‹ Jean 1er [i.e. premier], comte de Foix, vicomte souverain de Béarn, lieutenant du roi enChapitre 8 sur 23 · CONCLUSION DU TRAITÉ DE TROYES · texte numérisé non relu

CONCLUSION DU TRAITÉ DE TROYES

Continuation de la qaerelle d'Armagnac et de Bourgogne. — Commissaires bourguignons en Languedoc. — Le comte de Foix est investi par le Dauphin des fonctions de capitaine général, et est chargé de défendre dans le Midi la cause de ce prince. — Ligue d'Aire. — Négociations du comte avec les capitouls de Toulouse. — Le duc de Bourgogne abandonne les commissaires, précédemment envoyés par lui dans la province, et confie à son tour la lieutenance du Languedoc au comte de Foix. — Entrée en campagne de Jean de Grailly ; les commissaires bourguignons sont expulsés du Languedoc et la province gagnée à la cause du Dauphin. — Attitude équivoque du comte entre les partis ; il est destitué. — Jean se tourne alors vers l'Angleterre, négocie avec le roi Henri V, promet son appui à ce prince, adhère au traité de Troyes et reçoit en échange du monarque anglais le gouvernement du Languedoc et de la Bigorre. — La mort de Henri V et celle de Charles VI amènent un nouveau changement dans sa politique ; sans abandonner toutes relations avec l'Angleterre, il renoue avec le Dauphin, devenu le roi Charles VII. — Les Anglais le somment d'exécuter le traité précédemment conclu par lui avec Henri V. — Longue correspondance à ce relative. — Après avoir longtemps tergiversé, le comte rompt définitivement avec l'Angleterre tt embrasse le parti du roi Charles VII.

Le duc de Berry était mort à Paris, le 15 juin 1416, laissant presque épuisé le Languedoc qull avait si longtemps gouverné (1). Sa mort futj une heure de soulagement pour les contrées méridionales, que ses besoins de luxe et les exigences de sa prodigalité l'obligèrent à écraser, pendant son gouvernement, d'énormes impositions sans cesse renouvelées ; 'mais**elle ne marqua point cependant dans ces pays le commencement d'une période|de tranquillité. Les troubles, qui agitaient alors Paris ^et les autres parties du royaume, allaient bientôt faire sentir leur désastreuse influence

(1) Vaissete, IV, 440. — Le duc de Berry conserva le gouvernement du Languedoc pendant une grande partie Je sa vie. Il en fut quatre fois investi : io de 1356 à 1361, 2o ,de 1380 à 1389, 3» de 1401 à 1411, 4o enfin de 1413 à 1416.

dans ces infortunées provinces du Midi, d'où tous les partis indistinctement tiraient, en hommes et en argent, une bonne part de leurs ressources.

Le duc ne fut pas remplacé immédiatement. Ses excès de pouvoir avaient grandement mécontenté les populations méridionales, dont l'esprit devenait tous les jours plus hostile au gouvernement royal. En ce moment difficile où la royauté des Valois, obligée à la fois de résister aux envahissements de l'étranger et de réprimer par les armes les agissements d'un parti rebelle, avait besoin de grouper autour d'elle tous ses moyens de défense, il était urgent deregagner à la Couronne dans ces provinces les sympathies qu'une administration maladroite lui avait fait perdre. Le roi ou plutôt le connétable d'Armagnac, en qui résidait depuis Azincourt toute l'autorité, crut atteindre ce but en annonçant qu'il gardait désormais dans ses mains l'administration directe des contrées languedociennes. Quelques mois après (1417), il donnait le commandement militaire dans ces pays à son propre fils, le vicomte de Lomogne, et confiait à ce jeune prince, qui n'avait pas encore atteint sa vingtième année, les fonctions de capitaine général et la mission de faire aux étrangers en Guyenne une guerre incessante (1).

Ces mesures ne réussirent pas cependant à conserver au gouvernement de Charles VI et du connétable la fidélité des provinces méridionales. Dès les premiers jours de Tannée suivante, le Languedoc, sous l'impulsion des Bourguignons, se prononçait contre le premier ministre. La querelle d'Armagnac et de Bourgogne entrait alors dans une phase nouvelle. Tandis que les Anglais augmentaient tous les jours d'une nouvelle conquête la portion, déjà si grande, du territoire français soumis à leur autorité, les luttes intestines recommençaient en France avec un acharnement dont le voisinage menaçant de l'étranger envahisseur ne diminuait point la vivacité. Le duc de Bourgogne avait repris les armes. Bien que triomphant et maître du pouvoir, le parti armagnac était désorganisé. Presque tous les princes, qui l'avaient conduit à la victoire, n'étaient plus à sa tète. Les uns, le duc de Berry et le duc d'Anjou, venaient de mourir ; les autres, le duc

(l) Vaissete, IV, 442.

d'Orléans et le duc de Bourbon , étaient^ prisonniers depuis Azincourt (1). Seul, le connétable d'Armagnac aurait pu opposer une vigoureuse résistance aux entreprises du Bourguignon ; mais, obligé d'employer une partie de ses forces à repousser les efforts de l'invasion anglaise et préoccupé parallèlement de défendre son pouvoir contre les attaques incessantes des Parisiens, il ne pouvait que dificilement soutenir une lutte sérieuse contre les partisans de Jean Sans-Peur et se bornait h défendre Paris et ses environs.

Les circonstances étaient donc favorables, et une excellente occasion s'offrait au duc de Bourgogne de prendre sa revanche des échecs que lui avaient fait éprouver les Armagnacs pendant la période précédente. Les événements, qui suivirent, augmentèrent encore ses chances de succès. La reine, dont l'opposition tracassière fatiguait le connétable, venait d'être éloignée de Paris, sur Tordre du ministre, et exilée à Tours. Le duc pensa avec raison qu'attacher la reine de France à son parti, serait augmenter son prestige et aider grandement à la réalisation des projets que sa politique ambitieuse avait formés. Ses ouvertures furent favorablement accueillies. Une haine commune contre le connétable rapprocha les deux princes, autrefois ennemis, et, dans le courant de novembre (1417), Isabeau de Bavière et Jean Sans-Peur unirent leurs mécontentements (2).

Le parti de la reine et du duc fit en peu de temps de rapides progrès. Jean Sans-Peur devint aux yeux du plus grand nombre le sauveur destiné à délivrer le royaume des maux incessants dont il souffrait. Pour recruter des adhérents et se ménager les sympathies des classes pauvres, le duc lançait manifestes sur manifestes, où il promettait la suppression des subsides qui pesaient lourdement sur le pays et se présentait comme le défenseur du peuple et le partisan des antiques libertés populaires. En outre, des commissaires étaient dépêchés dans toutes les provinces soumises à la couronne, chargés de convertir les populations à la

(1) Nous empruntons ces rcnseipn^emcnts d'ordre général et ceux qui suivent à Tit^uvrc récente de M. .îu Fresne de Beaucourt : Histoire de Charles V//, I, p. 21 et suiv. — Voir aussi : de Bamnte : Histoire des ducs de Bourgogne: tomes IV et V, Vallet de Viriville : Histoire de Charles VU, I, p. 25 et suiv , et les chroniaues du Ilelip^ieux de Saint- Denis, de Monstreiet, de Juvénal des Ursins, de Pierre de Fénin.... etc.

