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misérables; si c'est de rOrient pur, à la fois égoïste et brillant, arriéré et grandiose, il y a là d'autres découvertes à faire que celles du touriste : il y a des secours à chercher pour Thumanité qui souffre : il faut ouvrir cette porte et tenter d'activer ceux qui s'isolent derrière elle. Les armes pour cela ne sont pas nécessaires : les Chinois donnent ici Texemple d'une intrusion pacifique. Les quelques milliers qui ont immigré à Siam] ont accaparé tous les négoces; tout ce qui est travail dans le royaume est stimulé, organisé, fructifié par leurs mains. Autant le Siamois représente F indolence, autant son remuant parasite du Céleste Empire est le type de Tàpreté au gain et de la constance dans les efibrts laborieux.

Aussi ne deVons-nous pas laisser stagnantes des eaux qui, mises en mouvement, pourraient être si fécondes. Le jour où Siam sera relié à la grande ligne des Indes et du Japon qui pivote sur Singapour, le jour où un comptoir de commerce, au lieu de faire une aventure d'une course à Bangkok, en fera un préliminaire sûr de négoce lucratif, les chiffres donneront raison, j'en suis convaincu, â mes premières impressions. Je voudrais du fond de mon cœur que la France recherchât, au moyen de flos magnifiques « Messageries impériales w , l'honneur de cette conquête commerciale, pacifique et légale, — la seule que nous puissions ambitionner, la seule qui nous donnerait d'autant plus de prestige qu'elle

serait plus désintéressée sur la question du territoire» plus propagatrice et plus internationale.

Avec ses petits moyens, le Père Larnaudie a montré aux Siamois tous les services que devaient leur rendre nos inventions modernes. Pendant que nous parcourons dans une barque rapide les canaux qui se croisent au milieu des campagnes, nous ne voyons devant chaque hutte que mortiers de bois de teck, où un rustique pilon , soulevé lentement par quelques femmes nues , décortique de bien petites quantités de riz de la façon la plus lente et la plus primitive. Mais bientôt nous arrivons à un moulin qu'a monté et ensuite vendu Tactif missionnaire : ses machines à vapeur font, comme vous pouvez l'imaginer, une besogne centuple de celle des Indigènes. Dans plusieurs branches de Tindus* trie , il a ouvert à ces populations naïves des voies nouvelles, et si un semblable élan était secondé par des moyens pécuniaires qui ne peuvent être de son ressort, le royaume serait transformé en dix ans!

Voici vingt-deux ans que ce Père infatigable habite ces parages, et il s'y est fait adorer. Botaniste et physicien, chasseur et mathématicien, ayant la voix grave et pure du prêtre avec la maigreur basanée, la moustache militaire et l'air martial d'un officier d'Afrique, il a traversé les grands bois de l^intérieur, eu prêchant partout pour instruire les

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autres et en recueillant en même temps pour luimême mille connaissances précieuses. C*est notre bonheur que de Tentendre raconter sa vie nomade et aventureuse au milieu des tigres ou des populations hostiles. Mais ce que nous voyons surtout, c'est qu'après Paramendr-Maha-Mongkut, il est le roi de Bangkok ! Devant lui , tous et toutes s'inclinent avec un sourire de bienveillance , — digne récompense de sa compatissante bonté I

Des phases originales n'ont pas manqué à sa vie d'exil volontaire : il est le premier, par exemple, qui a fait de la photographie dans cette ville, et vous jugez d'un seul coup d'œil des effets magiques qu'il a produits. L'électricité, à son tour, lui a donné mainte occasion de faire des merveilles. Un jour entre autres , les talapoins Tont provoqué en déG, et, devant un rassemblement immense, l'un d'eux a proclamé qu'il invoquerait son « génie bouddhique )) avec de telles formules qu'il ferait de force courber la tète au » Diable des chrétiens » . La comédie sembla d'abord favoriser les desseins des hommes à robe jaune; elle devint désopilante quand les deux talapoins, qui s'étaient déclarés invulnérables , saisirent d'une main ferme les extrémités de la chaîne d'une machine électrique et s'y attachèrent solidement. Dès que le disque tourna entre les coussinets de peau, les étincelles jaillirent et les secousses firent pirouetter lés malheureux

dans les plus grotesques contorsions^ comme les grenouilles de nos laboratoires, avec accompagnement de hurlements frénétiques et de danses macabres!

