JEAN DE GRAILLY, VICOMTE DE CASTELBON
La vicomte de Castclbon^ conflsquée sur la maison de Foix à la suite d'une guerre malheureuse entreprise en Aragon par le comie Mathieu, est rendue aux Foix-Béam, à l'avènement des Grailly. — Elle devient Tapanage de Jean. — Guerres dans le Midi. — Reprise do la lutte contre les Anglais. — Campagne des comtes de Clermont et d'Armagnac en Guyenne. — Expédition malheureuse du duc d'Orléans. — Echecs de ce prince devant Blaye et devant Bourg. — Siège et prise de Lourdes par les Français. — Guerre en Sardaigne. — Le vicomte de Narbonnc, Guillaume II, dispute ce pays k l' Aragon. — Jean do Grailly se joint à l'armée aragonaise envoyée dans cette lie; il assiste à la victoire de San-Luri gagnée sur Guillaume II par le roi de Sicile qui commande les Aragonais. — Apràs son retour, il conclut un traité d'alliance avec le comte d'Urgel. — Troubles de la succession d'Aragon; le vicomte de Castelbon en profite pour réclamer certains domaines, confisqués sur Mathieu, et qui n'avaient pas été compris dans la restitution du Castelbon; il essuie un reftis. — Mort du comte Archambaud ; il est enseveli à Boulbonne ; son testament; ses obsèques à G rthez.
Pendant que les ambassadeurs du comte de Foix négociaient à Olite le mariage de Jean avec l'infante de Navarre, Archambaud donnait en apanage à son fils aîné la vicomte de Castelbon (1). Ce fief important, situé en Catalogne et vassal de la couronne d'Aragon, avait été tout récemment soustrait, puis rendu, après trois ans de confiscation, h Tautorité^de la maison do Foix, à la suite d'événements utiles à connaître pour l'intelligence de cette étude historique. Nous en emprunterons le récit aux historiens espagnols (2).
Au retour d'une expédition dirigée en Tunisie par le duc de Bourbon et l'amiral Jean de Vienne, le comte Mathieu avait épousé (1393) l'infante D. Juana, fille aînée du roi D. Juan I" d'Aragon (3). Lorsque ce prince mourut, le 49 mai 4395, ne
(1) Archives nationales. J. 878, no 5.
(2j Çurita: Anales de la Corona de Aragon (Saragosse, 1610), tome il,
S. 416 et suiv. — Ferreras: Histoire générale d'Espagne (traduite par 'Herrailly, Paris, 1751), t. vi, p. 55 et suiv. — Cénac-Moncaut : Histoire des Pyrénées y iv, 16 et suiv.
(3) P. Anselme, m, 350.
iîi.
laissant que des filles de ses deux mar^pges avec Mathe d'Armagnac et Yolande de Bar, le comte de Foix prit la résolution dé faire valoir les droits de la comtesse, sa femme, à la succession de D.^Juan et de revendiquer la couronne, au mépris des coutumes aragonaises, qui éloignaient les femmes du trône, et au préjudice de Tinfant D. Martin, frère puîné du dernier roi et son héritier naturel et désigné. A l'appui de ses prétentions, Mathieu invoquait le contrat du mariage de D. Juan avec sa première femme, Mathe d'Armagnac (1), et la décision prise alors par son père, le roi D. Pedro IV, que les filles qui naîtraient de ce mariage, à défaut d'enfants mâles, seraient habiles à régner.
Le comte avait, dès le principe, tous les droits d'espérer un rapide et heureux succès. La mort absolument inattendue de D. Juan avait jeté le royaume dans un profond désarroi. L'infant D. Martin, que les lois aragonaises, comme le testament de son frère aîné, appelaient à ceindre la couronne, était malheureusement absent et occupé à guerroyer en Sicile (2), où une bonne part des forces royales l'avait probablement suivi. De plus, Mathieu avait en France de puissants alliés ; le duc de Berry, qui commandait alors en Languedoc, paraissait disposé à l'appuyer; quelques grands seigneurs du Midi, le captai de Buch et le comte d'Armagnac notamment, étaient venus avec leurs hommes d'armes se ranger sous sa bannière. La frayeur était si grande au-delà des monts qu'on allait jusqu'à craindre même l'intervention du roi de France. Jamais occasion plus favorable de fonder ce puissant état pyrénéen , qu'avait rêvé Gaston-Phœbus, ne s'était offerte à la maison de Foix.
La sagesse politique d'une femme fit avorter cependant tous ces beaux projets. D. Martin avait l'heureusa fortune d'être représenté sur le continent par sa femme, D. Maiia de Luna, princesse d'une grande énergie et d'une rare intelligence. Bien que la situation fut difficile, bien qu'elle eût à lutter non seulement contre les prétentions du comte de Foix, mais encore contre les revendications de la veuve du dernier roi, elle mit une telle habileté au
(1) L'acte de ce mariage est conservé aux Archives des Basses-Pyrénées, sous la cote E 243.
(2) 11 y disputait ce pays à la maison française d'Anjou, ce qui explique les menaces d'intervention de la cour de France en faveur du comte de Foix.