(2) Autours cités.

cause bourguignonne. Ceux à qui fut confié le soin de gagner le Languedoc furent Louis de Châîons, comte de Genève, fils aîné du prince d'Orange, Regnault, vicomte de Murât, chambellan du duc Jean, Guillaume de Saulieu et Jean de Tarraut, ses conseillers. Par acte du 30 janvier 1418, la reine les nomma ses procureurs dans les provinces de Languedoc, Guyenne et Auvergne, avec pleins pouvoirs de faire rentrer ces pays dans Tobéissance du roi et sous l'autorité du Bourguignon (1).

Au gouvernement irrégulier d'Isabeau de Bavière et de son allié, le pouvoir royal avait opposé, le 6 novembre précédent, \p gouvernement légitime du dauphin, auquel le roi confia, sur la proposition du connétable d'Armagnac, la lieutenance générale du royaume En môme temps des lettres royales étaient adressées à toutes les villes, engageant les populations à résister aux agissements du Bourguignon et à demeurer fidèles à la Couronne. Mais ces mesures n eurent pas de sérieux résultats. Les Armagnacs conservèrent peu de partisans dans les provinces qui nous occupent. Ruinées par les énormes subsides .auxquels leur dernier gouvenieur les avait habituées , les villes du Languedoc étaient séduites par les promesses de la faction bourguignonne et, principalement, par l'ordonnance émanée de la reine, le 31 janvier, et renouvelée encore le 3 avril, qui exemptait les peuples de toute taxe , à l'exception de la gabelle (2). Aussi les commissaires n'eurent-ils aucune peine à entraîner les populations dans le parti de Jean Sans-Peur et, sauf Beaucaire, quelques autres place de moindre importance et les baillages du Velay et du Yivarais, qui demeurèrent fidèles au roi et au dauphin, les communautés de la province s'empressèrent de faire acte d'adhésion (3).

La révolution, qui renversa le 28 mai, à Paris, le gouvernement armagnac, acheva de rendre les commissaires bourguignons complètement maîtres dans les provinces méridionales. Ce fait créait

(1) Archives municipales de Toulouse : Lettres des Gouverneurs, carton 66. — Besse ; Recueil de pièces pour servir à Vhistoire de Char-les V/, p. 186. — |Vaissele,JIV, 443.

f2j Arch. mun. de Toulouse : Letires^des Gouverneurs, c. 66.S— S Vaissete, IV, 444.

(3) Vaissete. 1. c. — Danstle courant de mai, les consuls d'Abi vont, au nom de leur ville, saluer a Montpellier les commissaires de la reine (Joli* bois : Inventaire des archives d*Albi, CC. 174.)

— Tien France une situation toute nouvelle. Dans cette journée, qui fut le point de départ d'une période de massacres pendant laquelle il fut tué, dit-on, près de cinq mille victimes (1), les Bourguignons prenaient en main le pouvoir dont ils allaient faire un si triste usage, en le mettant au service du roi d'Angleterre et en aidant aux progrès de l'invasion jusqu'à provoquer l'établissement définitif du gouvernement anglaisa Paris. Quelques jours après, la mort du connétable d'Armagnac, qui périssait assassiné, débarrassait les partisans de Jean Sans- Peur de leur plus redoutable adversaire. Le parti armagnac était désorganisé et ceux de ses chefs, qui avaient pu échapper aux massacres, allaient en province se rallier autour du dauphin Charles. La lutte était désormais entre ce prince et le duc de Bourgogne.

Le comte de Foix était à Mazères pendant ces troubles, attendant le moment favorable de se prononcer pour le parti qui lui paraîtrait devoir seconder le plus utilement ses intérêts. Il parait cependant certain que, au moment où nous sommes arrivé, ses sympathies étaient acquises au dauphin, car, dans le courant du mois de mai 1418, il faisait arrêter sur les frontières du comté de Foix et conduire dans son ch&leau de Mazères le vicomte de Carmaing, que les commissaires bourguignons avaient nommé sénéchal de Toulouse, à la place de l'ancien sénéchal, Jean de Bonnay, resté fidèle aux Armagnacs. Carmaing fut d'ailleurs relâché, peu de jours après, sur la prière du comte de Genève et des principaux de la province, qui envoyèrent supplier le comte de rendre la liberté à son prisonnier (2).

Les conseillers du dauphin ne devaient pas longtemps laisser à récart un personnage, dont l'influence sur les contrées méridionales pouvait être à la cause de ce prince d'une immense utilité. Jean était dans ces pays le seul grand seigneur capable de reconquérir au prince Charles une province, qu'il avait fallu bien peu de temps et d'efforts aux Bourguignons pour gagner à leur cause. La mort récente du comte d'Armagnac, en le délivrant d'un rival redoutable, l'avait élevé au premier rang parmi les grands feudatai-

(1) Du Fresne de Reaucourt : Charles VII^ I p. 33.

(2) Arch. mun. de Toulouse : Pièces à Pappui des comptes, année 1418. — Yaissete, IV, 445,

res méridionaux. L'étendue des domaines soumis h son autorité et le grand nombre de gens de guerre, que ses ressources financières lui permettaient de recruter, lui prêtaient une force que le dauphin avait tout intérêt à s'attacher. Un rapprochement fut donc bien vite provoqué entr'eux. Dans les premiers jours d'août 1418, le comte adressait au prince son héraut d'armes, Béarn, et Jean de Moncaup, seigneur de Bénec, son chambellan. Charles reçut, le 7 à Chinon, les ambassadeurs béarnais (1). Les négociations marchèrent rapidement et eurent un plein succès. Le 17 suivant, le dauphin confiait à son allié la charge de c lieutenant et capitaine € général par tout le pays de Languedoc et duché de Guyenne, € oultre la rivière de Dourdogne », et lui attribuait dans ces pays des pouvoirs très étendus. Il avait pour mission d'enlever ces provinces aux Bourguignons et de les remettre sous l'autorité du dauphin, de convoquer en armes, pour arriver à ces fins, la noblesse des trois sénéchaussées languedociennes, de réunir les états pour leur demander des subsides, lorsque cette mesure lui paraîtrait nécessaire, et enfin de révoquer et remplacer tous les magistrats et officiers quise montreraient hostiles à sa politique (2).

Par un acte daté du môme jour, le dauphin fixait les émolu* ments du comte à la somme de douze mille francs par an (3).

La veille, Charles avait également donné au Languedoc comme lieutenant l'archevêque de Reims, Regnault de Chartres (4). Expliquer la coïncidence de ces deux nominations, émanées du dau* phin à un jour de distance l'une de l'autre, semble assez difficile. Or, le second de ces actes n'annulait certainement pas le premier; nous voyons, en effet, l'archevêque de Reims exercer pendant plusieurs mois en Languedoc la charge que les lettres du 16 août lui avaient confiée. Nous n'avons pas le texte de ces lettres, que

(i) Pièce justificative XVI. — Vallet de Viriville ; Charles YIT, I, p. 130. — DuFresne de Beaucourt; Charles VII, I, p. 35.

(2) Pièce justificative XVII. — C'est donc par eiTcur que D. Vaisseto lEistoire du Languedoc, IV, p. 448, 590 et suiv.) place en décembre 1418 la nomination du comte par le dauphin. M. Du Fresne de Beaucourt {Charles VJI, I, p. 121) est plus près de la vérité, quand il fait remor.ter au mois d'octobre précédent, d'après la chronique de Beiry, la date de cette nomination. LWe dn 17 août, dont nous publions le texte à la un de c€i travail, nous permet, on le voit, de préciser ejçactcmeut cette date.

