‹ Jean 1er [i.e. premier], comte de Foix, vicomte souverain de Béarn, lieutenant du roi enChapitre 6 sur 23 · ARMAGNACS ET BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

ARMAGNACS ET BOURGUIGNONS

Jean , comte de Foix et vicomte de Béarn, — Le roi lui donne la charge de capitaine général en Languedoc. —Situation de la France en 1412 — Armagnacs et Bourguignons. — Lo comte de Foix est chargé de défendre dans le Midi la cause bourguignonne. — Guerre contre le comte d'Armagnac. — Conquête da Comminges par ce prince. — Jean assiège Touget, où il échoue^ et va en Bigorre prendre Mauvesin. — La paix de Bourges interrompt la lutte dans le Nord ; elle continue dans le Midi. — Intervention du pape Benoit XIII. — Le maréchal de Bouciquaut en Languedoc. — Triomphe des Armagnacs à Paris. — Retraite du comte de Foix. — Mort de la comtesse Jeanne. —Alliance du comte avec la Navarre. — Nouvelle guerre entre les comtes de Foix et d'Armagnac. — La Navarre vient au secours de Jean. — Appel aux Toulousains qui répondent par un refus. — La lutte, d'abord malheureuse, se termine assez heureusement pour le comte de Foix. — Jean va k Perpignan prendre part aux négociations entamées dans cette ville pour mettre un terme au schisme d'Occident. — L'Empereur Sigismond à Narbonne. — Les princes, qui tenaient le parti de Benoit XIII, renoncent à l'obédience de ce pontife.

Le 22 février 1412, par un acte daté du château de Pau, la comtesse Isabelle donna à son fils aîné, conformément aux termes du testament d'Archambaud, Tinsufruit et le gouvernement des domaines de la maison de Foix, et enjoignit à tous de reconnaître son pouvoir et de lui prêter obéissance. Elle se réserva seulement le titre de « done et majoresse » de ces domaines et, pour s'entretenir selon son rang pendant la durée de sa vie, elle s'attribua une rente annuelle de cinq mille sept cent florins d'or, à prendre sur les revenus des villes béarnaises de Salies, Sauveterre et Orthez (1).

Peu de jours avant d'avoir reçu cette investiture, Jean avait été appelé officiellement à prendre sa part des graves événements qui se préparaient alors en France, et le roi lui avait confié, par des

(1) Gi-après pièce justificative XL

lettres datées du 15 février, la charge de capitaine général dans les provinces du Languedoc et de la Guyenne (i).

Le royaume était alors en pleine guerre civile. Depuis deux ans avait commencé la querelle des Armagnacs et des Bourguignons, qui devait déchirer la France pendant de si longues années et permettre à l'Anglais, dont les partis allaient àTenvi se disputer la protection, de pousser ses heureux succès sur le continent jusqu*à chasser de son Irône l'héritier légitime de Charles VL

On connaît Torigine de ces luttes intestines. La folie du roi et son incapacité avaient éveillé autour du pouvoir des rivalités furieuses. Pendant toute la durée de ce règne malheureux ,qui fit payer bien cher à la France la trop courte tranquillité que lui avait procurée naguère la sagesse de Charles Y, le gouvernement et surtout les revenus du royaume furent une cause permanente de luttes acharnées entre les princes du sang royal, et les forces de l'état se dépensèrent dans d'incessantes guerres intérieures.

Au moment où nous en sommes arrivés, l'exaspération des partis avait été portée à son comble par le récent assassinat du duc d'Orléans (23 novembre 1407). Le duc de Bourgogne, son haineux rival, était l'instigateur de ce lâche attentat. Son crime, d'autant plus coupable'.qu'une réconciliation solennelle avait rapproché, peu de jours auparavant, les deux princes ennemis, excita en France une indignation générale. Le duc ne fut pas cependant inquiété; il demanda lui-même.à Charles VI de fixer le jour de son jugement et, après une scandaleuse justification du meurtre prononcée par le cordelier Jean Petit, devant une assemblée nombreuse réunie sous la présidence du dauphin, le roi lui accorda des lettres de rémission (9 mars 4409) . Le meurtrier gagna à son crime la toute puissance dans les conseils du gouvernement.

Cet événement fut le point de départ de luttes interminables. Tous ceux qui avaient à se plaindre du duc de Bourgogne, — et la cruelle administration de Jean Sans-Peur en augmentait chaque jour le nombre, — se déclarèrent pour les enfants de la victime, et il se forma bientôt autour des princes d'Orléans un parti considérable, résolu à tout entreprendre pour arriver au renversement du Bourguignon.

