‹ Je deviens colon; moeurs algériennesChapitre 15 sur 28 · Revue africaine, t. XIV · texte numérisé non relu

Revue africaine, t. XIV

ouvrage, célèbre dans l'antiquité, fut seul sauvé des richesses littéraires de Carthage. Le sénat romain en ordonna une traduction en langue latine. Elle a disparu. « Cette perte est d'autant plus regrettable, que dans la colonie la tradition nous manque complètement. Selon toute probabilité, nous aurions trouvé dans le livre de ^lagon une base d'études inappréciable, car sa science était fondée sur des observations séculaires K »

La domination des Romains contribua à entretenir la Libye dans un état de culture florissant. Il semble même que la colonisation militaire des Romains ait marqué pour la « province d'Afrique » l'époque de la plus extraordinaire fertilité. Pline parle d'un rendement de cent pour un dans la Byzacène. Strabon raconte qu'un procurateur envoya à l'empereur Auguste une touffe composée de quatre cents épis, tous sortis du même grain. Néron en rerut un autre de trois cents tiges. D'autre part, d'après les recherches que M. Lacroix a faites sur la valeur des blés romains, on constate que les blés d'Algérie étaient plus estimés à Rome que ceux des autres approvisionneurs. Quand les blés des Gaules, de Sardaigne, d'Egypte et de Grèce ne

l. Docteur Maivs. (Dans la ninarquable notice qu'il écrivit à Toccasion de l'Exposition de 1889 sur l'agricuiture en Algérie.)

pesaient que six kilogrammes cinq ou huit cents grammes par « modius », le blé d'Afrique atteignait sept kilogrammes quatre-vingt-dix. D'après Pline, il donnait a quatre-vingt pour cent de farine et vingt pour cent de son ». La proportion actuelle est de quatre-vingt-un pour cent de farine et de dixneuf pour cent de son. Variation insignifiante; mais combien la ferlililc du sol s'est épuisée!

Le mal date de loin.

Sans doute, en pleine domination vandale, « les soldats de Bélisaire furent surpris de trouver, en débarquant, de belles campagnes, des parcs avec leurs arbres chargés de fruits ^ ». Sans doute, pendant les premières années qui suivirent l'installation des Arabes (jusqu'au x'^ et au xi® siècle), ce qui restait des travaux d'irrigation créés par les Romains continua d'entretenir dans le nord de l'Afrique cette fertilité dont parlent Ibn-Hankal et Bekri. « La canne à sucre était cultivée à Kairouan, le colon à M'sila, l'indigo à Sebab, les mûriers et les vers à soie à Gabès, l'olivier partout, les toiles fines et la laine manufacturées à Suza » ; mais déjà l'épuisement du sol se trahit, ici et là, à travers les dithyrambes que l'on continue de chanter, par habitude,

1. Mauroy, Du commerce des peuples de l'Afrique septcntrionule, 1846.

en l'honneur de la terre d'Afrique. En 1227, les gens de Tlemcen souffrent d'une telle disette que le prix du blé « monte jusqu'à deux cent quarante francs le cafis » (plus de cent francs l'hectolitre) *. Dans le Détail des impoiHatioiis d'Europe en Afrique au xiv° siècle, M. de Mas-Latrie signale des envois « d'orges de froment, de fèves par la Catalogne, le Roussillon, le bas Languedoc et les Baléares ». Dès le xni'^ siècle, les rois de Tunis, moyennant un léger tribut, s'étaient réservé le droit « d'exporter en franchise des blés de Sicile dans leurs États ». L'Algérie ne suffit plus à sa nourriture.

Cette décadence va s'accentuer sous la domination turque. Tant que les Arabes et les Berbères étaient demeurés les maîtres de l'Afrique du Nord, les princes indigènes avaient régné avec une apparence de justice et de tolérance. Les traités commerciaux avaient été généralement observés, les tarifs appliques régulièrement. Mais, à partir du xvi'^ siècle, c'est-à-dire de l'établissement des Barbaresques, les derniers vestiges de civilisation s'effacent. Des villes que Léon l'Africain et 3Iarmol avaient vues encore commerçantes et prospères se dépeuplent : plus d'une disparaît entièrement; des régions jadis fertiles retournent à l'état de désert ; des peu-

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