‹ Japon, Indo-ChineChapitre 88 sur 101 · LUIS · texte numérisé non relu

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sous le nom d'empire Birman, dans lesquels , toutefois , le mêla nue avec les Malais de Malacca et les Hindous des régions supérieures et orientales de l'Hindoustan a presque entièrement effacé les traces du caractère chinois. Les Cochinchinois de Turon, malgré la corruption des mœurs de leurs femmes , et malgré l'altération qui résulte en tout pays des révolutions sur le caractère des peuples, ont conservé à beaucoup d'égards le type de leur origine, et dans quelques points ils l'ont tout à fait perdu. Ainsi les deux peuples s'accordent parfaitement pour l'étiquette observée dans les mariages, les processions et les cérémonies funéraires. Ils ont les mêmes superstitions religieuses, le même usage de présenter des offrandes aux idoles , de consulter les oracles; le même penchant à interroger le sort pour percer l'avenir, et à chercher la guérison des maladies par les charmes. Ils ont la même nourriture et la même manière de préparer les aliments. Leurs jeux publics et tous leurs amusements sont du même genre; on trouve chez tons les deux les mêmes formes et les mêmes manières de feux d'artifice, les mêmes instruments de musique , les mêmes jeux de hasard , les combats de coqs et de cailles. La langue de la Cochinchine, quoiqu'on y retrouve les principes de la langue chinoise, en diffère tellement que les Chinois ne peuvent pas ou presque pas la comprendre; mais les caractères d'écriture sont les mêmes. Toutes les églises que nous avons pu observer n'étaient que de très-chétifs bâtiments; et nous n'y avons trouvé aucune trace ni de ces immenses routes ni de ces hautes pagodes qu'on rencontre si souvent en Chine. Mais il paraît qu'il y a dans beaucoup de parties du pays (les monastères amplement dotés, dont les bâtiments sont vastes et entourés de murailles pour plus de sûreté. En général, les maisons de la baie de Turon et aux environs ne consistent qu'en quatre murailles de terre couvertes de chaume; et celles qui sont dans les terrains bas, comme au bord des rivières, sont ordinairement élevées sur quatre piliers de bois ou de pierre, pour les préserver des inondations et de la vermine.

« L'habit des Cochinchinois a été trèschangé et considérablement raccourci ; ils ne portent ni souliers épais , ni bas piqués, ni grosses bottes de satin, ni jupes d'étoffes ouatées; mais ils vont toujours nn -jambes et souvent nu -pieds. Leurs longs cheveux noirs sont ordinairement rassemblés en un nœud au-dessus de la tête : c'est l'ancienne manière dont les Chinois portaient leurs cheveux jusqu'à ce que les Ta r tares, qui conquirent le pays , les eussent forcés à se soumettre a l'ignominie d'avoir la tête entièrement rasée , excepté une touffe de cheveux par derrière.

« Le système de conduite morale dans ce pays est fondé, comme à la Chine, sur les préceptes de Confucius ; cependant ici, à en juger par ce qu'on voit de morale, ils ne sont pas fort respectés. En Chine ces préceptes sont exposés avee affectation en lettres d'or dans toutes les maisons, dans les rues et les lieux publics; mais ici on les voit rarement, et on n'en parle jamais. Quand ils sont récités , c'est dans la langue originale, que les Cochinchinois n'entendent pas; et il leur serait fort difficile de les traduire. La conduite du peuple, en général, ne paraît pas plus soumise aux principes de religion qu'a ceux de la morale. Les Cochinchinois sont, comme les Français, toujours gais et parlant sans cesse * les Chinois, toujours graves, affectent de penser; les premiers sont d'un caractère ouvert et familiers, les autres serrés et réservés. Un<Chinois regarderait comme une bassesse de confier une affaire importante à une femme; les Cochinchinois regardent les femmes comme étant les plus propres aux affaires. La politesse chez les Chinois ne permet pas aux femmes de parler, à moins que ce ne soit pour répondre; elles ne doivent jamais rire , sourire est tout ce qui leur est permis; elles ne peuvent chanter qu'on ne les en prie. Quant à la danse, elles ont une infirmité physique qui ne leur permet pas le mouvement qu'elle exige. En Cochinchine les femmes sont aussi gaiesetaussi libresque les hommes; et comme il y a des conclusions assez importantes pour l'état de leur société à tirer de la condition des femmes chez eux , et de la considération qu'ils ont pour elles, j'entrerai dans quelques dé-

iado-chine.

tails sur leur situation ici , autant toutefois que les moyens bornés que nous avons eus de les observer nous le permettent.

« Dans quelques-unes des provinces de la Chine les femmes sont condamnées au travail laborieux et avilissant du labourage, et en outre elles sont chargées de tous les emplois pénibles. En Cochinchine on croit le sexe le plus faible né pour les occupations qui exigent, non la force du corps, mais l'industrie la plus persévérante. Nous en voyions tous les tours, depuis le matin jusqu'au soir, dans Veau jusqu'aux genoux, occupées à transplanter le riz; tous les travaux du labourage, et tous ceux qui ont rapport à l'agriculture paraissent être le partage des paysannes, tandis que les femmes de Turon ajoutent aux soins du gouvernement intérieur de leur maison tous ceux des détails du commerce. Ce sont elles qui président à la construction et à la .réparation de leurs murailles de terre ; elles dirigent les manufactures de vaisselle de terre cuite; elles conduisent les barques dans les rivières et les ports; elles portent les marchandises aux marchés ; elles écossent et épluchent les cotons; elles en font du fil, les tissent, les teignent de différentes couleurs, et en font des habits pour elles et pour leurs familles. La plupart des garçons sont obligés de s'enrôler dans les armées.

Ceux qui peuvent être exemptés du service militaire sont de temps en temps occupés à la pèche, et à chercher dans les lies voisines des nids d'hirondelles et des Lches de mer, tant pour le luxe des grands seigneurs du pays que comme un article de commerce pour la Chine.

Ils construisent et réparent les vaisseaux et les barques, et se livrent à diverses occupations, mais en ayant soin de réserver uue grande partie de leur temps à ne rien faire , ou a le consacrer à leurs plaisirs, car ils ne sont pas naturellement paresseux. Mais l'activité et l'industrie de leurs femmes sont telles, leurs travaux sont si variés, les fatigues qu'elles supportent si excessives, que les Cochinchinois leur appliquent la même expression proverbiale que nous à nos chats ; ils disent que la femme a « neuf vies, » et qu'elle ne meurt pas de la perte d'une seule. Il est évident du moins par leur conduite que les nommes , même

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dans la classe moyenne, regardent les femmes comme créées uniquement pour leur usage, et que ceux d'un rang supérieur les croient faites uniquement pour leurs plaisirs. Les lois ni les coutumes ne Gxeut pas le nombre des femmes ou de concubines qu'un homme peut avoir ; mais ici comme à la Chine la première en date a la préséance sur les autres; elle est à la tète de tout ce qui concerne la maison. Les mariages et les divorces sont également faciles. En Angleterre une pièce de six sous rompue entre deux amants est regardée par les paysans de quelques comtés comme une promesse et un gage de fidélité inaltérable; en Cocbinchine la rupture d'une petite monnaie de cuivre, ou d'un morceau de bois, en présence d'un témoin est regardée comme la dissolution d'un mariage et un acte de séparation.

« En Chine les hommes ont eu soiu d'inculquer aux femmes certains principes ; c est, premièrement, qu'une dame ne doit jamais sortir, et ce précepte est si bien observé qu'elles se renferment elles-mêmes dans leurs appartements.

Secondement, elle ne doit jamais laisser voir a aucun homme, même de sa plus intime famille, ni son cou ni ses mains. Pour prévenir cet accident, leurs robes sont bouton nées jusqu'au menton , et elles ont des manches qui descendent jusqu'aux genoux ; même, et par extension à ces principes, ils ont amené les pauvres femmes à regarder comme une perfection admirable un défaut naturel qui les confine dans leurs maisons. Ici la différence à cet égard est totale; bien loin que les Cochinchinoises soient

5 rivées de la liberté ou de l'entier usage e leurs membres, elles en jouissent librement. Ce n'était sûrement pas en Cochinchine qu'Eudoxe avait observé, comme il le dit dans son Voyage, que les femmes avaient les pieds si petits, qu'on pouvait avec justice les appeler les femmes aux pieds d'autruche. Fœminis plantas adeo parvas% ht struthopodes appeilentur. Au contraire, leur usage d avoir les pieds nus les grandit et les aplatit prodigieusement. Mais cette dénomination convient parfaitement aux dames chinoises : la forme indéfinie et ridicule de leurs pieds les fait assez ressembler à ceux de l'autruche.

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' « Souvent les extrémités se touchent : la même cause qui en Chine a fait exclure le sexe de la société, et qui y a restreint ses facultés physiques, a produit en Cochinchine un effet diamétralement opposé, en permettant aux femmes de se livrer sans (rein à toute espèce de licence. Cette cause, c'est leur dégradation dans l'opinion publique . et la persuasion qu'elles sont des êtres inférieurs par nature aux hommes. Dans cette conviction superstitieuse leur honneur est de peu de valeur à leurs propres yeux ; ce qui prouvé qu'elles ont le sentiment intime de ce peu d'importance. Il en résulte qu'on ne peut trouver dans aucune partie du monde plus qu'à Turon, et dans ses environs, des femmes sans scrupule et d< s hommes commodes. Il faut espérer toutefois que le caractère général de la nation n'est pas partout comme on le voit dans le port le plus fréquenté de la nation. L'indulgence singulière de Solon, dont les lois permettaient aux jeunes femmes de trafiquer de leurs charmes quand c'était pour procurer à elles-mêmes ou à leurs familles des objets de première nécessité, est sanctionnée eu Cochinchine, sans aucune limitation d'Age, de condition ou d'objet. Ces observations sur l'indifférence des hommes pour l'honneur et la chasteté des femmes, et sur les excès de dissolution auxquels elles se livrent, et qui sont la conséquence nécessaire de leur indifférence , ne sont pas bornées au commun du peuple; elles s'appliquent également aux premiers rangs de la .société. Os hommes, aussi débauchés que les mandarins chinois, ne gardent pas même les dehors de décence que ceux-ci croient devoir observer. Nos marins eurent d'assez singulières preuves de la facilité des habitants à faire part de leurs femmes aux étrangers. En voici une, entre autres, qui peut donner une idée de la valeur pécuniaire qu'ils attachent à leur complaisance.

« Un officier du Lion alla un jour à terre acheter une couple de jeunes bœufs pour le vaisseau. Le prix fut établi a 10 dollars par tète. Le mandarin, après avoir pris les dollars, envoya il ut de ses gens qui revinrent promptement avec une jeuue et jolie lille, que le magistrat prit par la maiu et présenta à

l'officier. Je ne saurais dire si ce fut par modestie que celui-ei refusa dp conclure un marché proposé ave* une indécence si révoltante, ou si ce fut faute d'argent pour paver une seconde fois le prix des Dcetifs. Quoi qu'il en soit, il fut fidèle a son devoir, au grand étennement du mandarin, dont il comprit que la Jeune personne était la fille on la femme. Uo autre un jour, en revenant de ta ville, suivait le nord de la rivière, line femme Agée vint à lui , et lui fit si?ne de la suivre dans une chaumière, où elle lui présenta sa fille, dans un état à peu prés semblable à celui où elle était en sortant des mains de la nature, et les veux de la vieille étincelèrent de joie a la m d'un dollar d'Fspagne.