(1) Ci-après pièce justificative XII.

Dans les premiers jours de Tannée 1410, un premier essai de révolte rapprocha les mécontents à Mchun sur Yèvres, où se réunirent les princes d'Orléans, le connétable d'Albret et les comtes d'Alençon, de Clermont et d'Armagnac. Celui-ci, qui allait devenir l'âme du parti des princes et lui donner son nom, avait déjà la réputation d'un capitaine expérimenté et d'un habile politique ; il était tout dévoué aux Orléans, — le duc Louis, en 1403, avait contracté avec lui une étroite alliance (1), — mais on voulut l'unir définitivement et par des liens indissolubles à la cause des princes et, dans ce but, on fit épouser au jeune duc Charles sa fille. Bonne d'Armagnac. Pendant les fêtes qui furent données ^ Mehun à l'occasion de ce mariage, on mit en discussion l'opportunité d'une prise d'armes, mais on se sépara sans prendre aucune résolution (2).

On s'était donné rendez-vous à Gien pour le 15 avril suivant. Les ducs de Berry, de Bourbon et de Bretagne vinrent grossir le nombre des mécontents. On convint unanimement de former une ligue, et une action commune contre le duc de Bourgogne fut décidée. Les princes disaient dans leur manifeste « qu'ils s'unist saient pour le bien du royaume, pour tenir le roy en son royal « majesté, liberté et franchise, et pour chasser dehors iceulx qui « veuillent ou vouldroyent aller à l'encontre (3) ».

La ligue de Gien fut le signal de la querelle. Malgré les efforts du roi et du duc de Bourgogne pour assurer la paix, les hostilités commencèrent dans le couri^nt du mois d'août pour se terminer, aprèsquelques heureux succès des Armagnacs, par un traité signé au château de Bicétre, le 2 novembre suivant. Mais ce n'était qu'une trêve dequelques mois. Dès le mois de février 1411, la discorde avait éclaté de nouveau, et les deux irréconciliables, le duc d'Orléans et le duc de Bourgogne, s'envoyaient réciproquement

(i) Vonlezun : Histoire de la GcLscogne^ IV p. 118

(2) Sur ces faits d'ordre général et ceux qui suivent, voir : Religieux de St-Denis (éd. Bellagucl) IV, p. 325 cl suiv. — Juvénal des Ursins (éd. BuchoD)p. 437 et suiv. — Monstrelet (éd. Buclion) p. 172 et suiv. — et les modernes : Vaisuelc, IV p. 425 et suiv. — de Barante : Histoire des ducs de Bourgogne (Paris, Ladvocat, 1224-1226, 12 vol. in 8») tomes III et IV — Vallet de Viriville : Histoire de Charles VII (Paris, Renouard, 1882, 3 vol. in-S»). I. p. 7 et suiv. — Du Fresne de Beaucourt : Histoire de Charles VII (Paris, 1881). I. p. 12 et suiv.

(3) Vaissete, IV, 426.

des cartels de défi. Les efforts de Charles YI, pendant les courts moments de lucidité que lui laissait parfois l'égarement de son esprit, ne purent arriver à prévenir la scission définitive. Circonvenu par les partisans du Bourguignon, pressé par les Parisiens qui voyaient en Jean Sans-Peur le représentant de leurs revendications populaires et leur seul appui contre les fureurs et les brigandages qui commençaient déjà à rendre fameux les Gascons du comte d'Armagnac, il se vit contraint à prendre parti pour le duc Jean et, sur l'avis de son conseil, il appela le puissant Jfeudataire au secours de la royauté (1®' septembre 1414).

Le Languedoc allait prendre sa part des luttes qui se préparaient. Le duc de Berry en était toujours le gouverneur. L'assassinat du duc d'Orléans l'avait rejeté parmi les adversaires du Bourguignon. Fort mécontent en outre de Charles VI qui, sur le conseil de Jean 6ans-Peur, disposait en faveur du dauphin et à son préjudice des revenus et du gouvernement de la Guyenne dont lui-même avait été précédemment investi, il faisait cause commune avec les princes d'Orléans et avait forinellement adhéré à la ligue de Gien. Aussi publia-t-on, en octobre (1411), dans les villes et bourgs des deux provinces, des lettres royales qui déclaraient le duc de Berry déchu de son gouvernement et déléguaient le pouvoir à trois commissaires bourguignons. Mais, pour atténuer le mauvais effet produit par cette révocation, le duc écrivit à son tour de Monlargis, le 22 octobre, et notifia aux populations méridionales que, son renversement étant dû aux intrigues des conseillers du roi et non au roi lui-même, malade et mal conseillé, il était absolument décidé à conserver ses fonctions. Un mois après, le le*" décembre, il nommait le comte d'Armagnac son lieutenant dans le Midi (1).

