20,000 à 60,000 piculs. Ce qui parait certain, c'est que la majeure partie du sucre manufacturé est exportée du port de Fai-Fo ( sic ), près la baie de Tourâne, pour la Chine. 5,000 piculs environ sont annuellement expédiés aux établissements européens du détroit de Malacca.

La Cochinchine centrale produit du poivre de bonne qualité, mais en trop petite quantité pour qu'il puisse devenir un objet de commerce.

Le Cambodje cochinchinois fournit la même belle espèce de cardamome que le Siam, espèce si recherchée des Chinois. 11 s'en exportait du temps de Crawfurd environ 800 piculs de Saïôn , par an. Nous pensons que ce doit tre 1 amomum médium de Loureiro( I).

Il s'en exporte une autre espèce du Tong-King, et en quantités très-considérables ; c'est peut-être Y amomum villo-

(i) .î. de Loureiro : Flora Cochinehinensis ;

Publiée d'abord à Lisbonne, par ordre de Académie royale de* Science*, en a vol. grand io-4°, * 79« , et réimprimée à Berlin avec de» noie* de C. S. Wdldenow, a tomes in-8», 1793. C'est la principale source où il faut puiser pour acquérir des notions exacte* sur le* productions végétale* des pays Annamites et de la Cochinchine en particulier. — 11 sera très-utile de consulter aussi YHortiu Çocincma de Taberd , déjà cité.

su m, Lour. , qui vient sans culture dans les provinces Qul-Shôn et Phu-Yèn, et qui est très- recherché des Chinois, à causede ses propriétés médicinales. Cette dernière espèce est celle que Bontius désigne sous le nom spécifique de major, mais Loureiro ne dit pas qu'elle soit cultivée dans le Tong-King.

La vraie cannelle (laurus cinnamomum ) est probablement un produit indigène de (a Cochinchine centrale. On la trouve dans les districts situés au nord-ouest de Fai-Fo, à l'état sauvage, mais surtout cultivée. Il s'en exporte annuellement en Chine de deux cent cinquante mille à trois cent mille livres anglaises. On en fait beaucoup plus de cas que de la cannelle de Ce vlan. Quel-

rs écorces de choix se vendent , hors la Cochinchiue et en Cochinchine même, à des prix exorbitants.

L'anis (pimpinella anisum ) est assez abondant au Cambodje pour qu'il s'en exporte environ 3,000 piculs, année commune, de Saîgôn en Chine.

Le coton ordinaire est cultivé sur une grande échelle , et s'exporte en Chine, où il se vend vingt pour cent plus cher que le coton du Bengale.

Le mûrier blanc forme également une branche de culture considérable, surtout au Tong-King et dans la Cochinchine centrale ( principalement autour de la capitale) : la soie est fort inférieure à celle de Chine, l'élève des vers à soie et les procédés de préparation étant comparativement très-imparfa its. Cette branche d'industrie serait susceptible d'un très-grand développement.

On trouve l'arbre à thé en Cochinchine et au Tong-King, pas dans le Cambodje. Le père Marini (1) a donné une description fort exacte de la culture et de la préparation du thé dans ces contrées. L'espèce ou plutôt la variété cultivée est probablement la même que celle qui est désignée en Chine par le nom de 6o/»ea, mais la feuille en est beaucoup plus grande, d'une texture plus grossière, et fournit une infusion d'une qualité fort inférieure. 11 est même plus exact de dire une décoction,

(1) Histoire nouvelle et curieuse des lojraumes de Timait'm et de Ijio ; traduit de l'italien; Paris, 1O66, 1 vol. in-40.

L'UNIVERS

car les Cochinchinois font bouillir les feuilles de leur thé : ils considèrent cette décoction comme tres-rafraîchissante.

Crawfurd et ses amis en ont essayé, et ne Tout pas trouvée désagréable au godt. La consommation considérable qui se fait de thé indigène n'empêche pas qu'il s'en importe une grande quantité de Chine, et le thé chinois est la boisson favorite des classes aisées.

