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(législateur de File de Penang) : c^est le premier avertissement; le second est nne balle de carabine toajoars armée. Après hoit heures da soir, aocan Chinois n*a le droit de circuler sans une lanterne et un mot de passe signé par un Européen. Malgré cela y dès que la brume tombe, il paraît quMl y a peu de villes aussi dangereuses , et l'on nous raconte les plus audacieux méfaits. Environ un millier d'Indigènes que nous voyons dansTenceintede la prison nous le prouvent de reste. La première punition qu'ils subissent en franchissant le seuil de la geôle est la perte de leur queue : un vigoureux coup de ciseau les déshonore pour toute leur existence. Les malheureux aimeraient mieux vingt ans de galères que cette opération capillaire, qui les précipite au plus vil étage de leur échelle sociale, et qui les force, une fois le temps de la prison passé , à aller se cacher loin des autres humains.
Tandis que nous parcourons les sonores couloirs, nous voyons ces nouveaux a chiens d'Alcibiade » pleurant leur queue coupée, honteux et abasourdis, se faufiler le long des murs. Puis nous passons devant le tribunal où Fautorîté anglaise rend la justice en audience publique : mais, soudain, un groupe empressé fend Fauditoire et monte sur Festrade. C'est un ccpoliceman» malabar, tenant dans la main par leurs sept queues , comme une barde de chiens de meute /sept • Celestials « qu'il vient
d'arrêter pendant qu'ils pillaient une maison des faubourgs. Ce coup d*œîl original nous frappe vivement , et rien ne peut vous donner une idée des grimaces de ces perfides larrons , secoués vigoureusement par le poignet de l'officier de paix. Quelquefois la queue est entièrement fausse, et reste seule , paraît-il , entre les mains de la justice !
Pour terminer une journée déjà si intéressante, le Gouverneur, au lieu de nous servir le festin préparé par son cuisinier français, réputé excellent, nous donne dans le plus chinois des restaurants de la ville chinoise, chez Hang-Fa-Loh-Chung, dans Taëping-Schan, tin vrai souper de mandarin. Nous grimpons au sommet de Tédificede bois, qui compte à chaque étage une trentaine de cabinets particuliers. Un tapage infernal y résonne de toutes parts, et tout y brille de lanternes bariolées. Aux sons des violons à une corde et des .tambourins de quatre jeunes Chinoises rieuses et peinte^, nous nous trouvons avec le Gouverneur, sir Charles Mac Donnel, lady Mac Donnel, une de ses amies, et Taide de camp Brinkley , devant une table jonchée de fleurs et couverte de plus de deux cents petits plats, et d'autant de petites tasses mignonnes; puis chacun de nous a deux bâtonnets d'ivoire, en guise de fourchettes et de couteaux. Voici le menu textuel et Tordre de notre festin :
Fruits confits, — oeufs de poisson glacés dans du
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caramel , — amandes et raisins , — ailerons de requin sauce gloante , — gâteaax de sang coagulé , — hachis de chien saoce aux lotus, — soupe de nids d'hirondelles \ — soupe de graines de lis, — nerfs de baleine, sauce an sucre, — canards de Kwaï- Poh-Hing, — ouïes d*esturgeon en compote, — croquettes de poisson et de rat tapé , — soupe à la graisse de requin, — compotes de béche-Ia-mer' et de têtards d*eau douce. — Ce dernier plat, dont parle le Père Hue, m'avait toujours paru une illusion. Maintenant qu'il a passé par mou estomac, je dois déclarer qu'il est épouvantable. Enfin, ragoût au sucre composé de nageoires de poisson, de fruits, de jambon, d'amandes et d'arômes, et une soupe aux lotus et aux amandes comme dessert !
Les vins sont un vin rose , très-médicinal , et le a sam-chou » , eau-de-vie de riz tiède et écœurante. Ce dernier mot, je puis le donner comme adjectif qualificatif à chacun des mets que nous avons tenté d'introduire dans nos solides estomacs. Il me semble qu'avec un grand pot de gélatine, des abatis de volailles, des balayures de la boutique
^ C'est la seule chose mangeable : grossier et fade vermicelle qui se vend pour uq poids égal d'argent. Le dîner a été commandé par M. G. Smith, contrôleur du quartier chinois, et a coûté environ dix taëls , quatre-vingts francs par tête.
