‹ Jean 1er [i.e. premier], comte de Foix, vicomte souverain de Béarn, lieutenant du roi enChapitre 10 sur 23 · IM · texte numérisé non relu

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Hésitait-il encore à s'attacher définitivement à la fortune d'un prince dont les événements semblaient condamner la cause 7

Ce n'était point là le motif de ses lenteurs. Mais les ressources manquaient. A. la fin]de mars, le comte n'avait encore rien reçu sur les fonds qui lui avaient été promis par le traité de Mazôres, et le corps de gens de guerre, qui devait aller sous ses ordres en France renforcer l'armée du roi, se recrutait très difficilement. Des lettres royales, datées du 19 mars, pressèrent donc la perception d'une aide, que les états de Languedoc avaient accordée récemment h Charles VII, et ordonnèrent aux commissaires des finances de se transporter incontinent dans les principales villes de la province, pour y requérir les habitants d'avancer sur cette aide les plus grosses sommes possible (1). Le môme jour, le roi enjoignait au sénéchal de Beaucaire d'aller en toute hâte rejoindre le comte avec le ban de sa sénéchaussée (2).

D'autres mesures furent encore prises. Le comte de Foix put enfin, à la belle saison, se mettre en mouvement. En juin, il se rendit auprès du roi, à la tête de ses compagnies. Le 25 juillet, Charles récompensait Gaillard Dubos, sénéchal deBéarn, des soinsapportés par ce capitaine au recrutement des gens de guerre que le comte de Foix, disait-il, t a menés présentement en notre service B (3).

Mais nous n'avons a.ucun renseignement g\ir cette première expédition qui n'eut, d'ailleurs, qu'une très courte durée. Dans les derniers jours de juillet, Jean était de retour h Toulouse. Le 4 août, il annonçait par acte public qu'il se préparait à prendre de nouveau la campagne avec un corps de troupes considérable, et il défendait formellement pendant son absence, « pour obvier aux inc convénienls et aux surprises, d'exécuter aucunes lettres du roy € sans ses lettres d'attache, jus(pi'ii re qu'il eut rendu compte à ce « prince de l'état du Languedoc et de la Guyenne, jusqu'à ce qu'il c fut assuré de ses intentions, parce que, sous prétexte des orf dres du roi, plusieurs divertissoient les finances de ces pays.

(1) et (2) Coll. du Ung., v. 89, fo 20. — Vaissele, IV, 400.

(3) Arch. Nat. K 0*2, no20. — IJ. Vaissele commet donc une iMieur quand il aHirroo (IV, 40»i) que le comte ne lut en éiat daller rejoindre le roi que dans le courant du moi^ d'août suivant.

t qui estoient destinées pour la guerre et la défense des mêmes c pays, et qui avoient été laissées à sa disposition > (1).

Tandis que le comte préparait en Languedoc les éléments de la campagne prochaine, on était bien loin en Béarn de songer à la guerre et les esprits y étaient occupés d'une question fort intéressante pour la sûreté et la tranquillité de ce pays. Le Béarn vivait depuis longtemps en paix avec la Guyenne anglaise. Pendant que d'interminables luttes, mettant Anglais et Français en présence, déchiraient depuis plus d'un demi-siècle les provinces de la France occidentale, des rapports journaliers d'échange et de commerce maintenaient entre ces deux contrées voisines d'amicales relations. Mais, dans les circonstances actuelles, en présence des événements qui se passaient, une scission pouvait se produire et était à redouter. Il était fortement à craindre que la nouvelle attitude politique du comte de Foix, attitude désormais hostile à TAngleterre, ne fit perdre au Béarn le bénéfice de cette alliance et que la conversion récente de Jean au parti français, motif bien suffisant de rupture, n'entraînât les Anglais de la Guyenne à traiter dorénavant les Béarnais en ennemis.

Les états de Béarn s'émurent. On voulut faire entendre à -l'Angleterre que les Béarnais n'étaient nullement engagés par l'attitude nouvelle de leur souverain, et qu'ils n'étaient point liés au roi de France par les promesses de fidélité toute personnelles faites à ce prince par le comte de Foix. Le 4 août (1425), la comtesse Isabelle signait une ordonnance, qui défendait aux gens des pays de Béarn, Marsan et Gavardan tout acte hostile contre les Anglais et leur recommandait au contraire de traiter leurs voisins en alliés et de les laisser en toute liberté aller et venir en Béarn pour y vaquer à leurs affaires.