« Lecaractèreni l'extérieur des Coehhv chinois n'ont rien de prévenant. I*ars femmes ne sauraient avoir de preten.

tions à Fa beauté. Toutefois , ce qui leur manque de charmes réels est ct>m* pensé par un air de vivacité et de gaieté ni contraste avec la triste et sévèrf gure des recluses chinoises. Il ne faut point chercher en Cochinchine ce tmw tien agréable, qui résulte autant de Téducation et du sentiment que la délict* tesse des traits et la fraîcheur du teint tiennent à l'aisance de la vie et stn soins pour n'exposer la figure ni à l'ardeur ni aux intempéries de l'air. />»

deux sexes ont les traits durs. *i leur couleur est aussi foncée que eew> des Malais. L'habitude générale de mâcher l'arec et le bétel leur rend les lèvres plus rouges et les dents plus noires qu'ils ne les auraient naturellement. L'habillement des femmes n'est pas calculé pouf en imposer. Une chemise de grosse toile de coton, brune ou bleue, qui descend jusqu'au milieu des cuisses, et un lar*e caleçon de nankin noir le composent ordinairement. Elles ne connaissent ni rusage des bas ni celui des souliers; mais les femmes du premier rang portent des espèces de sandales ou de grossières pantoufles. Une dame, dans sa parure, pour des occupations particulières , met trois ou quatre chemises de différentes coulenrs, et dont celle de dessus est la plus courte. Leurs longs chevtnv rmrn sont quelquefois rassembles en un nernd au-dessus de la téte, et quelauefois elles les laissent pendre derrière leur dos en

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longues tresses , qui souvent touchent la terre. Les cheveux courts sont regardés dans le pays comme la marque d'un bas état, et même d'une race dégénérée. L'habillement des hommes consiste en une jaquette et un caleçon; la différence avec celui des femmes se réduit à fort peu dé chose. Quelques-uns ont des mouchoirs autour de la tête en forme de turbnn ; d'autres ont des chapeaux ou bonnets de d ifférentes formes et de différentes étoffes, disposés en général pour mettre le visage à l'abri du soleil. Ils se servent aussi d'ombrelles de papîerfort de la Chine, ou d'écrans de feuilles de borassus flabelliformis, ou d'éventails de palmier, ou de latanier, ou de plumes. Leurs grossières cabanes de bambous sont en rapport avec leur pauvre et mince habillement ; enlin, rien chez ce peuple nedonne à un étranger l'idée qu'il jouisse d'un sort heureux.

« Il faut toutefois reconnaître qu'il y a une grande différence entre l'existence d'un Européen et celle des habitants du tropique. L'Européen qui les volt pour la première fois peut aisément se tromper, s'il veut établir une comparaison entre sa situation et la leur.

cnauffagp , le vêtement, et un logement commode , sont essentiels au premier pour son agrément et son existence. Pour l'autre, le feu ne sert qu'à faire bouillir son riz et préparer ses offrandes aux idoles. Ni ses besoins ni son goilt ne lui font souhaiter de riches demeures Des habillementsserrés et épais, loin de lui offrir quelques avantages, seraient pour lui la plus embarrassante superfluité; souvent il faut qu'il rejette le peu de vêtements dont il se couvre

Quelquefois. Pour lui rien de honteux ans la nudité; il peut donc en tout temps, en tous lieux, ne consulter que sa commodité et les circonstances, sans offenser les autres ni se gêner lui même; avantage que n'a pas l'Européen.

« Quoique nous ne nous fussions pas attendus à trouver dans Turon ni une grande ville ni des palais magnifiques, cependant, comme nous savions qu'elle était autrefois la principale place du commerce entre la Cochinchine, la Chine et le Japon , nous filmes désagréablement surpris de n'y trouver que quelques petits villages, dont les plus

considérables n'avalent au plus qu'une centaine de maisons; encore étaient-ce des cabanes couvertes de chaume. Des ruines de bâtiments plus considérables et de meilleure construction prouvent qup Turon a beaucoup souffert de la dernière révolution. Les inégalités du terrain laissent voir des traces de murs et de fortilications, qui, au rapport de celui de nosofliciers qui y fut prisonnier, sont encore plus considérables à Faï-Fou.

Enfin , îl reste des jardins et des plantations d'arbres fruitiers qui maintenant sont en friche. Mais on ne retrouve nulle trace indiquant une ancienne opulence, ou qui portent l'empreinte d'une antique magnificence. Leurs plus belles maisons n'ont jamais qu'un étage; elles sont en bois ou en brique* séchees au soleil. Les murailles de leurs villes sont construites avec des matériaux légers et très-imparfaits; aussitombent-elles bientôt en ruine, et disparaissent-elles sous une forte et rapide végétation d'arbustes. Leur système de construction ne saurait leur assurer une longue durée. Une masse de terre grossière, entassée au milieu, tend perpétuellement à pousser au dehors les bordures de briques ou de pierres qui forment les côtés des murailles, et qui tombent dans les fossés ; de sorte qu'en peu d'années cette élévation est effacée. Si par quelqueaccidentla ville de Pékin, la plus vaste et la plus populeuse cité du globe, venait à être abandonnée, il faudrait peu de siècles pour que les vestiges de son emplacement fussent complètement perdus.

Les chaumières de Turon sont en général très-rapprochées et propres, et assez bien fermées pour mettre les habitants à l'abri tantôt de la chaleur du soleil , et tantôt des grandes pluies. Les marchés fournissent assez d'étoffes de coton et de soie pour les besoins du pays, qui produit en abondance une grande variété de denrées qui fout vivre le peuple et fournissent au luxe des riches. Il paraît qu'excepté les moutons, les races diverses d'animaux y sont nombreuses.

Ils ont un peu de gros bétail, des cochons, des chevaux, et une grande quantité de canards et de poules. Ils mangent du chien comme à la Chine, et les grenouilles font partie de leur nourriture ordinaire. La mer offre autant de ressources que la terre à ces peuples, et

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à tous ceux aui ;i voisinent les côtes. Outre un grand nombre d'excellents poissons, ils ont trois espèces particulières de batistes, et d'autres de la classe des chétodons, dont une surtout , rayée de pourpre et de jaune, est un très-beau poisson. Us en prennent beaucoup dans des filets et dans des claies disposées comme des souricières , de sorte que le

goisson une fois entré ne peut plus sorr. Nous leur avons vu prendre une

Suantité de poissons volants , en mettant ans la mer de profondes bouteilles de terre, à col étroit, amorcées avec du porc et des morceaux de poisson.

« En Cochinchine la plupart des espèces de vers de mer qui appartiennent à la classe des mollusques servent à la nourriture, comme par exemple différentes espèces de méduses , d'hototuries, d'actinies, d'ascidies, de doris : ce sont pour eux des morceaux délicats; et ils font un article de commerce des biches de mer, qu'on appelle ordinairement tripan, et qui appartiennent aux

Senres holoturia et actinia. Us regarent toutes les substances gélatineuses , animales ou végétales, qu'ils tirent de la mer, comme des aliments ; et sur ce principe ils tiennent pour bonnes à manger toutes sortes de plantes marines du genre des algues, et particulièrement celles qui sont connues des botanistes sous le nom de /ad et d'ulvx. Les habitants des pays chauds ne ce mptent guère les animaux parmi les aliments de première nécessité ; ils en usent modérément; et quoique le poisson soit la nourriture commune de ceux qui habitent le bord de la mer, le riz avec du sel, des cosses de capsicum ou de poivre, des feuilles de quelques-unes des plantes acidulés maritimes que nous venons de nommer, sont plus agréables à la plupart des nations orientales; excepté ces objets, tout, même la noix d'arec et la feuille de bétel, est pour eux un objet de luxe. Les Cochinchinois peuvent à peu près compter sur deux abondantes récoltes de riz chaque année , l'une en avril , l'autre en octobre. Toutes les parties du pays produisent des fruits en abondance, comme oranges, bananes , figues, ananas, goyaves, grenades et autres dont on fait moins de cas. Us ont d'excellentes ignames et une grande quantité

de patotes. H paraît que leurs petits troupeaux leur fournissent peu de lait; mais ils n'en fout pas grand usage , pas même pour la nourriture de leurs petits enfants , qui sont très-nombreux a Turon, et semblent y jouir d'une bonne santé ( 1 ). Jusqu'à l'âge de sept ou huit ans ils vont totalement nus. 11 paraît qu'on les nourrit surtout de riz, de cannes à sucre et de melons d'eau. En général, le peuple en Cochinchine, comme en Chine , ne fait que deux repas par jour ; l'un a neuf ou dix heures du matin, l'autre au coucher du soleil. Ordinairement , dans la belle saison , ils mangent devant les portes de leurs chaumières, sur des nattes, en plein air.

Comme tous mangent les mêmes mets, personne n'a à rougir aux yeux des autres de son humble repas.

« Dans les maisons de Turon nous avons vu plusieurs plantations de cannes à sucre et de tabac. Le suc des premières, après avoir été en partie rafbné, est mis en gâteaux et envoyé à la Chine; il ressemble par la couleur, l'épaisseur et la porosité , aux rayons de miel. Le tabac est consommé dans le pays; car tout le monde, sans distinction d'âge ni de sexe , a l'habitude de fumer. L'aspect du pays ne préseute que de faibles marques d'agriculture. 11 est évident que les arts et les manufactures r faillissent. Les habitants n'ont que peu de meubles, et le peu qu'ils en ont est d'une construction grossière. Les nattes qui couvrent le plancher sont tressées très ingénieusement en différentes couleurs ; mais l'art de faire des nattes est si commun dans toutes les nations de l'Orient , que l'on y fait peu de cas des plus belles, même chez les gens du pays. Un fourneau déterre, un pot de fer pour faire cuire le riz, un ustensile qui ressemble à une ampoule fie, et qui leur sert à faire frire leurs légumes dans l'huile, et quelques coupes de porcelaine; voilà toute leur batterie de cuisine. Leur vaisselle de cuivre fondu égale en qualité celle de la Chine; mais leur poterie de

(i) Nous rappellerons ici qu'il est parfaitement établi que les Cochiocbinois, comme les autres peuples de l'Indo-Chine, les ChiooU et les Japonais, ont une aversion décidée

terre est très-inférieure. Ils paraissent savoir bien travailler les métaux. La plupart des poignées d'epee de leurs officiers sont d'argent, et assez passablement finies , et leurs ouvrages en filigrane valent ceux de la Chine. Ces deux nations ont une vive intelligence; et si elles étaient encouragées, elles sont déjà assez avancées dans les arts et les métiers pour y faire de rapides progrès. A travers tous les désavantages d'un mauvais gouvernement, leurs dispositions naturelles brillent quelquefois d'une manière surprenante. L'homme qui à Canton fit une horloge aussitôt qu il en eut vu une n'avait certainement ni la tête mal organisée ni la main maladroite.

