‹ Jean 1er [i.e. premier], comte de Foix, vicomte souverain de Béarn, lieutenant du roi enChapitre 7 sur 23 · Saverdun · texte numérisé non relu

Saverdun

(5) Ariège : Arr. et c. Pamiers.

tains avantages. Miguel avoue qu'il avait réduit sur la frontière septentrionale de ce pays quelques places et châteaux, mais c ben petits 1, se hâte-t-il d'ajouter, car il en coûte beaucoup h son amour propre de Fuxéen de constater la défaite et Tinfériorité de son maître.

En somme, dès le mois de mai, les afTaires du comte Jean n*étaient point prospères. Le 12, il adressait de Morlahs un appel pressant aux capitouls de Toulouse. Se plaignant amèrement de la guerre injuste que lui faisait Bernard VII pour se venger des échecs de 1412 et de 1413, il leur demandait du secours en hommes et en argent et les priait d'agir de telle sorte, que le sénéchal de Toulouse défendit à ses soumis de prêter leur appui au comte d'Armagnac. Jean rappelait les nombreux services qu'il avait rendus aux capitouls et à la ville de Toulouse, pendant qu'il occupait en Languedoc la charge de capitaine général, et demandait en récompense aide et protection contre son redoutable ennemi (1). La réponse des Toulousains ne fut et ne devait pas être, d'ailleurs, favorable h l'infortuné feudataire. Les capitouls ne pouvaient sans danger pour leur ville intervenir dans les querelles des deux puissants voisins. Toulouse était située trop près du théâtre de la guerre et sou alliance était trop précieusefpour qu'elle n'eût pas à souffrir en perdant une neutralité, qui déjà ne suffisait pas h la garantir complètement des effets de la lutte. Aussi, alléguant la pénurie de leurs flnances et les défenses que le roi avait faites de prendre les armes pendant la paix, les capitouls répondirent-ils par un refus à la demande du comte. Ils lui refusaient même l'autorisation pour ses troupes de pénétrer dans l'enceinte de Toulouse, et l'informaient qu'elles seraient retenues prisonnières si, malgré cette décision, elles y pénétraient. D'ailleurs, pour éviter toute surprise et tenir en respect les deux partis, ils annonçaient qu'ils allaient garnir de gens d'armes les murailles et les tours de leur cité (2).

Les premiers mois de la guerre avaient grandement entamé les ressources du comte Jean. Pour que la situation changeât de face, il (allait un redoublement d'énergie. De nouvelles mesures de défi) Ci-après pièce justificative XV.

(2) Archives municipales de Toulouse, n^ 420 : Délibérations des capitouls.

fense furent prises. On mit en état les places et forteresses de la frontière (4), et les états de Foix consentirent, sur la demande de Jean, un subside de quatre mille florins d'or, dont le sénéchal du comté, Géraud^de Mauléon, ordonna la levée immédiate par une ordonnance datée de Pamiers, le 11 juillet (2).

D'autre part, la Navarre vint au secours du comte. Conformément au traité du 22 mai 4414, un corps de seize cents lances fui dépêché en Béarn (3). De plus, les certes accordèrent au roi une assez forte allocation destinée à seconder les efforts des Fuxéens (4).

Un fils naturel de Charles le Noble, Don Godefroi, commandait le corps navarrais. Le roi lui-môme passa les Pyrénées, peu de jours après, et vint rejoindre les Béarnais avec une nouvelle compagnie de deux cent lances (5).