La comtesse adressaiten môme temps un de ses officiers au sénéchal anglais de Guyenne, Jean de Radclyf. L'ambassadeur béar« nais avait charge de dire au sénéchal et aux gens du conseil anglais de Bordeaux le désir qu'avaient la comtesse et son pays de Béarn de vivre en paix avec l'Angleterre, bien que le comte de Foix eût complètement rompu avec le roi Henri VI et qu'il eût offert au roi de France ses services etr l'appui de ses gens de guerre (2).

(1) Coll. du Lang., V. 89, f. 55. — Vaissele, 1. c.

(2) Archives historiques rf# la Gironde^ XVI^ 119.

On accueillit favorablement à Bordeaux les ouvertures de la comtesse. Le sénéchal anglais en référa aux trois états du pays, qui émirent un avis favorable aux propositions des Béarnais, et par un acte daté du 25 août, Jean de Radclyf confirma une fois encore Talliance qui unissait depuis longtemps le Béarn à la Guyenne anglaise. Le traité spécifiait que la nouvelle politique du comte de Foix ne serait point une cause de guerre entre les deux pays et assurait aux habitants de l'un et de Tautre toute liberté de commercer ensemble pacifiquement (1).

Le comte Jean était alors dans les provinces du Centre, auprès de Charles VIL Dans le courant du mois d'août, après avoir pourvu au gouvernement de la province et donné au Languedoc comme lieutenant pendant son absence le sénéchal de Toulouse» Jean de Bonnay, il avait pris une seconde fois la route de France avec ses gens de guerre. Le sénéchal de Béarn, Gaillard Dubos, et un de ses vassaux béarnais, Bernard deCoarraze, étaient ses lieutenants. Sa marche fut gênée en chemin par les bandes anglaises qui couraient TAgenais et le Quercy. Pour les protéger contre les incursions des envahisseurs, il dut charger le sire de Coarraze de tenir la campagne dans ces pays avec une centaine d*hommes d'armes (2).

Arrivé en France, le comte reçut de Charles VII le commandement d'utm armée assez importante. Il établit à Orléans son quartier général et se porta ensuite à la rencontre d'un parti anglais, qui occupait le pays entre Chartres et Bonneval. Mais là s'arrêtèrent ses opérations. Ses gens de guerre ne firent point grand mal aux envahisseurs. Les malheureux campagnards de TOrléanais, en revanche, souffrirent baucoup de la présence au milieu d'eux de ces étranges défenseurs. C'est ce que nous apprend, en effet, le chroniqueur contemporain, Cousinot : « En icellui an, dit-il, vint à puissance le comte à Orléans, c qui contre Anglois emprinst aler, qui à puissance estoient entre • Chartres et Bonneval, mais rien n'y fist qui à honneur luy tour-

(1) Même publication, p. 121.

(2) Vaisselle, IV, 466. — Arch. Nat., K. 62, no 22. Une partie de la compagnie de Coarraze, ce au*on appelait alors une chambre^ commandée par le chevalier Arnaua de Lavedan, est passée en revue à Cahors, le 3 octobre.

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« nast, ainçois manga pays et en brief retourna en sa contrée (1). » Mais, si la campagne du comte de Foix ne fut pour la cause française que d'une utilité très-contestable, il sut en revanche la rendre fort productive pour lui. Habile et intrigant, il chercha et trouva facilement des amis dans l'entourage royal et parmi les gens de guerre les plus renommés de ce temps. La Hire, qu'il rencontra à Poitiers en septembre, conclut avec lui un traité d'alliance {2). Le comte de Glermont, Charles de Bourbon, lui promit son amitié (3). Guillaume de Champeaux, chancelier de Laon, que nous avons déjà vu précédemment remplir auprès de lui de ki part du roi une importante mission, lui fît aussi de semblables promesses (4).

Mais sa conquête la plus précieuse fut surtout la protection et l'appui du sire de Giac, le favori et le conseiller le plus écoulé de Charles VII, homme intrigant qui avait su se rendre nécessaire à ce prince et, loin d'employer utilement sou influence à servir les intérêts du roi et du pays, n'avait d'autre souci que de satisfaire aux appétits de son âme ambitieuse (5). Giac promit au comte de Foix de le servir auprès du monarque(6). Peu de temps après, cette promesse était tenue et, grâce à l'influence du favori, Jean obtenait de Charles VII le don du comté de Bigorie (7).