« Cependant on ne remarque chez eux aucune amélioration progressive dans l'état des arts. Le vice radical dans tous les royaumes d'Orient, que ne peut compenser aucun avantage du sol, ni du climat, ni aucune circonstance favorable, et qui doit à jamais empêcher ces nations de prétendre à la réputation et à la condition de peuple heureux, c'est le défaut de sûreté pour les propriétés, cette barrière insurmontable à leur grandeur et à leur félicité. Dans ces pays, où le droit de la naissance n'assure que faiblement à l'héritier la possession de sa fortune; où le pouvoir arbitraire peut en tout temps, sous les formes d'une condamnation juridique, dépouiller un citoyen de la pièce de terre qui le nourrit, lui et sa famille ; où la force est mise à la place de la loi, et où ni les personnes ni les propriétés n'ont une protection efficace contre la rapacité ou la vengeance armée du pouvoir, quel encouragement peut-on avoir à bâtir une maison élégante, à améliorer la culture de son champ, à perfectionner quelques branches de l'industrie, à étendre son génie ou son adresse au delà de ce qui est indispensable aux nécessités de la vie ? Une branche particulière des arts dans laquelle la Cochinchine excelle, c'est l'architecture navale ; mais il faut avouer qu'ils n'ont pas été peu favorisés par la qualité et la grandeur de leurs bois de construction. Leurs pal lotes de plaisance sont des bâtiments d'une beauté remarquable : la coque a de cinquante à quatre-vingts pieds de longueur, et quelquefois il n'entre dans sa construction que cinq planches, qui tou-

tes s'étendent d'une extrémité à l'autre, assemblées à mortaises et à chevilles de bois, et tenues fermement par des cordes de fibres de bambous, sans aucune espèce de côtes ni de couples. L'avant et l'arrière sont très-élevés, et ornés de figures monstrueuses de dragons et de serpents, d'une sculpture assez curieuse, ornées de peintures et de dorures. Un grand nombre de mâts et de perches sont chargés de flammes et de banderolles. Des touffes de queues de vache, teintes en rouge, des lanternes, des parasols, et d'autres décorations suspendues à des bâtons des deux côtés de la galiote, annoncent le rang de ceux qui la montent ; et comme ils se tiennent toujours sur l'avant, et qu'il serait incivil que les rameurs leur tournassent le dos ( car les usages de ces peuples, comme ceux des Chinois, diffèrent presqu'en tout de ceux des autres parties du monde) , les rameurs tournent le visage à l'avant du bâtiment, et poussent les rames devant eux, au lieu de les tirer

f>ar derrière, comme on fait dans tout 'Occident. Les domestiques et les bagages occupent la poupe. Les bâtiments employés, dans le groupe d'îles appelé Paraccls, au commerce de la côte, à la

Sèche et à recueillir le tripan et les nids 'hirondelles, sont de diverses constructions. La plupart, comme les sampans chinois, sont couverts de nattes, sous lesquels toute la famille se tient constamment. Les autres ressemblent aux barques des Malais, tant pour la forme que pour les agrès. Leurs bâtiments marchands, semblables aux jonques chinoises pour la forme et la construction, n'ont pas toute la perfection désirable. Toutefois, comme cette construction n'a été changée en rien depuis des milliers d'années, l'antiquité de l'invention lui mérite un certain respect; et comme ces bâtiments ne doivent jamais être employés comme vaisseaux de guerre, une vitesse extraordinaire pour la poursuite ou la fuite n'est pas une qualité essentielle pour eux. La sûreté est pour les propriétaires bien préférable à la vélocité. Comme le marchand est à la fois propriétaire et navigateur, un tonnage limité lui suffit pour ses propres marchandises; afin de pouvoir être chargé par plusieurs marchands, le vaisseau est partagé en compartiments distincts. Les

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cloisons qui forment ces séparations sont en planches de deux pouces d'épaisseur, si bien calfatées et arrangées qu'elles sont imperméables à l'eau. Quelques objections qu'on puisse faire contre l'usage des séparations dans le fond de cale ( et les embarras de l'arrimage sont sans contredit les plus fortes ), on ne. peut nier que cette coustructiou n'offre plusieurs avantages importants. Un vaisseau ainsi fortifié par ces cloisons, qui se croisent, peut toucher sur un roc sans Hre matériellement endommagé. T'ne voie d'eau dans une division de la cale ne fait aucun tort aux marchandises placées dans les autres division*, et le corps du bâtiment, où tout se lie et se fortifie mutuellement, est eu état de soutenir plus d'un choc ordiuaire. Tous les marins savent que quaod un vaisseau a touché, le premier indice de sa rupture est lorsque les bords des ponts se séparent des côtés; cette séparation ne peut se faire quand le pout et les cotés sont fortement attachés ensemble par des cloisons qui se croisent. Aussi s'occupe-t-ou en ce moment en Angleterre d'essais de ce genre de constructions si anciennes en Chine.

Pour naviguer dans les temps calmes il existe en Chine, depuis plus de deux mille ans , de grands bateaux à rames avec des roues placées aux côtés ou à la quille ; et divers procédés ingénieux , qu'on nous propose en Europe comme des inventions.

« Quoique le roi qui gouverne actuellement ce pays ait jusqu'à un certain point secoué le joug de la coutume par rapport à la construction des vaisseaux de guerre, cependant il n'a pas entièrement bravé les préjugés populaires, qui dans ces contrées de l'Asie, particulièrement gouvernées par l'opinion, ont un caractère trop sacré pour pouvoir être complètement déracines.

C'est par respect pour ces préjugés qu'il u'a change dans la construction des navires que la forme de la carène et toute la partie du bâtiment plongée dans l'eau ; mais il a conservé toutes Tes œuvres apparentes, les mâts, les voiles, les agrès. Peut-être que le pliant bambou, qui forme la partie la plus essentielle des œuvres mortes de leurs vaisseaux, ne pourrait être remplacé avantageusement par des câbles épais, puisqu'il est plus léger,

sans être moins fort. On doit admirer

le parfait jugement de ce prince, aussi prudent qu'actif, qui, se tenant dans un juste milieu, a obtenu un avantage réel, sans introduire un changement visible.

« Les Cochinchinois ayant conservé les caractères d'écriture de la langue chinoise, nous n'avions aucune difficulté à nous faire entendre d'eux de cette manière, par l'entremise de nos prêtres chinois. La langue parlée a souffert une altération considérable, dont on sera moins surpris si on considère que les habitants des provinces méridionales et septentrionales de la Chine ne s'entendent pas entre eux. Cette langue des Cochmcuinois ne paraît avoir reçu dans tous ce* changements aucune amélioration, ni par les additions de sou propre fonds , ni par l'introduction de mots étrangers. Il faut observer que les Cochinchinois ont introduit le» consonnes B, D, R, qu'ils prononcent sans la moindre difficulté, taudis qu'il est impossible aux Chinois d'articuler aucuue syllabe où il entre de ces lettres. La construction des deux langues diffère considérablement.

« La religion des Cochinchinois, comme celles de presque tous les peuples d'Orient, est une modification de la doctrine très étendue de Bouddha ; mais, autant que nous avons pu en juger, elle est plus simple et sa partie mystique est plus dégagée des mystères et des jongleries d'oracles vulgairement en usage vamù le peuple de la Chine. Par un sentiment, de gratitude et de respect envers l'Être- Suprême, les Cochinchinois manifestent leur piété en offrant à l'image de la divinité qui les protège les premiers-nés de leurs troupeaux et les prémices des fruits de la terre, les premiers épis de riz, les premières noix d'arec, la première coupe de cannes à sucre ; enfin, les prémices de tout ce que la nature leur doune sont réservées pour l'image sacrée , et sont déposées dans son sanctuaire avec le respect convenable, et comme l'hommage de leur reconnaissance pour la Providence divine. J'ai été charmé d'être témoin d'une de ces offrandes. Dans une belle soirée, j'étais descendu au rivage, et dans une petite

Çotte , sur la côte nord de la baie de urou, je vis un personnage vêtu d'une longue robe jaune, la Ute uueet firaiche-

ment rasée, s'avançant d'un pas mesuré, vers un arbre grand et touffu. 11 était suivi d'un très-petit nombre de paysans. Arrivés au pied de l'arbre, ils s'arrêtèrent tous. Je remarquai au haut du principal tronc de l'arbre ( qui était une sorte de figuier ( Fie us indica ) que les Cochinchinois appellent dea, et dout les branches prenneut racine et deviennent des tiges ) ; je remarquai, dis-je, une sorte de grande cage eu treillage, avec deux espèces de portes brisées. Elle était attachée entre deux branches, et en partie cachée par le feuillage. Il y avait dedans une statue de Bouddha ou de Fô\ enboisx de la même grandeur et dans la même posture qu'on le représente dans les temples de Chine. Un enfant qui servait le prêtre teuait tout près de lui du charbon allumé sur un plat de cuivre. Uq des paysaus portait une échelle de bambou, qu'il plaça contre l'arbre; un autre

)t monta, et déposa dans la cage, devant 'idole, deux bassins de riz, une coupe de sucre et uue de sel. Le prêtre au même instant, les mains étendues et les yeux levés au ciel , prononça quelques paroles à voix basse. Alors I homme qui avait porté l'échelle se mit à genoux, et étendit trois fois son corps sur la terre. Plusieurs femmes et des eufauts se tenaient à une certaine distance, comme n'ayant pas la permissiou d'approcher, quoiqu'il ne soit pas probable qu'il y eût la de restriction relative au sexe, puisqu'on nous a informés que les prêtresses étaient en grand uombre dans ce pays.

« On voit dans tous les bosquets près de Turon de petites boîtes de bois, ou des corbeilles en treillage, suspendues a quelques arbres, ou attachées entre les branches, et qui contiennent quelques statues de même matière , ou des images pciutes et dorées , en papier découpé de différentes grandeurs , avec des inscriptions sur des planches de bois, eu caractère chinois, et beaucoup d'autres indications de leur destination sacrée. Au fait , ces arbres semblent avoir été les premiers temples consacres aux dieux.

Pour l'homme encore près de l'état de nature , les plus grands objets semblent les plus propres à attirer ses hommages. Tels sont dans les plaines les arbres vénérables par leur antiquité, et sur les montagnes les hauts et solides rochers

qui les couronnent. La plupart des anciens peuples civilisés ont de bonne heure consacre à la divinité des temples somptueux et magnifiques : ce qui a été universellement adopté par ceux qui ont professé le christianisme. Les Chinois et leurs voisins n'ont pas à cet égard, comme à bien d'autres, les opinions du reste du inonde.

« Souvent ilsontleurs divinités de prédilection enfermées dans de petites boites comme nos tabatières. Il est vrai que les dévotions particulières ne demandent pas un espace étendu comme l'exigent les rassemblements religieux \ il suffit de placer le protecteur dans un coin de l'habitation ou de le porter dans sa poche (l).

«< Les Cochinchinois sont très-superstitieux, et leurs pratiques de dévotion, comme celles desCuiuois, ont plutôt pour objet d'écarter un mal chimérique,

3 ue d'obtenir uu bien positif; e'est-àire qu'ils craignent plus le diable qu'ils n'adorent Dieu. On voit des poteaux ou des piliers élev és dans plusieurs endroits où est survenu quelque événement désastreux, soit public, soit particulier, comme la perle d'une bataille, un assassinat ou autre accident fâcheux. Ce sont a la lois des signaux pour marquer le lieu de l'événement , et des sacrifices pour apaiser l'esprit malin, à l'influence duquel ils attribuent l'événement. Ainsi, quand un enfaut meurt, ils supposent que ses parents ont attiré sur eux la colère de

Juelque esprit malin, qu'ils s'elïorceut 'apaiser par des offrandes de riz, d'huile, de thé, d'argent, ou de tout ee qu ils supposent être pins agréable à la divinité irritée. Celte opinion, générale chez eux, donne lieu de penser que l'horrible pratique de l'infanticide n'est pas au nombre des mauvaises coutumes qu'ils ont empruntées aux Chinois.