Le bois d'aigle est ici l'objet du monopole royal. On le tire du pays des Songt (?), que Crawfurd croit être la même tribu que les Siamois désignent par le nom de Chong (Tchong). Ce bois est en grande estime comme encens et à cause de ses vertus médicinales.

Crawfurd mentionne aussi, parmi les plantes utiles et qui sont recherchées pur les Chinois, uneespècede diotcorata, à ce qu'il croit , dont la racine fournit une matière colorante d'un brun rougeâtre. et qu'il dit s'appeler en annamite h ut> Nous ne trouvons pas ce nom dans ïaberd. Les Chinois font une grande consommation de cette teinture.

L'empire Annamite est assez riche en bois de construction et bois de, charpente et de menuiserie; le Cambodje en est abondamment pourvu. On a douté assez longtemps que l'arbre de teck se rencontrât dans aucune partie de la Cochinchine; mais Loureiro et Taherd s'accordent à l'indiquer comme y étant indigène. Il y est probablement assez rare, et ne croît que dans certaines localités (t). On cite parmi les plus beaux bois, et les plus utiles, le go, nunclea orientalit de Loureiro : dur, noir, pesant et susceptible d'un très - beau poli.

Le tabac et le bétel sont cultivés partout. Le tabac se fume généralement sous forme de cigarettes. Le bétel se mâcha en Cochinchine avec les ingrédients ordinaires, sauf le cachou; au Cambodje, au contraire, on regarde le cachou comme indispensable à la confection du bol aromatique si universellement mâché par les Indo-Chinois et les Malais : il est à présumer que l'u-

(i) Loureiro l'appelle tectona tlteka ( cay sao des Cochinchinois ; yati on djati des Malais). Il lui assigne principalement pour habitat le CaœboJje.

sage du cachou a été introduit au Cambodje par ces derniers.

Régne animal. — La zoologie de la Cochinchine ne diffère pas remarquablement, dans ses traits principaux, de celle des contrées indiennes voisines. Les quadrupèdes les plus communs sont le chien, ressemblant à celui de Chine, mais plus petit, et dont on mange aussi volontiers que dans le céleste empire : le tigre, aussi grand , aussi fort, aussi féroce qu'au Bengale ; l'éléphant, le rhinocéros, le bœuf, le buffle, Je cheval, le cochon, l'ours, diverses espèces du genre chat, le cerf, le daim, etc. Nous renvoyons le lecteur à notre tableau zoologique pour de plus amples détails.

ISous nous bornerons ici à quelques observations sur certains animaux domestiques.

L'éléphant de Cochinchine est un bel animal , semblable en tout point à celui des districts orientaux du Bengale.

Les meilleurs viennent du Cambodje, où ils sont fort nombreux et où on s eu procure à des prix très-modérés (40 à 60 quant, c'est-a-dire de I20à 150 francs environ) (1). La variété blanche, objet d'une si grande vénération au Siam et dans l'empire Birman , parait être inconnue dans les pays annamites. Il est certain , en tout cas , que les Cochinchinois ne sont pas disposés à attacher la moindre importance à la possession d'un éléphant blanc, et que les voyageurs modernes n'en ont vu aucun, soit à Hué soit à Saigon.

Le cheval est de petite race , de chétive apparence, et inférieur à tous égards aux cnevaux , également de petite taille, de l'archipel Indien. On s'en sert comme monture, mais il n'est d'aucune utilité pour les travaux des champs ou pour la guerre.