La vapeur, elle aussi , a fait son entrée à Siam , mais bien plutôt pour le bon plaisir du Roi que pour la prospérité du peuple. Nos agiles pagayeurs nous font passer devant une douzaine de yachts

royaux, fort jolis pour Teau douce surtout,

commandés, en général, par des capitaines allemands, et tenus en bon ordre par des subrécargués chinois. En naviguant ainsi sur le Me-Nam, bien en amont de Bangkok, nous arrivons à Par* senal des barques royales de cérémonie : figurezvous d^immenses pirogues, taillées chacune dans un seul trône d'arbre et longues de quarante-huit mètres : la poupe et la proue, entièrement dorées, s'élèvent élégamment en forme recourbée avec de superbes ornements de bois sculpté qui représentent des dragons ailés, des crocodiles dauphins et des Siamoises-naïades : au centre est un dais majestueux. Ce doit être un très-beau spectacle, quand le Roi se promène en grand apparat sur le fleuve, de voir cette flottille de barques effilées , montées par quatre-vingts rameurs à pagaies enluminées d'or, auxquelles font cortège les riches embarcations des mandarins jaloux de refléter Téclat royal et accompagnant leur procession nautique du cha^ rivari Iç plus oriental.

De là nous allons au chantier de constri les Siamois terminent de jolies corvettes teck, sur plans européens : des machines venant de Glascow, y seront bientôt installées vriers sont vraiment très-intelligents et coi fort.bien, malgré Taspect primitif de leurs cl qui sont plutôt des docks : à vingt pas du fle^ creusent un immense trou au fond duquel i] pentent le navire ; quand il est fini , ils couj digue, et le bâtiment se trouve à flot. Mais c'i tout aux croisières du .golfe qu'ils destinenl marine, car la haute mer n'est pas leur fort, la campagne si fameuse dans laquelle , tent^ doubler le cap de Bonne-Espérance, ils ont cot pic en route. , ]

17 janvier 1867. — Ce matin, le Général arrl comme un foudre de guerre : il nous annonce ql le Roi, apprenant que nous devons partir demain pi le ChoW'Phya, veut encore une fois voir le Prince è lui dire adieu. Nous nous rendons en hâte à la partit du palais qui est attenante au sérail. Cette extrémité des pavillons royaux est de la plus grande élé-* gance • six étages de toits vernissés en bleu, orange et vert, des éperons brillants sur les corniches, de la miroiterie sur les pignons, forment un ensemble que relève la construction à jour de cette aile de kiosques. La toiture étincelante n'est pas soutenue

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lette toute rose et fraîche : » me love d . . . (qaelqoes mots de siamois) « very, very » — un nouveau temps d'arrêt : passage de la boulette hors de la bouche royale vers un nouveau vaise d'or : « very much your high high highness! me will d (la mastication devient frénétique) « give sieraklao, my photograph to to to » (il manque le crachoir) « to you' » ; et ainsi de suite. Je voudrais parler siamois comme il parle anglais , mais je ne puis vous dire la quantité de mots siamois , semi-latins , semi-français , tous inintelligibles pour nous, dont il entrecoupe cette douzaine de mots anglais que je transcris. Il s'airance donc , en tenant affectueusement la main du Prince dans les siennes . quant à nous, nous suivons en silence sous des nefs à reflets de féerie, au milieu du cortège de ses enfants rieurs qui semblent aimer beaucoup les Européens. Par une faveur insigne, et peut-être unique pour des étrangers (nous disent le Père Lamaudie et le Général), nous sommes admis à franchir le seuil du harem ! Des groupes de quinze ou vingt femmes, surprises par cette visite inattendue, se jettent immédiatement sur des nattes coloriées qui iforment le parquet : appuyées sur les genoux et sur les coudes, efles semblent terrifiées. Au nombre d'environ cent soixante, elles se réfugientsur des marches d'escaliers tournants» sur des balcons en saillie, sur

^ J'aime beaucoup Votre Altesse ; je veui^ vous 4ouu^r 4T)9 photographie.

des kiosques reliés par des passerelles de marbre ; bien d'autres s'enfuient dans les allées ombragées du jardin; et des fentes des portes entr'ouvertes jaillissent les feux de bien des yeux animés de la plus vive curiosité : les unes, vieilles matrones à la peau ridée et pendante, se blottissent d'un côté dans leurs casaquins jaunes ; les autres, tendres nymphes couleur chocolat , jeunes sultanes langoureuses, avec un ruban moins large que la main en sautoir au lieu de corsage, avec un petit langoutis azur, des diamants au cou , aux pieds et aux mains , s'entassent comme des abeilles dans une ruche.

Alors ce roi-frelon se dirige vers le groupe des reines les plus mûres, et prenant une d'elles par la main, il la traîne e£Parée et tremblante jusque devant npus : de sa droite il tient le bras de la sultane, de sa gauche l'un des nôtres, et c'est du bout du doigt qu'il nous est ainsi donné de lui toucher la main. Je ne voudrais pas être irrespectueux, mais l'antique houri serait taxée de guenon dans toute autre partie du monde : u Bonne femme )? ,'nous dit le Roi en la renvoyant immédiatement après ce a shake-hands » asiatique, a elle m'adonne trois enfants. » Puis il va en chercher une autre : même collision d'index avec madame n° 2 : « Très-bonne femme, reprend-il, elle m'en a donné dix» ! Voilà comment on présente les Princesses à Siam! Comme toutes commencent à parler au Roi par une phrase rhythmée dont le son,

répété à chaque pas depuis notre entrée au palais» frappe nos oreilles, le Père Larnaudie nous explique que toute réponse au Roi doit être précédée de cette formule sacramentelle : « Moi , ver de terre , moi poussière de vos doigts de pieds, moi cheveu, je r.ends hommage au maître du monde ! »