« Outre les offrandes volontaires que les particuliers croient nécessaires en différentes occasions , le gouvernement lève tous les ans des contributions pour

(i) Ce» remarques, que nous avons abrégées , manquent de précision et de justesse : nuis elles sont une transition aux observations plus exactes sur les pratiques superstitieuse* des Cochinchinois , et nous avons cru ne pas devoir les supprimer

I/UHJVERS.

l'entretien d'un certain nombre de mo- des observateurs les plus éclairés paraisnastères , où des prêtres invoquent leur sait assez favorable au caractère cocliindivinité pour le bonheur public. Ces chinois. L'ensemble des observations contributions se lèvent en nature sur le recueillies dans ces derniers temps, et riz, les fruits, le sucre, la noix d'arec en particulier de 1841 à 1847, tendrait et autres denrées. Dans les villes, ces à confirmer l'exactitude des conclusions dîmes sont remplacées par de l'argent auxquelles nous sommes parvenu à ce monnayé, des métaux, des habits et sujet ( p. £78 et 579). autres marchandises. Là, comme en Les observations qui suivent se rap- Chine, les prêtres sont regardés comme portent à la fin de 1841. A cette époque les meilleurs médecins; mais leur science l'Angleterre et la Chine, dont on avait consiste plus en secrets magiques et en cru les différends vidés par la convention prestiges que dans l'application raison- Elliot, préludaient par de vaines neçonable des substances médicales. ciations et de sanglantes escarmouches ■ De ce que les Cochinchinois ont le à une dernière lutte, et rien n'avait été même code criminel et les mêmes suppli- négligé de part et d'autre pour qu'elle ces que les Chinois, on doit conclure que fût décisive. (Curieuse et utile, bien les principes fondamentaux desdeuxgou- qu'affligeante étude, que celle des causes vernements sont les mêmes; mais à cet oui ont amené cette lutte mémorable et égard je ne suis pas à portée de donner I ont fait aboutir à l'humiliation infligée aucun éclaircissement. L'exécution des au céleste Empire par le traité de ^anlois est-elle moins rigide dans ce pays kin, en août 1842!) qu'en Chine, ou la morale du peuple y Au mois de novembre 1841 l'agent est-elle moins corrompue? C'est sur quoi du gouvernement français en mission je ne puis prononcer. Nous avons vu le extraordinaire dans les mers de Chine (1), tsha et le pan-tsé ( la cangue et le bam- se trouvant à Manille , jugea utile , de bou ) dans un bâtiment ouvert, et qui cor- concert avec le consul général de France, respondait à celui où résidait le manda- d'envoyer à Macao l'une des personnes rin commandant. Aucun châtiment d'un attachées à la mission (M. de Chonski). autre genre n'est venu à notre connais- Il dut à l'obligeance du capitaine Hevrett sance. Tandis qu'en Chine nous n'avons le passage de M. Chonski sur la Medusa, guère traversé de villes ou de villages bateau a vapeur anglais, en tôle, à fond où nos yeux n'aient été affligés du cruel plat, de la force de soixante-dn i spectacle de la cangue, et où nos oreilles quatre-vingts chevaux, armé de deux can aient été déchirées des cris des mal- nons de fort calibre. Ce steamer avait heureux qui souffraient sous le bambou, relâché à Manille pour se procurer du En Chine les mandarins, touteorrom- combustible, dont il lui fallut compléter pus et débauchés qu'ils sont dans leur l'approvisionnement à Marivélès , dan* vie privée, affectent en public une sévé- la oaie de même nom (2). rité de mœurs qui semble autoriser La violence des vents contraires et celle de leur justice. Mais un mandarin

de Cochinchine, qui viole ouvertement (i) L'auteur de ce résumé,

les lois de la décence et donne dans sa (?) Dans la capitale des Philippines, dam

conduite l'exemple de la licence et de une île où la houille est abondante, de bonne

l'immoralité, aurait mauvaise grâce à qualité, où son extraction et son transport

infliger des châtiments à des hommes moins coupables que lui-même. En tout, l'esprit des peuples de Turou ne paraît pas disposé à souffrir le poids d'une main trop sévère dans l'exercice du pouvoir ».

De 1793 à 1836 la Cochinchine a été visitée par plusieurs expéditions européennes et par les Angto- Américains.

Des relations intéressantes ont été publiées ; nous avons indiqué les principales, et fait remarquer que l'opinion

pourraient s'opérer à peu de frais , il avait été impossible de se procurer plus d'une trentaine de tonneaux de charbon de rebut, veau de Sydney ou de Batavia. Nous ne citons ce fait que comme un exemple du peu de parti que le gouvernement et la population de cette magnifique colonie tiraient de» richesses de tout genre qu'elle renferme ou dont elle porte le germe dans son sein. — L'attention du gouvernement espagnol s'est port** depuis, aiec sollicitude et succès, sur cédé* plorable éial de choses.

1NDO-

celle des courants furent telles que non seulement la Medusa ne put atteindre Macao, mais qu'elle fut sur le point, le 15 novembre, de périr sur la côte de Hainan, et que le 18, après avoir épuisé tout son combustible et eu à lutter contre de nouveaux dangers en longeant la côte deCochinchine, elle dut se féliciter de parvenir à entrer dans la baie de Camraigne (i) où elle mouilla dans la soirée.

Au bruit d'un coup de canon quelques habitants s'assemblèrent sur le rivage , au fond d'une anse voisine ; leur surprise fut grande quand ils virent débarquer les Européens , qu'ils reçurent avec bienveillance, bien plus grande encore le lendemain,quand, à l'aide du bois qu'on avait pu couper, on fit fonctionner la machine pour changer de mouillage ; iamaissemblable prodige n'avait frappé leurs regards étonnés.

Deux villages s'étendent sur les bords de la baie ; ils sont en grande partie formés de huttes de pécheurs.

« Leurs habitants , dit M. Chonski , nous ont paru doux, gais, bienveillants, mais paresseux et malpropres. Leur costume ressemble à celui des Chinois des basses classes; il se compose d'un savon; blanc, bleu ou noir, en coton ou en soie , croisé sur la poitrine et boutonné sur le côté droit au moyen de quelques petits boutons sphériques de cuivre jaune; et d'un pantalon large, de même étoffe; le tout ensemble d'une malpropreté repoussante. Ils ramassent sur leur téte, sans les tresser, leurs longs cheveux qu'ils couvrent d'un morceau de^ crêpe noir, beaucoup moins ample qu'un turban. Le plus grand nombre était nu pieds, quelques-uns portaient des sa od a les à semelle de bois. L'usage du bétel m'a semblé parmi eux plus général et plus constant encore que parmi les Malais. Par suite de cette habitude leurs mâchoires sont dans un mouvement perpétuel, et leur bouche, d'un rouge sanglant, laisse voir leurs dents noires et gâtées. Les maladies de peau sont très-communes chez eux; probablement à cause de leur extrême malpro-

(i) Camranh sur la carte de Taberd. Le port de Camraigne est situé par n* 48' à ia° lut. N.et it>60 38' à xo6° 55' long. E.

prêté, de l'abus qu'ils font des caustiques et de leur genre de nourriture, qui se compose en grande partie de poisson salé. •

La langue cochinchinoise est monosyllabique, comme celle des Chinois; mais bien que les sons soient tout à fait différents, ils sont représentés par les mêmes signes dans les deux pays , à peu près comme nos noms de nombres, différents dans toutes les langues occidentales et néanmoins toujours représentés par les mêmes chiffres. L'écriture chinoise est d'un usage général en Cochinchine; et M. Chonski dit qu'il lui a été impossible d'y trouver la trace d'une écriture différente, espèce de sténographie dont lui avaient parlé quelques personnes ayant résidé dans le pays ; sachant d'ailleurs que la division actuelle de l'empire A\Innam n'est que très-imparfaitement connue des géographes, M. de Chonski avait tâché d'obtenir les noms des différentes provinces , et d'en figurer la prononciation approchée; mais , en comparant ces indications à celles que fournit le Dictionnaire de Taberd , nous n'avons trouvé que trois ou quatre noms qui fussent à peu près semblables.

Quelques Cochinchinois semblent avoir conservé le souvenir de ceux de nos compatriotes qui ont dirigé les travaux militaires du pays. Plusieurs villes fortifiées, des navires construits, l'organisation et l'instruction données à l'armée, témoignent encore de l'intelligence et de l'activité qu'ils v avaient déployées. Si des événements d'un autre ordre, et d'une bien plus grande importance, n'avaient mis obstacle à l'exécution du traité de 1 787, nous eussions été mis en possession de Tourane, FahFou, Hai-H^'en{\\ nous eussions eu entre nos mains la direction politique , militaire et commerciale de ce pays , dont l'exploitation offrirait sans doute de grandes ressources. La soie écrue , le sucre brut , l'indigo, les bois de construction, de luxe, de teinture, l'écaillé, l'ivoire, la nacre et

(i) Dans le traité signé à Versailles le a8 novembre 1787 les cessions territoriales stipulées sont ainsi désignées :

« Les port» et territoire de Han-San et les îles fai/o et Hai-wen. »

L'UNIVERS

bien des richesses ignorées végétales ou minérales, pourraient s'échanger contre nos armes, contre mille produits de l in* dustrie française.

Dans tous les échanges faits à Camraigne% pendant la relâche de la Medujiu (1), les naturels préféraient les étoffes, les chemises, les mouchoirs de coton imprimé, aux piastres espagnoles. Pour quelques mouchoirs de Mulhouse, une chemise de couleur et quelques bouton» de métal , ou a obtenu des provisions d'une valeur de plus de vingt piastres. Ce sont là , sans doute , des indications précieuses ; mais avant d'établir aucune relation durable avec ce pays vierge , et pour ouvrir ce débouche nouveau, il faudrait briser un obstacle insurmoutabla pour les Européens. Fidèle a ses idées d'exclusion, le gouvernement cochinchinois ne manquerait pas de prélever sur toutes les importations des droits exorbitants, qui en arrêteraient l'écoulement, un traité de commerce serait une garantie insuftisante contre la mauvaise volonté. Au lieu de rançonner les vendeurs, on ferait peser le poids des exactions sur les acheteurs indigènes, et le résultat serait le même. Cette politique du gouvernement cochinchinois est la principale cause du peu de profit que l'Europe a retiré jusqu'ici de ces contrées favorisées de la nature, dont les productions pourraient devenir si abondantes et dont les côtes dentelées forment une chaîne de ports et de mouillages excellents.

Ce n'est, évidemment , que par la crainte que leur inspirerait un certain appareil militaire que Ton pourrait obtenir des Cochinchinois les concessions indispensables à l'établissement d'un commerce avantageux. La moindre expédition, dirigée avec sagesse et fermeté, remplirait ce but; les secours promis par le traité de 1787 devaient se composer de cinq régiments européens, de deux régiments de l'Inde et de vingt navires de guerre et de transport; c'était plus qu'il n'en fallait pour conquérir tout 1 empire d'Annam; le gouvernement est faible, il est pauvre et pompeux : l'occupation de quelques

(i) La MedutQ alla te réparer el te ravitailler a Singapoure, où elle mouilla le 5 décembre.

points sur la côte suffirait pour nous donner la plus grande influence sur toutes ses déterminations.

Depuis la paix , l'attention du gouvernement de l'Inde Anglaise a toujours été détournée de la Cochinchine par des guerres intestines ; les Birmans d'un côté, l'Afghanistan et le Pandgâh de l'autre, ont fait diversion aux projets que peutêtre il méditait. Plus tard sont venus les embarras du commerce anglais en Chine, et enfin la guerre avec le Céleste Empire. D'ailleurs, l'Angleterre a déjà dans sa dépendance, médiate ou immédiate, plus de pays dans l'Inde ou Findo-Chine qu'il ue lui est possible de bwn gouverner, et on ne saurait douter aujourd'hui que ses possessions territoriales dans l'extrême Orient s'étendent fatalement, mais contre son gré. Un plus graud développement superficiel lui serait plus nuisible qu'avantageux ; elle le sent, et des lors la Cochinchine. où elle ne pourrait se maintenir et influer que par la force, ne ferait que lui causer un surcroît d'embarras.

