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faits principaux — les navigateurs du port de Dieppe atteignaient la côte de Guinée et y fondaient, sous les noms de Petit-Dieppe et de Petit-Paris, des établissements commerciaux qui ne tardèrent pas à atteindre une grande prospérité. C'est avec la Guinée que les Dieppois commencèrent l'importation de l’ivoire, qui les amena promptement à créer l'industrie de l'ivoirerie ; on sait quelle supériorité sans rivale ils atteignirent dans la confection des mille travaux d'art, de goût et de patience auxquels ils surent employer l'ivoire.
A la Rochelle, en 4370, c'est encore un Dieppois, Ambroise, dit Æouche- Négre, qui amène une flotte devant le port assiégé et force les Anglais à se retirer,
En 1402, Jean de Béthancourt retrouve trois des f/es Fortunées des anciens : ce sont Goméra, Fortaventura et de Fer, du groupe des Canaries.
En 1485, les Anglais ayant attaqué quelques vaisseaux du port de Dieppe, les Dieppois arment une flotte, s'emparent de tous les navires anglais qu'ils peuvent rencontrer et ne consentent à les rendre qu'après avoir imposé et fait accepter leurs conditions.
Le petit port qui, on l’a vu par ce qui précède, n'avait jamais manqué une occasion d'entrer en lutte avec la grande nation, lui avait, cette fois, directement fait la guerre, et la grande nation avait été vaincue.
Deux navigateurs dieppois se disputent l'honneur d'avoir découvert le fleuve des Amazones : Jean Cousin, qui précédemment avait signalé la pointe des Aiguilles (cap de Bonne-Espérance), et François Pinzon ; la chronique prétend même que ce dernier, chassé de la marine dieppoise pour un acte d'insubordination, se retira à Gênes, se lia avec Christophe Colomb, fut l’un des inspirateurs de sa découverte et le suivit dans ses voyages avec le grade de capitaine.
La découverte de la pointe des Aiguilles, qu'elle soit son œuvre ou celle de Pinzon, avait fait concevoir à Jean Cousin la possibilité de joindre les grandes Indes par mer en contournant l'Afrique. Il accomplit ce voyage en 4491 et revint, dit-on, chargé de richesses.
A Thomas Aubert, dont j'aurai l’occasion de reparler, les Dieppois attribuent la découverte du fleuve Saint-Laurent en 4508; aux frères Parmentier, celle de l'île de Fernambouc, en 4520 ; à l'aîné des Parmontier, Jean, un voyage aux côtes de la Chine; et les chroniques ne manquent jamais de constater que ces heureux navigateurs tirent toujours un grand profit de leurs expéditions.
Le seizième siècle est fécond encore en faits à la gloire de la marine dieppoise.
En 1555, c'est Louis de Bures, dit d'Épineville, qui, à la tête d’une flotte partie de Dieppe, attaque une flotte espagnole de vingt-quatre vaisseaux, en
détruit huit, s'empare de huit autres et ne laisse échapper les derniers que grâce aux incendies qu'il a allumés à leurs bords.
En 1560, Jean Ribault aborde la côte de la Floride et y fonde un établissement commercial.
En 1599, Chauvin tente, sans succès, l'établissement d'une colonie sur les bords du fleuve Saint-Laurent plus heureux, en1608, Champlain, qu'on a surnommé /e père de ln Nouvelle-Franve, remonte le fleuve jusqu'au cap Diamant et y fonde la ville qui devait pius lard devenir la capitale du Canada : Québec.
En 4697, les Dieppois prennent une part active à la guerre déclarée à la France par Charles 1°", roi d'Angleterre. En 1635, ils fondent encore quelques colonies au Canada et au Brésil, et Dyel d'Esnambuc prend, au nom de la France, possession de la Martinique.
Pourtant l'étoile si longtemps resplendissante de la marine dieppoise commence à pälir, et les revers succèdent aux prospérités.
Dès 1611, les Hollandais, après avoir battu les Dieppois, s'emparent du fructueux commerce que le port normand faisait avec les tles Moluques ; dès 1629, les Anglais prennent Québec, qui ne fait retour à la France que quelques années plus tard.
Au dix-huitième siècle, la marine dieppoise est en pleine décadence ; les expéditions lointaines sont abandonnées, et la vieille cité normande semble s'endormir dans le souvenir de ses gloires passées.
Ce préambule, un peu long peut-être, me sera pardonné, je l'espère ; il h'était pas inutile, selon moi, à l'étude que j'entreprends sur la puissante personnification de la marine dieppoise au seizième siècle. 11 aura fait comprendre à mes lecteurs le véritable caractère de ces navigateurs et aussi les différences notables qui existent entre l'organisation maritime de ce temps-là et celle du nôtre.