Durant une heure nous continuons dans le harem une promenade indescriptible : tableaux vivants d*anatomie et de bijouterie, jardins et piscines, kiosques et dortoirs de nattes donnent à cette aile du palais un air à la fois matériel et poétique ! Il y a là plus de huit cents femmes, groupées à titres divers, parmi lesquelles le Roi fait des promotions et des dégradations. Ce qui est officiel, c'est le nombre de ses enfants '. ils sont soixante-treize vivants. Je n'ai pu savoir le chiffre de ceux qui sont morts. A chaque premier jour de Fan, il paraît que le Roi inscrit sur un ce grand livre » le budget des produits présents et à venir! C'est le « stud-book » des houris.

Peu à peu notre cortège s'augmente d'une trentaine de fils de Paramendr-Maha-Mongkut, tous plus coquets les uns que les autres, puis on ouvre la porte sacrée de la chapelle du harem. C'est en miniature une pagode aussi riche que les plus belles de la ville : il faut y entrer pieds nus. Le Roi fait briller dans la pénombre un dédale de statuettes et de pierreries, en allumant 'de sa main et devant lious de nombreux cierges; et nous remarquons surtout un dieu de

cristal de roche, haut de deux pieds, avec une ceinture de rubis et une couronne pyramidale de diamants.

L'audience finit vers quatre heures du soir dans la salle du trône, où, enchantés et reconnaissants , nous prenons congé du bon roi Mongkut : nous embrassons les petite Princes et saluons le harem , espérant que les Européennes seront moins efiarouchées par les voyageurs que les royales Siamoises! Pour moi, je me hâte d'écrire ce soir tant de souvenirs curieux : et pourtant, je sens qu'il m'échappe encore un monde de détails sur cette pittoresque ville de Siam où nous venons de passer six jours dans une joyeuse activité et une surexcitation continuelle. Nous avons vu là, je le crois, ce qu'il y a de plus excentrique en Asie : jeunes donzelles du harem habillées de rubis, et vieux Roi qui crache et qui tousse; — adoration de l'Éléphant blanc, et gymnastique ministérielle; — escadron d'éléphants armés en guerre, et corps des Amazones; —^ Roi combustible, et Siamois grillés; — nattes d'argent de la pagode royale, et scorpions, fourmis et millepattes nous dévorant sur le pilotis de bambou vacillant où nous sommes perchés pour écrire et dormir, — telles sont les images pleines de contrastes qui résument, pour ma dernière soirée ici, notre séjour dans le royaume de Siam.

Heureux que nous sommes de l'avoir vu encore

dans toute son originalité et son indépendance! Cest certainement le spectacle le plus extraordinaire qui puisse être donné à des Européens que celui d*un Roi asiatique conservant encore intactes les mœurs et les coutumes des Sultans d*autrefois ! Mais ne sommes-nous peut-être pas les derniers à voir flotter librement les festons écarlate de ce drapeau brodé d'un Élépbant blanc? Ne va-t-il point s'y mêler un. peu de blanc et un peu de bleu? Taquiné d'abord , puis harcelé, enfin envahi chaque jour par l'Europe, le vieil empire sacré s'écroulera sous l'influence de la France et de l'Angleterre. Il me semble déjà voir les conquérants de l'Inde relier avec leurs colonnes de cipayes Siam à Rangonn, 4 I& ^ barbe n des Amazones du grand Roi.

llETOtJR DE SIAM.

L'ambassade siamoise. — Le lac Thale-Sap, objet du litige avec la France. — Politique du Roi Mongkut.

20 janvier 1867. — En mer, à bord du Cbow- Phya. — Nous sommes partis de Bangkok avanthier matin , avec Tespoir presque assuré d'arriver à Singapour à temps pour prendre la malle française ^Impératrice, qui va en Cochinchine. C'est notre rêve de retrouver en ces lointains parages le sol flottant de la patrie I Nous avions retenu nos places aux Messageries il y a presque un mois, et ainsi nous devions voir, au moins durant quelques heures, notre colonie de Cochinchine. Hélas! à peine étions-nous en marche depuis deux heures, qu'un yacht royal est venu à toute vapeur nous donner la chasse, et porter au capitaine du Chow-Phya Tordre d'attendre, sur la barre du Me-Nam, la fameuse ambassade que le Roi Mongkut envoie à « son frère l'Empereur des Français! » Et voilà comment depuis deux jours, dardés par les rayons d'un soleil de feu, à demi asphyxiés par les miasmes de la cale, de l'entre-pont et du pont de ce cloaque appelé Chow-Phya, nous