Cette grande seigneurie appartenait depuis un ^cle et demi à la couronne de France. Mais la maivson de Foix avait sur elle certains droits, que les souverains béarnais avaient vainement essayé de faire valoir à mamtes reprises, pendant le cours du quatorzième siècle. Cette donation, présent magnifique et inespéré, augmentait dans des proportions considérables la puissance territoriale du comte de Foix. Dès lors, il était maître de toute la chaîne des Pyrénées depuis la vallée de la Soûle

(1) Chronique de la Pvcelle on de Cousinot (édition Valletile Viriville) ch. 216. — Voir aussi Valiet de Viriville : Histoire de Charles ^11^ I, 476.

(2). Arch. B.-Pyr. E 432. — Ce document a été publié dans le Bulletin de la Socit'tt^ de F Histoire de France, année 1859.

(3). Arch. B.-Pyr. E. 432.

(i). Pièce justificative XXXI.

(5). Valiet de Viriville : Charles VII. I. p. 468.

(6). Pièce jiisiificative XXXI

il). Ci après pièce justificative XXXll. — Bibl. Nat. Cabinet des titre» i Giac, — Valiet de Viriviile, loc. cit.

jusqu'aux frontières occidentales du Roussillon et devenait par cet agrandissement le feudalaire le plus puissant des contrées méridionales. Le lendemain du jour (18 novembre), où Charles VII payait aussi royalement des services fort contestables, Jean faisait à son suzerain Thommage de son nouveau domaine et, le 15 décembre suivant, la Chambre des comptes, sur un ordre du roi, enregistrait cette donation (1).

La faveur royale ne s'en tint pas là. Au comté de Bigorre, elle ajouta la vicomte de Lautrec. Cen'était,il est vrai, qu'une restitution. Jusqu'à l'année 1400, la vicomte de Lautrec avait appartenu à la maison de Foix. Quand, après la guerre que dut soutenir Archambaud pour faire valoir et triompher ses droits à la succession de Mathieu, Charles VI rendit au captai de Buch la possession des domaines de Foix et de Béarn, le gouvernement royal s'était réservé, on se le rappelle, cette importante seigneurie. La maison de Foix avait depuis maintes fois protesté contre cette confiscation ; mais aucun succès n'avait jusqu'alors accueilli ses demandes. L'abaissement de la monarchie des Valois et les difficultés des temps, qui contraignaient la cour à se ménager coûte que coûte l'appui des grands feudataires, firent plus dans cette affaire pour les Foix Béarn que les droits les plus incontestables. Le jour même où Charles VII gratifiait le comte Jean du comté de Bigorre, d'autres lettres royales faisaient droit aux demandes de rinsatiable vassal et ajoutaient à ce premier présent le don de la vicomte de Lautrec (2).

Le 19 décembre, Jean rendait au roi Thommage de ce nouveau domaine et, peu de jours après, sur l'ordre du souverain, cette seconde donation était enregistrée à la Chambre des comptes (3).

Il résulte de ces divers actes, qui faisaient payer bien cher au jeune roi des services encore à venir, que le comte séjourna à la cour de Charles VII jusqu'aux derniers jours du mois de décembre. Il put donc assister aux réunions des états généraux de Fran-

(1). Arch. Nat J. 334, ii« 44. — Arch. B -Pyr. E. 375. — Cotte donation du Bigorre donna lieu à u(i long procès dont il sera parlé dans un des chapitres suivants.

(2) Ci-après pièce justificative XXXIIL

(3) Arch. Nat. : P. 568', p. 3,508.

ce, que Charles avait convoqués à Mehun-sur-Yèvre, en novembre précédent. Les députés des communes du Languedoc avaient été invités à venir prendre part aux travaux de cette assemblée, qui accorda au roi des ressources pécuniaires destinées à subvenir aux frais de la guerre contre les Anglais. Les représentants du Languedoc prirent à leur charge une partie des subsides accordés, et ils consentirent pour leur part, au nom de la province, une aide de deux cent cinquante mille livres (4).