Grâce à ces secours, le comte put améliorer ses affaires. Les dernières péripéties de la lutte furent plus favorables à ses armes que ne l'avaient été les premières. Malheureusement, la pénurie des actes contemporains nous oblige à passer sous silence la série des événements, qui se succédèrent depuis le mois de juillet jusqu'à la cessation des hostilités. Tout ce que nous savons, c'est que la guerre se termina à Moncaup (6^, en Béarn, où les deux partis se rencontrèrent pour engager une action décisive. Mais il n'y eut pas bataille ; au moment d'en venir aux mains, les deux adversaires entrèrent en accommodement. Tous les chroniqueurs sont d'accord sur ce point ; tous se contredisent en revanche sur la manière dont se produisit ce fait inattendu. Selon Miguel del Verms (7), dont l'opinion a certainement le plus d'autorité, car il a été contemporain de ces événements, le comte d'Armagnac, en voyant la belle disposition et l'aspect imposant que présentaient les troupes massées de son adversaire, aurait pressenti un désas-

(i) nibl. Nal.: Coll. Doat, v. 212, folio 480 : Le sén»'*chal du comté de Foix ordonne de mettre en état de défense le château de Montalion.

(2) Coll. Doal. V. 95 fo 232.

(3) Ferreras : Histoire d'Espagne, VI, 212.

(4} Yanguas : Diccionario de antiguedades del reino de Navarra, III, p. 158.

(5) Ferreras, 1. c

(6) Basses-F) rénées, Arr. Pan, Gant. Lembeye.

(7) Chronique Béarnaise, p. 603.

ire et demandé la paix. Si nous en croyons Bertrand Hélie (1), le comte Jean aurait proposé à son ennemi de trancher le différend en combat singulier ; mais le jour, l'heure et le lieu de la rencontre ayant été fixés de part el d'autre, Bernard d'Armagnac, mentant à sa promesse, ne se serait pas présenté. D'après Bonal enfin (2), au moment où allait commencer l'attaque, les deux rivaux se ^raient réconciliés, sur les exhortations de l'archidiacre de Lérida, que le pape Benoit XIII aurait chargé, une fois encore, de les ramener à la paix (3).

Quoi qu'il en soit, la guerre finit brusquement, et le sire de Duras fut choisi pour établir les bases d'une paix acceptable par les deux belligérants. Bernard VII dut céder à son adversaire le château de Mauvesin, dont les Fuxéens s'étaient déjà emparés, en 1412, mais que le triomphe du parti des princes avait fait rentrer. Tannée suivante, dans la possession du comte d'Armagnac. On ajouta de plus à cette cession la viguerie dont la vieille forteresse était le chef lieu (4). Ce fait indiscutable, car nous voyons, à dater de ce jour, le comte de Foix agir en maître dans le château (5), prouve surabondamment que les derniers jours de la lutte n'avaient pas été favorables aux Armagnacs. Une défaite seule, en effet, nécessitait un tel abandon de territoire.

•Les deux réconciliés jurèrent, dit-on, une trêve de cent ans. Le 6 décembre, par un acte daté du château de Mazères, le comte Jean confirma les articles de la paix conclue par ses ambassadeurs avec le comte d'Armagnac. Il promit sous serment d'être désormais, en toutes circonstances, le loyal parent et le fidèle allié de Bernard VII, de considérer comme siens tous les ennemis de ce prince et de le seconder dans toutes ses guerres et entreprises. Il ajoutait que, dans le cas même où le roi et le dauphin de France

(1) Historia comitum fuxensium^ 1. c.

(2) Histoire mss. des comtes de Rodez, 1. c.

(3) On se rappelle que l'archidiacre de Lénda fut chargé de la même mission par Benoit XllI, en 1412, à la suite de la première campagne du comte de Foix contre Bernard VII d Armagnac. Bonal n*aurait-il pas fait une confusion et attribué à 1 année 1415 un fait qui doit être placé trois ans auparavant ?

(4) Miguel del Verms, l. c.

(h) Nous avons aux Archives des Basses-Pyrénées quelques actes émanés du comte Jean ou de sa mère, la comtesse Isabelle, contenant nominations de capitaines du château de Mauvesin.

essaieraient de causer quelque préjudice h son nouvel allié, il l'aiderait de ses conseils et de ses armes dans une mesure compatible, toutefois, avec la soumission et la fidélité qu'il devait à ses souverains (1).