La France ne se trouve pas dans la même position ; la même réserve peut ne pas lui être commandée par les circonstances; et si le gouvernement jugeait qu'il fût utile aux intérêts du pays de former dans ces mers éloignées un'puissant établissement capable de donurraux peuples de l'extrême Orient une haut* idée de la grandeur et des ressources-de la France et de son influence sur les destinées du monde, la Cochinchine, entre tous les pays qui se présentent pour la réalisation de ce projet, paraîtrait mériter de notre part l'examen je plus sérieux, le plus solide, le plus attentif, dans l'intérêt de la civilisation et du commerce. C'est une dette que le passé semble avoir laissée à la France, mais les circonstances physiques et politiques des pays annamites et des contrées voisines ue sont pas encore assez connues pour qu'on puisse espérer de fonder un avenir durable sur ce passé. Ce sont ces localités qu'il serait nécessaire avant tout de faire étudier le plus complètement possible. Ce travail est tout entier a faire : il n'a pas même été entrepris. D'ailleurs, comme nous le verrons bientôt , la question de nos relations futures avec la cochinchine s'est compliquée

d'incidents fâcheux , et l'état d'agitation dans lequel se trouve l'Europe et les grands intérêts qui s'y débattent éloi-

nt, pour le moment, la considération me question et de toutes les questions de même nature.

Abrégeons donc, autant nue possible, ce qui nous restait à dire des dernières relations des Français avec les Cocbiuchinois. A partir de Tannée (si ce n'est avant) les Français qui par ordre de leur gouvernement ont visite la Cocbincliine se sont écartes par degrp» de la prudence et des égards qui avaient en général marque leurs relations passagères avec les autorités locales et la population indigène, line fois sur cette

KUe fatale, la vivacité du caractère ncais ue lui permettait guère de s arrêter, et cette vivacité n'a malheureusement pas tardé, au premier symptôme sérieux de résistance à ses désirs ou à ses exigences, à se changer en J'uria francese, dont les Cochinehinois ont éprouve les terribles effets eu 1847.

L'amiral Laplace avait visité la baie, de Tourane eu 1831. 11 était alors capitaine de vaisseau, « t commandait la Fa~ noriie. 11 montra dans ses relations avec les autorités et la population cochinclùnoises, pendant sa relâche, une prudence, et une réserve presque excessives. Plusieurs de nos navires de guerre ont.

mouillé à Tourane depuis cette époque.

La corvette l'Akmèm y relâcha en 18-46.

Kous allons laisser parler M. Ivan (embarqué sur cette corvette), qui a visité, comme l'avait fait M. Laplace, les cavernes de marbre de la baie de Touranne.

Nous rendrons compte ensuite du deplorable incideut qui a mis, pour longtemps sans doute, un terme à nos relations amicales avec l'empire Annamite.

m A peine apparaissions- nous à l'entrée de la rivière de 1 loi- Au ( Faï-fo ), que l'agitation se manifesta parmi les soldats à casaque rouge de la garuisou de Han ( Touranne ). Chacun saisit belliqueusement sa hallebarde ou son fusil rouillé, et se rassembla pour poser sur notre passage; mais quand notre canot eut dépassé la hauteur du débarcadère, il s'éleva des deux rives un toiie de cria 1 1le nés , accompagné de gestes, les uns impératifs, les autres suppliants, de la part de tous les estaiiers de la police co-

cli inchinoise, que compromettait notre désobéissance aux ordres du roi, lesquel défendent aux barbares l'entrée du pays. Vainement nous avions espéré, en longeant de près la rive droite , tromper la vigilance cochinchinoise : les mesures étaient prises sur l'un et l'autre bord , et bientôt aux cris impuissauts succéda un déploiement formidable de moyens coemuis. Trois bateaux chargés de soldats , et commandes par des officiers, s'élancèrent à notre poursuite; d'autres soldats coururent sur les deux rives; leurs casaques rouges et leurs longues hallebardes permettaient à la vue de les suivre de loin à travers les champs de nz

* Maniés par d'habiles rameurs, ces bateaux légers ne tardèrent pas a atteindre notre embarcation. De près nos paroles, comme de loin nos gestes l'avaient fait, ne laissaient aucun doute sur nos intentions formelles de passer outre. En vain le chef de la police de Touranne nous indiquait , par uue pautomime fort expressive, qu'il y allait de sa tète, il n'obtint de noua qu'un sourire d'incrédulité et l'offre d'un oigarre consolateur, qu'il accepta; puis, sans doute pour l'acquit de sa responsabilité, et avec tous les signes d'un desespoir joué, il lança son bateau sur l'avant du nôtre ; mais, comme effrayé aussitôt de cet acte d'audace, il se hâta de fuir, et nous céda le fleuve, où, fier de sa victoire, notre canot s'avança vers la terre des merveilles. Toutefois, nous n'étions pas hors d'affaire : sans compter les risques d'échouemeut dans des eaux qui nous étaieut inconnues et la mauceuvre de deux joneques de guerre qui cherchaient, fort inutilement u est vrai , à nous barrer la rivière, «avions-nous pas à craiudre, au débarquement, la résistance de cette foule de soldats qui couraient le long du fleuve, avec cette énergie qu'inspire l< bambou ? Mais nous avions le secret du mot d'ordre du gouvernement cochinohinois, et personne ne se préoccupa sérieusement de cette difficulté.

« Après bien des difticultés , nous prenons terre près d une masse rocheuse , dont le pied plonge dans la rivière, en formant plusieurs arceaux à jour, tandis que sa tète altière porte , en caractères rouges, l'inscription suivante : San/o-

I/UNïVERS

yang « Grande montagne de feu ». Le marbre en était d'une beauté qui le dis*

Suterait à celle des marbres statuaires e Carrare et de Paros ; chaque coup de marteau nous révélait des variétés com-

fiarables à celles qu'offrent les Alpes et es Pyrénées, depuis le blanc pur jusqu'au veiné de noir, de jaune, de rose, de vert, etc.; mais le moment n'est pas venu de poursuivre cet examen : il réclame les loisirs de la paix , et nous entrons en guerre.

« Formés en colonne serrée, nous poussons aux casaques rouges , qui ont pris position sur un col qu'il nous faut traverser ; notre bonne contenance et quelques coups de coude, en triomphant, comme toujours, de la force d'inertie que nous opposent ces automates , nous ont bientôt ouvert l'entrée d'une plaine de sable blanc, entourée de six monts calcaires. Là, le soleil reflété nous darde ses mille traits de feu ; nous traversâmes cette fournaise en toute hâte. Le gong cochinchinois nous marquait la mesure.

Le gong rendait ce jour- in ses glas les plus perçants, pour appeler la population en masse à la défense des lieux saints. Des paysans , armés de longues perches en bois , débouchent de partout dans la plaine, au bruit de ce tocsin.

• Nous nous dirigeâmes avec résolution vers la position à enlever, nous forçâmes les rangs pressés de cinquante soldats postés, la lance au poing, sur le grand escalier de la pagode. Cette position enlevée, les vainqueurs et les vaincus , satisfaits les uns des autres, et désormais en paix, gravirent péle-méle ces rampes de marbre, dont les belles proportions nous initiaient déjà aux beautés qui devaient plus loin nous ravir d'admiration. Sur le flanc du rocher étaient gravés ces mots chinois : Tï pi thian toung : c'est-à-dire, « grotte du ciel, de la mer et de la terre ».

« Un dernier obstacle nous restait à franchir. Les trois portes de la cour d'entrée de la première pagode extérieure étaient barricadées. Trois d'entre nous franchissent le mur d'enceinte, et déga-

Î;ent l'une des portes d'entrée , sur le ronton de laquelle on lit : Mon-tal-san, « porte troisième en dignité ». Le gros de notre bande s'v précipite et se répand

.dans les deux bâtiments, qui occupent,

l'un le fond de la cour, l'autre la partie gauche. Ce dernier porte l'inscription suivante : Kong ching ti pi tkiang toung : « pagode consacrée au ciel , à la mer et à la terre ». Ces deux édifices sont destinés au culte du dieu Foo.

L'arcbitecture extérieure, comme la décoration intérieure, en sont fort mesquines. La statue dorée du dieu du Plaisir occupe le maître-autel du fond. Ce dieu est représenté, comme en Chine, sous la forme d'un vieillard obèse, assis, et riant de ce rire ineffable, inconnu au méchant ; tout rit dans cette personnification du plaisir, jusqu'au gros ventre nu, dont on croit voir les tumuUueux soubresauts. Des fleurs ornent l'autel, et la paresse des bonzes les a faites artificielles, dans ce pays éternellement fleuri. Sur l'autel de devant sont six écrans, ornés de peintures représentant des vierges assises sur des animaux fabuleux; puis on remarque à droite la cloche dont le tintement accompagne la prière , et à gauche la grosse caisse destinée au même usage. Sur un petit autel latéral sont placés les divers engins destinés à consulter le sort : telles sont la racine courbe du bambou fendue en deux et les baguettes numérotées, dans la combinaison desquelles le dieu Foo se révèle aux croyants.

« Derrière ces deux édifices, construits au milieu du col formé par deux puissantes masses de marbre, se troure, à cent pas à droite, un petit couloir sonterrain dans lequel nous nous engageons, et qui nous conduit, non sans quelques difficultés, dans une jolie grotte, dont les parois de marbre blanc s'arquent en voûte de cloître élancée ; elle reçoit la lumière par un soupirail circulaire ouvert à la partie supérieure. L'inscription gravée sur le marbre en lettres rouges : Toung ton ouen, signifie : « grotte laissant passer les nuages » ; ou autrement dit , « grotte des pluies » ; et l'eau qui suinte sur les parois explique parfaitement son nom.

■ Dans un cartouche de forme carrée est une antre inscription, en caractères plus petits, fort difficiles à déchiffrer. Enfin , quelques noms inscrits sur le mur, en lettres européennes et in* complètement effacées, attestent que cette grotte est celle que l'on a fait visiter autrefois aux voyageurs qui ont eu la.

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INDOH

naïveté de recourir à l'autorité locale nour voir la pagode des rochers de marbre ; la permission qu'ils obtinrent alors, on ne Taccorde plus aujourd'hui, et la dernière fois qu'elle fut donnée, il y a de cela quinze ans, elle attira sur l'imprudent mandarin qui l'octroya une vigoureuse bastonnade. En tournant à droite, nous nous trouvâmes en face d'un grand portique, taillé de main d'homme dans le marbre.

• Un escalier nous conduisit à un joli belvéder posté, comme une védelte, sur le bord d'un rocher escarpé. La vue s'étend au loin sur la mer ; vers la droite, Hle de CallaoCham semble sortir du sein des eaux , comme pour reposer les veux fatigués par l'immensité du tableau. Des dunes de sable séparent, dans l'espace d'un demi-mille , la mer du pied du rocher ; quelques pauvres pécheurs y ontélevé leurs chétives cabanes, abri que la misère protège contre l'insatiable rapacité des petits mandarins.

« Au milieu de ce belvéder s'élève une longue pierre de grès, placée sur un socle ; au centre sont ces trois caractères : Tal-hai-mon , « tour de la vue de la mer »; à gauche une inscription fait connaître que la pagode sainte a été terminée la dix-huitième année du règne de Ming-Mang , le septième mois Jour heureux. Adroite, en haut de la pierre, sont encore ces deux caractères : Tchhi- Tse, « présent royal ».