(3) Arch. B.-Pyr:E.428. ^

(4) Vaissete ; IV. p. 447.

D. Vaissete cite sans les publier ; elles nous apprendraient probablement que les fonctions confiées à Regnault de Chartres étaient d'une autre nature que celles confiées au comte de Foix. L'archevêque de Reims avait Tadministration de la province dont le commandement militaire était départi h Jean de Grailly. Le comte reçoit dans les lettres du 17 août le titre de capitaine général ; il était appelé très certainement h remplir ces fonctions, en 1418, sous le gouvernement de Regnault de Chartres, comme il les avait remplies en 1413, sous le gouvernement du maréchal de Bouciquaut.

Quoi qu'il en soit, malgré les promesses dont sa nomination devait être le prix, le comte ne se pressa point d'agir. Ses hommes d'armes ne prirent aucune part h la guerre que l'archevêque de Reims fit, en octobre, au comte de Genève dans le Gévaudanet le Bas-Languedoc (1). D'ailleurs, à cette date, il n'avait pas encore pris possession de sa lieutenance, car, le 17 de ce mois, le dauphin lui faisait don d'une somme de douze mille francs, h toucher sur les revenus de la province, le jour où il entrerait en fonctions (2). L'irrésolution du comte était calculée. En tergiversant ainsi, il obéissait à de secrets mobiles, qui Tempôchaient encore de rendre publiques ses préférences pour la cause du prince Charles. Avoir obtenu du dauphin le commandement militaire en Languedoc lui suffisait pour le moment ; mais prendre immédiatement et publiquement parti pour un prince, dont l'influence était peu considérable et que la fortune semblait abandonner, lui paraissait inhabile et dangereux, alors surtout que le Languedoc était presque entièrement au pouvoir des gens d'armes du comte de Genève. Aussi, avec peu de sincérité, pendant que le dauphin lui confiait le soin et la direction de ses intérêts dans le Sud- Ouest, négociait-il très probablement avec le duc de Bourgogne. Cette politique équivoque lui réussissait d'ailleurs à merveille. Par acte du 3 août (1418), le roi lui faisait, sur le conseil de Jean Sans-Peur, un présent de dix mille florins (3). Quelques mois après, le duc de Bourgogne disgraciait le comte de Genève et les commissaires, que la reine avait, sur son avis, envoyés en Lan-

(1) Vaisseto, ibid.

(2) Pièce justificative XVIIL

(3) Arch. Basses-Pyn^ntVs E. 428.

-ki.

guedoc, et entraînait Charles VI à nommer en leur place, par lettres du 30 janvier (1419), Thabile comte de Foix. Avant de se prononcer pour l'un ou pour l'autre parti, le puissant feudataire voulait tenir des deux son titre de lieutenant.

Un événement d'une certaine importance précéda de quelques jours la seconde des nominations de Jean. La situation du royaume était déplorable. Pendant qu'Armagnacs et Bourguignons se disputaient le pouvoir et que les forces du pays se dépensaient dans d'inutiles luttes intestmes, les Anglais faisaient tous les jours de nouveaux progrès. Les factions songeaient bien plus à se déchirer qu'à unir leurs forces contre les ennemis du dehors, et les efforts tentés pour délivrer le pays des maux dont il souffrait étaient presque nuls. Les provinces éloignées de Paris, les provinces mér dionales surtout , étaient complètement abandonnées à elles-mêmes et attendaient vainement un secours que la monarchie était impuissante à leur donner. Pressés entre la guerre civile et la guerre étrangère qui menaçaient leurs domaines de toutes parts, les grands feudataires aquitains virent dans l'union étroite de toutes leurs forces le seul moyen de garantir leurs peuples et leurs fiefs des maux qui désolaient toutes les parties du royaume. Le sire d'Albret et les comtes de Foix, d'Armagnac et d'Astarac se réunirent entre Aire et Barcelonne, le 16 novembre. Dans une loge en bois, édifiée pour la circonstance, ces quatre représentants des maisons féodales les plus puissantes du Sud-Ouest s'unirent par les liens d'une étroite alliance et se promirent protection mutuelle de leurs personnes et de leurs biens (1).

La ligne d'Aire présentait une particularité remarquable. Dans tous les actes de ce genre, à cette époque, les contractants, tout en se promettant un mutuel appui contre leurs ennemis respectifs, prenaient généralement le soin de déclarer que, si les ennemis des uns étaient ou les suzerains ou les alliés des autres, les conventions premières devenaient dans ce cas non avenues. Dans !e traité du 16 novembre, au contraire, nul personnage n'était excepté, pas même le roi de France ; la royauté elle-même tenterait-elle de causer quelque dommage à l'un des signataires

(1) Vaissete, IV, 477 et suiv. Preuve CLXXXII, p. 414.

de la ligue, ses alliés seraient tenus de lui porter secours. Il fallait que la monarchie des Valois fut dans une situation bien difficile et bien précaire, pour que la féodalité détruisit ainsi en un seul jour rœuvre de centralisation des derniers Capétiens et en revint inopunément à ces mœurs indépendantes du dixième siècle, qui avaient fait bien vain le titre de roi.

Le traité du 16 novembre n'eut pas néanmoins, malgré son importance, de sérieux résultats. Les feudataires aquitains s^engageaient implicitement, en le signant, à garder une prudente neutralité entre les partis, et cependant tous, peu de temps après, prenaient leur part des luttes politiques. Jean fut le premier qui se mit en mouvement. Son silence et ses hésitations eiîrayaient les conseillers du dauphin, qui comptaient sur lui pour gagner le Languedoc à leur cause. Mais, bien loin de lui en faire un reproche, comme ils avaient tout intérêt à le ménager et à ne pas perdre le bénéfice de son influence, ils lui firent accorder par le prince Charles, à la date du 17 octobre, un présent de douze mille francs (1). De plus, pour calmer ses inquiétudes au sujet de l'avenir, le dauphin lui promit de le couvrir de sa protection, si la cause qu'il défendait était malheureusement vaincue (2).

Ce présent et cette promesse décidèrent le comte. Mais, avant d'agir effectivement, il voulut d'abord s'assurer l'appui de la ville la plus considérable de la province. Dans le courant de décembre, il adressait de Mazères aux capitouls de Toulouse copie des lettres, qui lui conféraient le commandement, et enjoignait à ces magistrats de reconnaître son pouvoir et de lui prêter obéissance (3). On ne sejpressa pas néammoins de satisfaire à ses désirs. Ce fut entre lui et les capitouls une série de négociations, qui durèrent jusqu'en mars de l'année suivante. Les réponses toujours différentes de ceux-ci et les fluctuations de leur pensée donnent une idée bien caractéristique de Tétat déplorable dans lequel l'absence d*un horizon politique rassurant et bien défini jetait le midi de la France.

Le 14 décembre, comme le bruit courait dans le pays que le

(1) Pièce justificative XVIII.

(2) Arch. B.-Pyr E, 428.

