SCÈNE VII
GAILLARD
Mais, Madame...
Mademoiselle I
ATA LA
GAILLARD
Soit ! je n’ai pas le temps d’écouter vos sornettes.
ATALA, s'asseyant près de Gaillard.
Monsieur, je suis née de parents pauvres, mais d’une probité... sur laquelle je n’ai point à m’expliquer.
GAILLARD, à part, avec impatience.
Est-elle assommante !
ATALA
Par égard pour Votre état fiévreux, je passerai rapidement sur les premières années de ma vie.
GAILLARD
Merci 1
ATALA
J’étais encore en nourrice...
GAILLARD, perdant patience et se levant.
Ah !
ATALA, se levant aussi.
Eh bien, non !.. j’arrive au fait qui me préoccupe.
GAILLARD, à part.
C’est encore heureux !
ATALA
11 s’agit d’un militaire, un monstre, fort beau garçon du reste, qui, l’hiver dernier, fréquentait mon établissement... Il me promit le mariage... Simple comme on l’est à mon âge... et dans nos états, je crus à ses serments 1 mais les garnisons ne sont pas éternelles... et un jour...
GAILLARD
Mais on m’attend. Seigneur Dieu ! on m’attend !.. (il va pour remonter.)
ATALA, l’arrêlant par le bras.
Mais voilà l’infamie! il m’avait dit en partant qu’il allait à Carcassonne. J’écris lettre sur lettre, point de réponse; désolée, inquiète, je m’informe; le brigand m’avait fait une craque... Il était à Pithiviers!
GAILLARD
•A Pithiviers?
• ; ATALA
Et c’est là que je me rends, la rage dans le cœur, pour l’amener doucement à tenir ses promesses... ou, au besoin, pour le cravacher!
Air du Fleuve de la vie.
J’ veux savoir si le gueux m’immole,
Si sou cœur, dont il me jurait
De me garder le monopole.
Une autre l'exploite en secret.
J’ veux savoir, pour sortir de peine.
S’il tient les serments qu’il m’a faits...
Enfin si I’ chevalier français N’est point une rengaine !
Voyons!., est-ce tout?
ATALA
Vous trouvez qu’il n’y en a pas assez?
GAILLARD
Si fait!.. (Appelant.) Mulot!., eh bien! cette voiture?
MULOT, criant du dehors*.
11 y a un trait de cassé.
GAILLARD
Allons, bon !
ATALA
Je vous rends responsable du retard et des conséquence*.
GAILLARD
Un peu de patience!., que diable! donnez-nous le temps, (il
remet la chaiie au fond.)
ATALA
Soit! je vous accorde cinq minutes. Et, en attendant... je vais me faire un bouquet dans votre jardin. Où est-il, votre jardin? (Ouvrant la porte de gauche.) Ah! par là.
GAILLARD
Pardon !..
ATALA
Tiens!., vous avez des bigarreaux! je vas en manger.
Non! non!., ils sont vendus !
ATALA
Ça ne fait rien... ne vous dérangez pas, père Laflitte. (Elle sort
par la porte de gauche.)
GAILLARD, criant.
Gaillard! (a lui-même.) C'est une toquée!