sommes à Fancre au milieu des boues malsaines de la barre. Ce que nous souffrons dans cet entourage de quatre cents passagers indigènes, puants et gluants, familiers et tapageurs, est inimaginable. Hélas ! les millions de fourmis du premier voyage ne sont pas mortes à Bangkok ! Pas un souffle de vent ne vient soulever les vagues et nous débarrasser au moins par le mal de mer de nos passagers qui cuisinent le u kapi n nauséabond et fument Topium sur le pont encombré. Un moment seulement de distraction nous est donné : au miliea d'une vingtaine de gros navires mouillés sur la barre, la corvette américaine le Shenandoah vient jeter Tancre : elle fait une campagne autour du monde. Un de ses canots arrive jusqu'à nous, et nous emmène ensuite à son bord. La plupart des officiers sont d'anciennes connaissances du Prince, qui retrouve même parmi eux des camarades de promotion, avec lesquels il éprouve l'immense joie de pouvoir reparler de l'Ecole navale et des campagnes faites ensemble sur le Macedonian et sur le John Adams dans le golfe du Mexique.

Enfin plusieurs gros flocons de fumée noire apparaissent derrière les panaches des cocotiers : l'escadre honorifique approche et nous accoste relie peut s'apercevoir tout d'abord de la mauvaise humeur que nous a inspirée une attente de quarantehuit heures en pareille compagnie. Le général

Tient embarquer Tambassade : le chef est le sieur Naï-Phloî, accompagné de son fils Pboto, les deux singes les plus grotesques de Siam. Quand on va à Paris , il faut renoncer au langoutis : Tambassadeur a donc un pantalon , un gilet de flanelle rouge , et un habit noir! Sa première femme (quarante-deux ans) veut raccompagner à Paris, où, si elle n'espère point faire florès, elle pense du moins surveiller Naï- Phloi. Une autre mandarine monte aussi à bord, mais c'est à titre de renfort jusqu'à Singapour seulement. Le second envoyé et ministre plénipotentiaire est Phra-Raxa-Sena , expédié pour la montre et pour sa nationalité de Cambodjien -. jugez combien ce dernier titre fera peser son opinion dans la balance! Il est en flanelle vert-pomme et bien plus laid que son supérieur. Ces messieurs, croyant partir pour la Laponie, se drapent dès à présent dans des étoffes chaudes, quoiqu'il y ait encore 45° de chaleur.

Mais, à la suite des cinq autres membres de la mission , toute une escouade de femmes envahit le pont : ce sont les trente ou trente-cinq épouses de Naï-Phloï qui viennent, éplorées, lui faire de tendres adieux. Nous nous empressons d'épargner au diplomate couleur jus de pruneau les longueurs d'une scène aussi déchirante, et de mettre le holà dans cette explosion de larmes et de sanglots. Le Chow- Phya siffle bruyamment, et les yachts repartent en

sens inverse, avec une dnnette chargée de plenreuses. « Tont cela se calmera, nous dit-on; à Bangkok aussi , quand les chats sont dehors, les souris dansent, n

A peine embarqués, nos diplomates siamois se mettent en devoir de relire leurs instructions et de les apprendre par cœur. La lettre royale , si longtemps élaborée, est plutôt une protestation injuste contre notre consul qu*un refus de consentement. Ne pouvant plus reculer devant une cession qui lui coûte péniblement, le cabinet du Callahoun veut bien s'exécuter, mais il veut faire ce sacrifice au souverain de la France en personne : a Puisqae vous le voulez absolument, nous vous abandonnons la frontière demandée; mais c'est à Paris seulement, et non au consulat, que nous nous inclinerons » , et vous nous ferez, seigneur, en nous croquant de par vous-même, beaucoup d'honneur!

Pour les peuples qui n'ont ni union ni nationalité bien délimitées, comme toutes ces tribus de l'Asie méridionale qui supportent le joug d'une foule de petits rois tyrans et qui dépendent , par exemple, tantôt de Hué, tantôt deSiam; pour ces producteurs innombrables dont le travail ne fait bénéficier que leurs rois, c'est une loi fatale et nécessaire de chercher un appui à l'ombre du pavillon protecteur d'une nation forte qui, en améliorant les ports, et en ouvrant véritablement un champ au commerce,

infuse dans leurs veines abâtardies et desséchées un sang vivifiant et nouveau. Telle est la situation de la Cochinchine, placée à la porte de cette Chine qui est si populeuse qu*elle ne suffit point à s*alimenter elle-même, et qu^'elle demande du riz à chaque mousson favorable. Notre colonie , qui peut produire plus de vingt fois sa consommation, doit, elle aussi, chercher avant tout, — d'une part, à ne point laisser se perdre ses ressources naturelles ni s'aliéner ses rois tributaires ; — de Fautre, à maintenir ouverts ses débouchés les plus organiques. De là le litige avec le cabinet de Siam, derrière lequel nous devons toujours craindre un empiétement britannique qui mettrait Tembargo sur. nos points de sortie.