Les villes du Languedoc ne l'entendaient pas ainsi ; elles avaient peuà se louer de l'administration du prince, dont l'insatiable avidité épuisait leurs ressources depuis vingt ans, sans profit aucun pour la couronne et pour le bien public. Aussi, quand le roi donna pour successeurs au duc dans le gouvernement de la province trois personnages dévoués à la cause bourguignonne, Reynier Pot, gouverneur du Dauphiné, Guillaume de Vienne, seigneur de Saint- Ci) Vaissete, IV, p. 429.

Geoi^es, et maître Pierre de Marigny (1), ces trois commissaîres furent-ils reçus avec enthousiasme par les populations languedociennes (décembre) . < Tout le Languedoc, dit le Religieux de « Saint-Denis, se soumit aux ordres du roi, et les peuples de cette f province louaient Dieu de ce qu'il les avait délivrés de Tava- « varice insatiable du duc de Berry » (2).

C'est dans ces conjonctures que, sur le conseil du duc de Bourgogne, le comte de Foix fut nommé par Charles VI capitaine général en Languedoc (15 lévrier 4412). Les lettres qui lui conféraient celte charge lui attribuaient également des pouvoirs assez étendus ; il avait le commandement général des forces chargées d'opérer dans le Midi contre Bernard VII et les princes alliés, devait mettre sous la main du roi les places, châteaux et forteresses que détenaient le dit Bernard et ses adhérents, ainsi que le temporel des gens d'Eglise qui avaient embrassé le parti des princes, et contraindre tous les prélats, les barons et les représentants des communautés de la province à garder leur fidélité à la couronne. Pour iirriver à ces fins, payer ses gens d'armes et faire face aux frais de la guerre, Jean avait le droit de lever sur les sujets du Languedoc tous les subsides nécessaires à l'accomplissement de sa mission (3).

Opposer, en ces circonstances, le comte de Foix au comte d'Armagnac était d'une habile politique. La cour de France, ou, pour parler plus proprement, le parti bourguignon avait un immense intérêt à s'attacher la maison de Foix, dont la puissance féodale était la seule dans le sud-ouest capable de contrebalancer l'influence de la maison d'Ârmagnac. On savait que la haine contre les Armagnacs était héréditaire chez les Foix-Béam, on se rappelait les vives inimitiés qui séparaient depuis un siècle et plus ces deux familles rivales et les longues et sanglantes guerres qui en étaient résultées, et on espérait avec raison que Jean mettrait d'autant plus d'ardeur à défendre dans le Midi la cause royale et bourguignonne que ses intérôts propres lui commandaient de contribuer le plus possible à l'amoindrissement d'une maison ennemie.

(1) Bîbl. Nat. Coîlect. du Languedoc^ v. 88 f* 104 — Vaisseete, loc. cit. /2j Religieux de St-Denis,l\, p. 571. — Vaissete, ibid. (3) Ci-aprés pièce justificative XII.

'tk

Malgré rinjonclion qui lui était faite par les lettes royales du 45 février de se rendre en Languedoc « laniost et sans délai », le comte ne se pressa pas de quitter ses domaines patrimoniaux, et nous le trouvons à Pau, le 22 février suivant, où il reçoit l'investiture de ses domaines (1), à Labastide de Sérou, le 4 mars, où il conclut un traité d'alliance avec un bâtard d'Astarac, Beaumont, qui lui promit le secours de ses armes, moyennant une rente annuelle de deux cent florins d'or d'Aragon (2), et, le 48 du môme mois, au château de Mazères, d'où il data une ordonnance qui enjoignait à son trésorier du comté de Foix de servir désormais tous les ans aux religieux du monastère de Boulbonne une somme de cent cinquante livres tournois (3) .