On aura remarqué, je n'en doute pas, la puissance et l'indépendance de ce potit peuple, commerçant ayant tout, mais qui, toujours armé en guerre, ne craignait pas de se mesurer avec les plus grandes nations, quand ses intérêts ou seulement son amour-propre l'y obligeaient. Nous verrons, dans la suite de ce récit, le héros dont j'ai entrepris de retracer l'histoire attaquer le roi de Portugal dans sa propre capitale et traiter d'égal à égal avec ses ambassadeurs.
Nous verrons à quel degré de richesse et de puissance pouvait, en ce temps, s'élever un homme, sans fortune appréciable au début, mais soutenu par une inébranlable volonté et secondé par une grande intelligence.
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Jean Ango naquit en 4480; il était fils d’un armateur du port de Dieppe qui, bien que représenté pauvre par quelques écrivains, devait cependant être dans une situation audessus de la moyenne, car il est certain que
* Jean Ango reçut une brillante éducation.
De plus, ce fut le père d'Ango qui eut, en 1508, la première idée de tenter une colonisation à Terre-Neuve. Deux de ses vaisseaux, la Pensée, commandé par Thomas Aubert, etun autre, sous le commondement du Florentin Jean Veyrassen, entreprirent par son ordre un voyage d'exploration.
Aubert ne se rangea pas au parti de la colonisation, mais il conseilla le commerce des pelleteries et l'organisation de la pêche à la moruesur une grande échelle.
L'armateur apprécia l'excellence des avis d'Aubert, les suivit et s'en trouva bien.
Selon tous les chroniqueurs — Asseline excepté — la jeunesse de Jean se passa sur mer. Officier d'abord, puis capitaine, il visita l'Afrique et les grandes Indes et dut faire partie de plusieurs de ces expéditions hasardeuses et lointaines dont, on l’a vu par le précédent expôsé, le début du seizième siècle fut si fécond.
De ces voyages, toujours fructueux, on le sait, Ango dut vraisemblablement rapporter, outre une grande science des choses de la mer et du commerce, les premiers jalons de l'immense fortune qu'il édifia plus tard.
11 ést bon de remarquer aussi que, vers le même temps, la mort de son père — bien qu'on ne puisse en préciser la date — dut faciliter ses débuts comme armateur. FRANS
Il est probable que Jean Ango se maria plus tôt qu'on ne le faisait généralement de son temps, circonstance qui dut contribuer à le faire renoncer aux longs voyages. ie 7.1
On ignore le nom de la demoiselle qu'il épousa, mais elle était certainement de qualité; elle portait : d'argent à trois moletles d'éperon de sable.
Nous retrouverons une de ces molettes d'éperon dans les armes de
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Jean Ango, devenu vicomte de Dieppe, et qui étaient : de sable au chef d'argent chargé d'un lion marchant de sable avec une molette d'éperon.
1 eut une fille nommée Marie, qui naquit le 28 juillet 1544 et fut baptisée à Saint-Patrice de Rouen. Cette fille ne devait pas être son premier enfant, puisqu'une lettre de Marguerite de Navarre, écrite en 1526, parle d'un certain de Bures qui était le gendre de Jean Ango.
On a des détails assez curieux sur cette Marie Ango.
M. le comte de Bastard a possédé un magnifique livre d'heures qui, selon toutes probabilités, dut appartenir à la fille de l’armateur.
Sur le premier feuillet, Ango, sa femme et une jeune servante sont représentés à genoux et priant; vient ensuite une de ces pièces de vers par lesquelles il était alors d'usage de consacrer les joies ou les douleurs familiales.
Il est permis d'attribuer ces vers à Ango, qui, ainsi que s’en fournirai une autre preuve plus tard, trouvait au milieu de ses innombrables occupations quelques loisirs pour taquiner la Muse.
Je reproduis ces vers, curieux à plus d’un titre; d'abord ils ont bien la facture et la grâce naïve des poésies de ce temps-là; il est certains d’entre eux que Clément Marot ne désavouerait pas; ensuite, au point de vue historique, qui nous occupe tout particulièrement, ils sont précieux par la précision des détails qu'ils renferment, et aussi, comme on le verra, par les sup-
- positions qu'ils peuvent faire naître.
Puisqu’il t'a peu me donner une Fille,
Que j'ay tenue et advouée à tenir
De ta bonté tout le temps advenir,
S'il te plaisait, à ce, me recepvoir,
Fût-ce mon corps, mon cueur et mon avoir, A ton plaisir, sans toi habandonner, - Pour le beau don qu’il t'a pleu me donner. - Ce fruit procède de ta bonté immense.