(3) Archives municipales de Toulouse : Délibérations des Capitouls : irol. 430. f» 5.

dauphin arrivait avec une armée , les capitouls se hâtèrent d'expédier au comte des députés chargés de le supplier de prendre en mains les intérêts de la province et d'en accepter le gouvernement (1). Fort de cette démarche, Jean chargea trois de ses officiers, Géraud de Mauléon, Jean d'Andoins et Bertrand de Maysonnave, d'aller assurer les magistrats toulousains de sa bonne volonté h l'égard du pays de Languedoc et de leur présenter une fois encore les lettres de sa lieutenance, en les pressant à nouveau d'obéir (2).

Les députés du comte arrivèrent à Toulouse, le 27 décembre. Mais, pendant cet intervalle, les capitouls avaient vu leurs craintes se dissiper et leurs premier enthousiasme se refroidir. Le lendemain, ils demandaient un délai pour se concerter, sur le meilleur parti Ix prendre, avec les états de la province, alors réunis h Carcassonne. Ils prétendaient qu'il serait peut-être dangereux de reconnaître immédiatement les pouvoirs du comte de Foix ; mais ils se hâtaient d'ajouter qu'ils n'entendaient pas, en tergiversant ainsi avec leur puissant voisin, faire acte d'hostilité contre ce prince et le dauphin Charles (3).

Impatienté de ces lenteurs, Jean se contenta de répondre qu'il donnait aux magistrats toulousains dix jours pour se décider, à compter du 20 janvier. Il les chargeait également de notifier cette réponse aux états de Carcassonne et de provoquer de ceuxci une résolution définitive avant l'expiration du môme délai (4).

La décision des capitouls ne se fit pas attendre. Dès le 21 janvier, probablement influencés par la présence des commissaires bourguignons, ils déclarèrent que, attendu les défenses récemment faites par le roi de reconnaître un autre pouvoir dans la province que celui du comte de Genève, il leur était impossible d'obéir aux injonctions du comte de Foix (5).

L'attitude des capitouls était conforme à l'esprit politique de la province. On a vu qu'il avait fallu bien peu d'efforts aux commissaires bourguignons pour convertir à leur cause les populations languedociennes. Malheureusement, les magistrats municipaux de Toulouse avaient bien mal choisi leur moment pour répondre à

(1) et (2) Arch. municipales de Toulouse ; v. 430. (3) et (i) Arch. inuri. de Toulouse, même registre. (5) Arch. municipales do Toulouse, ibid.

rhabile fendataire par un refus d'obéissance aussi catégorique. Le comte, en effet, venait enfin de recueillir le fruit de sa politique équivoque et ambitieuse et, la veille du jour où les capitouls lui signifiaient leur décision, le duc de Bourgogne abandonnait le comte de Genève et, sur les conseils de ce prince, le roi nommait à sa place le comte de Foix (i).

Avec cette seconde nomination, Jean atteignait le but que sa politique avait poursuivi. En entrant ainsi dans les bonnes grîices des deux partis, il avait le champ libre dans la province et pouvait désormais, sans redouter une seule compétition, arborer franchement son drapeau. 11 s'empressa de notifier la teneur des lettres royales aux officiers de la sénéchaussée de Toulouse et aux états du Languedoc, qui délibéraient toujours à Garcassonne (2). Malheureusement, le comte de Genève n'avait pas accepté bénévolement sa disgrâce et paraissait disposé à la résistance. Sa présence en armes dans le diocèse de Toulouse empêcha le comte de Foix d'aller immédiatement prendre possession de son gouverne* menu

Cette seconde nomination surprit et embarrassa fort les capitouls. Ils avaient montré jusqu'alors quelque répugnance à se rallier à la cause du comte et du dauphin ; mais en présence de cet événement, qui changeait la situation des partis dans la province, ils adoptèrent une nouvelle tactique et agirent de tout autre façon. Volontiers auraient-ils reconnu avec empressement les pouvoirs du comte de Foix ; mais le comte de Genève élait alors dans le pays. Sa présence et celle de ses hommes d'armes paralysaient leur bonne volonté et les empochaient de se prononcer librement. De janvier en avril, recommença entr'eux et Jean une nouvelle série de négociations qui eurent pour objet, celte fois, non pas la reconnaissance des pouvoirs du comte de Foix, mais un rapprochement entre lui et le comte de Genève, rapprochement qui devait éviter à la province les troubles d'une guerre civile. N'osant se prononcer franchement pour l'un ou pour l'autre parti, ils essayaient de les réconcilier. Leurs efforts furent infructueux. Le 17 mars, ils proposèrent une solution qui

(1) Bosse : Recueil de pièces pour servir à l'histoire de Charle^à V/, p. 253. — Vaisselc, IV, p. 448.

(2) Vaissete, IV, 448.

devait, pensaient-ils, concilier et satisfaire les intérêts rivaux et aurait prévenu, si elle avait été acceptée, toute menace de guerre. Insistant longuement sur l'état déplorable du royaume déchiré par les factions ennemies et entamé par l'étranger, ils engageaient vivement les deux adversaires à entrer en accommodement, à confier à quelques personnes sages, qui agiraient en leur nom collectif, le soin d'administrer la province et à tourner exclusivement leurs efforts contre les ennemis du roi et de la patrie (1). Vaine tentative ! Les deux partis allaient en venir aux mains.

Après deux mois de silence, le comte se décida à agir. Déjà, en mars, le bruit avait couru dans la province qu'il arrivait suivi de troupes assez nombreuses, et ces rumeurs obligeaient les Toulousains à prendre les mesures nécessaires pour éviter à leur ville les inconvénients qui pourraient résulter de la présence de gens d'armes, capables de tout oser (2).

En réalité, le comte n'arriva à Toulouse que dans la seconde quinzaine d'avril. Le 28, il publia les lettres, qui lui conféraient le gouvernement de la province et se fit installer en grande^ pompe (3). Le même jour, il donna commission au vicomte de Murât, à Jacques de Montant, coseigneur d'Auterive, et à Pierre Foumier, juge de Verdun, d'aller en son nom dans les principales villes des trois sénéchaussées prendre possession de son gouvernement et promettre à tous, Armagnacs et Bourguignons, amnistie pleine et entière en échange de leur soumission (4). Un de ses officiers, le sire de Campagnac, était chargé de la même mission dans l'Albigeois (5).

L'installation du comte en Languedoc mettait fin aux pouvoirs de Tarchevêque de Reims. Dès les premiers jours du mois de mai, ce prélat passait le Rhône et se retirait dans le Dauphiné, dont le prince Charies lui avait confié le gouvernement (6).

A peine arrivé à Toulouse, le comte prit une attitude nettement anti-bourguignonne et se conduisit en partisan du dauphin. Sur

(i) Arch. mun. de Toulouse, v. 430, f»» 45, 50 et^ôl.— Pièce jastificalive XIX.

(2) Arch. mun. de Toul.^ v. 490, folio 51.

(3) Vaissete, IV, 448.

(4) Besse : Recueil de pièces,., j p. 253.

(5) Jolibois : Inventaire des archives d*Albit CG. 115.