Il ne put donc assister, comme l'affirme D. Yaissete, aux premiers faits de la guerre entreprise par les commissaires Bourguignons contre les princes, et notamment à la prise des deux places deLuneletde Saint-Sulpice, qui appartenaient à la duchesse de Berry et auxquelles Charles YI donna pour gouverneur le sire de Crouy, son chambellan (4). Jean était alors dans ses terres héréditaires et devait y séjourner encore jusqu'aux derniers jours du mois de mars. On aurait eu besoin cependant dans la province de ses hommes d'armes et de son autorité. Le comte d'Armagnac avait vigoureusement commencé la campagne, et profitait des circonstances pour faire la conquête du comté de Comminges qu*il prétendait lui appartenir. L'infortunée comtesse Marguerite, qui le gouvernait, princesse dont la vie toujours malheureuse serait si intéressante k étudier, se voyait chassée de place en place et obligée de s'enfermer dans l'Ile en Dodon (5) où, après un siège de quelques jours, elle était prise et amenée prisonnière au château de Lectoure. Bernard terminait l'aventure en annexant le Comminges k ses domaines et donnait pour gouverneur à cette province le sire de Fontenilles, une de ses créatures, aventurier sans scrupules, connu par tous, dit le document qui nous sert de

Cl) Pièce justificative XI.

(2) Arch. d. B.-Pyr., E. 424.

(3) Cibl. l^at. : Collection Doat. v. 86 (o 272'

(4) Vaisselle, IV, 43i.

(5) Haute-Garonne : Arr. St-Gaudens.

guide, comme l'ennemi le plus haineux et le plus acharné de la comtesse (i).

Dans les premiers jours d'avril, le comte prit la direction de la lutte. Tandis que le sire de Saint-Georges allait dans le Rouerguo conquérir à la cause bourguignonne cette province qui appartenait au comte d'Armagnac, Jean guerroyait en Languedoc contre les partisans des princes et mettait leurs domaines sous la main du roi (2). Si nous en croyons l'historien Bonal (3), Bernard VII n'était pas dans le Midi pendant les premières attaques de son adversaire. On négociait alors à Bourges avec les ambassadeurs du roi d'Angleterre ; les chefs armagnacs demandaient à ce prince Tappui des compagnies anglaises contre les Bourguignons et l'obtenaient par le honteux traité du 48 mai (4). Peut-être le comte Bernard était-il allé prendre part à ces négociations, laissant dans les contrées méridionales le champ libre h ses ennemis. Jean, mettant à profit son absence, aurait facilement remporté quelques avantages et enlevé quelques places aux Armagnacs. Mais les historiens du Languedoc ne donnent aucun éclaircissement sur les débuts de cette guerre, et les documents manuscrits font absolument défaut.

La campagne fut énergiquement menée de part et d'autre pendant la belle saison. En juin et juillet, les Armagnacs coururent l'Albigeois qu'ils mirent au pillage (5), prirent Sainte-Gemme, Boumazel et Valence (6). En août, Jean et les commissaires bourguignons portèrent la guerre au cœur des possession3 de Bernard VII et allèrent dans le Fésenzaguet assiéger le château de Tou-

(4) Arch. B.-Pyr. E 425 : Plaintes de Marguerite au roi de France au sujet de la consficatioti du comté de Comminges faite à son pi*éjudice par Bernard Vil d'Armagnac. — Vaissete, IV, 430.

(2) Vai«sele, IV, 4;i0 et 431 .

(3) hutoire manuscrite des comtes de Rodez (Bibl. Nat. Fonds français, 2039) 11 fo 937.

(4) Traité d'aliance du 18 mai 1412 entre le roi d'Anglcteire et les

f»nnces d^Orléans, dans Ilymer ; Fœdera^ conventiones et acta publica Undres. 1727) V.lIIe p., p. 7:«.

(5) Jolibois : Inventaire sommaire des Arrives communales d^Albi : ce. 109.

(6) Ste-Gemme : Tarn : Arr. Albi, canton Pampelonne — Hournazel ; Tarn : Air. Gaillac, canton Cordes — Valence : Tarn : Arr. et canton Albi.

get (1). De grands préparatifs avaient été faits pour ce siège et une grosse bombarde de métal avait été amenée tout exprès de Garcassonne pour battre en brèche les murs de la ville ; mais, malgrés les dires de ses chroniqueurs (2), le comte de Foix ne put réussir à sVmparer de cette place dont Bernard VII l'obligea à lever le siège. Ce capitaine sut, d'ailleurs, après la délivrance de Touget, reconquérir en peu de temps les villes et les forteresses que son absence avait permis à ses adversaires de lui enlever. (3) . ') Jean se consola de ces échecs en allant dans la Bigorre assiéger et prendre le château de Mauvesin, où commandaient les seigneurs de Lesparre et de Labarlhe, barons aquitains au service du comte d'Armagnac (4). C'était une conquête des plus importantes. Mauvesin était, avec Lourdes, la plus forte place de la Bigorre. Ses garnisons de routiers qui mettaient le pays environnant au pillage, les sièges mémorables qu'elle avait eus à soutenir l'avaient rendue fameuse pendant les guerres du quatorzième siècle, et le chevalier Espaing de Lyon pouvait dire avec un sentiment d'orgueil bien légitime à son compagnon de route Froissart, en lui montrant les tours de la vieille forteresse : < Vêla Mauvoi- « m ! (5) »