■ Ainsi cette pierre esj destinée à transmettre à la postérité la date de l'achèvement des travaux que Ût exécuter Ming- Mang. La main de l'homme a su respecter tes jeux d'une nature bizarre, et moins elle s'est montrée, plus l'œuvre a conservé de vraie grandeur. Mais si l'art n'a pris qu'une faible part aux merveilles qu'offre cette montagne, espèce de bloc de marbre percé à jour dans tous les sens, et comme ëvidé par les mains de la nature, il a pu du moins lui donner une destination digne d'elle, et qui double le prestige dont l'imagination l'entoure, en la consacrant au dieu suprême des cieux, de la mer, et de la terre. Aussi, de quelles mystérieuses inspirations ne se sent-on pas pénétré en parcourant ces grottes profondes, situées entre le ciel et l'eau! Le roi Ming-Mang comprit qu'U lui appartenait de compléter

JlNE. GOo

l'œuvre de la nature en rendant ces merveilles accessibles à l'homme ; mais, architecte de goût , il ne chercha pas à lutter avec elle de prodiges , à la mettre aux prises avec l'art, si grand dans les petites choses, si mesquin quand il s'adresse à uue montagne ; il se borna à créer des communications faciles entre ces cent grottes ; et, grâce à lui, nous pûmes, en quittant le belvéder, descendre commodément à l'habitation des bonzes qui veillent et prient dans ce séjour. Leur toit hospitalier nous offrit pendant un instant un abri contre le soleil ; et sur notre refus d'accepter du thé , on nous

servit une eau délicieuse Une longue

allée resserrée entre des murs de rocher, où serpentaient les lianes, nous conduisit dans une salle à ciel ouvert, au fond de laquelle est une petite pagode consacrée au divin Confucius, ce prince des philosophes qu'inspira la sagesse de Dieu . Son autel était surchargé de statuettes représentant ses principaux disciples.

« Sur la gauche , deux autres excavations profondes nous conduisirent dans une suite interminable de grottes longues à parcourir, et plus longues encore à décrire, mais toutes consacrées par des ornements religieux au culte du dieu Foo.

* Après avoir dépassé la maison des bonzes, nous jetâmes un coup d'œil sur l'escalier qui conduit à la porte de sortie

de la pagode vers la mer Comme

nous comptions nous arrêter au village de Touranne, nous pressâmes notre depart; nous rendions le calme et la tranquillité à ces pauvres soldats cochinchinois, qui n'avaient pas cessé d'être sur le qui -vive, et qui regagnèrent, harassés de fatigue, leurs foyers. »

Il ne nous reste plus qu'à présenter, d'après le récit d'un témoin oculaire, le résumé succinct des événements auxquels nous avons déjà fait allusion et qui ont clos d'une manière si déplorable nos relations officielles avec la Cochinchine.

Après le départ de l'amiral Cécille, le commandement de la division française dans les mers de Chine était dévolu au ca-

Sitaine de vaisseau Lapierre, montant la •égale la Gloire. Des nouvelles reçues à Macao, en avril 1 847, ayant fait craindre pour la vie de l'un de nos vicaires apostoliques ( monseigneur Lefevre ), que l'on disait avoir été arrêté par les

6nr>

L'UNIVERS

Cochmehîriois ( maïs qne l'on sut âepuis s'être échappé sur une barque annamite, et être arrivé sain et sauf à Java ) , la corvette la f ictoriemc fut expédiée à Touranne avec une lettre du (commandant Lapierre pour le gouvernement eochihchinols, demandant ou plutôt exigeant, au nom du roi des Français, la mise en liberté de I evéque missionnaire, et demandant de plus la liberté du culte pour les chrétiens, dans tout l'empire. U frégate la Gloire ne tarda pas a rejoindre la i ictor1euse% qu'elle trouva mouillée devant Touranne, près de cinq corvettes cochinchinoises. Le commandant apprit, a son grand déplaisir, que le commandant de ta fie tarif use n'avait pu encore obtenir des mandarins qu'ils tissent parvenir à la cour la lettre dont il était porteur; que de plus, lui et ses officiers étaient l'objet d un espionnage insultant, et qu'enfin un de ses officiers descendu à terre avait été dans l'obligation d'user de violence pour forcer les soldats annamites à le laisser passer. Ces nouvelles avant fort indisposé M. Lapierre, ordre fut donné de recevoir avec beaucoup de froideur les mandarins qui viendraient à bord, et le commandant les lit prévenir qu'il ne traiterait qu'avec un haut dignitaire de la cour d'Hué. En même temps, « pour activer les négociations • ( comme le dit notre narrateur, témoin et acteur dans ce drarne.inattendu !), les Français s'emparèrent des voiles des corvettes cochinchinoises , et les obligèrent à caler leurs maïs de hune, « promettant restitution complète » quand les difficultés survenues seraient aplanies! Deux jours après, le capitaine de la corvette la rictarieuse fut reçu à terre par le préfet de la province, bix officiers et cinquante hommes armés lui servaient de cortège. Il lui expliqua quel était l'objet de l'expédition et la nature précise des demandes formulées dans la lettre du commandant Lapierre. Le préfet, après quelques difficultés, accepta enfin la lettre, qu'il pro-

mit de faire parvenir à Hué, et « on se sépara assez froidement, » le préfet trèsmécontent de l'embargo mis sur les corvettes impériales. Pendant tout le temps que dura l'entrevue, on remarquait, de la frégate, un très-grand mouvement de troupes : il en arrivait de tous les côtés ; enfin, le commandant - apprit (?) qu'on avait l intention de faire un massacre général des Français à la grande entrevue qui devait avoir lieu ! Six galères venaient d'être armées, et à bord du « bateau aux voiles » (1) on trouva tout le plan de l'attaque. L'aide de camp du commandant Lapierre fut immédiatement expédié à terre, pour prévenir \h autorités que « dans le cas où un seu\ bateau armé sortirait de la rivière, le* navires français feraient immédiatement feu ! » f/aide de camp trouva les Cochinchinois occupes à démolir les maisons qui masquaient le feu de leurs batteries de terre ; et, « malgré l'avertissement donué, deux galères sortirent dans la nuit par une fausse passe ». Le 1 3 avril, à onze heures, le signal de combat fut hissé à bord de la Gloire , et la frégate et la rictorieuse ouvrirent un feu bien nourri, « et surtout bien dirigé • sur les pauvres corvettes cochinchi noises, aux cris de vive le roi! Une demiheure après, l'une des corvettes fut incendiée par un obus, et sauta arec tout son équipage. Quelques minutes plus tard, une autre coula en chavirant ; enfin, au bout d'une heure, les trois autres, dont une à moitié coulée, furent incendiées par les embarcations de nos navires. La marine coch inchinoise ven3it d'être anéantie ; un millier de Cochinchinois avait perdu la vie dans cette lutte

inégale! La Gloire était de retour à

Macao le 24 avril t847.

Paris 18 Juin isso.

(i) Probablement celui sur lequel on a»ait chargé les voiles des corvettes cochiochifcoUet.

CEYLAN

L'étude de Cevlan se rattache par d'importantes traditions et par des relations intimes à celle de l'Indo-Chine et des contrées d'Ava et de Siattl en particulier. Nous avons donc pensé que l'histoire et la description de cette île, l'une des plus helles du monde, se liraient avec plaisir et probablement avec plus de fruit, après notre travail sur l'Indo- Chine.

Parmi les nombreux ouvrages qui ont été publiés sur Cevlan, dans ces derniers temps, nous avons choisi pour nou s guider plus spécialement dans ce résumé le Tableau historique, polltiau e et statisque de Ce y fan et de ses dépendances publié, en 1849, par M. Charles Pridham. (Test le travail le plus complet qui soit venu h notre connaissance sur cette intéressante colonie (I).

GÉNÉRALITÉS GF.OGR APIHQUES ; INDI- CATION DES TRAVAUX ET DBS RE- CHERCHES DES ACTEURS ANCIENS SUR CEYLAN.

L"fl« de Cevlan, Fancienne Taprobane (5) , termine au sud la vaste pé-

(i) Voici le titre de l'ouvrage original \An historical, political and sttntisùcal Account of ( rylon and ils dtpendtnàes ; by Charles Pridham , Ksq., H. A., F. R. G. 8., etc. — a vol. m-8°; Lomlon, rS4g. — Vn ouvrage pins n-et-nt encore, et qui pourra être consulté avec frnit. porle le titre suivant : Ceytonand th* ( "mçalete : thêir hhtory government and rêtigio* f the anlitjuiiies , institutions. t pro~ duces, rte; by Sirr (H. C. ) , Esq., etc. London; a toi. po*t-8°. i85o.

Nous avons, autaul que possible, suivi nr les noms propres l'orthographe de

pour ira no Pridham.

(a) Nom ne rapporterons pas ici les divers*-» êtvmologies qoi se rattachent à cette dénomination. Les noms anciens de Ceylan du reste, extrêmement nombreux :

ninsule de l'Inde; on fa élégamment comparée h une perle tombée du front de cette dernière. C'est, en effet, l'une des fies les plus fertiles et les plus belles du globe. Située dans le tropique du Cancer, elle s'étend , entre 6° 55' et 9° de latitude nord , sur une longueur de deux cent soixante- quinze milles an-

Slais ( de la pointe Pedro au cap Don* ra ), et entre 79° 42' et 8J° 4' de longitude est ( méridien de Greenwich). Son plus grand axe transversal est d'environ cent quarante à cent cinquante milles, deTrineolle à Négombo; son diamètre moyen de cent milles (du Kalaar à Trincomalî Sa circonférence est évaluée a neuf cents milles et aa superficie à vingt-quatre mille quatre cent quarante-huit milles carrés, ffest-à-dire à une étendue quelque peu moindre que celle de l'Irlande. On a comparé la forme de l'île de Ceylan tantôt à celle d'un cœur, tantôt a celle d'un jambon ou

parfrrî ceux que lui donnent let écrivains sanscrit», grecs, latins et arabes, nom citerons* seulement le» snivants : Lança, Ilam , Salabhan. Singiiala, Elou, Taprobana, Sa/ika, Scrindip et Cala, ou Sala ?— lança et Singhala surtout sont les phis usités chez les Orientaux. Les Birmans donnent à Ceytan le nom de Thcho ou Zehou Ténasserim, « la terre des délices - : Lei Siamois rappellent Teva Lanka; le* Javanais, Lanka pourt ( les Malabart, Ilangei.

(i) Voiei, d'après le Mêwieirtnt Râper, les portions géographique* de* principaux points de nie :

Ut. Long.

Calpentyn (*)...; . 8* <4' 79° 53

Colombo 6 56 79 49

Galle 6 ot 80 14

Paltnyra 9 49 80 ad

Pic d*Adam. ..... 6 5* 9d W

Cap Danrfra. .... 5 55 *<* 58

Grandes Bassas. ... 611 fi 35

Trincomali 8 35 8t i5

L'UNIVERS

d'une poire. Sa direction générale est du nord-nord-ouest au sud-sud-est. Elle est baignée à Test par le golfe du Bengale ; au sud et à l'ouest, par l'océan Indien; au nord-ouest par le détroit de Manaar, qui la sépare de l'Inde; et au nord, par le détroit de Palk. La distance de Manaar à Ramisseram , tle attenante à la péninsule Indienne, nVxcede pas trente milles; l'île d'Amsterdam n'est guère non plus qu'à quarante milles du continent.

Les lies dépendant de Ceylan sont Kalpentyn, Karetivoe, Manaar, Trentivoe (ou les deux frères ), Kakeritivoe* Paletiuoe, Nedountlvoe ou Detft, Mandetivoe, Poengertlvoe, ha/ y s ou Clle de Ijeyde , Nayntiooe, Anelativoe, Karetivoe du nord ou Me d' Amsterdam et Jaffna.

Les divisions naturelles et politiques de Ceyjan sont au nombre de six et désignées par les noms de Provinces du nord, du sud, de l'est, de l'ouest, du nord-ouest, et centrale ; elles se subdivisent en districts.

Voici la distance qui sépare Ceylan de quelques litux principaux.