Ir
service de la cause de D. Martin que, malgré ses chances nombreuses de succès, Mathieu essuya le plus complet échec; en quelques semaines, les places fortes de la frontière étaient fortifiées, deux armées aragonaises formées sous le commande, ment, l'une du comte de Paillars, l'autre de D. Hugues d'Anglesola, et la Catalogne prête à soutenir l'attaque des Fuxéens.
Le comte, qui aurait dû marcher sur l' Aragon, immédiatement après la mort de D. Juan, eut le tort de négocier avant d'agir. Les cortès s'étaient réunis à Saragosse, en juin, pour délibérer sur les affaires du pays et tâcher de tirer le royaume du trouble profond, où l'avaient jeté la mort du dernier roi et les menaces de guerre des Fuxéens. Mathieu leur envoya l'évéque d'Oloron, avec mission de faire valoir devant eux les droits de la comtesse et de revendiquer en son nom la succession de D. Juan. La réponse des états fut nette et précise, et, sous l'inspiration de Dona Maria, ils déclarèrent, par l'organe de l'archevêque de Saragosse, qu'ils ne reconnaissaient pour leur roi légitime que l'infant Don Martin.
Ce premier échec ne rebuta point Topiniâtre feudataire et il s'obstina encore à négocier; éconduit par les Aragonais,il s'adressa aux Catalans. Dans le courant de juillet, l'évéque de Pamiers fut dépêché par lui, avec de nouvelles instructions, au conseil général de Catalogne, qui siégeait à Barcelone. Encouragés par l'attitude énergique des cortès en face des prétentions de Mathieu, influencés par la présence de D. Maria, les conseillers n'hésitèrent pas à répondre aux avances de l'ambassadeur béarnais par une déclaration, plus respectueuse dans la forme que celle des états, mais dans le fond aussi affirmative ; ils disaient « qu'ils « étaient surpris et attristés de la conduite inexplicable du comte « et de la comtesse de Foix dans cette affaire. Mathieu savait très « bien que le roi D. Pedro IV avait désigné par son testament t l'infant D. Martin comme héritier légitime du trône, dans le cas f où D. Juan, son frère aîné, mourrait sans enfants mules. D'ailt leurs, en Aragon, la couronne ne pouvait tomber en quenouille, t La comtesse Juana, ajoutaient-ils, n'ignorait pas et avait pu f voir dans le palais du roi, son père, que l'infant était considéré t par tous comme le successeur incontestable de D. Juan, et qu'il t était traité avec tous les égards dus à un futur souverain » (1).
(1) Çurila, II 417, V.
Pour atténuer leur refus, les conseillers barcelonais protestaient de leur amitié et de leur respect pour Mathieu, descendant de leurs anciens maîtres, les comtes de Barcelone, et pour la comtesse, qui appartenait à la famille royale d'Aragon, et ils terminaient en engageant respectueusement le comte à renoncer à ses prétentions. Ces prières n'eurent pas le résultat que les conseillers barcelonais se flattaient d'obtenir et, battu sur le terrain de la légalité, Mathieu n'en persista pas moins à se considérer, au nom de sa femme, comme le maître incontestable de l' Aragon ; c'est la réponse qu'il fit au pape Benoit XIII, qui était intervenu dans le débat et le priait de ne pas jeter les contrées aragonaises dans les troubles d'une guerre de succession.
Ces pourparlers avaient absorbé trois mois (de juin à septembre), pendant lesquels Mathieu attendait paisiblement dans son château'de Pau le résultat des négociations. Ce n'est que dans les premiers jours d'octobre que, suivi de troupes nombreuses (i), il se décida à franchir les monts ; encore s'attarda-t-il jusqu'à la fin de novembre dans sa vicomte de Castelbon, perdant un temps considérable que ses adversaires mettaient précieusement k profit. Ses lenteurs avaient permis à Dofia Maria et à ses partisans d'organiser la défense, et lorsque le comte envahit l'Aragon, ses chances de succès avaient diminué grandement et ses gens d'armes se heurtèrent à une résistance qu'ils n'auraient pas certainement rencontrée, si les hostilités avaient commencé cinq mois plus tôt.
Il n'importe pas à notre sujet que nous entrions dans tous les détails de cette guerre, dont les historiens espagnols (2), qui nous servent de guide, ont raconté d'ailleurs toutes les péripéties. La lutte traîna en longueur ; pendant dix-huit mois, tantôt vainqueur, tantôt vaincu, Mathieu sut se maintenir dans les gorges de l'Aragon septentrional. A la fin de 1396, les événements se dessinèrent plus rapides ; Martin revint de Sicile et fut universellement reconnu ; la résistance devint plus énergique, et les Aragonais, triomphant des Fuxéens, rejetèrent Mathieu avec les siens dans ses terres héréditaires. La cause du comte de Foix et de Juana était perdue ; le roi fit instruire leur procès et, accusés des crimes de
(1) Il avait à son service cinq mille hommes d'armes, d'après Çurita et Ferreras.
(2) Auteurs cités : Çurita, Ferreras. . .
tabellion et de lèse majesté, ils se virent aux états, réunis à Barcelone, dépouiller à jamais, par sentence du 28 juin 1397, de la vicomte de Castelbon et de toutes leure possessions ultrà-pyrénéennes.