\je buffle dans le Cambodje est aussi grand , aussi gros et aussi vigoureux que celui de Siam ; mais à mesure qu'on s'élève dans le nord il s'abâtardit, et aux environs d'Hué, par exemple, sa taille et sa force sont tellement amoindries,

(i) Le vieux voyageur chinois traduit par Àbel Rémusal dit dans sa Description da Cambodje ( p. io de l'ouvrage cité ) :

• Ils ont cinq mille éléphants de guerre. Les meilleurs sont nourris avec de ta viande.*

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gu'il perd beaucoup de sa valeur comme été ae labour; ce qui tend à démontrer gue cette espèce n atteint toute sa perfection que dans les contrées voisines de l'équateur. Le bœuf cochinchinois est petit , d'une couleur uniforme , brunerougeâtre, et sans bosse. Sa chair n'est jamais employée comme aliment, celle du buffle non plus. Le lait est abhorré ( dit Crawfurd) par les indigènes. — L'éloignement de la plupart des peuples de l'extrême Orient pour le lait, comme nourriture, est un fait des plus remarquables et dont nous ne sachons pas qu'on ait recherché ou indiqué la cause. — On rencontre quelques chèvres, de petite espèce, et plus rarement encore quelques moutons, delà plus chétive apparence.

Crawfurd en a vu à Saigon et à Hué qu'on semblait ne garder que par curiosité. Le cochon est , au contraire , fort estimé par les Cochinchinois. On le trouve partout à l'état sauvage, et l'espèce domestique, très-belle et très-compacte de forme, est l'objet de soins tout particuliers.

La volaille, surtout à Saïgôn, est nonseulement abondante et à bon marché , mais de qualité supérieure. C'est la plus belle que Crawfurd ait vue dans l'Inde. Le coq et la poule ordinaires sont de trèsbeaux oiseaux, qu'on rencontre fréquemment à l'elat sauvage, et on en élève en grande quantité , moins à cause de leur chair que parce que la multiplication de cette espèce intéresse au plus haut degré la passion dominante des indigènes, dont tes combats de coqs sont le divertissement favori. Plusieurs espèces de canards sauvages visitent ces contrées pendant la saison des pluies : ils couvrent alors , par milliers , les rivières , les lacs, les étangs et les champs de riz. On élève le canard domestique, qui se multiplie au point qu'il n'est pas rare d'en voir des troupes de mille et au-delà. Crawfurd n'a vu des oies qu'à Saïgôn ; mais elles y étaient fort abondantes, de grande taille, toujours blanches, et d'une espèce différente de celles de Chine.

Le poisson de toute espèce abonde sur les côtes et dans les rivières , et la pèche emploie un grand nombre de personnes des deux sexes. On voit chaque matin des barques innombrables sortir des ports , des baies, des moindres criques,

et s'avancer Jusqu'à plusieurs milles en mer pour se livrer à une pèche fructueuse et ne rentrer qu'au soir. Des filets et des engins de toutes sortes, disposés à l'embouchure des rivières ou dans le voisinage, témoignent du développement de cette importante branche de l'industrie nationale.

Jetons maintenant un coup d'oeil rapide sur les différentes races dont se compose la population de l'empire Annamite.

/{aces diverses. — a.) La race annamite proprement dite occupe le Tong- King et la Cochinchine. Les habitants de ces deux contrées parlent le même langage, sont régis par les mêmes lois, soumis aux mêmes usages : cependant les deux pays ont eu pendaut des siècles une existence politique distincte, et leurs gouvernements ont été à diverses époques non-seulement dans un état de rivalité , mais d'hostilité acharnée , qui a eu pour résultat de rendre alternativement Pun d'eux tributaire de l'autre. Aujourd'hui leTong-Ki»g est dans la dépendance absolue de la Cochinchine. Nous reviendrons sur les principales circonstances et sur le résultat définitif des luttes auxquelles nous faisons allusion , et nous esquisserons en même temps les caractères les plus saillants de la race annamite.

6) Après elle, la race la plus importante est celle qui occupe le Cambodje.