Les premiers jours de Tannée suivante (1426) trouvèrent le comte dans son gouvernement. Un corps de partisans anglais désolait alors la province. Jean leur fit la chasse, à la tète de ses gens de guerre, et réussit à en débarrasser le Languedoc. Le 13 février, par un acte daté de Montpellier, le comte ordonnait au bailli de cette ville de faire élever un gibet sur la route conduisant à Béziers, c pour illec pendre et exécuter, disait-il, certains « Angloys qui depuis peu de temps en ça estoient venus en ce dit « pays pour vouloir prendre chasteaux, places ou marchans, € lesquels ont été prins et par nous condempnéz à mourir (2) ».

Peu de jours après, Jean était à Issoudun, auprès du roi Charles VII (3). Mais ce nouveau voyage fut de courte durée. Vers le milieu de mars, un ordre royal envoya le comte préparer dans le Midi les éléments de la campagne prochaine. Déjà, pour aider au recrutement et à Téquipement de ses gens de guerre, le roi avait ordonné, le 18 février précédent, le payement anticipé du premier terme de l'aide que les communes du Languedoc lui avaient récemment accordée b Mehun-sur-Yèvre, et enjoint aux commissaires desfmancesd^exiger des familles aisées, s*il le fallait, la quote-part des familles pauvres (4). De plus, il avait organisé en partie Tarmée du comte et placé sous son commandement un certain nombre de capitaines et leurs compagnies, entr'autres Pierre de Cabassolles avec vingt-cinq hommes d'armes (5), les seigneurs de Grignan et de Saint-Rémézy avec soixante hommes d'armes et

{l)Vai8setc, IV, 467.

(2) Bibl. Nat. : Cabinet des titres : Foix.

(3) La comtesse de Foix avait accompagné le comte. Le roi lui fit, le 23 février, un présent de deux mille livres tournois (Cabinet des titres: Foix),

(4) Coll. du Lang., v. 89, fo 55.

(5) Par acte du 18 février 142G (Bibl. Nat. : Titres de la collection Clairambaultf y. 957, 1^ 79).

vingt-cinq arbalétriers (i), le sire de Montlaur et le vicomte de Polignac, son fils, avec cent lances (2), et plusieurs autres.

Un autre mottf ramenait le comte dans le Midi. Les états généraux de la province avaient été convoqués h Béziers pour le 20 avril (3). Jean tenait à assisteraux délibérations de cette assemblée dont il attendait de nouvelles ressources. Mais cette session fut ajournée, on ne sait pour quel motif, et renvoyée au mois de juin suivant à Montpellier. Jean arriva dans cette ville, le 24 du mois de raai. Le Petit Thalamus nous a conservé le souvenir de la réception enthousiaste qui Taccueillit, à son entrée dans cette ville. Les consuls, suivis d'une foule nombreuse, se portèrent en corps à sa rencontre et Tescorlèrent ensuite jusqu'au palais des gouverneurs, ou de riches présents lui furent offerts, au nom de la cité (4). Mais, en revanche, nous n'avons aucun renseignement sur les décisions qui furent prises par les états de Montpellier. D. Vaissette n*en dit pas un mot, et les actes du temps ne nous ont pas conservé la moindre trace de leurs délibérations.

La dissolution des états précéda de bien peu de jours le départ du comte pour la France centrale. De grands efforts avaient été nécessaires pour arriver à rassembler dans les provinces méridionales les éléments de la campagne qui se préparait. Les ressources pécuniaires manquaient absolument, et malgré les mesures prises précédemment par Charles VII, l'armée destinée à combattre l'Anglais pendant la saison prochaine, sous les ordres ducomte Jean, se recrutait avec beaucoup de difficultés . C'est ce que Jean notifiait aux capitouls de Toulouse, dans les premiers jours de juin, en enjoignant à ces magistrats de hâter le plus possible le payement des sommes, qui constituaient la part fixée à leur ville sur l'aide de deux cent cinquante milles livres octroyée au roi par la province, en novembre précédent. Il ajoutait qu'il avait un besoin immédiat de ces ressources pour payer les gages de ses gens de guerre, et il laissait entendre malicieusement que, sMIs ne touchaient point leur solde, ceux-ci se dédommageraient très certainement en mettant la province au pillage. C'était l'ar-

(i) Par acte du 18 février (Bibl. Nat. : Fonds français, v. 23,710, ÎP 39)

(2) Bibt. de V Ecole des Chartes, VllI p. 141.

(3) Vaisiete IV, p. 469.