L'effet de cette confiscation ne fut pas d'une bien longue durée, car, aussitôt que la mort de Mathieu eut, un an après ces événements, donné au captai de Buch la souveraineté des domaines de Foix et Béarn, Archambaud tenta de réconcilier la maison de Foix avec l' Aragon. Une ambassade fut envoyée par lui dans ce but au roi D. Martin, avec charge de supplier TAragonais de Tadmettre dans ses bonnes grâces, et de lui restituer les domaines confisqués sur son prédécesseur. Don Martin répondit favorablement aux propositions du comte de Foix, et lui fit mander de lui adresser un de ses fils, suivi d'un chevalier béarnais, j|^ec plein pouvoir de lui rendre en son nom hommage de la vicomte de Castelbon qu'il consentait à remettre en sa possession (i^. L'hommage et l'acte de restitution sont datés du 5 juin 1400 (2). Le roi se réserva cependant les deux places de Castelvi de Rosanès et de Martorel, qui appartenaient pareillement aux Foix-Béarn, et mit pour condition à l'exécution entière du traité, la mise en liberté sans rançon des prisonniers faits par Mathieu pendant son expédition en Aragon.
La vicomte de Castelbon devint l'apanage de Jean ; mais bien qu*elle lui ait été donnée en 1402, les événements ne lui permirent pas d'aller immédiatement en prendre possession ; ce n'est que trois ans après, le 24 avril 1406, que, conformément à une ordonnance d' Archambaud datée du 25 mars précédent, il alla procéder à son installation dans cette seigneurie et recevoir des gens du pays le serment de fidélité habituel. Il nomma, le même jour, pour le remplacer en qualité de lieutenant dans l'administration de la vicomte, Arnaud de Sainte-Colomme, seigneur de Salies-en-Béam, qui d'ailleurs occupait déjà cette charge depuis la réintégration du Castelbon dans l'ensemble des domaines soumis à l'autorité de la maison de Foix (3).
(1) Çurita, II p. 433.
(2; Arch. B.-Pyrénées E. 421. — Arch. Nat. J. 878. — Nous aurons i reirenir sur le Castelbon dai«s un chapitre spécialement réservé aux posfeswions de la maison de Foix au XV* siècle.
(^ Ardu oaUonales. J. 878, n» 5.
Le vicomte de Castelbon tenait alors la campagne au service de la France. Les événements avaient donné bientôt aux Grailly une occasion favorable d'affirmer, par des faits, la sincérité de leur conversion à la cause nationale. Dès 1404, la guerre s'était rallumée entre la France et l'Angleterre. Le duc d'Orléans, que la mort récente de son rival en influence, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, venait de rendre tout-puissant dans les conseils de Charles VI, crut trouver dans les difficultés nombreuses, qui assaillirent Henri IV pendant les premières années de son règne (1), une occasion favorable pour rompre la trêve de Lœlinghen (1395) et reprendre contre l'Anglais la lutte séculaire. Pendant l'été de 1404, le roi, sur sa proposition, nomma le comte de Clermont capitaine général en Languedoc, sous le gouvernement du duc de Berry, et chargea ce capitaine de faire la chasse aux ennemis, qui occupaient presque tous les points fortifiés de l'Aquitaine. Clermont s'acquitta de cette mission avec assez de bonheur, et mena victorieusement la campagne dans le Limousin surtout, qu'il purgea presque entièrement de la présence des Anglais, après avoir pris sur eux un assez grand nombre de places. En juillet, ses forces s'augmentèrent d'un secours de mille hommes d'armes et de trois cents arbalétriers, que lui amena le comte Bernard VII d'Armagnac. Les deux généraux terminèrent la saison par une expédition en Guyenne, et vinrent mettre le siège devant Bordeaux. Il n'y eut sous les murs de cette ville aucun fait d'armes remarquable, mais elle fut si étroitement bloquée et ses avenues si bien gardées par les Français, que les Bordelais, à la veille de manquer de vivres, se virent contraints à acheter la retraite des assiégeants, au moyen d'une très forte rançon (2). Jean prit part à cette campagne, à la tôte d'une compagnie de Béarnais, et il suivit encore les comtes de Clermont et d'Armagnac, l'année suivante, dans une nouvelle expédition que ces deux capitaines dirigèrent avec succès en Guyenne contre les Anglais (3).
(1) On sait que le roi Henri IV monta sur le trône d'Angleterre, à la suite d'une révolution qui enleva la couronne à Richard II; mais ce n'est pas sans efforts qu'il réussit à se maintenir au pouvoir, et les premières années de son gouvernement furent employées à réprimer de continuelles et incessantes révoltes.