Si le Mé-Nam est le Nil de la vallée de Bangkok, le Mé-Khong est celui du Cambodje : ce sont les affluents de ce dernier fleuve que nous avons voulu assurer à notre protectorat. L'indifi'érence ou Tinattention sur ce point pouvait tout perdre ; car celui qui, en dehors de nous, y prendrait position, commanderait ainsi une immense étendue de pays trèsriches. Mais le Mé-Khong, dont Testuaire nous appartient, reçoit des eaux du lac Thaïe -Sap; le fleuve et le lac sont de véritables viviers : nouvel et grand élément de fortune en ces régions, où le poisson, séché au soleil, s'exporte avec des millions de bénéfices pour Java, 1^ Chin§ et Tlo^e, far wn çyrieu?^

phénomène et une disposition peut-être unique dans le monde , les canaux avoisinant le lac, et le lac lui-même (une petite mer intérieure), se trouvent à sec, dit-on, à une même saison tous les ans, et laissent sur le sol une couche épaisse de deux et trois pieds de poissons d'espèces recherchées. Là est la clef de la question franco-siamoise, là Tobjet du litige, qui, perdu, nous appauvrit, qui, gagné, donne à notre protectorat sur le Cambodje une prospérité assurée.

Le malheur veut que la frontière de Siam et du Cambodje coupe le lac en deux parties égales. Aujourd'hui que le Cambodje dépend de nous, nous

voulons le lac tout entier, et les Siamois le

veulent aussi !

Voilà pourquoi Naï-Phloï prend la route de Paris, emportant dans les plis de sa toge les poissons innombrables du Thale-Sap , et risquant fort de revenir bien déchargé et bien appauvri à Fombre des cathédrales de porcelaine de sa ville natale. Le Père Larnaudie sert d'interprète à cette mission, comme il Tavait déjà fait lors de la fameuse ambassade peinte par Gérôme. Les missionnaires en effet ont, dans cette situation délicate, compris les intérêts de Siam menacés par les projets conquérants de la France. Il faut le dire, jamais peut-être gouvernement européen n'a plus favorisé la civilisation chrétienne que ne Ta fait la cour de Siam :

non-seulement elle a laissé à notre culte la plus entière et la plus favorisée des libertés, mais les missionnaires sont devenus les amis personnels du Roi . Alors on peut s'expliquer comment la reconnaissance pour le passé et l'intérêt de prospérité pour Tavenir les portent à se mettre, dans cette grave affaire, du côté des plaignants.

Mais, du sein de cette capitale asiatique, la figure la plus vivante, la plus virile, la plus frappante, est celle de M. Aubaret, notre Consul, qui, audacieux et ferme, travaille de toutes ses forces à la grandeur de son pays, bien plus encore pour sa conscience, que pour les apparences humaines. Je ne crois pas que les Siamois Taiment : je suis sûr que les Anglais le redoutent; et je ne doute pas qu'il ne soit compris dans les bureaux de Paris. Irrité des tromperies périodiques des Orientaux, isolé comme Robinson dans son île, mais isolé au milieu d'êtres humains, — ce qui est bien plus dur que de l'être sur une terre physiquement déserte, — il est enflammé de ce feu qu'inspirent les questions de prédominance coloniale, mille fois plus vivement ressenties par ceux qui habitent ces lointains parages, que par ceux qu'endort la jouissance banale des cités métropolitaines. Ah! nous croyons trop chez nous que la France est assez grande et assez belle de la Manche à la Méditerranée, et de l'Océan au Rhin ! Là se borne trop souvent notre horizon !

Et ceux-là, presque seuls, qui courent les mers lointaines, voudraient imposer son influence, etvoir flotter le pavillon de son commerce et de ses grandes idées dans les pays que nous traitons de sauvages et d'indignes de notre attention.

Puissent du moins les Français qui s*expatrieiit être dignes de propager si loin notre nom ! A part quelques exceptions, comme la maison Malherbe par exemple, quelle satire je pourrais vous faire de la composition de la société qui s'est domiciliée à Bangkok ou qui a été en rapport avec cette ville ! Il faut venir au bout du monde pour en trouver une pareille : une foule de déserteurs , d'aventuriers et de faillis se disputent le triste honneur de duper le Roi. L'un vend des bijoux faux, venant de Paris, pour deux cent mille francs; l'autre échappe ici à ses créanciers de Manille et de Shang-Haï; un troisième est rappelé de Bangkok parce que , logé gratuitement par le Roi, il n'en chargeait pas moins les comptes de son gouvernement d'un loyer de douze mille francs; celui-ci épouse une Siamoise qui a ses entrées au harem , il la couvre de bijoux que lui achètent les sultanes à un prix centuple de la valeur; et réalisant près d'un million de gain, et se disant l'époux d'une des filles du Roi , il vient faire la roue à Paris I Celui-là enfin (et c'est le sublime du genre), revenu à Paris, écrit au roi Mongkut unç belle et Iq^guç lettre « pqur suppliçr Sa