Les Cambodjiens s'appellent , dans leur propre langage, Kammer, en langue siamoise Kammen, Komen en cochinchinois ( ou Kao-Mien , suivant le père Alexandre de Rhodes). Leur pays se nomme, d'après les autorités chinoises recueillies par Abel Kémusat (ouvrage cité), Kan-Phou- Tc/ti, nom changé depuis en celui de Kan-Phou- Tche (origine évidente du nom actuel). Les géographes chinois l'appellent Tchin-La, mais les livres sacrés tibétains le désignent par les mots Kan Phou-Tchi.

Les Cambodjiens parlent un langage différent de celui des peuples voisins; mais dans leur constitution physique, leurs manières , leurs lois , leur religion et l'état de leur civilisation , ils ressemblent plus aux Siamois qu'à aucun autre peuple. Leur civilisation est ancienne, ce qui s'explique par la fertilité de leur

L'UNIVERS

pays, arrosé par de grandes rivières, qui ont offert aux populations de grands moyens d'établissement et de communication. Le Cambodje envoyait des ambassadeurs en CI une dès Tannée 61 G de J.-C, c'est-à-dire il y a douze cent trentequatre ans, et a continué à le faire pendant des siècles. Il a été en lutte constante avec le Siam d'un côté , avec la Cochincliine de l'autre : quelquefois victorieux et maître, plus souvent battu et conquis! Il parait avoir atteint sa plus grande puissance au dixième siècle. Il soumit la Cocbincliineàla Gn du douzième. En 1268, Koublaî-Khan , souverain tartare de la Chine, ayant entendu vanter les grandes richesses de ce pays, en essaya la conquête; mais il rencoutra une plus grande résistance qu'il ne s'y était attendu , et se contenta d'une déclaration de vasselage et d'une promesse de payer tribut.comme par le passé. Nous n avons que des renseignements incomplets sur les événements qui marquèrent l'histoire de ce pays de la fin du treizième siècle au commencement du dix-huitième. (Voir plus haut, p. 560, ce que nous avons dit de la relation de l'aventurier espagnol qui visita le Cambodje en 1594.) En 1717 les Siamois envahirent Cambodje, dont le roi appela les Cochinchinois à son secours, et avec l'aide de ces dangereux auxiliaires il défit les Siamois : mais, pour reconnaître le service qui venait de lui être rendu , le Cambodje se vit contraint de se déclarer vassal de la Cochinchine.

Depuis cette époque ce malheureux royaume a été le siège de troubles continuels, et s'est trouvé souvent dans une anarchie complète. En 1750 la Cochinchine s'empar.i des provinces situées sur la rivière de Saigon. En 1786 Ong-Tong, roi de Cambodje, mourut, laissant un fils âgé seulement de quelques années. Son gendre fut nomme régent pendant la minorité de ce fils, et, se hâtant de placer ce qui restait du royaume sous la protection de Siam , il amena le fils et la fille du roi défunt à la cour de Bangkok. Cambodje , uar suite de cette démarche, devint de fait une dépendance du Siam, et cet état de choses dura jusqu'en 1809, quand un neveu du dernier roi se mit à la téte d'un parti de mécontents, et s'empara d'une portion du royaume. Le régent , daus cette occasion , appela les

Siamois à son aide, et le neveu eut, de son côté, recours aux Cochinchinois.

Tai-K oun, vice-roi du Cambodje cochin chinois (avec lequel la mission de Crawfurd eut des relations qui donnent uue assez haute idée du caractère et des talentsdecedignitaire), rassembla uncorps d'armée considérable , fit toutes les dispositions nécessaires avec une activité et une énereie qui devaient assurer le triomphe de la cause qu'il avait épousée, et marcha à la rencontre de l'année siamoise. Les Siamois, au lieu de se battre, jugèrent convenable de négocier; et un traité de paix fut signé, en vertu duquel le Cambodje fut reconnu vassal de la Cochinchine, à l'exception de la province de Bafabang, qui touche à Siam (comme nous l'avons vu ), et qui fut cédée à cet empire. Aujourd'hui, le roi de Cara bodje n'a conservé que l'appareil extérieur de la souveraineté et quelques veines prérogatives. Le pays est virtuellement gouverné et administré par les officiers cochinchinois, civils et militaires, sous la direction supérieure du vice-roi de Saïgôu.

