SCÈNE IX
COHDELIA , JAHVIS, IlARftV.
JARV1S.
Voyons, mes enfans... maintenant que nous sommes seuls, parlons un peu de celle pauvre maison Jarvis qui a été privée en même temps, et par une fatalité bien cruelle , de sou chef et de son premier commis... Elle a été fermée, n’est-re pas?.. La maison de Jarvis fermée !
CORDELIA
Non , mon pire ; pas un seul jour.
JARVIS
Comment? mais depuis quand donc Harrv est-il revenu ?
HABRY.
Hélas! Monsieur, ce soir seulement.
JARVIS
Qui donc a supporté le poids des affaires? Ce ; n’est pas David.
CORDELIA
Non , mon père ; c’est moi.
jAnvis.
Toi, ma fille?
Et avec bien du bonheur, allez ! Je savaisque dans votre prison , la pensée qni vous tourmentait le plus , était celle de votre crédit.
JARVIS
Après celle de U douleur, ma fille... Ainsi, j la vente?
CORDELIA
J’y ai présidé.
JARVIS
La correspondance ?
CORDELIA
Je l’ai faite.
JARVIS
Les registres?
CORDELIA, les lui montrant.
Voyez, tout est au courant; l’honneur de la maison est sauf. *#*
JARVIS, après une pause.
Oh ! mou Dieu , je vous rends grâce !
(11 s'assied devant les registres.)
CORDELIA
L’accusation qui pesait sur vous a glacé le courage d’un grand nombre de vos amis ; mais tout en refusant d’iulercéder en votre faveur, ils prenaient le plus vif intérêt à votre situation commerciale... De toutes parts, on m’offrait des remises, des renouveilemens... J’ai remercié , et j’ai refusé.
JARVIS
Tu as bien fait.
CORDELIA
La maison Van Bremel, d'Amsterdam, a même écrit, h la nouvelle de votre arrestation, pour vous ouvrir un crédit double de celui que vous aviez chez elle.
JARVIS
Ilarry , voilà la plus douce récompense de vingt ans de probité... Et quand cette lettre estelle arrivée?
CORDELIA
Hier.
jarvis.
Où est-elle ?
CORDELIA , fouillant dans sa poche.
La voilà.
JARVIS
Donne; il est de mon devoir d’y répondre...
Mais, vois donc, Hasry, quel ordre ! quelle clarté!.. Ah ça! Cordelia, la tenue des livres ne s’apprend pas toute seule... Tu as donc eu un professeur ? (Il se lève.)
CORDELIA
Oui , mon père ; et bien avant que vous fussiez arrêté.
Qui donc?
CORDELIA, montrant Uarry.
Lui, mon père.
JARVIS
Harry? Ah ! ah!
IIARRY.
Oui, Monsieur; M"* Cordelia m’avait prié de lui donner des conseils, et je n'avais pas cru devoir les lui refuser.
CORDELIA
J’avais depuis long-temps le projet de vous aider, mon père ; vous travaillez tant !
JARVIS
Mais à quel moment ces leçons se donnaientelles?..
HARRV.
Quand vous n’étiez pas là.
CORDELIA
Etquelquefois même quand vousyéticz; vous êtes si distrait !
JARVIS
C’est vrai; que veux- tu? mes affaires me trottent toujours dans la tête , én sorte que bien souvent j’ai l’air de rester étranger à ce qui se passe autour de moi : mais je n'en fais pas moins mes petites observations, et quand je suis seul, je me rappelle... des détails qui avaieut passé devant mes yeux sans éveiller aucune pensée, se représentent à mon esprit et prennent de