(2 ct3j Religieux de Saint-Denis (éd. Bellaguet), m p. 355 et suiv. — Vaissete : Histoire générale du La^iguedoc^ IV, p. 240. — ' Monlezun : Histoire de la Gascogne, iv, 123,
Le duc d'Orléans prit lui-même, en 1406, le commandement de Tarmée de Guyenne. Il comptait frapper un grand coup et avait fait pour cette expédition des préparatifs considérables. Six mille hommes d'armes (1) l'accompagnaient, au dire des chroniqueurs (2), commandés par des capitaines éprouvés et renommés pour leur bravoure ; c'étaient le connétable de France, l'amiral Olivier de Brabant, les comtes d'Armagnac, de Clermont, de Vendôme, de Dammartin et d'Amboise, les sénéchaux de Poitou, de Limousin, de Saintonge et d'Angoumois (3). Le \icomte de Castelbon lui avait amené un contingent de quatre cent hommes (4). Avec tous ces éléments de succès, les résultats de la campagne furent plus que médiocres, et l'entreprise du duc d'Orléans aboutit au plus piteux échec.
Dans les derniers jours d'octobre, le prince vint mettre le siège devant Blaye, où commandait un bâtard du captai Jean III, Jean de Grailly (5). L'affaire dura jusqu'au milieu de décembre ; mais on échangea beaucoup plus de paroles que de coups pendant cette période sous les murs de la ville assiégée, et le temps se passa en négociations qui amenèrent la levée du siège et la retraite du duc d'Orléans.
L'arrivée des Français et surtout l'investissement de Blaye contrariaient fort les projets d'un prince puissant dans la contrée ; ce personnage était le comte de Foix, qui jouait pendant
(1} On ne doit point se tromper sur ce chiffre de 6000 hommes d'armes ; on sait que Thomme d*armes, au moyen-âge, était toujours accompagné de deux,trois ou quatre servants d'armes qui combattaient à ses côtés et augmentaient d'autant la torce de Tannée. Voici d'ailleurs ce que dit à cet égard J. Quicherat dans son Rodriguede Vi7/ancfranrfo (Paris, Hachette, 1879p. 9):
« Les cavaliers étaient de deux sortes : les uns appelés hommes-d'armes, c parce qu'ils étaient armés de pied en cap ; les autres, moins bien mon- « Xés et plus légèrement équipés, étaient tenus pour les servants ou satclc lites des premiers. Chaque homme-d'armes en menait deux, trois, qua- « tre à sa suite selon ses facultés. Maîtres et servants, groupés ensemble, « constituaient autant d'unités désignées sous le nom de lances, parce que la « lance, une longue lance de quatorze pieds, était l'instrument distinctif de « Thomme-d'armes.»
(2) Religieux de Saint-Denis (éd. Bellaguet) liv. XXVII, ch. 15 — Monstrelet (éd. Buchon) liv. I, ch. 28.— Juvenal des Ursins (éd Buchon), p. 432.
(3) Archives municipales de Bordeaux : Registre ' de la Jurade, ( Bordeaux, imp. Gounouilhou, 1873) p. 162.
(4) Registre de la Jurade p. 127.
. (5) Voir dans les Archives historiques de la Gironde (ra p. l'<7) une relation contempomne 1res cmieuse des deux sièges de Blaye et de Bourg.
cette campagne un assez singulier rôle. Tandis que le vicomte de Castelbon, son fils, guerroyait au service du roi de France, le comte entretenait avec les officiers anglais de Bordeaux et les jurats de cette ville une correspondance secrète et suivie (1), et gardait entre les deux partis une neutralité douteuse, au mépris du serment de fidélité, qu'il avait prêté au roi Charles VI, et qui lui avait valu, cinq ans auparavant, la possession des nombreux domaines de la maison de Foix.
Pour certaines raisons que nous allons expliquer, le comte tenait à faire oublier aux Anglais en cette circonstance qu'il avait déserté leur cause, en entrant dans le vasselage de la couronne de France . Un mariage était, depuis quelques mois, projeté entre son troisième Qls, Ârcliambaud, et Marie de Montaud, dame de Mussidan (2). Marie était la fille unique et, par conséquent, la seule héritière d'Auger de Mussidan, auquel le roi Edouard III avait donné, en 1357, la ville et la châtellenie de Blaye (3). Auger venait de mourir tout récemment (6 juillet 1405) (4), en laissant à sa fille avec son héritage la recommandation de ne jamais épouser qu'un homme de guerre tout dévoué à la cause des rois d'Outre-Manche. Le comte de Foix désirait vivement la conclusion de ce mariage, qui devait donner à son fils l'importante seigneurie de Blaye avec les autres domaines de la famille de Mussidan. On comprend donc qu'il vit avec déplaisir l'investissement de cette place par les Français. Aussi fit-il tout au monde pour sauvegarder l'indépendance de la ville et éloigner de ses murailles les hommes d'armes du duc d'Orléans.
Les principaux parmi les assiégés l'aidèrent à atteindre ce but, et la demoiselle de Mussidan, ainsi que le commandant de la place, Jean de Grailly, se prêtèrent à ses projets (5). Bref, on convint de part et d'autre que le duc d'Orléans lèverait le siège, à
(1) Registre de la Jarade de Bordeaux, p. 127, 137, 146 et 147.
(2) Arch. hist. de la Gironde, loc. cit.
(S) Reg. de la Jurade, p. 22.
(4) Même publication, p. 90, dans une lettre adressée par le Cardinal de Bordeaux au roi d'Angieteri*e.