Ou compte :

De Colombo au cap Comorio, environ. 180

De Trincomall à Madras 335

— à Calcutta 1,080

De Colombo à Bombay, environ. . . . 1,175

De la Pointe de Galle à Aden 2,650

Etd'Adeu en Angleterre, par Marseille. 5,550 De Galle au cap de Bonne- Espérance

( baie d'Algoa ) 5,480

De Galle à Singapoure 1,850

De Galle au cap de Java 2,060

De Galle au « Swan-River » (Australie). 3,880

Il paraîtrait , d'après Hérodote, que les Grecs, près de cinq siècles avant Jésus-Christ, possédaient quelques vagues notions sur les pays et les îles situés au delà de l'Indus ; mais c'est dans Onésicrite ( 330 av. J. C. ) qu'il est fait mention pour la première fois de Taprobane. Diodore dè Sicile ( 44 av. J. C. ) est, de son côté, le premier qui fournisse des informations tant soit peu exactes sur la position de l'île, son étendue, ses habitants , ses productions, etc. Depuis lors, Ovide ( en l'an 5 de J. C. ); Strabon ( en l'an 8 ) ; Denys Péryégète ( en 35 ) ; Pomponius Mêla ( en 43 ) ; So-

llnus Polyhistor (en 65 ) ; Pline ( en 72) ; l'auteur du' Périple d'Erythrée, avant Ptolémée, qui écrivait en 156 ; Arrien ( en 235 } ; Agathamère ( en 272 ) ; Marcien d'Héraclée ( en 350) ; Rufus Festus ( eu 363 ); Ammien Marcellin (en 378); le moine Cosmas Indicopleustès (en 563); enfin , Édrisi (en 1145) et plusieurs autres géographes arabes, ont successivement consigné dans leurs écrits des détails plus ou moins étendus, plus ou moins dignes de foi sur l'île de Ceylan; nous ne nous y arrêterons pas. Aujourd'hui ces renseignements n'auraient en quelque sorte qu'un intérêt archeo/ogique , diminué encore par l'incertitude et l'insuffisance des données reunies par les auteurs anciens. Ont-ils, en effet, confondu ou non , dans leurs écrits sur Taprobane, l'Ile Ceylan avec Sumatra ou avec les îles Maldives, qui primitivement n'auraient formé qu'une seule grande île, submergée, en partie et cmsequemment fractionnée par quelque grande révolution terrestre? Une partie de la grande péninsule elle-même aurait-elle été submergée, et l'Ile se seraitelle ainsi trouvée séparée du continent indien? Ce sont des questions posées et résolues par eux dans des termes trop hypothétiques pour qu'il y ait utilité à en chercher la véritable solution , d'après les vagues données fournies par ces auteurs (1). C'est désormais à la géologie

3u'il appartient d'éclaircir ces points outeux de l'histoire du globe, si l'étude des différentes formations de Ceylan et du continent voisin peut devenir 'assez complète pour conduire à la solution désirée.

HISTOIBE.

Quels que soient l'origine et le caractère des peuples et le degré de civilisation auquel ils sont parvenus, ils sont aussi jaloux que les individus des avantages qui se rattachent à des traditions glorieuses. 11 en résulte que les annales

(i) L'existence de plusieurs grands quadrupèdes et animaux féroces à Ceylan, de toute antiquité, est un fait qui parait militer fortement en faveur de l'hypothèse qui considère cette grande île comme ayant été séparée du continent voisin par quelque révolution de la nature, dans les temps anté-historiques.

ou au moins les traditions des âges précédents sont transmises avec soin à la postérité. L'histoire dérive de cette tendance générale qui se fait remarquer particulièrement dans l'île de Ceylan, soit chez les Singhalais (indigènes), soit chez les Malnbares et les Mores.

Cest ainsi que les premiers rapportent

Sue les Bouddhâs, ces régénérateurs e l'espèce humaine, se sont rendus fréquemment dans l'île sacrée, apparaissant au milieu des peuples pour réformer les institutions; que les seconds regardent Ceylan comme le théâtre des exploits de Wishnou ; que les derniers , enlin , y placent le berceau de l'espèce humaineet en font le séjour d'Adam 1.... Quoi qu'il en soit de ces traditions, les trois races que nous venons d'indiquer comme anciens habitants deSinghala (1), sont également incapables de déterminer l'époque précise de leur établissement ; mais 1 ensemble même de leurs traditions ainsi que l'analogie autorisent à admettre qu'elles sont originaires de la penmsuie Indienne. Les historiens portugais, et en particulier Ribeiro, affirment néanmoins que les premiers habitants de Ceylan y furent transplantés de Chine, par suite du naufrage de quelques navires de cette nation, alors maîtresse du commerce de l'orient.

Il est impossible d'admettre qu'une fie fertile demeure longtemps inhabitée , une fois sa découverte opérée. L'origine des Singhalais actuels peut être en partie rapportée aux faits oui constituent l'hypothèse de Ribeiro; Pexamen scru-

f mieux des preuves externes fait pencher a balance en faveur des Chinois, ou , ce qui en est l'équivalent, d'une immigration siamoise; les habitudes d'industrie agricole de la race dominatrice semblent fournir une preuve vivante de son origine chinoise. Les autres éléments constitutifs de la race amalgamée ne sauraient partir d'une autre source que

(i) Les ccrivaius n'ont pu se mettre d'accord sur l'élymologie du nom principal des h. •hitauts; les natifs croient que le mot Singhab est dérivé du surnom de Widjeya f roi indiea par qui l'île fut conquise, comme nous 1 r- verrous bientôt , et qui d'après leurs légendes fabuleuses fut eueeudré d'un lion

39« Livraison. ( Indo-Chine. )

l'Inde , cette nourrice des nations. L'antériorité et le véritable caractère de l'immigration siamoise sont enveloppés de nuages. Au milieu de ces incertitudes , quelques indications méritent une attention particulière. On trouve encore sur la cote orientale de Ceylan les sauvages feddahs, descendants des Yakha's, oui en sont incontestablement les autochthones. Tout indique qu'ils furent expulsés et relégués dans un coin de l'Ile, comme une race asservie. En effet , il semble à peu près certain que dans les âges primitifs Lanka ou Singhala subit le joug des Brhamines envahisseurs, dont les succès commandèrent d'abord l'admiration des peuples.

A cette admiration pour les exploits guerriers se joignit bientôt la vénération pour les dogmes et les pratiques religieuses, qui conduisit à l'apothéose des héros, au nombre desquels se trouve Ramatchandra , un Avatar de Vishnou.

On rapporte qu'antérieurement à cet événement Lanka était partagée en trois royaumes, gouvernés par les pri nces A saurs de Mail, Sumali , et Maliawan.

Vishnou ( une incarnation antérieure à Rama ) ayant tué , dans ses guerres , Mali etSumalî; Maliawan prit la fuite, et Kuweran, fils du Brahmine ïishravas, régna sur Lanka (I). Ce roi fut chassé du trône par ses frères consanguins Rawana, Kumbakarna, et H iebieshana , petits fils de YAsour Muliawan , par leur mère. On dit que Rawana se livra à la pratique des austérités et des bonnes œuvres avant sa prise de possession des trônes de Lanka et de Pandi : mais, depuis, la prospéritele corrompit, et il visa a la souveraineté absolue de la Péninsule. Il embellit et fortifia sa capitale, Sri- Lanka- Poura. Plusieurs parents de Rawana ayant été victimes des violences de Rama, prince de Youdhya ( Oude [ prononcé : Aoudh ] ) , Rawana s'en vengea en enlevant Sita, la belle épouse de Rama, qu'il tint cachée dans les forêts de Lanka.

Le Ramayana , grand poème sanscrit, qui le premier fait mention de l'iie de Lanka, rapporte la vie et les ex-

(t) Probablement le héros déifié sous le nom dérapera (Kou\cra), le Plutus ou « Dieu des richesses » Indien.

L'UNIVERS

ploits deRama etRawana. Rama, ayant découvert le lieu de captivité de sa femme, comme un autre Ménélas, leva une puissante armée , et marcha contre le ravisseur. Sri-I*anka-Poura, la capitale de Rawana , fut bientôt assiégée ; et,après une luttesanglanteet prolongée, Rawana fut tué. (1 ) Le conquérant, heureux d'avoir recouvré sa belle moitié, retourna dans sa terre natale, où il fut finalement déifié.

ffiebieshana , frère de Rawana, trahit sa cause, et en retour fut couronné et déifié. Rama parait avoir dû ses succès à un allié continental puissant, Sagriway qui fut déifié sous le nom de Hanouman. Le nom de Lankapoura , dont les traditions attribuent la destruction à un acte de la justice divine, survit comme le point méridien de l'astronomie indienne (2).

Passant de ces temps héroïques aux époques qui commencent à présenter un caractère à peu près historique , c'est-à dire treize siècles, au moins, après la grande expédition de Rama, nous arrivons à l'invasion de Ceylan par le prince fVidjeya, ûls du roi Singiia-Bahou. Les traditions varient quant à l'origine de cette famille royale : les uns voulantque Widjeya-Radjah ait été fils d'un roi de Tlllingo, pays touchant au Ténasserim et dépendant du royaume de Siam; les autres maintenant que Siogha-Rahou était roi de Ixtlaa, dans le Bengale (alors connu sous le nom de Wanga ou de JVaggo)\ nous inclinons a regarder la première de ces traditions comme la plus exacte; celle qui cependant a généralement prévalu est la seconde, et voici les principaux événements qui s'y rattachent.

Peu de temps avant la mort supposée de Gautama Bouddha, Sin^ha-Bahou, qui a donné son nom aux Singhalais, était monté sur le trône de Lalaa , dans le Bengale. Il eut deux ûls : l'atné, H i-

(r) Les Hindous ont une légende qui attribue l'invention du jeu d'échecs ( Tchatourttng-a ) , à la reine rVandndarie , femme de Rawana , pendant le long siège de Lankapottra. ^

0) C'est-à-dire que les anciens Hindous faisaient passer leur premier méridien par la ville sacrée, Lankapoura.

djeya Coumarayo, se livra à toutes sortes de déportements et d'excès criminels, oui excitèrent au plus haut degré la haine de ses sujets. Les choses en vinrent au point, que, pour soustraire le

firince à la fureur du peuple, son père e lit embarquer avec sept cent aventuriers, et l'envoya tenter la fortune sur les mers. W idjeya Singha débarqua à Ceylan en l'année 643. Il s'y conduisit avec adresse et prudence. Par son alliance avec Rouwani, princesse d'une grande beauté, il parvint à s'insinuer dans les bonnes grâces des petits princes des ) akha's. Ayant été admis dans une fête nuptiale /avec ses amis et ses principaux adhérens, à un signal donne par Kouwaui et au milieu de la fête, il massacra tous ceux qui pouvaient faire obstacle à ses ambitieux desseins. Il établit sa domination sur l'île entière. La trahison de son épouse reçut sa légitime recompense : ayant obtenu la main de U fille du roi de Pandi, W idjeya lit mettre à mort Rouwani , qu'il avait répudiée, et qui avait teuté de se venger de sa disgrâce. Voyant approcher sa tin , après un règne de trente-sept ans, et se trouvant sans enfants, \Y idjeya fit prier son père de lui envoyer pour successeur son frère Somittra. Le message arriva quand Singha-Bahou venait de mourir.

Somittra ayant pris possession du trône de Lalaa et ne voulant cepenJant pas lais>er échapper la riche succession qui lui était offerte dans la souveraineté d* Ceylan, y envoya son plus jeune fils Pandouwasa , qui succéda sans difficulté a W idjeya, mort depuis un an, pendaut lequel espace de temps le premier ministre, Oupatissa, avait gouverné.