2 Les bêche-la-mer sont les étoiles marines , sorte de gouss.! visqueuse , que nous avons vu pêcher sur les bancs de corail de la côte orientale de l'Australie.
d'un droguiste, et un fond de tiroir de pharmacie, j'arriverais à vous reproduire , à mon retour, l'ensemble anti-gastrique qui s*appelle un diner purement chinois. C'est assurément la première et la dernière fois que je me laisserai, en novice, tomber dans une pareille bouillie visqueuse et fade , sucrée et dégoûtante. Qu'importent les ravissantes porcelaines à l'enluminure pittoresque, les tasses et les soucoupes qui font envie à nos étagères d'Europe, le chien, le rat, l'aileron de requin qu'on y mange, nous font regretter les graisses du Chow-Phya^ et ce n'est pas peu direl
Mais..... je m'arrête! Ce premier jour sous lequel m'apparait la Chine n'est-il pas un lieu commun? Les Chinois qui se promènent sur nos boulevards n'attirent même plus l'attention des passants ; vous en avez vu trente , vous les connaissez comme si vous en aviez vu dix mille, et je ne devrais plus vous les décrire. D'ailleurs, à force d'être extraordinaire, l'Empire du Milieu est devenu sinon chose ordinaire, du moins chose très-connue : ici plus que partout ailleurs, ne dois-je pas penser:
Qu'il faut être ignorant comme un maître d'école
Pour se flatter de dire une seule parole
Que personne ici-bas n'ait pu dire avant vous.
Les centaines de publications qui ont mis la Chine en relief me découragent dès la première )ieure de ^ous en parler.
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En eflet, rien de ce que j'ai vu aujoarcl*hiii ne m*a surpris : j*étaîs préparé, et moa attente n*a pas été dépassée. Pourtant, si la Chine extravagante d*aspecty de mœurs, de pensées, a été divulguée par ceux qui Font étudiée dans son essence indigène; si la Chine potiche ei paravent, avec ses magots vivants ou de faïence, avec ses petits pieds et ses nids d*hirondelle, est passée jusque dans les récits des bonnes d*enfants, il me semble qu'il me reste un point moins pittoresque, mais plus intéressant à j chercher, et malgré les détails nécessaires du journal de chaque jour, je Ty chercherai : c'est le majriage du Chinois excentrique avec la civilisation importée d'Europe ; la contagion moderne dont ce peuple, resté antique par lui-même, doit être affecté ; le mélange du fluide indigène et du courant étranger; le choc du missionnaire contre le bonze de Bouddha, du bateau à vapeur contre la jonque, de l'article de Paris contre la potiche, ^es balles de cotonnade anglaise contre le paravent laqué : en un mot la lutte entre le grand mouvement utilitaire et la plus proverbiale des stagnations du globe ! Cela certes sera plus nouveau, quoique plus prosaïque, et fera pour moi, au lieu d'un voyage pressenti et prévu dans toutes ses étapes, une route moins battue où peut-être quelques fruits sont à découvrir, et où, en tout cas, la pensée sera aiguillonnée. Elle seule en efiet peut animer un ensemble de pagodes.
de mandarins à robe de soie, de repas d^apothicaire, de « cloisonnés i> connus chez nous, dont le tableau offert à Favance ne laisserait pas plus de souvenirs qu*une lanterne magique dont on aurait affiché le programme. S'il y a une Chine moderne, greffée sur la Chine classique, puisse-t-elle m'apparaître !
\0 février 1867, dimanche. — J'ai été tout stupéfait ce matin, en entrant àTéglise, d'y voir officier des missionnaires français habillés en Chinois. La této rasée, une queue (fausse, bien entendu) tombant jusqu'à mi-jambes par-dessus la chasuble; des moustaches cirées à latartare, un casaquin et un cuissard collant bleu de ciel, des babouches montées en galère : tout l'équipement d'un pur Chinois, en un mot, remplaçait la soutane. C'est là une première transformation à laquelle j'étais loin de m'atlendre. Il paraît que cette concession faiie aux mœurs indi^ gènes est du plus grand effet sur les populations : en se rapprochant d'elles par ses dehors, en brisant cette apparence européenne qui élève une barrière infranchissable entre le Barbare et le uFils duCiel» , les serviteurs de Dieu ont pénétré plus facilement jusqu'aux cœurs ignorants, et la plus grande facilité donnée ainsi au missionnaire en voyage a, du même coup, rapproché les distances morales. — ^L'assistance, composée d'un millier de fidèles envi-