‹ Jarvis l'honnête homme, drame en deux actesChapitre 26 sur 48 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

DAVID entre, tenant une lettre dont il lit l’adresse,

A M. le docteur Van Claer , à l a Haye. .. timbrée de Buénos-Ayres... escusez!.. voilà un savoir ce qu’on y fait... ( il met la lettre en lorniorccau de papier qui a fait don* mille lieues! gnetieci tegardeen dedans.) Quelles pattes de mouc’est un voyage encore plus long que j’avais chcs! comment veut-il qu’on le lise! il devrait coramenré, quand il a plu au ciel de m’arrêter être défendu d’écrire comme ça... impossible en rhemin... qui diable peut nous écrire de. , de déchiffrer nu mnt! ah! voilà une ligne... «Je Buénos-Ayres?.. ah! bah!.. M. Van Claer n'cst-il | souhaite que l’indigne Jarvis... » Jarvis! «soit pas en correspondance avec les quatre parties du ! aussi heureuv dans son e\il que je vais l’être monde ?.. et ça n’est pas étonnant ! qnand on a | dans le mien...» L'indigne Jarvis, c’est ça, parce été premier médecin dq roi d’Angleterre, et <®»qn’il n’a pas voulu se laisser pendre... comme si

•®* qu’on est directeur d'une maison de fous ! celle , lettre ne m’inspire |ias la moindre curiosité!., si elle venait de Londres, Je ne dis pas... mais tle l’Amérique du sud!., je ne tiens guère à

JARVIS

la potence avait quelque chose d'attirant!... mon pauvre patron ! Je ne m'attendais pas à voir son nom cité par un Monsieur qui écrit de l'autre monde!., il faut que son aventure ait fait bien do bruit!..

SCËNK II.

DAVID , VA.N CLAER.

vais citiiL

Bonjour , David !

DAVID , surpris , se levant.

Ah!..

VAX CL.lF.fi.

Que faisais-tu 14 ?

DAVID

Je songeais à mon ingrate patrie.

VAU CLAER.

J’en al reçu des nouvelles hier.

DAVID

Et sans indiscrétion, les choses vont -elles bien?

VAS CLAER.

Très bien.

DAVID

Pour le parlement, ou ponr le Roi?

VAN CLAER.

Pour f Angleterre.

DAVID, sc frottant tes mains.

Ce qui veut dire que le prince il'Oranee fait son petit chemin. Alt 1 s'il était appelé an troue!., retourneriez-vous à Londres?

VAN CLAER.

Non, certes: j'ai Ions-temps regrette l'Angleterre, où j’ai laissé desamis et des malades... mais ici comme là-bas, ii y a des honnêtes gens, et des gens qui souffrent; j'ai remplacé tout ee que j'avais perdu. D'ailleurs, je ue suis pas Anglais , moi ; je suis né en Hollande , et ie roi Jacques, en me bannissant, n’a fait que me rendre à ma patrie. Laissons cela. Qu'cst-rc que cette lettre ?..

tiAvin.

Le facteur vient de l’apporter.

VAN CLAER.

De Buénos- A) rc« , et tu ne me le disais pas. (Il ouvre la lettrr. ) C’est de lui , Dien soit loué ! ce digne ami!., il est arrivé à bon port !

DAVID

Cette lettre vous annonce dlicnretises nouvelles?

VAN CLAER.

Je ne pouvais eu recevoir de plus agréables.

DAVID

Quelque client , sans doute . à qui vous avez rendu la raisou.

VAN CLAER, s'asseyant.

Mieux qne cela , à qui j'ai rendu la vie.

DAVID

Rendu la vie? c’est une façon de parler. Une fois qu'un homme est mort , le plus habile médecin...

VAN CLAER.

C'est selon , lu médecine aussi a ses miracles. (Il écrit.) Au reste, celte aventure fait le sujet d’un article que j'ai préparé depuis long-temps, «t que l’arrivée de celte lettre me permet enfin

• de publier , le voici. ( Il l'a pris dans un carton.) J’y ajoute quelques ligues, et tu le porteras à l’instant chez le rédacteur de h Gazette de Ia i H aye, en lui disant que je le prie de faire paraître cet ai ticle dans le numéro de ce soir.

DAVID, h part.

C’est ça, une commission ; et moi qui étais entré chez lui pour m’initier aux secrets de son art!..

VAN Cl. 1ER , écrivant toujours.

Quel bonheur de faire part de cette nouvelle à l'Europe scientifique et aux amis du pauvre exilé ! Le secret a été bien gardé , il le fallait ; mais qu’il m’en a coûté pour nie taire ! si ce n’avait été qu’une bonne action , rien de plus naturel... mais uuc si belle cure ! (a David.) Va porter cet article , et dis bien au rédacteur que je voudrais le lire dans le numéro de ce soir.

DAVID , s’en allant

C'est entendu.

VAN CLAER, sc levant.

11 n’est venu personne?

DAVID, retenant.

Étourdi que je suis, il est venu un Monsieur. .. nn homme...

VAN CLAER.

Pourquoi est-il venu ?

DAVID

Pour vous voir. Puis quand il a appris que vous étiez en courses.il a demandé à visiter votre maison, sous prétexte qu'il était médecin lui-méme et se livrait à ries observations sur l’aliénation mentale. Tout eu pariant , il regardait autour de lui... tenez. Monsieur, ma tête, que c’est quelqn’agcnl secret du roi Jacques.

VAN CLAER.

Est-ce que le roi Jacques envoie des agens en Hollande ?..

DAVID

Je le crois bien! Depuis qne le prince d’Orauge, pour ne pas rompre ouvertement avec son beau-père , a été forcé de lui accorder l’extradition de plusieurs sujets séditieux... Lisez la Gazette des Provinces-Unies !

VAN CLAER.

Et mi homme de celte sorte aurait eu l’audace de se préseuter chez le docteur Vau Claer!

DAVID

Oui, Monsieur, ils preuncnl tous les deguisemens ; i! sc servent de tous les prétextes.

VAN CLAER.

Mais qui vicndraii-il chercher dans ma maison? DAVID.

Moi , peut-être. Vous savez bien que je suis une victime du roi Jacques, et que, si mon bâtiment n'avait pas fait naufrage sur les côtes de la Hollande, je jouirais en ce moment du climat des Grandes-Indes, où tues juges me faisaient transporter.

Page 1