(5) Môme publication, p. lid. — C'est d'ailleurs bien vainement que le comte de Foix agissait ainsi ; car les projets de mariage de son fils avec la dame de Mussidan furent ensuite abandonnés et Marie épousa deux ans après Jean de Grainont, seigneur de Bidache. (Arch. hist. de la Gironde III. 178)
condition que Marie de Mussidan épouserait le troisième flis du comte de Foix, vassal du roi de France, — c'était faire rentrer indirectement la place de Blaye dans Tobéissance française, — et que les gens d'armes renfermés dans la ville ne prendraient pas désormais les armes contre les Français. Le duc d'Orléans se contenta de cette mince satisfaction et s'éloigna, sans avoir même, parait-il, pénétré dans la place (i).
De Blaye, le prince français, comptant toujours le vicomte de Castelbon dans les rangs de son armée, alla mettre le siège devant Boui^; il y fut moins heureux encore qu'à Blaye et sévit contraint, le 14 janvier 1407 (2), d'abandonner la ville sans l'avoir réduite. Le temps favorisait d'ailleurs fort peu ses entreprises; « ce temps si « mal de disposa, nous dit le chroniqueur Juvénal des Ursins (3), € que par son ost à peine pouvoit on aller, et estoient ses gens en « la boue jusques aux genouils, et si commençoient aucunement « à mourir. Et pour ce luy et sa compagnée furent constraints € de s'en retourner à Paris. » « Pour lequel retour, ajoute Monsc trelet (4), les peuples de France et aussi aucuns nobles murmu- « rèrent fort contre lui pour tant qu'à l'instance d'icelle armée « on avoit par tout le royaume levé une grand'taille. »
Quelques mois après, le principal effort des Français dans le Sud-Ouest se fit sous les murs de Lourdes, qu'assiégeaient alors les sénéchaux de Toulouse et de Carcassonne, Roger d'Espagne et Robert de Chalus (5). Après la levée du siège de Bourg et la retraite du duc d'Orléans, Jean ne prit que le temps d'aller en Catalogne recevoir Tinvestiture de sa vicomte de Castelbon et courut aussitôt avec ses hommes d'armes se joindre aux milices dirigées par ces deux capitaines.
Le château de Lourdes, où commandait un bâtard de Béarn, était unedesplus fortes places de la Gascogne. Assis sur une collineélevée dominant au loin toute la région, il servait de repaire à une bande de routiers et de pillards qui était, depuis trop longtemps, le fléau du pays, mettait la contrée environnante au pillage et poussait parfois ses incursions jusqu'aux frontières mômes du Toulousain.
(i) Rpg. de la Jiirade, p. 119.
0è) Môme publication, IlL p. 179.
i3l Javénaldes Ursins (Ed. Bucbon), p. 43^2.
(4) MonHtrelet (E<l. Buchon) liv. l«r. ch. 28.
(5/ D. Vaissette. IV. p. 41
-SS- II fallut d'Immenses efforts pour le réduire, et c'est pressée par la famine et désespérant de recevoir un secours qui n'arrivait pas, que Lourdes se rendit aux Français, en novembre 1407, après un long siège de dix*huit mois (1).
Un an après ces événements, c'est au service du roi d'Aragon, son suzerain,que notre vicomte prenaitles armes. On adit, au début de ce chapitre, que le Gastelbon créait aux Foix-Béarn des obligations de vasselage envers les rois régnant à Barcelone. Une expédition importante, dirigée par l' Aragon en Sardaigne, obligea donc les Grailly à s'acquitter de leurs devoirs féodaux, en allant guerroyer dans celte île pour le compte du roi D. Martin. Voici, d'après les historiens espagnols {2), le récit abrégé de cette campagne.
Depuis le mois de mai 1326, la suzeraineté de la Sardaigne était passée des Pisans à la maison royale d'Aragon ; mais cette contrée était pour les princes, qui régnaient à Barcelone, une province bien difQcile à conserver, et les révoltes incessantes des populations indigènes les obligeaient h entretenir dans cette Ile une guerre presque continuelle. A l'époque qui nous occupe, ce pays était gouverné par Mariano d'Arborée. Ce prince, qui prenait le titre de juge de la principauté d'Arborée (3), avait réussi à étendre son
(i). C'est par erreur, à notre avis, que D. Vaissette place en novembre 1406 la prise de l«ourdes. Cet événement doit être renvoyé à l'année suivante. Outre que le religieux de St-Denis (Liv. XXVII, Chap. XII) ditforraeUemenl que c'est après la levée du siège de Bourg, dont la date est connue, c'est-à-dire en janvier 1407, que quelques-uns des capitaines de l'airoée du duc d'Orléans allèrent combattre sous les murs de Lourdes, les actes du temps établissent que ceUe place n'était point prise avant novembre 1407. I^s jurats de Bordeaux notamment s'occupent souvent, pendant le cours de cette année, de secours à envoyer à Lourdes assiégée par les Français (Registre de la Jurade : passim) ; c'est en octobre que le commandant de cette place, Jean de Béarn, sollicite pour la dernière fois des Bordelais un secours indispensable au salut des assiégés (même publication, p. 263). — Inutile d'ajouter que M. Bascle de Lagrèze commet une plus grande erreur encore, lorsqu'il essaie de renvoyer à vingt ans plus tard (1425) le siège et la prise de cette place. {Le château de Lourdes. 3« éd. Tarbes, 1875. p. 112).