Au moment môme où cette guerre arrivait à son terme (septembre 1415), le roi appela les comtes de Foix et d'Armagnac au secours de la couronne contre les Anglais qui avaient rouvert les hostilités, fait une descente sur les côtes normandes et mis le siège devant Harfleur (2). Un mois après, le 25 octobre, on se battait à Azincourt. Mais Jean ne put répondre à l'appel de son suzerain et prendre part, sous la bannière française, à cette journéefuneste qui mit en péril, pour une longue suite d'années, l'indépendance du pays. Dans ces conjonctures, le comte était à Perpignan.

On tentait alors dans cette ville un suprême effort pour rendre à l'église catholique une unité, que trente ans de schisme avaient bien compromise. Trois pontifes portaient la tiare, ayant chacun leur obédience et leurs fidèles ; mais sur les injonctions du concile, qui s'était réuni à Constance, l'année précédente, pour mettre un terme à ces compétitions, deux d'entr'eux, Jean XXIII et Grégoire XII, avaient renoncé à la papauté. Afin que les difficultés fussent définitivement tranchées, il ne restait plus, en 1415, qu'à obtenir la renonciation de Benoit XIII.

L'obédience de ce pontife s'étendait, dans le principe, sur les contrées de la France méridionale et sur les royaumes chrétiens de l'Espagne. Mais le vent de conciliation qui soufflait de Constance, depuis quelques mois, avait grandement affaibli, en 1415, le parti de Benoit . La France s'était prononcée contre lui. Les hauts dignitaires ecclésiastiques du Languedoc et de la Provence l'avaient abandonné et s'étaient rendus au concile. La Navarre, la Castille, le Portugal désiraient ardemment la cessation du scandale et pressaient Benoit XIII d'imiter l'exemple de ses rivaux. Seuls, l'Aragon et son roi résistaient k ce mouvement général, qui portait les esprits à l'union, et persistaient à défendre la cause du pontife aragonais, leur compatriote.

(1) Bibl. Nat.: Coll. du Lang., v. 88, f^ 163.— Coll. Doat, v. 212, f* 231. — Vaissete, IV, 439.

(2) Juvénal des Ursins (éd. Buchon, à l'année 1415).

L'empereur Sigismond d'Allemagne, dont la sollicitude infatigable s'était donnée pour but l'union de la chrétienté, voulut aller sur les lieux môme achever l'œuvre commencée par le concile et enlever au parti de Benoit XIII les princes qui le soutenaient. Il fit demander une entrevue au roi D. Ferdinand d'Aragon, qu* répondit favorablement à ses ouvertures, et, dans le courant du mois de septembre, il arrivait à Perpignan. Une suite nombreuse de^prélats et de gens de guerre raccompagnait (1).

D. Ferdinand et Benoit XÏII étaient déjà dans cette ville, où ils attendaient l'empereur. Le comte Jean s'y était pareillement rendu, avec son frère le cardinal deFoix. Tous les princes de l'obédience avaient envoyé leurs ambassadeurs. Les négociations furent aussitôt entamées ; mais elles n'eurent pas le résultat que Sigismond se flattait d'obtenir. Ses sollicitations et ses prières ne purent amener Benoit à renoncer à son titre pontifical. Aussi les réponses toujours évasives et les continuelles défaites du prélat lassèrentelles l'empereur, qui quitta brusquement Perpignan, le 7 novembre, et. vint s'installer à Narbonne.

Le départ de Sigismond eut un bon résultat. L'indignatiou générale s'en accrut contre l'obstinulion de Benoit XIII. On se décida enfin à l'abandonner; mais on voulut faire auparavant auprès de lui une dernière tentative. Il fut résolu qu'il serait sommé , par trois injonctions successives, de renoncer à la papauté et de prendre l'engagement formel de se soumettre aux décisions ultérieures du concile de Constance. Le comte Jean fut un de ceux qui portèrent au pontife, le 10 novembre, la première de ces sommations. Elle n'obtint pas d'ailleurs le moindre résultat. Toujours équivoque et faux , plus désireux de garder son pouvoir que de rendre à l'église l'union qui lui manquait, Benoit fit une réponse évasive et, pour se soustraire à de nouvelles sollicitations , il s'échappa furtivement de Perpignan et alla s'enfermer dans Peniscola (2).