(1) Vaissete, IV, 431. — Bonal, loc. cil. — Touget : Gers : Air. Loiubez, Canton Cologne.

(2) Miguel del Verm8(éd. Bu« bon), p. 592 — Bertmnd Hélie : HUtoria comitum FuxéHsivm (Paris, 1540) p. 6i.

(3) Vaitsete, loc. cit.

(4) Miguel del Verms, ibid. — Mauvesin : Hautes-Pyrénées : Arr. Bagnères de Bigorre. canton Lannemezan.

(5) Froissart (éd. Buchon). II p. 383. — Le si^ge de Mauvesin, bien que les bisloriens du Languedoc soient muets à cet égard, est un fait indiscutable. La chronique contenu porai ne de Miguel le mentionne formellement et, de plus, les actes du temps sont d'accord avec cette chronique; (le roi ordonne, le 28 novembre 141^2, de ne pas remettre en liberté les seigneurs de l^esparre et de Labarlhe, (jui commandaient à Mauvesin, tant que la comtesse Marguerite de Commmges sera retenue prisonnière à Lectoure. Arch. K.-Pyr. E 425). Mais si le fait est vrai, € il devient difficile, comme « le dit riiistorien du vieux château, M. Gurie-Scimbres {Monographie du « château de Mauvesin dans le Bulletin de la Société académique des Haaf tes- Pyrénées, 10« année. 1867, p. 85) il devient difficile d'expliquer com- « ment ce cliâteau-fort était sorti ae In possession des descendants de Gastoa c Phœbus pour rentrer dans celle des comtes d'Armagnac i. Le traité de Tarbes qui termina, en 1377, la longue querelle de Gaston Phœbus et de Jean II d'Armagnac, donna à la maison de Foix la possession du château et delà vigucrie de Mauvesin (Vaissete, IV, 360). Gomment, en 141S,

Les seigneurs de Lesparre et de Labarthe , qui commandaient les assiégés, furent pris et conduits dans les tours de Foix, où on les tint sous bonne garde. Le roi, par lettres du 28 novembre suivant, donna Tordre de les retenir prisonniers tant que la liberté ne serait pas rendue à la comtesse Marguerite de Comminges, enfermée à Lectoure(l). Aucun compte ne fut d'ailleurs tenu de la volonté royale. Jean rouvrit peu de temps après à de Lesparre les portes de sa prison, sous promesse d'une rançon de huit mille troi§ cent francs d'or (2), et Marguerite resta, pendant de longues années encore, au pouvoir du comte d'Armagnac.

Pendant qu'Armagnacs et Bourguignons se déchiraient dans le Midi, la guerre cessait inopinément dans le Nord, et les deux partis signaient à Bourges, le 14 juillet, une paix qui devait être confirmée, le 22 suivant, à Auxerre. Pour y faire participer le comte d'Armagnac, les ministres de Charles VI dépêchèrent à ce capital-^ ne, en septembre, l'archevêque de Toulouse et le conseiller Jean Audry. De concert avec le comte de Foix et les commissaires bourguignons, ces députés firent à Bernard VII des propositions d'accommodement et lui promirent, si leurs ouvertures étaient favorablement accueillies, la restitution des places et domaines pris et confisqués pendant la lutte sur lui, ses vassaux et ses adhérents. Bernard ne pouvait accepter bénévolement la paix de Bourges qui ne donnait au parti des princes aucun avantage sérieux ; aussi profita-t-il de quelques avantages que ses troupes venaient de remporter en Languedoc, et notamment en Gévaudan où elles s'étaient emparées du château de Saint-Alban, pour demander aux négociateurs un délai 'avant de se prononcer définitivement. Le comte voulait gagner du temps; il savait parfaitement que les haines politiques entre les princes étaient trop vives pour