(6) Vaissete, IV, 448.

ses injonctions, cette ville se hMa d^embrasser le parti de ce prince. Bien plus, les communes du pays s'engagèrent à lui donner une somme de soixante-huit mille livres tournois, pour l'aider à chasser du Languedoc les hommes d*arnies du comte de Grcnève (1). Afin de pouvoir consacrer à cette besogne toutes ses forces et tout son temps, le comte voulut d'abord assurer la tranquillité des frontières occidentales de la province et, dans ce but, il conclut une trêve d'un an avec le sénéchal des Lannes, qui commandait en Gascogne pour le compte du roi d'Angleterre (2). Libre de toute inquiétude à cet égard, il convoqua les milices de la sénéchaussée de Toulouse, forma, en joignant ces troupes aux gens d'armes que lui avaient fournis ses domaines héréditaires, une assez nombreuse armée, et se mit en devoir de faire la chasse aux soldats du comte de Genève. Celui-ci, que la mort de son père avait fait tout récemment prince d'Orange et que nous nommerons désormais ainsi, dut reculer devant son adversaire et se vit enlever la province aussi rapidement qu'il l'avait conquise, pendant le cours de Tannée précédente. Les villes languedociennes mettaient autant de h&te à se soumettre au comte de Foix qu'elles en avaient mises, en 1418, à se soumettre au prince. Dans les premiers jours de mai, Carcassonne, qu'assiégeaient les troupes de ce capitaine, résistait assez longtemps pour permettre à l'armée dauphinoise d'arriver et de forcer à la fuite les gens d'armes ennemis (3). Le 20, le comte Jean entrait à Montpellier, qui se soumettait sans grande résistance (4). Peu de jours après, Nîmes se donnait au vainqueur (5). Le prince d'Orange se voyait obligé de passer le Rhône et d'abandonner la province. Il ne restait à ce capitaine dans le Languedoc

(i) et (2). Vaissete IV, 448 et 449.

(3) Bouges : Histoire de la ville et du diocèse de Carcassonne [Paris, Gaudouin, 1741). p. 269.

(4) Vaissete, IV, 450, d'après le Thalamus de Montpellier.

(5) D. Vaissete ne parle pas de la prise de cette ville Le fait est cependant réel. Il résulte d un document, conservé aux archives municipales de Toulouse (v. 8496), que des commissaires turent délégués par les états de la province, en octobre suivant, pour aller dans toutes les villes du Languedoc établir Tassiette de la contribution de soixante-huit mille livres qui avait été consentie précédemment en faveur du comte de Foix. Or, ces commissaires disent dans le rapport, adressé par eux aux états à leur retour, (ju'ils ont rempli leur mission à Ntmes, comme ailleurs. L'auraientils pu faire si cette ville avait été au pouvoir du prince d'Orange ?

que les places d'Aigiies-Mortes, de Sommières, du Pont-Sainl- Esprit et du château de Nimes (l) ; encore les deux dernières lui furent-elles enlevées par le dauphin, Tannée suivante.

Dans les derniers jours de juin, tout était fini et le comte envoyait au dauphin deux de ses vassaux, Vévôque de Pamiers et le sire de Coarraze, dire à ce prince que le Languedoc tout entier, à de rares exceptions, était gagné à sa cause (2). Jean était de retour à Toulouse, en juillet. Il y présida les états de la province qu'il avait convoqués dans cette ville, pour le 15 de ce mois (3). D. Vaissele ignore Tobjet des délibérations de cette assemblée; il est également muet sur celle qui fut tenue àBéziers, en août suivant. Faute de documents, nous ne serons pas plus précis et plus complets sur ce point que la savant historien.

D'ailleurs les sessions se précipitent, pendant les derniers mois de 1419, de telle sorte que les états furent convoqués cinq fois. En octobre, ils furent tenus à Carcassonne. Le comte, h qui lo soin des affaires générales ne faisait point oublier ses propres intérêts, leur demanda de régler définitivement le mode de payement des soixante huit mille hvres tournois, que les états avaient consentis en sa faveur, six mois auparavant. Il fut convenu qu'on y pourvoirait en augmentant l'impôt de la gabelle d'une crue de six sols tournois sur chaque quintal de sel vendu dans la province. Des commissaires furent délégués par les états pour aller dans chacune des parties du Languedoc établir l'assiette de cet impôt, et, par lettres du 8 octobre, le comte en ordonna la perception immédiate (4).

Le 25 août précédent, par lettres datées de Mazères, il avait fixé la prochaine session au 10 décembre (b\ à Olonzac, et, dans ses lettres de convocation, il en formulait d'avance le programme, en déclarant qu'il demanderait aux états un nouveau subside destiné

(1) Andoque (Histoire du Languedoc) dit bion que ces villes furent prises par le comte de Foix ; mais aucun texte contemporain ne vient corroorber cette affirmation.

(2) Jolibois : Inventaire des archives d'Albiy e. c. 175.

(3) Jolibois, loc. cit. — Vaissete, IV, 450.

(4) Arch. mun. de TouL, v. 8496 — Bibl. Nat. : Fonds latin, 9177, folio 222. — Vaissete, IV, 450.

(5) Et non le 5 décembre, comme Taffirme D. Vaissete. — Olonzac : Hérault, arr. StPons.

à contribuer au payement de la rançon du duc de Bourbon, que les Anglais retenaient prisonnier depuis Azincourt(l). Mais un événement d'une importance capitale provoqua une convocation plus immédiate des trois ordres de la province. Dans les premiers jours d'octobre, arrivait en Languedoc la nouvelle de la catastrophe du pont de Montereau (10 septembre).

Pour mettre un terme aux luttes intérieures et amener dans les esprits un apaisement bien désirable, une entrevue avait été ménagée entre les chefs des deux partis. Cette entrevue eut malheureusement de fâcheuses conséquences; les explications échangées par les deux princes ennemis prenaient, dès le principe, une tournure des plus vives, et le duc de Bourgogne élait tué sous les yeux du dauphin (2). Ce tragique événement provoqua dans tout le rovaume un immense retentissement. Les suites en furent désastreuses pour la tranquillité du pays. Il accentua les haines politiques et rendit de longtemps imposssible toute réconciliation entre les partis. En jetant les Bourguignons dans Taliiance anglaise, il eut pour conséquence la conclusion du traité de Troyes et l'abandon de la France à un roi étranger.

Le dauphin avait adressé, le 27 septembre, à toutes les villes du royaume, des lettres-circulaires qui expliquaient sa conduite et engageaient les peuples à la soumission. Au reçu de ces lettres, le comte se hâta d'appeler les états à Béziers, en novembre, pour délibérer avec eux sur le meilleur parti h prendre dans ces conjonctures. Il avait l'intention de faire confirmer par cette assemblée l'adhésion de la province au parti du dauphin ; mais il changea bientôt d'avis ; voici comment : ATinstigation delà reine, le roi avait envoyé dans le Midi un certain Gui de la Brosse, moine et sacristain du Pont-Saint-Esprit, qui avait mission de faire connaître aux populations méridionales tous les détails du meurtre de Jean Sans-Peur et de notifier au comte et aux états du Languedoc sa résolution formelle de venger le duc. Il les engageait à suivre l'exemple des villes du Nord qui, comme Paris, Amiens et Troyes, lui restaient fidèles et leur enjoignait de lutter énergiquement contre le dauphin et ses partisans. Soit qu'il vit la cause de ce prince

(i) Bibl. Nat. Collection du Languedoc, v. 88, fo 237. (2) Voir, sur le meurtre de Montereau, l'œuvre récente de M. du Fresne de Beaucourt : Charles VII, I. p. 128 et suiv,

dans une assez mauvaise voie pour que ses intérêts eussent à souffrir d'être liés aux siens, soit que la mort de son frère Archambaud, tué à Montereau aux côlés du duc de Bourgogne, l'eussent indisposé contre les adversaires de la victime, le comte finit par céder aux discours de la Brosse et se déclara pour les Bourguignons (1).