(2) Çurita, Il p. 449 et suiv. — Ferreras : Histoire générale d* Espagne^ VI, p. 123,128 et suiv., 130, 151 et 154. — M;iriana : Historia gênerai de Espana, VI, p. 453.
i3) Au moyen-age, la Sardaigne se partageait entre les principautés ou ^ licats de Cagliari, Torrès, Gallui*a et Arborea. Celte dernière, dont Oristano était la capitale, était la plus importante et la seule qui cul con-
pouvoir sur la plus grande partie de l'île et s'était rendu de tait confiplètement indépendant de TAragon. Il mourut en 1408, laissant un héritage que se disputèrent deux compétiteurs, Brancaléon Doria, son père, et le vicomte de Narbonne, Guillaume II, qui lui était allié par les femmes (1).
Brancaléon commença par s'assurer Tappui des Génois. Sa présence en Sardaigne, au moment de l'ouverture de la succession de Mariano, et l'influence exercée par sa famille lui avaient permis de soumettre en peu de temps une grande partie de l'Ile à sa domination, et il tentait de s'emparer des villes peu nombreuses restées fidèles à l'Aragon, quand les Sardes, qui supportaient son joug avec impatience, se donnèrent au vicomte de Narbonne et l'appelèrent à leur secours.
Le roi de Sicile (3), fils du roi régnant d'Aragon j vit dans ces divisions une occasion favorable de chercher à ressaisir le pouvoir que sa famille avait légitimement, depuis un siècle, le droit d'exercer sur ce pays. Il s'embarqua à Trapani en Sicile, vers la fin d'octobre 1408, et fit voile vers la Sardaigne avec dix galères. Devant l'invasion de ce prince, Brancaléon et Guillaume oublièrent leurs querelles et unirent leurs efforts contre l'ennemi commun. Trop faible contre eux deux, avec ses seules ressources, le roi envoya prier son père de lui expédier du renfort et invita la noblesse aragonaise à se trouver en armes auprès de lui, le 15 mai de l'année suivante, jour auquel il comptait livrer bataille à l'ennemi. Les barons aragonais s'armèrent en grand nombre et beaucoup de gentilshommes gascons et béarnais se joignirent à eux.
Le vicomte de Castelbon recruta pour cette expédition un corps assez considérable et courut, en janvier 1409, à Barcelone, où l'appelait le roi D.Martin, se joindre aux Aragonais; son frère,
serve, à la fin du XIV« siècle, une indépendance relative. (Cf., Notice sur fambassade au juge d'Arborée dans Buchon : Panthéon Littéraire : Choix de chroniques et mélanges sur Thistoire de France auXV« siècle, p. XLV).
(1) Guillaume II était petit fils de Béatrix d'Arborée, femme d'Aymery YII, vicomte de Narbonne. Béatrix était elle-même la sœur de Léonor d'Arborée qui avait précédé Mariano, son fils, dans le gouvernement de cette principauté (P. Anselme, VII, 765).
(2) Le roi de Sicile était le beau-frère du vicomte de Castelbon ; il avait épousé en 1402 l'infante Blanche de Navarre, la seconde des filles du roi Charles III.
Archambaud de Navailles, et les seigneurs de Mauléon et de Coarraze étaient ses lieutenants (i).
L'armée aragonaise, sous les ordres de Don Pedro de Torrellas, s'embarqua à Barcelone, le 9 mai 1409, sur une flotte composée, d'après Çurita, de vingt-cinq gros navires, dix galères et cent cinquante petits bâtiments. Quand ces troupes arrivèrent en Sardaigne, le roi de Sicile avait déjà remporté quelques avantages sur ses ennemis et reconquis à TAragon un assez grand nombre de places. Un de ses lieutenants, Francés Coloma, s'était porté avec quelques galères au devant d'une flotte génoise, qui venait au secours de Brancaléon, et l'avait obligée à rebrousser chemin.
Se voyant à la tête d'une nombreuse armée, le roi se décida à engager une action décisive. Il alla dans ce but, suivi de trois mille cavaliers et de huit mille piétons, se poster à deux lieues de San-Luri, où était campé le vicomte de Narbonne, avec des troupes dont Çurita porte le nombre à vingt mille hommes. La bataille fut livrée le samedi, 30 mai, et fut défavorable au vicomte qui essuya des pertes très sensibles ; il se vit obligé de fuir jusqu'à Montereale, poursuivi de près par les Aragonais. Miguel del Verms ajoute au récit de l'annaliste espagnol que Jean et ses compagnons d'armes béarnais se distinguèrent dans cette lutte et que leur courage contribua puissamment au succès de la journée (2).
La victoire de San-Luri semblait devoir résoudre immédiatement la question sarde en faveur de la maison d'Aragon, lorsqu'un événement inattendu vint compromettre quelque peu les résultats de la campagne. Le roi de Sicile s'éteignit subitement à Cagliari, le 25 juillet suivant : « Devenu amoureux d'une fllle sarde, dit € rhistorien Favyn (3), il s'efforça tant avec elle qu'il en mourut, « sans laisser des enfants légitimes ».