ce château se retrouvait-il entre les mains du comte d'Armagnac ? Fut-il restitué par Gaston-Phœbus à Jean II lorsque ces doux grands seigneurs, après une nouvelle guerre, revinrent, en 1381, sur le traité de 1377 et convinrent de nouveaux arrangements ? (Vaisete, IV, 380). N*aurait-ii pas été le prix de l'intervention du comte Bernard VII dans la guerre que firent les lieutenants de Charles VI au captai de Buch, Arcbambaud, pour empéclier ce prince de recueillir, en 1398, après la mort de Mathieu de Castelbon, Théritage des domaines de la maison de Foix ? Je laisse à des chercheurs, qui seront plus heureux que moi, le soin d'élucider cette quesUon.

(1). Arch B.-Pyr. E. 425.

(2) Bibl. Nat : Collect. Moreau, v. 370, f» 324.

s'accommoder d'une paix durable et il était convaincu que, tôt ou tard, les hostilités seraient reprises. Il réussit donc à se faire accorder une trêve jusqu'au premier mars de Tannée suivante (U13) (4).

Mais cette trêve ne fut que nominale. Un mois après, le 26 octobre, Jean était encore en armes h la tête de ses compagnies. Le roi lui-môme nous l'apprend par des lettres qu'il adressait à cette date au comte de Foix et par lesquelles il accordait au Béarnais, c de « présent occupé en et sur les marches de nos pays de Languedoc € etduché de Guyenne pour le fait de nostre guerre ou autrement», un délai d'un an pour venir lui rendre l'hommage qu'il devait à la couronne, à cause de son avènement récent au comté de Foix (2)-

Les hostilités entre les deux comtes ne subirent donc, malgré la trêve, qu'un très court moment d'arrêt. Le recteur de l'Université de Paris s'en plaignait d'ailleurs amèrement lorsque, venant porter aux pieds du trône les doléances de tous les gens de bien qu'exaspéraient ces luttes intestines, il constatait que la paix de Bourges n'avait pas rendu la tranquilité à toutes les provinces du royaume et que, en Languedoc principalement, les partis continuaient à se déchirer (3).

L'Eglise s'émut de cet acharnement à prolonger une guerre que les récents traités de paix rendaient inutile et, le 11 janvier 4412, l'archidiacre de Lérida offrit h Bernard VII et à Jean , au nom du pape Benoit XIII, la médiation du pontife (4). Mais cette haute intervention n'eut pas le résultat qu'on se flattait d'obtenir, et la lutte se prolongea encore pendant quelques mois. Peut-on croire avec Bonal (5), l'historien toujours élogieux du comte d'Armagnac, que cette offre de médiation pontificale est une preuve que Bernard VII avait l'avantage et que, si le Saint- Père essaya de s'entremettre dans les querelles des deux puissants feudataires, c'est à l'instigation du comte de Foix qui, peu heureux dans cette guère, usa de l'influence que son frère, le cardinal de Foix, exerçait sur l'esprit

(4) Bibl. Nat : Collect. du Lang. v. 88. fo 418. — Bonal : Hist. mss. des comtes de Rode:?. II. p. 1008. — Vaissele, IV, 432.

(2). Arch. B.-Pyr. E 423.

(3). Religieux de Saint-Denis, IV, p. 747. — De Barante : Histoire des ducs de Botir gagne, IV p. 7.

(4). Ci après, pièce justificative XIII.

(5). Hist» ntss. des comtes de Rodes y loc. cit.

de Benoit XIII pour amener celui-ci à intervenir en sa faveur et prévenir ainsi de nouveaux désastres ?

Quoiqu'il en soit, dès les premiers jours de cette année, le Languedoc avait changé de maître. Le 4 février, Charles YI nommait le maréchal de Bouciquaut son lieutenant dans la province, au lieu et place des commissaires bourguignons, qui avaient envoyé leur démission un mois auparavant (5 janvier), et, par des lettres datées du même jour, il confirmait le comte de Foix dans ses fonctions de capit&ine général (1).