Son hostilité contre le prince Charles dut probablement se manifester dès le mois de décembre, car, vraisemblablement à la nouvelle de ce changement de politique, nous voyons le dauphin quitter Bourges, le 21 de ce mois, et se diriger vers le Languedoc (2). Le prince était d'ailleurs, pour plusieurs motifs, mécontent de son lieutenant. Non seulement, le comte jouait entre les deux partis un rôle assez équivoque ; mais encore il détournait à son profit les deniers royaux perçus dans son gouvernement (3). En outre, se fondant sans doute sur des lettres datées du 12 février 1419, par lesquelles le dauphin lui avait donné le pouvoir de transporter dans les villes de son obéissance les monnaieries royales établies dans certaines villes rebelles, le comte avait installé dans ses domaines, à Pamiers, un atelier monétaire et y faisait frapper une monnaie blanche à laquelle on donnait le nom de Guillems (4). Au lieu d'en attribuer le profit au trésor du dauphin, il trouvait plus simple de se le réserver. Bien plus, cette monnaie était fabriquée à faux poids et à moindre titre que la monnaie royale. Son frère, Mathieu, devenu depuis peu comte de Comminges, imitait son exemple et avait établi à Salies (5) une fabrique analogue.

Ces méfaits, mais surtout le changement de politique du comte de Foix, appelaient une punition sévère. Le comte était désormais un danger pour la cause du dauphin dans les provinces méridionales. Aussi ce prince résolut-il de le révoquer de ses fonctions. Charles vint en Languedoc ; il lui était plus facile do se débarrasser sur les lieux même d'un lieutenant hostile et dangereux. Sa

(i) Vaissele, IV, 450.

(i) Du Fresne de Beaucourt, Charles Vil, î, p. 196.

(3) Juvénal des Ursins (éd. Buchon, ii Tannée 1419;. — Bern*, dans Gck* deiroy, p. 439.

(4) Bibl. Nat.: Collection du Lang., v. 88, fo 236, et v. 89, f» 25.

(5) Salies : Haute-Garoime ; Arr. St-Gaudens.

venue fut notifiée au comte, le 15 février (1420). Quinze jours plus tard, il faisait son entrée à Toulouse (1).

Jean était alors occupé à délibérer avec les états de la province, réunis à Carcassonne, sur le meilleur parti à prendre dans ces conjonctures. C'est probablement dans cette ville que la révocation vint l'atteindre, car, dès ce moment jusqu'en 1425, où il fut réintégré dans ses fonctions, on ne le voit plus agir officiellement en Languedoc .

Cette révocation accentua et rendit pour longtemps définitive la rupture du comte avec le dauphin. Du mois de mars 1420 au milieu de Tannée 1422, son attitude dans le Sud-Ouest est complètement hostile au parti français. En août (1420), il prête son appui aux Anglais qui cherchent à s'emparer des châteaux du Fousseret et de Cintegabelle (2), dans la sénéchaussée de Toulouse, sur les frontières septentrionales de son comté de Foix (3). L'année suivante, il favorise la résistance de Béziers contre le comte de Clermont, capitaine général pour le dauphin dans la pro\ince. Ses émissaires ^'introduisent dans la ville rebelle et encouragent les habitants à la révolte. C'est lui qui dicte, le 19 juin (1421), la capitulation qui doit iiutlre lin à la résistance des Biterrois, et le dauphin, par ses lettres du 17 août suivant, est obligé de l'accepter entièrement, à de légères modifications près (4).

Tous ces faits grandissaient l'importance du comte dans le Midi. Il devenait de plus en plus l'homme nécessaire en ces régions et, malgré son attitude toujours douteuse et intéressée, les partis n'hésitaient pas à lui faire de nouvelles propositions. Peu de temps après sa destitution, il recevait à Orthez la visite du captai de Buch, son frère. Ce grand seigneur, qui avait repris en Guyenne les traditions anti-françaises des Grailly et servait avec dévouement la cause des rois d'Oulre-Manche, venait, au nom de Henri V, informer son frère des négociations alors pendantes entre ce monarque et Charles VI et l'engager à se rattacher désormais à l'Angleterre. L'épée de connétable ou la lieutenance du Languedoc

(1) Vaissete,IV. 451.

(2i Fous8eret et Cintegabelle : Haute-Garonne, Arr. Muret.

(3; et (4). Vaissete. IV, 456 et 457.

devaient être la récompense de son adhésion (1). Le comte accueillit assez favorablement ces ouvertures. Néanmoins, comme il se savait indispensable à tous et, par conséquent, maître de choisir son heure, il ne voulut point s'engager trop vite et fit à ces premières avances une réponse évas^ve. Il se borna à envoyer au roi d'Angleterre deux de ses officiers, Gratiende Gramont et Jean de Forton, sans leur donner des pouvoirs suffisants pour négocier une alliance. Leur seule mission consistait à répéter à ce prince la réponse déjà faite au captai : le comte appelait de ses vœux un rapprochement entre la France et l'Angleterre et, quant à son attitude h venir à l'égard du roi Henri V, il se conformerait sur ce point â la volonté du roi de France, son suzerain (2).

Bientôt après était conclu, grâce à la funeste complicité de la reine et des Bourguignons, ce malheureux traité de Troyes(21 mai 1420), qui consacrait l'abandon du royaume des Valois à l'étranger et déshéritait, au profit du roi anglais, le fils et l'héritier légitime de Charles VI (3). Il résulte des actes contemporains que le captai de Buch, à la suite de cet événement, fut de nouveau dépêché par Henri V au comte de Foix (4). L'adhésion du puissant feudataire était indispensable pour assurer dans les régions méridionales l'exécution entière du traité. Si le Nord presque tout entier avait, pour ainsi dire, applaudi aux conventions de mai 1420, le Midi restait en grande partie fidèle à la cause du dauphin. Le comte avait seul assez de force et d'influence pour arracher au prince Charles cette importante partie du royaume. Aussi miton à son acquisition un prix considérable. Revenant sur ses premières propositions, le roi d'Angleterre lui offrait, à son choix, l'épée de connétable ou la lieutenance du Languedoc (5) ; il s'engageait, en outre, à lui faire rendre la vicomte de Lautrec, qui appartenait autrefois aux Foix-Béarn, mais que les évène-

(1) Bibl. Nal.: Collection Doat, v. 214, folio 53.

(2) Hyiner : Fœdera, conventiones et acta publica^ X, p. 46.

(3) Voir le texte du traité dans le recueil des Ordonnanas^ tome X!, 1». 86.

(4) Bibl. Nat. : Collect. Doat, v. 214, folio 53.

(5) Arch. B.-Pyr , E. 436 : Mémoire contenant les propositions Caites aa comte de Foix par le captai de Buch, de la part du roi d'Angleterre.

inents de 1398-1400 avaient soustraite à Tautorité de ces princes (1).