Le désarroi causé par cet événement permit à Guillaume de Narbonne d'améliorer ses aff'aires, grandement compromises par sa récente défaite ; il serait certainement arrivé à devenir le maître incontesté de la Sardaigne, si le duc de Berry, qui commandait en Languedoc, n'avait défendu aux nobles gascons et languedociens, qui formaient la meilleure partie de son armée, de com-
(1) Mi^el del Verms, p. 590. — Tanguas : Diccionario de antiguedados del reino de Navarra^ III, p. 143.
(2) Miguel del Verms, loc. cit.
(3) Favyn : Histoire de Navarre (Paris, 1612), p. 479.
battre désormais sous sa bannière (4^. Le gouvernement de Charles VI était resté naturellement, dans le principe, indifférent à ces événements ; mais la mort du roi de Sicile, suivi dix mois après dans la tombe par le roi d'Aragon, son père, créait une situation nouvelle qui obligeait les conseillers du roi de France à sMntéresser aux affaires de Sardaigne. En effet, par suite du décès du vainqueur de San Luri, un prince du sang des Valois, Louis d'Anjou, roi de Naples et mari de Yolande, fille du feu roi D. Juan 4*% devenait un des prétendants au Irône d'Aragon. Encourager les entreprises du vicomte de Narbonne en Sardaigne, aurait donc été contribuer à l'amoindrissement d'un royaume dont un prince français avait chance de devenir un jour le maître. L'armée de Guillaume fut donc désorganisée. Il réussit cependant à se maintenir pendant deux ans encore, mettant à profit les troubles de la succession d'Aragon et remportant de temps à autre quelques avantages de mince importance. Mais, dès que l' Aragon eut un roi (1442), la situation changea de face. Les principaux du pays offrirent leur soumission, les Génois, qui aidaient Guillaume depuis le commencement des hostilités, firent leur paix avec les Aragonais, le vicomte de Narbonne fut définitivement battu devant Algeri et la Sardaigne resta aux Espagnols (2).
Le vicomte de Castelbon n'attendit pas la fin de ces événements ; Il quitta la Sardaigne, aussitôt après la mort du roi de Sicile, et nous le retrouvons, en septembre (1409), à Barcelone, où, le 10 de ce mois, il conclut avec le comte d'Urgel une étroite alliance (3).
Celle alliance était précieuse. Le comte d'Urgel, en effet, était un des cinq prétendants au trône d'Aragon, que la mort du roi D. Martin (31 mai 1410) laissa vacant, quelques mois après (4). Le comte avait, dès le principe, toutes les chances de recueillir sa succession ; la Catalogne était pour lui, et une assemblée de jurisconsultes, réunie par le dernier roi avant sa mort, s'était prononcée en sa faveur. Malheureusement, son impatience le perdit ; il ne put s'empêcher de prendre les armes pour faire triompher ses
(i) Vaissete, IV, p. 426.
(2) Ferreras, VI. p. 186.
(3) Ci-après pièce justificative VIII.
(4) Voir sur les troubles He la succession d'Aragon : Çurita, III, p. i et suiv. — Ferreras, VI p. 150 et suiv. — Génac-Moncaut : Histoire des Pyrénées^ p. 37 et suiv.
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ge sur leurs héritages respectifs : Jean la vicomte de Gavardan, Gaston Tlle Saint-George et Archambaud les seigneuries de Samadet, de Mante et de Montségur.
Pierre, l'avant dernier des enfants du comte, était destiné à l'Eglise. Il devait acquérir plus tard, sous le nom de cardinal de Foix, une influence considérable et jouer, dans les affaires ecclésiastiques et notamment dans la grande querelle du schisme d'Occident, un rôle qui mériterait d'être approfondi dans une étude spéciale.
Le comte fut enseveli dans le monastère de Boulbonne, le Saint- Denis des comtes de Foix ; mais ce n'est que deux ans plus tard, en mai 1414, que ses obsèques solennelles furent célébrées. On a publié (1), en 4860, dans la Revue d* Aquitaine ^ le document curieux qui contient le récit détaillé de la funèbre cérémonie ; il nous donne une idée véritablement grandiose des richesses immenses dont pouvaient disposer à cette époque les princes de la maison de Foix. L'église des Frères-Précheurs d'Orthez, où ces honneurs furent rendus à la mémoire d' Archambaud, était avec ses avenues décorée de deux cent vingt-et-un draps d'or. Deux mille deux cent cinquante-et-une torches furent consumées.
Dix évoques, huit cents prêtres, quatre cents clercs, le corps presque entier de la noblesse béarnaise et fuxéenne, un grand nombre de délégués des villes de la Guyenne et du Languedoc, et parmi eux une députation des Capitouls de Toulouse, se pressaient à ces obsèques du feudataire le plus puissant des régions méridionales.
La cérémonie se termina par un repas homérique au château d'Orthez où, si nous en croyons le document qui nous sert de guide, il fut consommé trente bœufs, cent moutons, deux cents poules, cinquante chevreaux et bu vingt-cinq pipes de vin, ou pour parler un langage plus moderne, quinze mille litres de vin (2). Il faut ajouter, pour justifier dans une certaine mesure cette abondance peut-être exagérée, que des tables, dressées dans les cours du château, furent pendant une journée entière mises à la disposition de tous.