Pandouwasa épousa une cousine dr Gautama Bouddha. Les six frères de cette princesse, qui s'étaient établis dans l'île, cherchèrent à se rendre indépendants du pouvoir suprême, et fondèrent les villes de ilohona ( ville fortifiée) , H'edjittapottrafet Ânuradhapoura , qui devint, plus tard, la capitale de l'île. Pandouwasa mourut après avoir règne trente ans , et laissa le trône à son tils aîné Abhayo.

Les brahmines ayant prédit que ce prince serait détrôné par sou neveu, il ordonna que la princesse sa sœur fût séquestrée. Elle obtint pourtant qu'il

consentît à son mariage et parvtnt à soustraire son enfant, Pandoukabhayo, à ses recherches. Le jeune prince, protégé par un brahmine, leva une armée, et s'empara d'une position inexpugnable , près de la rivière Mahavelliganga , d'où il ne put être délogé. Encouragé par ce sucres, il marcha contre son ennemi, et s'empara de son camp par surprise. Si l'apathie des indigènes ne l'eût empêché de poursuivre son succès, il aurait pu s'emparer du trône. Abhayo, craignant l'issue de la lutte, lui proposa de partager la souveraineté, et fut pour cet acte déposé par ses frères , qui mirent Tissa, l'un d'eux, à sa place. Pandoukabhayo, à la fin, appela à son aide les ïakhas, ou aborigènes; et, après une guerre de dix-sept années, il détruisit lesarméesde ses oncles, et s'empara du trône, en 437.

Pandoukabhayo , différent en cela des aventuriers heureux, récompensa magnifique ment tous ceux qui avaient contri* bue à son élévation , et gagna les cœurs de la multitude. Il développa les ressources naturelles de Me, transporta le siège du gouvernement Otrpatissanowera à Ànuradhapoura^ sa nouvelle capitale, qu'il embellit de somptueux édifices, perfectionna fa police et le gouvernement civil , et eut pour successeur son fils, Ganatissa; ce dernier régna treize ans, et laissa le trône à Moutasetva.

Tissa, remarquable par sa piété, fut choisi comme le nlus digne successeur de Moutasewa. On rapporte que des miracles marquèrent son élévation au trône. Sous son règne une mission bouddhiste entreprit de régénérer la foi dans nie. Un échange de présents magnifiques entre lui et Dharmasoka, roi de Dambadiva ou Maghada , en fut l'occasion. Ce dernier monarque en chargea son fils Mahindo (ou Mehindo), prince vertueux , auquel les chroniques bouddhistes attribuent le pouvoir de faire des miracles, qui lui donnèrent un empire absolu sur la multitude. Les femmes, saisies de l'enthousiasme religieux , demandèrent à être instituées prêtresses de la foi bouddhiste. Sur l'avis de Mahindo, AriUo , ministre de Tissa, fut de nouveau envoyé en ambassade à Dambadiwa pour obtenir que la grande prêtresse, sœur de Mahindo, nommée Sangamitla (ou Sanghamttte ) , vînt

satisfaire à ce vœu de l'exaltation féminine. Malgré l'opposition de son vieux père, déjà affligé de l'absence de Manindo , elle partit pour Ceylan avec une branche de l'arbre bô (1), consacré à Gautama. A son arrivée, elle fut reçue avec toutes sortes d'honueurs, et accomplit des prodiges.

Les cérémonies et les offrandes terminées, Sangamitta commença l'œuvre de la prédication. La reine et d'autres femmes d'une piété fervente furent ordonnées prêtresses. Des maisons reli-

K- uses furent établies; les dagobahs et wiharos ( ou viharas ; Turnour écrit tvi/ià'ros) se multiplièrent; des temples taillés dans le roc et des cellules de prêtres couvrirent l'île entière; rieu ne fut négligé pour consolider la religion bouddhiste dans Ceylan.

La construction de l'étang de Tissawewa atteste que la population était arrivée à un état de civilisation assez avancé, bien que la superstition et la mollesse fussent les traits dominants du caractère national.

La principautéde Maagama, alors indépendante de la métropole, était régie par Ojatahala-Tissa , neveu de Tissa , qui paraît avoit étendu sa domination jusqu'à fiin tenue, au nord-est, et au delà de Sajfragham, au nord-ouest. Le nouveau prince fixa sa résidence royale à A ei 'la nia. Son fils, Gotaahbhaya, lui succéda, et eut aussi pour successeur son fils, Kaatvana-Tiësa , qui éleva plusieurs édifices dans différentes parties du royaume.

Tissa mourut, en odeur de sainteté, après un règne de quarante années; et son frère VUiya lui succéda. A huit ans de là eut lieu la mort de Mahindo , que les annalistes considèrent comme une des lumières de l'époque. On lui lit des funérailles d'une magnificence extraordinaire. Sa sœur Sangamitta le suivit, à une année de distance, au séjour céleste. Leur prédication persévérante humanisa ces peuples, jusque-là plongés dans les ténèbres de l ignorance.

Mahaslva, frère puîné d'TJttiya, monta sur le trône en 256 avant Jesus- Christ, et régna dix ans. Un superbe \vihara fut érigé par ce monarque à l'est

(i) Voir la note, page 370.

6i2 L'UNIVERS.

de la capitale. Son pieux successeur, prises, et la plus grande partie des Soura -Tissa , érigea également de nom- forts construits par Klaala pour la débreux édilices religieux dans les pro- fense du plat pa>s furent abandonnes vinces. Sa carrière fut abrégée par deux par leurs garnisons. Gaimounou marcha aventuriers malabares, qu'il avait pris alors sur la capitale, et construisit au à son service avec un corps de cavalerie, préalable des lignes qui, dans le cas et nui inspirèrent à leurs compatriotes d'une défaite, pussent le protéger contre le désir de s'établir dans la riche et fer- son terrible ennemi. Elaala, qui s'était tile Lanka. C'est à ce fait qu'il faut rat- jusque-là renfermé dans le dédain, entacher les luttes sanglantes qui eurent gea enfin à prendre la campagne. Ailieu à cette époque. Après un règne àadjantou, général de l'armée m3lafortuné de vingt-deux années , ces deux bare, assaillit les lignes de Gaimounou, usurpateurs, Sena et Cuti ha, tombèrent qui avait d'abord présenté le combat en sous les coups &Aséla, prince du rase campagne, et qui avait été aorab/e. sang royal ; mais les charmes de la do- Mais un des officiers de Gairaouuou mination dans cette belle île de Lanka ayant tué Digadjantou , la nouvette vie avaient laissé une impression trop pro- cet heureux accident ranima le courage fonde dans l'esprit des Malabares pour des Singhalais, qui mirent l'année maau'ils voulussent y renoncer. Elaala , du labare en pleine déroute. Les deux adpaysde.i'Ào/a(l)(Tandjore),surla côte versaires s'étant enûn rencontrés, un de Coromandel , attaqua Aséla , et éta- combat singulier, dans leauel Gaimoublit son autorité sur l'Ile entière, sauf la nou tua son ennemi , mit fin à la dy indivision sud, Rohona, qui était gouver- tie des Malabares. née par une branche de l'ancienne fa- Les historiens d'Êlaala sont en deinille souveraine. saccord complet. Dans le Radja Ratna- Gaimounou ( ou Gaimônô ), petit-ils cart et le liadjawali il est peint comme de Mahanaga, chef de cette partie de un hérétique intolérant et un cruel eiilïle , irrité du succès d'Êlaala , résolut nemi de la religion de Bouddha. Le récit de revendiquer son droit à la pointe de du Mahawanso , au contraire, le rel'épée. Avant rassemblé une armée de présente comme un bon prince et un dix mille nommes, il voulait marcher en dispensateur impartial de la justice. Le toute hâte contre son redoutable en- fanatisme et l'intérêt expliquent suffinemi. Il ne put le faire qu'à la mort de sa minent cette divergence d'appréciason père, dont la prudence lui avait op- tion.

posé des entraves insurmontables. A Après la mort d'Elaala , Do ut ou Gaicette époque il prit les armes contre son mounou (car il parait avoir reçu \e frère Tissa, oui s'était proclamé roi surnom de Don ton , pour avoir eu dans le district de Batictaloa. Ce dernier commerce avec une femme de basse ayant été réduit, Gaimounou traversa caste ) entra en triomphe dans Anuradlé Mahavelli-Ganga , à la tête d'un hapoura, et rétablit dans sa personne corps de cavalerie et d'infanterie , sou- la dynastie singhalaise (an 164 avant tenu d'éléphants montés et de chariots. J. C ). Son grand caractère se manifesta îl mit le siège devant ffedjiUapoura , dans cette occasion. 11 lit des obsèques dont les portes de fer furent enfoncées magnifiques à Élaala, son brave compar un formidable éléphant. L'armée de pétiteur , lui ût élever un monumeut , Gaimounou pénétra dans la ville, et dis- et honora sa mémoire d'une vénération persa ou massacra toutes les forces ma- qui s'est perpétuée de génération en génélabares. Girilako fut capturée et rasée ; ration jusqu'à l'occupation britannique. Casaw, Totta, et Mahawwelta furent Un prince malabare, parent d'R-

laala , leva une armée de trente mille

i \ D-Mk.n, - mh il m M hommes pour venger la mort du conque-

le, plus anciens orientaliste, écrivent tantôt Ui livra Gaimounou, ,e MM» jmnee

ClJla , tantôt Skola et Fehola. - Le nom privée de clief , devint la proie facile du

moderne de Coromandel dérive du sanscrit : Vainqueur. m

Ckot* mandata. Gaimounou aspira a tous les genres de

m do-

gloire. Il avait surpassé ses prédécesseurs dans les vertus martiales, il ne voulut point demeurer inférieur à Tissa en piété, et devint célèbre parmi les princes Bouddhistes, par remploi qu'il lit de ses richesses, qu'il consacra à l'érection de temples, de dagobahs, et de maisons pour les prêtres.

Un des plus remarquables de ces pieux monuments, le Ruwanwelli-Saye , avait, dit-on, deux cent soixante-dix pieds d'élévation, et reposait sur un massif carré de maçonnerie de deux mille pieds de circonférence; il était pavé de granit , et entouré d'un fossé de soixante-dix pieds de largeur. Dans les parties latérales de la plate-forme sont sculptées des têtes d'éléphant, ornements appropriés à celte massive structure, dont ils semblent être les supports. A l'intérieur se trouvent de nombreuses reliques du divin réformateur. Gaimounou ne put achever ce temple-monstre , et laissa à sou successeur le soin d'en élever la flèche. Cette construction, toute vaste et massive qu'elle fût, fut surpassée en grandeur et en étendue par le LowarMaha-Paya , qui forme un côté de l'immense parallélogramme en face du Maha-fVUiara, destiné aux membres du sacerdoce. Les appartements du dagobah reposaient sur seize cents piliers de granit , placés sur quarante lignes parallèles, renfermant chacune quarante piliers, dont les débris aujourd'hui existants attestent la véracité des historiens nationaux Audessus de ces piliers se trouvaient neuf étages contenant neuf cents appartements, dont les toitures étaient en matière métallique, d'où l'édifice a tiré son nom de Palau de Hronze. L'intérieur était aussi magnifique que l'extérieur était vaste. Une grande salle, qui occupait le centre,#était ornée de statues dorées de lions et d'éléphants; à l'une des extrémités se trouvait un superbe trône d'ivoire; sur l'une des parties latérales de ce trône était l'emblème du soleil en or massif, sur l'autre la lune était représentée en argent massif. Les habitants de la partie élevée de l'édiGce étaient les prêtres les plus éminents par leurs vertus; ceux qui avaient moins de titres à la vénération occupaient les étages inférieurs.

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