Le conate ne trouva pas cependant ces offres assez séduisantes • Il acceptait volontiers la lieutenance du Languedoc et le don de la vicomte de Lautrec ; mais il désirait y voir ajouter le comté de Bigorre et les fiefs seigneuriaux de Tournay, de Thor, de Calment «t deMarquefave, sur lesquels il prétendait avoir des droits et qui d'ailleurs étaient, disait-il, d'un bien mince revenu pour la Couronne de France. De plus, il demandait trois mille francs par mois d'appointements, comme lieutenant et gouverneur du Languedoc, et mille livres par mois pour les émoluments de ses officiers. Il réclamait enfin l'autorisation de conserver son atelier monétaire de Pamiers (2).

Par des lettres données à Lescar, le 30 octobre 1421, le comte chargea trois de ses offlciers, Bertrand de Domazan, Jean de Sauterisse et Jean de Forton, d'aller soutenir ces prétentions devant les rois de France et d'Angleterre (3). Ceux-ci furent obligés de souscrire presque entièrement aux volontés de leur trop puissant vassal et, le 3 mars suivant, à Saint-Faron-lès-Meaux, après que les ambassadeurs béarnais eurent promis sous serment l'adhésion de leur maître à la teneur du traité de Troyes et reconnu le roi anglais comme l'héritier de la Couronne des Valois, le roi de France confiait au comte de Foix le gouvernement du Languedoc et de la Bigorre. Il lui accordait un délai de six ans pour donner la preuve certaine que le comté de Bigorre et les seigneuries de Thor, Calmonl et Marquefave lui appartenaient réellement et promettait, si cette preuve était concluante, de les lui abandonner à tout jamais. La monnaie de Pamiers était tolérée pendant quatre ans, à condition que les officiers en seraient nommés par le roi et que les pièces y seraient fabriquées au môme titre que celles du royaume. Au premier juin, le comte était tenu de se mettre en campagne et de faire la guerre aux partisans du

(1) La vicomte de Lautrec avait été confisquée sur le comte Archambaud, à la suite de la guerre que ce prince soutint, de 1398 à 1400, contre les troupes de Charles V. (Voir le premier chapitre de ce présent travail).

(2) Arch. B -Pyr. E, 436 : Instructions données par le comte de Foix aax ambassadeurs qu'il envoyait au roi d'Anglctene pour négocier une alliance avec ce prince.

(3) Pièce justificative XX.

dauphin, à la tête de mille hommes d'armes et de mille hommes de trait. Pour l'aider à commencer cette campagne dans de bonnes conditions, on lui paierait d'avance les deux premiers mois de gages de ses soldats, soit une somme de douze mille sept cent cinquante écus d'or. Enfin, ses émoluments étaient fixés à sept cent cinquante écus d'or par mois (1).

Le lendemain, le roi déterminait par de nouvelles lettres l'étendue des pouvoirs confiés au comte en Languedoc. Il avait la connaissance de toute affaire civile ou criminelle qu'il lui plairait d'examiner, pouvait accorder, au nom du roi, des lettres de rémission, recevoir à merci tous ceux qui manifesteraient l'intention de se soumettre, punir et contraindre par la force à l'obéissance tous ceux qui se montreraient rebelles. La nomination des officiers royaux dans la province était à sa di.scrétion, sous la réserve de l'autorisation royale. Il avait enfin le droit, lorsque cette mesure lui paraîtrait nécessaire, de convoquer les états généraux du Languedoc pour en obtenir des ressources pécuniaires (2). Les mêmes pouvoirs lui étaient confiés dans la Bigorre (3).

Le captai de Buch, que les deux rois avaient chargé de porter à Jean le texte de ces conventions, arriva trop tard auprès de lui pour que le comte put au premier juin, selon les termes du traité, entrer en campagne contre le dauphin. Le 22 juillet, par un acte daté d'Orthez, Jean pria ses alliés de renvoyer cette échéance au 15 avril de l'année suivante. En renvoyant à une époque si lointaine l'exécution de ses engagements, le comte prétendait vouloir laisser au roi anglais le temps de répondre à ces nouvelles propo* sitions (4).

Henri V et Charles VI moururent dans ces conjonctures, et les affaires du Languedoc furent quelque peu oubliées par les conseillers du nouveau roi, Henri VI. Le comte reçut huit mois après seulement, en mars 1423, une réponse conforme à se» exigences. Malheureusement pour l'Anglais, cette réponse arrivait trop tard. Toujours politique et faux, l'ambitieux feudataire avait

(1) Rymer : Acta publica... X, 176.

(2)Ryiner, ibid. p. 181.

(3) Rymer, ibid.

(4; Rvnier, p. 230. — Delpit : DocumenU français en Angleterre^ ^

déjà renoué avec le dauphin. Nous avons la preuve certaine que, dès les premiers mois de Tannée 4422, alors que ses ambassadeurs obtenaient des Anglo-Bourguignons, à Saint-Faron-lès- Heaux, toutes les concessions qu'il avait demandées, les négociations étaient reprises entre lui et le prince Charles. Celui-ci, en mars ou avril, lui avait envoyé l'archevêque de Reims pour s'informer de ses intentions et lui offrir à nouveau, en échange de son alliance et de son appui, le gouvernement du Languedoc (1^. Mais ces négociations traînèrent en longueur. Le comte devait probablement, selon la marche des événements, se rapprocher tantôt de l'un, tantôt de l'autre parti, car nous remarquons dans la conduite du dauphin à son égard diverses phases successives de bienveillance et de sévérité, qui avaient vraisemblablement pour causes premières les fluctuations pohtiques de Jean. Le 8 octobre 1422, par exemple, Charles permet aux états du Languedoc, réunis à Béziers, de s'imposer extraordinairement, afin d'achever le payement de la somme de soixante huit mille livres tournois, que la province avait octroyée au comte, en 1419, pour l'aider à rejeter au delà du Rhône les Bourguignons du prince d'Orange (2). Deux mois plus tard, le 19 décembre, il s'élève contre la Monnaie, que Jean conservait à Pamiers malgré ses défenses, et renouvelle à cet égard les ordonnances déjà lancées en 1419 et en 1421 (3).

Les graves événements qui marquèrent les derniers mois de l'année 1422, c'est-à-dire la mort d'Henri V (août) et celle de Charles VI (21 octobre), influèrent sur les résolutions du comte Jean. Il adopte, dès le commencement de Tannée suivante, une nouvelle attitude politique. Jusqu'alors, tout en entretenant des relations avec les deux partis, il semblait pencher depuis deux ans et penchait en réalité pour l'alliance anglaise. Maintenant, sans rompre brusquement toutefois avec les conseillers du roi d'Angleterre, il va se tourner vers le parti français.

Sa réconciliation définitive avec le dauphin, alors devenu le roi Charles VII, date du mois de mai 1423. Le jeune roi voulut bien

li) Arch. mun. de Toulouse : Délibérations des Capitouls, v. 431,

(2) Bibl. : Nat. Coll. du Languedoc, v 88. f» 228.

(3) CfS lettres sont datées de Bourges. Bibl. Nat. : Coll. du Lang. v. 88,

oublier que le comte avait traité avec ses ennemis et lui accorda pour ce fait des lettres de rémission (1). La longue question de la forge monétaire de Pamiers fut aussi définitivement résolue. Jean trouva le moyen de justifier cette faute en déclarant que, s'il avait installé une Monnaie à Pamiers, c'était dans un but utile au prince Charles et que, s'il y avait fait fabriquer des pièces à moindre titre que les pièces royales, c'était pour employer les profits, qu'il tirait de cette fabrication, à la solde des gens de guerre qui l'aidèrent, en 1419, à débarrasser le Languedocdu comte de Genève et à conquérir cette province à la cause du dauphin. Bonnes ou mauvaises, Charles VII dut se contenter de ces raisons.