(1)M. Lespy {Revue d'Aquitaine, IV p. 357). L*original de ce document est conservé aux Archives des Basses-Pyrénées sous la cote E 426. (3j La pipe de vin contenait (300 litres (Cf. Revue d'Aquitaine^ loc. cit.)
comte Archambaud s'éteignait, laissant à ses enfants son pouvoir et ses domaines. Le P. Anselme place la date de sa mort en 1413 (1) ; mais D. Vaisselte affirme avec raison quMl mourut en 1412 (2). C'est, en effet, la date donnée par la chronique contemporaine de Miguel del Verms, (3); elle est, déplus, confirmée par les actes du temps qui nous permettent de la rendre même encore plus précise. Dans un document du 12 février (1412), Jean et son frère Gaston, captai de Buch, concluent à Orthez un traité d'alliance et, conformément aux dernières volontés de leur père, mort récemment, se promettent une mutuelle amitié et un mutuel appui (4). c iVb a goaires es anal a Diu >, dit ce document en parlant d'Archambaud. On peut donc en déduire que le comte mourut dans le courant de janvier ou dans les premiers jours de février
Archambaud avait fait, longtemps avant de mourir, la loi de sa succession et, en 1399 d'abord, en 1402 (25 juillet) ensuite, il avait partagé entre ses enfants la totalité de ses domaines (5). A Jean, son fils aine, échurent tous les biens de la maison de Foix, sur les deux versants des Pyrénées. Ces biens, nous les connaissons, ils ont été énumérés dans Tintroduction.
A son second fils Gaston, furent départies les possessions de la maison de Grailiy ; c'étaient le captalat de Buch, les vicomtes de Benauges et de Castillon, les seigneuries de Grailiy, de Fieix, de Cbâleauneuf et de Tlle Saint-George.
Les domaines de la maison de Navailles, qui provenaient de la succession de la mère de la comtesse Isabelle, constituèrent le lot d' Archambaud, le troisième des fils du comte. Ces domaines relevaient de la vicomte de Béarn ; à ce titre, Archambaud en devait l'hommage à son frère aîné.
A Mathieu, son cinquième fils, le comte avait attribué une somme de vingt mille francs d'or, payables par ses trois premiers frères. Ceux-ci étaient de plus obligés de lui constituer un apana-
m Histoire générale du Languedoc, IV, 430 et 431.
Ç3) L'édition Buchon donne (p. 591) la date de 1410; mais le manuscrit onginal et autographe, conservé aux archives de Pau sous la cote £ 392, donne très lisiblement la date de 1412. /
(4) Ci-après pièce justificative IX.
(5) Ci-après pi(>cc justificative X.
ge sur leurs héritages respectifs : Jean la vicomte de Gavardan, Gaston llle Saint-George et Archambaud les seigneuries de Samadet, de Mante et de Montségur.
Pierre, l'avant dernier des enfants du comte, était destiné à l'Eglise. Il devait acquérir plus tard, sous le nom de cardinal de Foix, une influence considérable et jouer, dans les affaires ecclésiastiques et notamment dans la grande querelle du schisme d'Occident, un rôle qui mériterait d'être approfondi dans une étude spéciale.
Le comte fut enseveli dans le monastère de Boulbonne, le Saint- Denis des comtes de Foix ; mais ce n'est que deux ans plus tard, en mai 1414, que ses obsèques solennelles furent célébrées. On a publié (1), en 1860, dans la Revue d* Aquitaine^ le document curieux qui contient le récit détaillé de la funèbre cérémonie ; il nous donne une idée véritablement grandiose des richesses immenses dont pouvaient disposer à cette époque les princes de la maison de Foix. L'église des Frères-Précheurs d'Orthez, où ces honneurs furent rendus à la mémoire d' Archambaud, était avec ses avenues décorée de deux cent vingt-et-un draps d'or. Deux mille deux cent cinquante-et-une torches furent consumées.
Dix évoques, huit cents prêtres, quatre cents clercs, le corps presque entier de la noblesse béarnaise et fuxéenne, un grand nombre de délégués des villes de la Guyenne et du Languedoc, et parmi eux une députation des Capitouls de Toulouse, se pressaient à ces obsèques du feudataire le plus puissant des régions méridionales.
La cérémonie se termina par un repas homérique au château d'Orthez où, si nous en croyons le document qui nous sert de guide, il fut consommé trente bœufs, cent moutons, deux cents poules, cinquante chevreaux et bu vingt-cinq pipes de vin, ou pour parler un langage plus moderne, quinze mille litres de vin (2). Il faut ajouter, pour justifier dans une certaine mesure cette abondance peut-être exagérée, que des tables, dressées dans les cours du château, furent pendant une journée entière mises à la disposition de tous.
(1)M. Lespy {Revue d* Aquitaine^ IV p. 357). L'original de ce document est conservé aux Archives des Basses-Pyrénées sous la cote E 426. (3j La pipe de vin contenait (500 litres (Cf. Revue d*Âquitainey loc. cit.)