Mlllot, Manuel du colon algérien, Étude des sols
constater en Espagne combien cette opinion est véritable. Enrichie par le système d'irrigation importé par les Maures, l'Espagne se soutient seulement par des aménagements gigantesques de ses rares rivières. « Partout où l'eau passe, dit l'expérience de Sancho, le sol devient un jardin. » Et l'histoire constate que la puissance des Espagnes a toujours coïncidé avec l'exécution des grands travaux hydrauliques.
Si la légende de l'eau créatrice des jardins a passé la mer dans les galères des Maures, il semble qu'elle devrait être la religion même de ces pays d'Afrique. Il n'en est rien. L'incurie de sauvage où le fellah est
muré n'a pas été moins fatale aux destinées de l'eau
qu'au sort de la terre.
Sanssortirdu rayon de nos promenades quotidiennes,
voici, près de nous, dans la montagne, une source
ferrugineuse^ Elle jaillit toute pure d'un rocher.
Elle fait un jardin frais au pied d'un éboulement.
Des orangers sauvages ont poussé dans ce gazon. Un
dattier les domine de ses palmes.
Une tribu est venue s'installer dans cet endroit
riant. Il aurait suffi d'apporter dix pierres pour
établir un abreuvoir où le bétail se serait désaltéré.
L'insouciance arabe n'a pas pris tant de peine :
chèvres et moutons entrent dans la source ; ils l'ont
empoisonnée.
Plus près do nous encore, à quelques mètres de la
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ferme, on a creusé un puits qui nous alimente, il a fallu le clore avec un volet de fer. car un certain Abd-el-Kader. qui cultive des tabacs sur la colline, y venait puiser clandestinement toutes les nuits. Ce n'était que la moitié du mal ; mais ce voisin sans façon jetait de grosses pierres dans le puits, afin de hausser le niveau de la source et de raccourcir le trajet de son seau.
A ce régime tous les puits ont été comblés, toutes les sources corrompues. Et pourtant quels miracles on peut produire dans ce pays-ci avec de l'eau courante ! J'ai vu cela autrefois dans le Sud *. Qu'estce, en effet, qu'une oasis, sinon une fontaine qui jaillit à fleur de sable. Aussitôt la vie apparaît où la désolation était installée. Depuis des jours, des semaines, vous marchez sur une piste de caravane, vous avez les yeux brûlés du reflet de la terre rougeoyante, de la poussière des dunes que le soleil liquéfie, et voilà que, devant vous, se dresse une forêt de palmiers. L'oasis d'Ouargla en groupe trente mille en un seul bouquet. Sous ces arbres il y a des potagers verdoyants, des pastèques mûries dans l'eau, de la vigne qui escalade, comme à Metlili, le tronc rigide des palmiers. Cependant, ces Sahariens