(4) Petit Thalamus de Montpellier, p. 473. — Valsaele, loc. cit.

gument le plus puissant dont le comte pouvait se servir pour arriver à ses fins. Si grande était la terreur qu'inspiraient à cette époque les gens qui faisaient métier des armes, et si vraisemblable était l'éventualité peu rassurante, dont Jean menaçait les capitouls, qu'ils s empressèrent de satisfaire à ses désirs ; mais, en retour, ils exprimèrent énergiquement le vœu que les gens de guerre du comte de Foix sortissent en toute hâte du pays (1).

Nous ne savons si les autres villes languedociennes imitèrent ou non l'empressement des Toulousains à verser entre les mains des trésoriers royaux leurs quote-parts des subsides précédemment votés ; mais, dans tous les cas, en juin, les ressources étaient encore insuffisantes. Il fallut recourir à l'emprunt. Sur l'invitation de Jean, plusieurs marchanda et banquiers consentirent à prêter au gouvernement royal des sommes considérables. Un certain Digno Boche, entr'autres, riche Lucquois établi à Montpellier, fournit une somme de quatre mille cinq cents écus d'or (2). Douze mille livres tournois furent pareillement avancés par un nommé Jean de Boulogne (3). Enfin, le comte lui-même alla jusqu'à engager les joyaux et les pierreries de la comtesse de Foix, sa femme (4).

Grâce à tous ces efforts, on put mettre sur pied' un corps de gens de guerre suffisant pour tenir la campagne. Le comte se mit en route dans les premiers jours de juillet. Trois mille hommes environ composaient son armée. Le sénéchal de Toulouse, Jean de Bonnay, l'accompagnait avec le ban de sa sénéchaussée, et le comte d'Astarac était venu le rejoindre avec un assez fort contingent (5). Mais les résultats de la campagne ne furent point brillants. On s'attendait à mieux à la cour de France. La nouvelle expédition du comte ne donna guère plus de profits à la cause française que celle de l'année précédente. Comme toujours, c'est surtout aux dépens des malheureux campa- Il) Arch. mun. de Toulouse : v. 432 : Délibérations des capitouls,

(2) Arch. Nat. : K. 62, n^ 35.

(3) Arch. Nat. : K. 62, n» 33.

(4) C'est entre les mains de Tanneguy du Châtel, conseiller et chambellan du roi, que turent engagées ces pierreries. Par un acte en date du 18 juin 1426, le comte ordonne de vendre après sa morl son domaine de Castillon en Aragon et d'employer le produit de cette vente au rachat de ces joyaux (Arch. B.-Pyr., E. 434.*)

(5) Arch. Nat. : K. 62, no 27.

gnards de la France centrale que s'exerça presque exclusivement l'ardeur belliqueuse des gens de guerre du feudutaire béarnais ; les Anglais, en revanche, n'eu auraient que fort peu souffert. Le chroniqueur Gruel le constate dans un langage amèrement ironique et peu flatteur pour notre héros : « Et monseigneur de Foix, € dit-il, lequel avoit amené trois mille Béarnois qui dévoient faire f merveille, et si firent-ils sur le pauvre peuple, car oncques ne € passèrent la Croix verte, à Saulmur (i) ».

Dans un passage de sa chronique qui doit évidemment se rapporter à cette expédition, Miguel del Verms excuse l'inertie du comte en affirmant qu'il tomba gravement malade, au moment de faire flotter au vent sa bannière, et qu'il fut même pendant quelque temps en danger de mort (2). La chose est fort possible, en somme. Le comte s'était montré, en maintes circonstances, véritable homme de guerre et capitaine expérimenté. Il serait étrange qu'il eût cette fois abandonné la campagne sans obtenir de résultats, si des impossibilités matérielles ne lui en eussent fait une obligation. D'ailleurs, un acte contemporain nous donne la preuve qu'il entreprit, en septembre ou octobre, une nouvelle expédition dans la Beauce et le Gâtinais (3). Mais quelle fut l'issue de cette expédition ? Fut-elle pour la cause française l'occasion d'un succès ? Nous n'en savons rien. Les annalistes contemporains sont muets, et le silence des documents de cette époque ne nous permet point d'avancer le moindre fait à cet égard.