Arrivé à Toulouse vers la fin de mars, le maréchal prit immédiatement ses dispositions pour engager contre Bernard une action décisive. Le 16 avril, il ordonnait au sénéchal de cette ville d'appeler sous les armes tous les vassaux du roi habitant la sénéchaussée, « car, disait-il, à cause de certaines nouvelles qui lui « étoient survenues depuis son atrivée, il avoit besoin de rassemc bler le plus de gens d'armes que faire se pourroit » (2). Malheureusement, l'absence de tout document contemporain ne nous permet pas de donner des détails précis sur les événements militaires qui suivirent. Les hostilités cessèrent d'ailleurs bien peu de temps après l'arrivée de Bouciquaut dans la province, car, dès le mois de mai, des conférences rapprochèrent le maréchal et le connétable d'Âlbret, représentant en cette circonstance le comte Bernard VII« et dans ces conférences furent consentis de part et d'autre quelques arrangements, destinés à amener la cessation d'une guerre qui désolait le Languedoc et la Guyenne depuis dix* huit mois (3) .

En attendant la ratification royale qui devait mettre le sceau à ces préliminaires de paix, Bernard conclut^ le 28 mai, avec ses adversaires une trêve jusqu'au premier août suivant et, par un acte daté du même jour, il accepta et confirma les conventions arrêtées entre le connétable et le maréchal. Par ces conventions, les deux partis promettaient d'observer scrupuleusement jusqu'à la date fixée la trêve convenue ; tous les sujets du roi habitant le Languedoc et la Guyenne française, la Bigorre, l'Âgenais, le

(i). Bibl. Nat : Coll. du Lang. v. 88. f» 118, 123 et 190. — Vaissete, IV, 433.

(2). Bibl. Nat: GoU. da Lang., y. 88, fo 130. — Yaissete, IV, 433. (S). CoU du Lang., 88 1<» 125. — Vaissete, ibid.

Quercy, le Rouergue, le Périgord et TAuvergne étaient compris dans cette trêve. Armagnacs et Bourguignons s'engagaient à empêcher, par tous les moyens possibles, les gens d'armes des deux partis, que la paix allait laisser inoccupés, d'exercer dans les campagnes les ravages et les pilieries qui étaient, en ces temps troublés, la conséquence fatale de toute cessation de guerre (1).

La veille du jour où expirait cette trêve (31 juillet), Bernard VII la prolongea jusqu'à la fête de Noël suivante, par un acte daté de Lectoure (2). Mais, pendant cet intervalle, il se produisit un brusque changement dans la situation politique du royaume. A la suite de la grande révolution cabochienne (28 avril 1413), qui mit Paris sous la domination des bouchers et fit régner pendant trois mois la terreur dans cette capitale, une réaction violente provoquée par les Orléanais amena, le 2 août suivant, le renversement des Bourguignons et donna le pouvoir aux Armagnacs. Le 29 septembre, le comte Bernard faisait son entrée dans Paris et devenait le maître du gouvernement. Le 22 octobre, la lieutenance du Languedoc était rendue au duc de Berry (3).

La restauration de ce prince dans le Midi fut le signal de la retraite du comte de Foix, Depuis le mois de juiUet, il s'était d'ailleurs désintéressé des affaires politiques générales. Ce mois avait apporté le deuil dans sa famille. La comtesse, sa femme, s'était éteinte en Béarn, ne laissant pas d'héritier h la maison de Foix et emportant avec elle dans la tombe l'espérance longtemps caressée par son mari de ceindre un jour la couronne de Navarre. On transporta son corps à Olite, où ses obsèques furent célébrées. La cour de Charles III et les certes du royaume assistèrent en foule à la funèbre cérémonie (4). Six mois après, Jean écrivait d'Orthez au roi de Navarre et lui annonçait la restitution des joyaux, qui formaient en partie la dot de la comtesse et qu'une

(1). Coll. du Lang. 88 fo 125. — Vaissete. I. c.

(2). Bibl. Nat. : Coll. du Lang. v 88, fo ii^8. — Vaissete, IV, 434.

(3) Hibi Nat.; Coll. du Ung. v. 88, f» 128. — Vaissete, IV, 434.

(4) Yanguas : Diccionario de antignedades del reino de Savarra^ III 143. Les auteurs modernes ont unanimement placé la mort de la comtesse Jeanne en 1421. Seul. D Vaissete se rapproche de la vérité et la fait remonter au moins à 1418 {Hist, du Lavig, IV, 484 ) Les actifs du temps conservés aux Archives de Pampelune, que cite Yanguas dans son dictionnaire, et le document conservé dans le Trésor de Pau, permettent de déterminer la date précise de cet événement.

clause du contrat de mariage attribuait au roi ou à ses héritiers, si Jeanne mourait sans enfants (1).