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Majesté de lui accorder le grand honneur d'être transporté à Siam après sa mort, et d'être brûlé sur le bûcher de la pagode royale! »

Mais en regard de cette décadence morale, qui se traduit en opérations de commerce trop honteuses pour être citées, je ne veux pas m'éloigner du fameux royaume sans rendre justice au Roi actuel; qui , sous les titres pompeux de a descendant des anges, justice parfaite, pieds divins, inexpugnable maître du monde v , n'en a pas moins régné avec des idées très-libérales pour les étrangers.

Il a passé de Taustère et mendiante discipline du talapoin à l'exercice du pouvoir et à la possession d'un harem illimité. Depuis le 3 avril 1851, jour où il a jeté le froc. . . . aux houris, il a favorisé les arts, construit des navires à vapeur, établi une imprimerie royale, proclamé la liberté des'cultes, etc., etc. Mais il est vrai de dire que ces dehors, cette écorce de civilisation, ne font que recouvrir la sève la plus pure des adorations asiatiques dont il est l'objet; — l'accaparement de toutes les richesses minérales et agricoles du pays; — la jouissance égoïste de revenus qui, en s'engouffrant dans le trésor royal , maintiennent le royaume en stagnation complète; enfin la crainte que lui inspirent les influences européennes, sont autant d'obstacles jetés sur la voie qui conduirait Siam à la prospérité véritable.

3iti JAVA. SIA&U CANTOK.

2A janvier 1867. — Moins houleuse, mais plus nauséabonde qu'à Taller, notre traversée de retour touche à son terme. Ce soir la lune sort tout argentée de rOrient, et éclaire les rivages de la presqu'île de Malacca que nous suivons. Nos Siamois se remettent un peu du mal de mer, et madame Nai-Phloï, s'agenouillant religieusement, brûle des bâtonnets parfumés d'encens, pour implorer Phébé; mais , tandis que la brise tombe et que le navire se dépouille en un clin d'œil de ses voiles inutiles, comme un arbre qui perd ses feuilles d'automne, l'ambassadrice se dépouille encore plus vite de son diner laborieusement acquis à coups de fourchette. Enfin, après quatre jours et quatorze heures de marche, nous revoyons Singapour*

30 janvier 1867. — La mauvaise nouvelle à notre arrivée a été celle du départ de la malle française douze heures avant notre débarquement : ainsi s'évanouissent nos ardentes espérances de naviguer avec des compatriotes , et de voir la rivière de Saigon. Sans notre séjour malencontreux sur' la barre du Me-Nam, toutes ces joies nous auraient été données ! Ne pouvant attendre un mois encore pareille occasion , nous partons aujourd'hui par le Behaff malle anglaise, directement pour Hong-Kong. Notre séjour ici a été marqué par deux événements bien dissemblables : l'arrivée en inspection da gé-

néral Le Marchant, commandant en chef les troupes de l^Inde anglaise; puis l'inspection que nous, passons nous-mêmes avec l'ambassadrice Naï-Phloï dans les bazars de Singapour, afin de Taider à acheter des crinolines, des « suivez-moi jeune homme » et des bottines vernies qui la rendronf plus grotesque encore que son langoutis, quand elle fera son tour du bois de Boulogne.

Chinoises et pdaaquins. — Prisonniers à queue coupée. — li.i dîaer chez Hang-Fa-Loh-Gbung. — Création et progrès du comptoir de Hong-Kong. — Le turf anglo-chinois.

S février 1867. — En mer, à bord du Behar, en vue des rivages de la Chine.

II y a neuf jours que nous avons dit adieu, — avec un vif plaisir, — à Tîlot resserré de Singapour. Le quai de la Compagnie péninsulaire et orientale est assez éloigné de la ville même, et New-Harbour ressemble plus à une anse riante de Taïti qu'à un dé-* pôt de charbon où les malles viennent s'approvisionner. Plusieurs centaines de huttes faites de bambou et de feuilles abritent une tribu de ccKlings » ; une soixantaine d'enfants nus, montés sur des pirogues longues de trois pieds, sont les derniers Indigènes des pays tropicaux que nous devons voir avant ceux du Mexique et de la Nouvelle-Grenade. Ces petits moricauds amphibies tournent avec une étonnante agilité autour du navire, et dès que les passagers jettent un » cent » dans la mer, ils plongent, se disputent la pièce de cuivre au fond de Teau, et

reviennent en grappe à la surface , enlacés comme des algues marines. Souvent , grâce à leurs évolutions de marsouins, leur primitive pirogue se remplit d'eau ; mais nageant avec les pieds seulement, ils ont un talent extraordinaire pour la secouer, la débarrasser de Teau envahissante, et pour y sauter sans faire chavirer cette coquille de noix.