En revanche, si les chroniqueurs et les originaux du temps sont pauvres en renseignements sur les actes militaires du comte de Foix, ils sont riches sur ses faits et gestes h la cour de Charles VII. Jean se mêlait volontiers aux intrigues par lesquelles les courtisans du jeune roi se disputaient les faveurs du prince. On a déjà vu plus haut qu'il avait eu Thabileté de s'acquérir les bonnes grâces du sire de Giac, dont l'influence lui avait fait obtenir, l'année précédente, le comté de Bigorre et la vicomte de Lautrec, et il était un des rares grands seigneurs que ce personnage ombrageux, jaloux de son autorité, laissât approcher du monarque (3).

Il séjourna en France jusqu'aux premiers jours de l'année sui-

^1) Gruel : Chronique d'ArtusIII, duc de Bretagne (éd. Huchon,p. 364) (2) Miguel del Verms: Chronique béarnaise (édition BucboD, p. 594.) (S) Gruel : Chr<miiiue d'Artus IJl, (édit. Buohon, loc. cit.)

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vante et accompagna la cour dans toutes les villes ob elle se se transporta, ne rendant aucun service ou peu s'en faut et cherchant toujours à se ménager Tamitié et l'alliance des puissants de l'entourage royal (1). Toujours fidèle à cette politique équivoque qui lui avait si bien réussi jusqu'alors, il ne se gênait point pour aller parfois chercher ses alliances dan<< le parti qui battait en brèche le pouvoir du sire de Giac, son protecteur.

En effet, la division régnait en maîtresse à la cour de Charles YII. Aux malheurs amenés par l'invasion anglaise, s'ajoutaient les désastreux résultats d'une guerre de cour, qui paralysait les forces du gouvernement royal et ne lui permettait pas de se consacrer tout entier à la lutte contre l'étranger. La pernicieuse influence de Giac, le ministre tout puissant de Charles VII, mais habile seulement à faire servir sa toute puissance à la seule satisfaction de ses propres intérêts, était énergiquement combattue par une influence livale, qui obéissait aux inspirations du connétable de Richement. Ce capitaine s'était donné pour but la réforme des abus, qui maintenaient le gouvernement français dans un continuel état de faiblesse dont savaient si bien profiter les Anglais envahisseurs. Giac était donc pour le connétable le plus puissant obstacle à la réalisation de ces vues. Ces deux influences partageaient la cour du jeune roi, et tandis que les chefs militaires, comme la Trémoille, marchaient avec Richement, les favoris et les courtisans de Charles VU restaient fidèles à la fortune de Giac (2).

Le comte n'adopta point pour sa part une attitude des plus franches dans ces querelles de partis. Bien qu'il dut beaucoup au ministre qui tenait en main le pouvoir, il n*en fut pas en toutes circonstances, secrètement du moins, le partisan dévoué. Sa duplicité politique habituelle lui inspira de ne point af&cher trop ouvertement ses préférences. Toujours équivoque et faux, il sut

(i) Le 14 septembre, il signe à Jargeau un traité d'alliance avec Jean et Poton de Xaintrailles (Arch. R.-Pyr., E, 434). — Le 2 octobre suivant, il conclut à Bourges une pareille alliance avec le vicomte de Turenne (A.rch. B.-Pyr., loc. cit.) — Le 26 janvier, alliance semblable conti'actéeà Montluçon avec Jean Stcwart, connétable de l'armée d'Ecosse (Arch. B.-Pyr., 1. c.)

(2) Voir sur ces événements les chroniques de Gruel, de Gousinot, de Berry, de Monstrelet, etc., et parmi les nistoriens modernes, Vallet de Viri ville: Charles VII, 1, 441 et suiv., de Beaucoart, Charles V//, II, ch. 3

habilement se créer des amis dans les deux camps. Le 6 janvier, il signait à Montluçon un traité d'alliance avec le connétable (1). En revanche, peu de jours après, il refusait de prêter son concours à la conjuration ourdie par Richement et la Trémoille contre le sire de Giac (2). Mis dans le secret comme tous les grands seigneurs de l'entourage royal, il ne voulut point jouer son rôle dans ces événements importants, qui brisèrent la puissance du premier ministre et firent passer en d'autres mains le gouvernement du royaume. Il ne fut pas d'ailleurs le témoin de cette révolution, et il avait regagné les provinces méridionales, lorsque la rivalité du ministre et du connétable se termina, dans les premiers jours de février, par le triomphe de Richemont.