Loin de porter atteinte aux bons rapports qui unissaient depuis quinze ans la maison de Navarre et la maison de Foix, la mort de l'infante sembla rapprocher davantage les deux plus puissants princes des contrées pyrénéennes. Le 22 mai 1414, le roi Charles III s'engageait avec le comte Jean dans les liens d'une étroite alliance. Le traité, signé à Olite, était pour notre comte des plus avantageux. Le roi lui promettait en toutes circonstances une loyale et fidèle amitié. En cas de guerre, un corps de gens d'armes devait être mis à sa disposition ; toutes les forteresses de la Navarre seraient ouvertes à ses troupes et, si la fortune des armes ne leur était pas favorable, les Béarnais auraient le droit d'aller chercher un refuge sur le sol navarrais. Le comte de Foix prenait d'ailleurs envers Charles III les mêmes engagements. Enfin les deux contractants promettaient de se comprendre mutuellement dans les traités et alliances que l'un et l'autre négocieraient à l'avenir (2).

Cette alliance allait être, dans quelques mois, d'une assez grande utilité au comte Jean, que le ressentiment du comte d'Armagnac était sur le point d'entraîner dans une nouvelle et malheureuse lutte. Le vindicatif feudataire gardait un amer souvenir des guerres précédentes. Ces guerres avaient compronois pendant plusieurs mois l'intégrité de ses domaines héréditaires. Aussi fallait-il à l'orgueilleux comte une éclatante vengeance. Le triomphe du parti d'Orléans et le renversement des Bourguignons ne lui suffisaient pas; il lui fallait encore le châtiment de ceux qui, dans le Midi, avaient gerroyé contre lui et défendu la cause de Jean sans Peur. L'occasion lui parut favorable en 1415, alors que le parti dont il était l'âme avait défmitivement ressaisi le pouvoir et que le duc de Berry, son beau-père, avait regagné sa toute-puissance en Languedoc.

Il rassembla une nombreuse armée. Les routiers et les pillards, que le récent traité d'Arras avait laissés disponibles et qui couraient la campagne, à la recherche d'aventures, vinrent en foule se ranger sous sa bannière. Des capitaines fameux et éprouvés lui

1) Arch. B.-Pyr. E. 318.

2j Ci-après pièce justificatiye XIV.

amenèrent, avec leurs vertus guerrières, le secours de leurs compagnies : c'étaient Ainaury de Sévérac, La Hire, Xaintrailles, Barbazan, Ramonet de la Guerre et le vicomte de Narbonne, Guillaume II (1).

Jean était à Olite, en Navarre, lorsque les troupes de Bernard d'Armagnac entamèrent ses états (2). Il se proposait alors d'aller en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle ; mais l'invasion des Armagnacs, dont la nouvelle lui parvint en chemin, Tobligea à revenir en grande hâte sur ses pas (3).

C'est très probablement en mars ou avril (1415) que les gens d'armes de Bernard VII ouvrirent les hostilités. Dès le principe, la campagne fut vigoureusement menée. Se réservant d'entamer le Béarn, Bernard lança sur le pays de Foix Amaury de Sévérac et le vicomte de Narbonne avec une partie de ses forces. Dès leur arrivée, soit que leur attaque ne fut pas prévue, soit que l'absence du comte Jean paralysât toute velléité de défense chez les Fuxéens, ces capitaines purent sans trop de peine s'emparer d'un certain nombre de places situées sur les frontières du pays et, entr'autres, de Ganté, de Lissac et de Saint-Quirc dans le Savartès (4).

Sévérac établit son quartier général à Ganté et Guillaume de Narbonne à Saint-Martin d'Oydes (5). De là, ils firent des courses dans la partie septentrionale du comté et atteignirent les portes de Pamiei's, de Mazères et de Saverdun. Ces trois villes furent pour eux néanmoins une barrière infranchissable ; ils ne purent réussir à les dépasser pour aller envahir le haut pays. Un des leurs, le routier, Jean Raoulet, en fit malheureusement l'expérience. S'étant aventuré à aller guerroyer aux environs de Mazères, il se laissa prendre avec ses compagnons par un groupe de gens d'armes, sortis des murs de cette place, et fut retenu prisonnier.

En Béarn,' le comte d'Armagnac avait également remporté cer-

(ij Bonal : Hist. mss, des comtes de Rodes^ I. c. — Miguel del Vérins,

(2) Ferreras : Histoire d'Espagne, VI, p. 212.

(3) Mij^uel del Verras, ibid. — Hélie : Historia comitum Fuxensium^

(4) Miguel, l. c. ~ Ganté, Lissac et Sl-Quirc, Ariège : arr. Pamiers,

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