Les négociations se terminèrent par la capitulation de Narbonne, signée, le 3 décembre, dans le palais épiscopal de cette ville, et par

(1) Raynald : Annales eccîesiasiici (Rome, 1G59) vol. XVII, ad. ann. 1415. — Çarita : Anales de la Corona de Aragon, III, p. ilG et suiv. — Ferreras : Histoire d'Espagne, VI, p. 208 cl suiv.

(S) Auteurs ciios.

laquelle les princes de Tobédience de Benoit XIII, abandonnant en fait ce pontife, s'accordèrent avec l'empereur et les prélats qui l'avaient suivi sur un certain nombre de points» que le concile de Constance se hâta d'accepter et de confirmer , dès les premiers jours de Tannée suivante (1). Le 6 janvier 1416, la déchéance de Benoit XIII était solennellement proclamée dans l'église cathédrale de Perpignan. Peu de temps après, le concile consacrait cette déposition en déclarant ce pontife coupable de schisme et d'hérésie (2).

La capitulation de Narbonne donnait aux princes, qui avaient suivi jusqu'à ce jour le parti de Benoit XIII, le droit d'envoyer à Constance des ambassadeurs chargés de travailler avec le concile à l'extinction du schisme. Le cardinal de Foix fut le délégué des étals pyrénéens soumis à l'autorité du comte Jean. Il prit part, en cette qualité, à l'élection du pape Martin V qui termina , en 1417, cette longue querelle religieuse (3).

Cependant, il y eut encore en Aragon des velléités de révolte contre les décisions du concile. Benoit XIII conserva quelques partisans jusqu'à sa mort (1423). Ses fidèles lui donnèrent un successeur, sous le nom de Clément VIII. Mais ce parti alla s'aCfaiblissant de jour en jour. Quelques années après , en 1433, il n'en restait plus aucune trace, et l'union était définitivement rendue à l'église romaine.

Les deux années qui suivirent les événements de 1415 sont fort pauvres en renseignements sur la vie politique de Jean P\ Le P. Anselme dit bien qu'il fut nommé, en 1416 , lieutenant du roi en Dauphinè (4) ; mais il serait bien difficile de retrouver les sources d'où cet auteur a pu tirer ce fait. Les ouvrages historiques relatifs

(1) Recueil des conciles, XII, p. 177.

(2) Quelques auteurs ont avancé que le comte Jean, désirant contribuer pour sa part à l'union religieuse que la seule ob tination de Benoit rendait injpossible, fit prendre ce pontife à Perpignan et donna Tordre de l'enfermer en prison dans les tours de Foix, ce qui lui aurait mérité du pape Mari in V le titre de vengeur de la Foi Mais cette assertion ne supporte pas la critique. On ne trouve nulle [)art trace de ce fait dans les actes contemporains. Miguel del Vcrms n'en dit pas uu mot. Çurita, D. Vaissete et tous les historiens, qui ont écrit d'après les sources, gardent le silence sur ce point. C'est évidemment une erreur.

(3) Sources citées : Annales ecclesiastici, — Recueil des conciles. — Religieux de St-Denis, livre XXXVIII, ch. 27.

(4) III, p. 373.

à cette province sont muets à cet égard, et les actes du temps ne contiennent aucune trace de cette nomination.

A-t-il pris, pendant cette période, une part quelconque à la querelle d* Armagnac et de Bourgogne qui continuait à déchirer le pays, pendant que les Anglais, à la faveur des discordes civiles, faisaient tous les jours sur le sol français de nouvelles conquêtes? L'histoire et les documents contemporains gardent encore le silence sur ce point. Le seul fait historique intéressant le comte, qui puisse être mentionné pendant cet intervalle, est un traité d'alliance conclu par lui avec le duc de Guyenne, dauphin de France (1). Le texte de cet accord n*a pas été d'ailleurs conservé.

(1) Bibl. Nat.: Collection Moreau, toI. 370, fo 282.

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