Le comte n'avait point quitté la cour de France sans avoir reçu de son souverain un nouveau témoignage de sa confiance. Par des lettres patentes données à Montluçon, le 23 janvier, Charles VII confirmait le puissant feudataire dans sa lieutenance et étendait dans une proportion considérable les limites de son autorité (3). Tout ce qui était nécessaire aux intérêts du roi et de la chose publique dans la province, le comte avait tout pouvoir de l'accomplir. Jean devenait ainsi le véritable souverain du Languedoc. Dès ce jour et jusqu'au terme de son existence, en vertu des lettres du 23 janvier, il exerça dans les contrées méridionales un pouvoir presque absolu dont ces pays, d'ailleurs, n'eurent pas toujours lieu de se réjouir. Le comte abusa souvent, en efiet, de son excès* sive autorité. Habile à profiter de la faiblesse du gouvernement royal, il se permit parfois envers les peuples confiés à sa garde des actes arbitraires, que l'autorité souveraine fut trop souvent impuissante à réprimer. Bien souvent encore, il se montra inférieur à sa tâche, et dans ce moment difficile où le Languedoc^ comme les autres provinces du royaume, était presque continuellement en proie aux ravages des gens de guerre de tous les partis^ il ne sut point toujours faire servir au bien de la province et à sa tranquillité les grands pouvoirs que le gouvernement de Charles VII avait remis entre ses mains.

En février 1427, lorsque le comte revint dans le Midi, la situa-

(1) Arch. B-Pyr., E, 434.

(2) Cruel (édition Buchon p. 364).

(3) Ci-après pièce justificative XXXIV.

lion du Languedoc était déplorable. Anglais et routiers, mettant à profit son absence, avaient pénétré en grand nombre dans la province et l'avaient ravagée de leur mieux. Déjà même, avant son départ, les capitouls Tavaient informé de la présence sur leur territoire d'un corps d'ennemis qui courait les environs de Toulouse, pillant et rançonnant les villages voisins (juin 1426) (1). Un certain André de Ilibes, chef de routiers célèbre à cette époque, conduisait les courses de ces ravageurs. On l'appelait ie bâtard d'Armagnac. Bien que ses droits à porter ce titre fussent des plus douteux ^ le comte d'Armagnac l'avouait en cette qualité et favorisait secrètement ses brigandages. Bien plus, il avait mis obligeamment à sa disposition quelques places de ses comtés d'Armagnac et de Rouergue, et ces places servaient à André de Ribes pour mettre son butin en sûreté. « Comment expliquer que € le grand seigneur dont le nom ser\'ait encore à rallier le parti « français fit de ce nom la sauvegarde de tous les attentats cornce mis contre la France ? C'est que le comte d*Armagnac touchait c sa part des contributions de guerre levées par André de Ribes, € et qu'en même temps, par les courses de ce partisan, il se don- « nait le plaisir de causer des insomnies au comte de Foix, son < rival, qui venait d'être, de préférence à lui, gratifié du gouver* « nement du Languedoc (2). i>

Il y avait encore un autre motif à cette guerre sourde que le comte d'Armagnac faisait à son voisin. Fils de ce connétable d'Armagnac dont nous avons raconté les longs démêlés avec le comte Jean dans les premiers chapitres de cette étude, héritier des haines de son père et ardent à saisir toute occasion de battre en brèche l'infiuence de la maison de Foix, ce grand seigneur s'était montré vivement froissé que le roi eut donné à Jean, Tannée précédente, la souveraineté de la Bigorre et avait vu avec grand déplaisir cette importante faveur faite à une maison rivale, depuis plus d'un siècle ennemie acharnée de la sienne. Les Armagnacs, en effet, prétendaient avoir des droits à la possession de la Bigorre et, depuis deux ans, un procès dont on attendait encore la solution était pendant à cet égard devant le parlement de Béziers.

(i) Arch. mun. de Toulouse : v. 432, Délibérations des Capitouls, (2) Quicherat : Rodrigue de Yillandrando ^ p. 31.

Avec Tappui secret du comte d'Armagnac, André de Ribes et ses gens de guerre devinrent en peu de temps redoutables. En juin 1426, ils s'emparaient de Pavie ^1), dans le diocèse d'Auch, -et enlevaient quelques places du Toulousain et de l'Albigeois (2), En août, ils étaient maîtres dans ce pays de Combefa (3), Courbarrieu et Lautrec (4), et tenaient toute la contrée sous l'influence d'un terreur telle que, pour éviter une ruine totale, un grand nombre de petits bourgs avaient préféré composer avec eux. La proximité des grandes villes n'arrêtait même pas les courses de ces aventuriers et, aux portes de Toulouse, dans le bourg de Coloraiers, ils avaient, le 20 août, enlevé pour les rançonner une quarantaine d'habitants (5).