c. Les habitants du Champa (Tchampa, Tsiampa, Ciampa, etc. ) sont appelés en langue annamite Loue ou Loi. Le vrai pays de cette race s'étend depuis le cap Saiut-James jusqu'à la province de Phu- Yen, et même un peu au delà. Il formait un fttat monarchique considérable, dont la capitale était située sur la baie de /'han-Jiye, par environ 11° 10 nord. Les indigènes paraissent professer une espèce d'hindouisme, qui participe des croyances bouddhistes ou djâïn, et qui offre beaucoup d'analogie avec le culte mixte des Javanais avant leur conversion ou mahométisme ; trèsdifférent cependant, à beaucoup d'égards, du bouddhisme des peuples voisins de l'Indo-Chine. On voit dans le pays des temples nombreux, en pierre de taille, contenant des images de divinités hindoues, telles que Siva> Dourga, Bouddha, etc. M. Diard , qui a traversé le Tsiampa en voyageant entre Hué et Saigon , en avait rapporté un très -beau ga~ neish en pierre. Les habitants parlent un dialecte particulier, différent de l'annamite et du cambodjien. Le mariage dont les annales javanaises font meut ion. entre une princesse de Tsiampa et uu

INDOCHINE

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empereur javanais, vers le milieu du quinzième siècle, indique assez clairement que les deux peuples devaient avoir la même religion et les mêmes mœurs. Il parait qu'à une époque reculée une emi-

f [ration des indigènes du Tsiampa a eu ieusurla côte orientale du golfe de Siam, entre le 11e et le 12e degré de latitude nord ; que là ils se sont mêles aux émigrés malais venus de la Péninsule et précédemment établis sur la même cote, et qu'ils ont embrassé la religion mahornétane. C'est un fait ethnographique curieux que l'existence de cette colonie mixte où on parle encore , à la fois , le tsiampa et le malais. Le pays de tsiampa a été subjugué par les Cochinchinois il y maintenant un siècle , eu même temps qu'ils s'emparaient de la province Dôngnal du Cambodje. Depuis cette époque la race annamite occupe les côtes et l'extérieur du pays jusqu'aux montagnes où les premiers possesseurs du sol se sont réfugiés , et d'où ces Loye ou Loi , imparfaitement soumis et impatients du joug qui pèse sur eux, viennent souvent les attaquer. Nous avons déjà mentionné cette lutte souvent renaissante :

le pays est , en conséquence , hérissé de forteresses, que les Cochinchinois ont établies sur les montagnes et les passes principales , et qui paraissent avoir été construites dans le style européen.

d. Une autre race , les Mois , habite aujourd'hui une bande montagneuse de cent vingt lieues de long , du nord au sud , sur une largeur de vingt à trente lieues , et que la carte de Taberd place entre le 10e et le 16e degré de laUtude nord. Il en est fait mention dans les Nouvelles Lettres édifiantes. « Tout ce qu'on en sait (dit Crawfurd), c'est qu'ils sont incicitisés, mais inoffensifs. * Nous avons vu que le digne évêque d'Isauropolis en pensait tout autrement. Et nous sommes disposé *à croire que c'est lui qui a été le mieux informé. Le pays originaire des Mois serait, selon Crawfurd, la province Dông- JVai, où ils forment encore le gros de la population.

e. Il convient de dire aussi quelques mots de cette portion de la population de l'empire Annamite qui reconnaît une origine étrangère, et qui se divise en trois branches d'une importance inégale.

