SCÈNE PREMIÈRE
MULOT, puis GAILLARD.
Ml'LOT, seul, assis près de la table et plumant un dindon.
Cristi !.. je crois qu’il sera dur celui-là!.., Ahl Dieu! il me tarde que cett’ noce soye finite. Depuis ce matin je n’arrête pas. C’est comme le bourgeois, M. Gaillard, il a l’air d’un ahuri... il va... il vient, répondant à tout le monde : Je marie Victoire. 11 n’a que ce mot-là à la bouche.
GAILLARD, en dehors.
C’est bon... revenez demain... je n’ai pas le temps de vous écouter... je marie Victoire!
MULOT
La... qu’est-ce que je disais!
GA>LLARD,entrant par le fond à droite, en veste du matinet en bonnet de coton*.
Parler d’affaires !.. Ah! ben oui ! un jour comme celui-ci 1... Ah! te v’ià, Mulot. Eh bienl ça avance-t-il?
MULOT
Dame! nof maître, vous voyez, j’épluche les dindons.
GAILLARD
Mes habits?
MULOT
Sont escoués.
GAILLARD
Le perruquier?
MULOT
11 a ben des pratiques aujourd’hui; mais il m’a dit comme ça de vous dire qu’il ferait son possible pour venir.
* Mut. Gail. -
GAILLARD
Maintenant que ma bonne vu se marier, ce n’est plus elle qui peut me raser. Ah! ça sera une perte... car elle s’y entendait joliment.
MULOT, se levant, son dindon i la main.
Bab!... not' maître, je la remplacerai.
GAILLARD
Toi!... tu sais raser?
MULOT, montrant son menton.
Regardez-mof ce satin-là.
GAILLARD
A propos de ma barbe, as-tu étrillé les chevaux ?
MULOT
Pas encore ; j’ peux pas tout faire à la fois.
GAILLARD
Faudra les préparer pour la voiture d'onze heures.
MULOT
Oui, not’ maître.
GAILLARD
Et fais-les beaux ! Des fleursauxoreillèrcs... c'est un jour de fête, et je veux que tout le monde s’en ressente. Que tout le monde soit paré, heureux... même les bêtes. Tu mettras ben quéque chose aussi, toi...
MULOT, montrant les dindons.
Dites donc, not’ maître, en v’ià qui ne 1’ sont guère,
hureux.
GAILLARD
Ah ! dame... c’est leur métier.
MULOT
Air : Jadis et aujourd'hui.
C'est pas trop gai pour les pauv’ bêtes.
GAILLARD
On les engraisse tout exprès ;
Et, d’puis 1’ déluge, il n’est pas d’ fêtes,
Sans qu‘ quéqu’ victime en fass’ les frais.
Quand les humains se donn’nt des bosses Toujours par les bèt’s c’est payé ;
Y a des dindons dans tout’s les noces...
Sans compter quéqu’fois le marié.
ENSEMBLE, gaiement.
Y a des dindons dans tout’s les noces.
Sans compter quéqu’ fois le marié !
GAILLARD, riant.
Ah!., ah!., ah!..
MULOT
Mais comme vous v’iâ jovial à c’ malin, not’ maître!