Mais à mesure que nous nous avançons vers le Nord, notre gros Behar^ vapeur de 1,600 tonneaux, de 250 chevaux et de 179 hommes d'équipage, commence à éprouver de terribles secousses. 11 n'y a plus véritablement le charme du voyage nautique dans ces restaurants-malles-poste où les passagers ne sont que des consommateurs, et il devient impossible de s'intéresser à la route et de se considérer comme autre chose qu'un colis vivant. La mer, qui chaque jour est devenue plus grosse ,^ nous fait passer des heures cruelles : elle est creuse, courte et irrégulière : la machine donne toutes ses forces , et par moments nous n'avançons que de trois milles à l'heure : nous dépassons nos mâts de perroquet; nous stoppons par instants, volontairement et involontairement, quand l'hélice, élevée hors de l'eau par le tangage, y rentre avec une telle violence que le choc la paralyse. Bref, la mer de Chine nous salue d'un coup de vent terrible^ qui, sans compter certains moments de danger véritable, fait craquer dans toutes ses parties notre II so

coque lourde et maladroite, et nous porte en dehors de notre route » à droite , presque sous le vent des Philippines.

Les rafales ont confiné un grand nombre de passagers dans leurs cabines, et le pont tout entier nous a été laissé en compagnie d*un équipage trèspittoresque. 11 n*y a de vrais matelots de gros temps que les vieux loups de mer écossais , quartiers-maîtres rigides. Mais les cbétifs Bengalis, vêtus de blanc; les Malais , grimpeurs en général , mais bien mons au coup de vent; les Nègres d*ébène de Zanzibar, à la barbe et à la tignasse dû roux le plus ardent, manquent de force et grelottent. Le pittoresque de cette Babel maritime mis à part, il ne nous reste que la lecture de toutes les a Aurora Floyd » et « Lady Auddley's Secrets » de la bibliothèque du capitaine.

Enfin, ce soir, passant en huit jours de route de 41" de chaleur à 7", et goûtant fort peu ce brusque et malsain changement de température, nous voyons les falaises hong-konquoises ; nous entrons dans ce Sulphur canal » , et dans les chenals les plus resserrés et les plus dangereux. Après une périlleuse traversée, après des émotions de voiles et de vergues brisées, de machine convulsivement ébranlée, rien de joli et d'imposant à la fois comme d'arriver dans Tobscurité à une rade aussi calme que celle de Hong-Kong. De toutea parts des roches hardies^ de hautes montagnes, encadrent un

véritable lac d'abri contre les vents déchaînés; sur leurs flancs sont échelonnées en amphithéâtre toutes les maisons brillamment éclairées des marchands anglais , qui , en vingt-cinq ans , ont déjà formé une grande ville. Des milliers de lumières se détachent sur ce fond grandiose , tandis que des centaines de jonques, dormant sur leurs ancres entre les hautes mâtures des clippers, balancent leurs lanternes bariolées, leurs dragons ailés, leurs transparents lumineux, et semblent s'incendier par des fusées, des pétards et des soleils tirés du sommet de leurs proéminents gaillards d'arrière. Nous arrivons, paraît-il, au milieu des réjouissances du premier de Tan chinois, et même les échos lointains nous apportent les éclats des fanfares et des grosses caisses qui animent un bal donné au palais du Gouvernement- Hélas ! tous ces feux de paille ne nous réchauffent guère ; mais le spectacle de ce feu d'artifice multiple, sur la terre et sur Tonde, nous retient tard sur le pont. Si Bangkok est l'image asiatique de Venise, la ville de Hong-Kong, appliquée comme un rideau sur une pente rocheuse et escarpée, nous semble être la Gênes de l'extrême Orient.

9 février 186Ï. — Au grand jour, les sam-pangs nous accostent : les matelots qui les montent sont de roses Chinoises, en large pantalon lustré, portant un baby ficelé sur leur dos par une écharpe. Ces

gondoliëres» musclées en lutteurs, emportent vigoureusement les lourdes caisses d'opium , cbacane du prix de quatre mille francs, qui font notre principale cargaison : s*animant d'un chant aigu et cadencé, elles les transbordent sur le vieux ponton a Fort-William » (receiving ship), d*où ce poison sera octroyé aux demandeurs. — Nous choisissons du doigt deux harques dans cette flottille, et huit dames du Céleste Empire, entassant nos bagages, nous emmènent en ramant jusqu'au quai. Mais les harques n'ont pas de cale, et l'échafaudage de nos malles, plaçant le centre de gravité à plus d'un mètre et demi au-dessus de l'eau, échappe par miracle au premier chavirement. A terre, c'est à coups de poing qu'il nous faut défendre notre bien, tant

les coulies se ruent sur nous en vociférant, et,

proh dolor! ils se battent si furieusement, que la caisse du chocolat et du biscuit destinée au voyage de Pékin tombe au fond de l'eau salée !