Néanmoins, malgré ce changement d'attitude, le comte était lié avec le roi d'Angleterre et par les serments de ses ambassadeurs et par les siens. Aussi n'osa-t-il pas rompre immédiatement avec son ancien allié, et nous voyons, pendant le cours de l'année 1423, Jean et le conseil anglais, séant à Bordeaux, échanger tour à tour de nombreuses lettres, celui-ci pour demander au comte l'explication de son silence et de son inertie, celui-là pour essayer tant bien que mal de lui en rendre compte.

Les ministres de Henri VI avaient, par lettres des 6 mars et 18 avril 1423, accordé au comte le délai que celui-ci demandait pour l'exécution de ses engagements dans sa missive du 22 juillet précédent. Ils confirmaient, en outre, le traité intervenu, en 1422, entre Jean et le feu roi, renouvelaient les pouvoirs confiés au comte dans les provinces de Languedoc et de Bigorre, et le sommaient de tenir jusqu'au bout ses promesses, de reconnaître leur jeune maître comme souverain légitime de la France et de faire au roi Charles une guerre incessante (2).

L'un des secrétaires de Henri VI, Pierre Guiraud, avait été chargé de porter h Jean la réponse et les ordres dn monarque anglais. Il arriva le 8 juin à Bayonne. De cette ville, il écrivit au comte pour lui annoncer sa venue et lui demander un entretien ; il voulait, disait-il, lui remettre en personne les lettres du roi, son maître, et causer avec lui sur leur contenu. Jean ne répondit pas.

(1) BihI. Nat.: Coll. du La .g , v. 89, fo 25 — Coll. Doat, v. 214, foQ.

(2) Rymer : Acta puhlira.. . X. p 273 et 275. — Archives hiittoriqucs de la Gironde, XVI, i». 26 et suiv. — Catalogue des rôles gascons^ 1, p. 204 et suiv.

Etonné de son silence, Guiraud réécrivit de nouveau, le 21 juillet suivant (1). De son côté, le conseil anglais de Bordeaux avait par une lettre appris au comte l'arrivée de Guiraud et demandé pourlui une audience. Le comte répondit qu'il serait heureux de voir l'ambassadeur du roi d'Angleterre et d'apprendre de sa bouche ce qu'il était chargé de lui faire connaître; mais, comme il était alors dans son comté de Foix et séparé des possessions anglaises par des contrées hostiles à la cause du roi Henri VI, il n'osait courir le risque de se mettre en marche dans ces régions dangereuses pour se rapprocher de Guiraud. Pour les mêmes motifs, il ne voulait point engager le négociateur anglais à entreprendre ce périlleux voyage (2) .

Cette raison était spécieuse. Le conseil de Bordeaux ne s'y arrêta pas. Il écrivit de nouveau, le 23 juillet, et pria le comte de se rendre en sa vicomte de Béarn, c'est-à-dire à proximité de Bordeaux, afin de pouvoir plus aisément s'aboucher avec Guiraud, le jour, au lieu et à l'heure qu'il lui plairait d'indiquer (3). Le comte répondit évasivementà ces demandes, alléguant toujours les dangers qu'il y avait h traverser la Guyenne, mais ajoutant que, si Guiraud tenait absolument à le voir, il n'avait qu'à se rendre dans le comté de Foix, où il serait accueilli et écouté volontiers. Par ses lettres du 10 septembre, le conseil anglais acceptait le rendezvous qu'offrait le comte ; mais il désirait que ce rendez-vous eut lieu en Béarn et demandait, en outre, un sauf-conduit pour son ambassadeur (4).

Jean répliqua qu'il ne pouvait délivrer de saufs-conduits, que son intention n'était pas d'aller actuellement en Béarn, et que d'ailleurs Guiraud aurait pu le voir dans ce pays, s'il avait effectué son voyage avant le 15 avril précédent, comme Jean le demandait au roi d'Angleterre par ses lettres du 22 juillet 1422 (5).

Le lendemain, le comte répondait dans le même sens h Pierre Guiraud. Il ajoutait cependant qu'il serait heureux de recevoir sa visite et l'engageait à le venir voir pendant le cours des deux mois suivants dans le comté de Foix ; mais, quant au sauf-conduit

(1) Pièce iustilicative XXI

(2) et (3) Pièce justificative XXII.

(4) Pièce justificative XXIII.

(5) Pièce justilicaiive XXIV.

demandé, il ne pouvait le lui donner pour traverser des terres qui ne lui appartenaient pas (1).

Les négociations continuèrent toujours sur le même ton, le conseil anglais demandant, le^comte se dérobant, jusqu'aux premiers mois de l'année suivante (1424). En novembre (1423), nouvelles lettres des conseillers bordelais. Un certain Papailhon, porteur de ces lettres, revient à Bordeaux, le 28, annonçant que le comte ne voulait donner aucune réponse, sous le prétexte étrange que ces lettres ne portaient point le nom de leur auteur et qu'il en ignorait, par conséquent, la provenance. Le 24 décembre, les Anglais reviennent encore à la charge, envoient à leur insaisissable allié les lettres royales du 6 mars et le somment, une (ois de plus, d'accorder aux ambassadeurs anglais une entrevue dans sa vicomte de Béarn (2).

La réconciliation du comte avec Charles VII était alors sur le point d'aboutir à une alliance définitive. Jean allait recevoir du jeune roi, avec d'autres avantages, le gouvernement du Languedoc et la direction de la cause française dans le Sud-Ouest. Aussi crut-il le moment venu de rompre complètement avec l'Angleterre. Sa réponse, datée du 6 janvier 1424, aux lettres anglaises du 24 décembre précédent, fut donc une fin de non recevoir définitive (3). De plus, pour se disculper ii l'avance du reproche qu'on allait lui faire de trahir la cause du roi d'Angleterre qu'il avait juré de servir, bien plus que pour calmer les scrupules de sa conscience, il chargea (5 mars) un de ses plus habiles juristes, Pierre de Rébonit, juge-mage du comté de Foix, d'approfondir la question et de lui dire s'il était tenu ou non de remplir ses engagements envers l'Anglais. Pierre de Rébonit répondit selon les secrets désirs du comte et, se fondant sur cette considération que les serments faits à une personne s éteignent avec la mort de cette personne, il réussit à prouver par une argumentation longue et spécieuse que la mort de Henri V et celle de Charles VI avaient rendu à Jean toute sa liberté d'action, et qu*il n'avait, par consé-

(1) Pièce justificative XXV.

(2) Pièce jusUficative XXVI.

(3) Pièce justificative XXVII.

quent, aucun engagement h tenir envers l'héritier de ses deux anciens alliés (i).

Fort de cette assurance, le comte cessa toute négociation avec les conseillers du roi d'Angleterre et se rallia définitivement à la cause du roi Charles VU .

(1) Le texte de cette curieuse consultation a été conservé. Il est à la Dibliotbèque Nationale dans un des registres de la collection Doat (y. 214, f» 52).

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