Cet état de choses était intolérable. Le roi fut supplié d'y mettre bon ordre, et les communautés de la province envoyèrent des députés au comte, alors en France, pour lui demander du secours. Jean donna immédiatement à l'un de ses lieutenants, Bernard de Coarraze, l'ordre de gagner en toute hâte le Languedoc avec quelques troupes (octobre). Mais les eff'orts de ce capitaine ne purent aboutir. Il vit à son grand étonnement les populations qu'il venait défendre accueiUir avec mécontentement sa venue. Quelques petites villes même, qu'il voulait munir de gens.de guerre pour leur défense, refusèrent de lui ouvrir leurs portes (6). C'est que grande était la terreur inspirée par les routiers. On préférait de beaucoup renoncera la protection des hommes d'armes à la solde du roi que s'exposer, en aidant leurs efforts, à là colère vengeresse des pillards. Aussi Bernard de Coarraze, malgré toute son énergie, vit-il toutes ses tentatives échouer, et la situation était encore la même, à peu de chose près, lorsque le comte revint dans le Midi, en février suivant.

Dès son retour, il se mit en campagne. Un mois après, il avait repris quelques-unes des places dont André de Ribes avait fait la conquête, l'année précédente, et ne laissait à ce partisan que les trois villes de Combefa, Courbarrieu et Lautrec où le bâtard d'Ar-

(1). Gers. Arrond. et cant. Auch.

(2). Vaisselle, IV,469.— Jolibois, Inventaire des archives d' À Ibi, CC. 182.

(3). Tarn. Arr. Albi Cant. Monestier.

(4). Tarn. Arr. Castres.

(5). Arch. mun. deToul. v. 432, Délihér. dês capitouls»

(6). Arch. mun, deToul. loc. cit.

magnac s'était réfugié. Le 26 février, étant à Béziers, il ordonnait la rupture de toutes les trêves particulières que les villes du pays avaient en grand nombre conclues avec les routiers, en défendait le renouvellement à l'avenir et prescrivait à tous de faire aux piU lards une chasse acharnée (1).

Le comte'tenait surtout à reprendre sur le bâtard d'Armagnac la ville de Lautrec qui faisait partie, depuis peu de temps, de son propre domaine. Aussi fit-il de grands préparatifs pour assiéger cette place. Les noÈles de la province furent appelés aux armes, et toutes les milices du Languedoc convoquées à Puylaurens, pour le 4" avril suivant. En attendant cette date, il alla se faire accorder par les états généraux du pays, réunis à Béziers, une aide de cent cinquante mille livres et courut ensuite à Puylaurens prendre le commandement de ses gens de guerre (2).

Le siège fut mis devant Lautrec dans les premiers jours d'avril (3). Dès le principe, les opérations furent poussées avec vigueur, et un mois de luttes suffit pour contraindre André de Ribes à capituler. Cette capitulation, il est vrai, était pour le routier des plus honorables et surtout des plus productives, car il obtint de son vainqueur que la reddition de Lautrec lui serait payée la somme considérable de sept mille écus d'or. Naturellement, c'est la province qui fit les frais de cet arrangement. Jean annonçait, îe 5 mai, aux capitouls de Toulouse la conclusion de ce traité et leur enjoignait de lui faire parvenir trois mille écus, qui représentaient la part fixée à leur ville pour le payement de la rançon de Lautrec (4). Le bâtard d'Armagnac donnait, le 20 mai, au comte de Foix quittance de la somme entière promise par la capitulation, et ce capitaine évacuait enfin Lautrec et l'Albigeois, en promettant sous serment de laisser le pays en repos jusqu'à la fête de la Toussaint prochaine (5). Mais cette promesse ne devait pas être tenue.

(1). Coll. du Lang. v. 88. f. 169. — Vaisselle. IV, 4C9.

(2) Vaissele, ibid.

(3) Voir sur le siège de Laulrec : Monographies communales du Tan\ par Rossignol, I, 209.

(4) Arch. mun. deToul. : v. 43^.

(5) Vaissele, IV, 470.

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