Logés au palais du Gouvernement, qui domine et la ville et la rade, nous avons sous les yeux le spectacle d'une tapageuse animation dans les rues. Les coulies chinois se heurtent et se disputent : les riches négociants du Céleste Empire y fourmillent, trottant dans leurs bottes de toile blanche et cachant leurs bras dans leurs casaquins bleu de ciel; leur queue, d'autant plus longue que le tiers est a en faux », traîne jusqu'à leurs mollets; enfin» les

femmes de la haute société, soutenues par deux ser vantes du peuple , mettent lentement Tun devant l'autre leurs classiques petits pieds torturés, dont les plus grands ont de huit à dix centimètres de long. Il parait que , dès leur naissance , on leur foule le pouce en dedans , et que serrant à outrance par des bandelettes le pied meurtri, devenu ainsi un moignon informe, on ne cesse de le comprimer jusqu^à Tâge mûr. A leur démarche saccadée et pante* lante, on les croirait des invalides à jambes de bois ; mais ces vieilles de vingt ans ont le teint sanguin, une coiffure abondante, mastiquée et enjolivée, et des vêtements lustrés, soignés et voyants. Avec leurs boucles d'oreilles de jade , leurs joues peintes de jus de betterave, leurs sourcils rejoignant la chevelure, leurs yeux en amande et leur manque absolu d'expression, elles ont Tair de poupées de cire coloriées, et il semble qu'il suffirait de souffler un peu fort sur elles pour les faire tomber.

La mode des petits pieds a donné lieu à bien des commentaires : les savants graves disent que cet empêchement mis au voyage prouve l'amour des Chinoises pour le pays natal, car, a filles du sol » , elles ne comprennent pas que les Européennes voyagent jusqu'à l'Empire du Milieu, a Ces pays d'Europe sont donc bien misérables, disent-elles,

puisqu^on en laisse partir les femmes ! n

Les historiens disent que c'est une protestation

contre rinvasion des Tartares, ou bien une mode venue de la cour de Pékin. Une fille de TEmpereur étant née avec des pieds nains , les dames du palais emboîtèrent le pas et ratatinèrent aussitôt leurs pieds. De la cour à la ville et à la campagne , la tt fashion » gagna comme une épidémie , et cela devint le signe distinctif de Taristocratie , Timpossibilité de la marcbe et du travail prouvant dès lors une richesse capable d'entretenir des servantes.

Mais, suivant les mauvaises langues, la femme chinoise étant quelque peu volage d'instinct, c'est un moyen assuré de la clouer au domicile conjugal; sans quoi elle tombe immédiatement sur le nez, trèsjuste punition d'une escapade. En fin de compte , je trouve que cette mode est disgracieuse, repoussante, cruelle et atroce à tous les points de vue.

Comme ici les rues ressemblent à des montagnes russes ) quand elles ne sont pas d'interminables escaliers, et souvent des échelles taillées dans le granit, les Européens ne les gravissent qu'en palanquim A chaque instant on trouve une place de fiacres humains, et deux ou quatre coulies bien musclés, se relayant d'un commun accord, s'attellent pour un modique salaire. Quant à nous, portés tous trois de front au grand pas trotté, nous trouvons fort agréables l'élasticité de cette légère construction de bambou et la solidité des épaules des Chinois; nous escaladons ainsi, dans les trois

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premières heures après notre débarquement, le pic le plus élevé de Tîle de Hong-Kong , appelé a Victoria Peak » (1825 pieds), d*oii la vue s*étend sur rarchipcl des iles environnantes , et, au loin, jusqu*à la grande mer. Mais quelles terres pelées et dénudées que ces premières côtes de la Chine! Quel

chaos de roches grisâtres et de montagnes désertes ! Au retour^ le Gouverneur nous mène en promenade dans ses palanquins de gala , avec six porteurs en uniforme d*opéra pour chacun de nous. Ces palanquins sont aux palanquins ce de place » , ce que sont aux coucous les voitures officielles de la Ville de Paris. Nos porteurs, vêtus d'écarlate, ont les armes d^Angleterre peintes sur leurs chapeaux pointus , et nous avons une escorte de cipayes de rinde, armés jusqu'aux dents. Nous traversons le quartier des villas européennes, puis le fouillis des taudis chinois, et nous entrons dans la prison, édifice de granit le plus remarquable de Hong-Kong, et, après les entrepôts, assurément le plus caractéristique. Car si cette colonie anglaise, érigée en Singapour de la rivière de Canton , réunit les plus riches négociants chinois, elle est par contre le refuge de tous Jes bandits qui échappent aux mandarins du Céleste Empire, et qui viennent ici tenter fortune. Tous les cent pas, il y a un cipaye, qui est chargé de frapper les malfaiteurs d'un coup de massue de bois de fer, appelée « Penang-lawyer »

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