La religion chrétienne a été introduite au Tong-King, à la Cochinchine et au Cambodje vers Tannée 1624 par les jésuites portugais de Macao, après la persécution et le massacre des Portugais au Japon. Vers le milieu du même siècle, et par suite de leur expulsion de Malacca, un nombre cousiderabie de Portugais de race mélangée vint s'établir dans ces pays , et on rencontre partout de leurs descendants, qu'il serait cependant difficile de distinguer de ceux des indigènes

?|ui ont embrassé le christianisme. « Un ait (dit Crawfurd ) était généralement admis dans les conversations que j'ai eues à ce sujet : savoir, que les chré tiens annamites constituaient la portion la plus pauvre et la plus abjecte de la population. Ils n'ont aucune influence, et il ne paraît pas que depuis la mort du prince qui était venu en France avec l'évéque d Adran, et qui (à la graude consternation de sa famille) était deveuu un dévot catholiaue, la religion catholique ait été professée par aucune personne considérable. »

Nous sommes convaincu que Crawfurd a adopté trop légèrement l'opinion absolument défavorable qu'il exprime à l'égard des chrétiens annamites, et qu'il s'est mépris sur les causes qui empêchent que les Cochinchinois des hautes classes viennent grossir les rangs des convertis; mais il nous parait très-probable que le jugement qu'il porte , en tant qu il s'applique à la classe des métis

Iiortugais, est appuyé sur des faits anaogues à ceux que l'observation a recueillis sur d'autres points de l'Indo- Chine, et qui placent cette classe abâtardie dans des conditions de dégradation et d'infériorité qui forment un contraste déplorable avec les glorieux souvenirs de ses ancêtres.

Les Chinois sont les plus nombreux parmi les étrangers, mais beaucoup moins nombreux, cependant, eu proportion qu'ils ne le sont au Siam et sur certains points de l'Archipel : ce qu'il faut attribuer à la nature beaucoup plus absolue, rigoureuse, vigilante et tracassière du gouvernement cochinchinois, qui intervient trop fréquemment dans les transactions qui intéressent l'industrie. Cependant, il a, dans une certaine mesure, encouragé l'établissement de

L'UNIVERS

ces émigrés. Les premiers colons chinois sont exempts de la conscription, et leurs descendants ont le privilège de se libérer de toute servitude moyennant paiement d'une capitation de "quinze quans par an. Ceux-ci peuvent quitter le pays avant de contracter mariage, jamais après. Les Cochinchinois eux-mêmes ne peuvent quitter le territoire de l'empire sous aucun prétexte. Nous avons déjà dit qu'on comptait de vingt à trente mille Chinois au Tong-King. 11 y en a un millier à peu près à Catchao, qui s'occupent du commerce. A Hué, Crawfurd entendit dire qu'il s'en trouvait tout au plus six cents. Mais à Fai-fo il y en avait de son temps trois mille, et à Saïaôn cinq mille. Us se sont établis également, mais en plus petit nombre, à Quinnhon, Kang-Kao, Pe-.Nôm-Penget dans quelques autres villes ; et Crawfurd pense qu'on peut évaluer la totalité des colons chinois a quarante mille.

"Nous avons deja parlé des Malais établis sur la côte est du golfe de Siam, entre le 11e et le 12e degré de latitude nord. Leurs résidences principales sont à Pong-Som et Kam Pot. Ils professent la religion mahométane, et parlent un langage mélangé de malais et de tsiampa, avec quelques mots cambodjiens. Ils sont en tout quatre à cinq mille, n'ont aucune influence politique, disent venir de la principauté de Djohor, et entretiennent un commerce assez actif avec cette principauté ainsi qu'avec les petits Ëtats de Pahang, Kalentan et Tringano, auxquels ils fournissent du riz, du stic-lac, des cotonnades grossières et des soieries. Leurs embarcations , remarquablement élégantes de forme et bien installées , faisaient l'admiration de Dampier, il y a environ cent soixante-dix ans, et se distinguent encore aujourd'hui par les mêmes qualités.

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