Pour exalter ta bonté et clémence,
J'ai bien voullu le jour qu’elle nasquit
Et du baptême qu’en ce monde elle acquist En rédiger à présent quelque chose.
L'an de grâce mil cing cents et quatorze, Le vingt-huit de Juillet devant aoust,
À onze heures du matin par grant chault Marye naquist, c'est une chose vraye,
Son parrain fust le seigneur de la Haye Guillem. Aubert, conseiller de.la ville
Meur de sens, pondéreux et habille ;
Ses marraynes, honnestes damoiselles,
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Parfaitement leur renommée le preuve,
C'est Katherine Aubert, la bonne veulve, Maître Loys de Quievremont nommé
De Heudreville seigneur bien renommé
Et conseiller du roy en la grant court
De Parlement où honneur bruit et court.
Et la seconde, c'est bien droit qu'on la nomme Perrette Ango, espouse de noble hommc- Jehan de Croismare, vray seigneur de Saint-Just, Autant begnin que jamais homme fust, Général sur le faict de la justice
De la grant court des aydes bien propices.
À Saint Patrix sur les fonts du baptême
Marye Ango print et recuest'son cresme Reveraulment, sans honneur desvoyer
En ce mesme an, le dernier de Janvier,
Le Roy Loys douzièsme bienheureux,
Dame Atropos de son dart rigoureux
4 Luy seppara la vye hors du corps.
Le doulx Jésus luy soit miséricors.
L ll résulte clairement de ce morceau, qui constate non seulement la date de " la naissance de l'enfant, mais encore l'heure qu'il ctait et le grant chault 1 qu'il faisait, que, dès 1514, Ango occupait une haute position et était en à rapports d'amitié avec la plus aristocratique société; je ne serais même pas éloigné de penser qu'il était fort bien apparenté. Qu'est-ce en effet que cette dame Perrette Ango espouse de noble homme Jehan de Croismare, si ce n’est une propre sœur de notre héros ?
| b Quant à Guillem. Aubert et Katherine Aubert, /a bonne veufve, le lecteur "| n'est-il pas tenté de reconnaître en eux des parents du pilote Thomas Aubert, qui avait dû certainement jouir d'une grande considération dans la famille, ayant été, grâce à l'expédition de 1508, un des instruments de sa fortune ? Le rapprochement touchant de la mort de Louis XI!, arrivée environ six mois après la naissance de Marie Ango, ne donne-t-il pas la date exacte de la composition de ces vers et ne semble-t-il pas certain qu'ils ont été écrits non immédiatement après la naissance de l'enfant, mais seulement dans le A courant de sa première année ?.
‘11 Pour ne plus revenir sur Marie Ango, constatons que dix-neuf années | À après, en 1533, nous la trouvons mariée à noble homme Nicolas Lesueur, fils F1 de Nicolas, en son vivant sieur du Gauvier et de Bougy et de l'excise de Caen. Les renseignements font absolument défaut pour ce qui concerne la fille aînée d'Ango, qui épousa De Bures.
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En 4820, nous trouvons Ango, riche armateur déjà et ayant affermé successivement les recettes du duché de Longueville et d’Étourville, des abbayes de Fécamp et de Saint-Wandrille et de diverses seigneuries du pays de Caux.
Vers le même temps il acheta aussi les charges fort productives de grènetier et de contrôleur au grenier à sel, et enfin les revenus de la vicomté de Dieppe, qui appartenaient à l'archevêque de Rouen, Georges d'Amboise 11.
L'archevèque, séduit par la vivacité de l'esprit d’Ango, l'audace de ses conceptions, la multiplicité de ses entreprises toujours couronnées de succès, la sûreté de son jugement, son opulence, alors sans morgue, le prit en grande affection et lui fit faire plusieurs connaissances qui lui furent précieuses plus tard quand il s'agit pour lui de se pousser en cour.
En 1595, Ango est à l'apogée de sa fortune, ses vaisseaux sillonnent les mers, commerçant avec les îles Moluques, les grandes Indes, le royaume de Transiana, livrant de fréquents combats aux vaisseaux flamands, anglais, espagnols et portugais, qui ne laissent échapper aucune occasion de disputer les passages et d'entraver les expéditions. :
C'est en cette année 1523 qu’il commence la construction de cette magnifique résidence qui fut longtemps la grande curiosité de Dieppe et l’une des plus belles maisons de bois qu’on ait connues.
Tout le bâtiment reposait sur ün large soubassement de pierre, la façade était en beau bois de chêne et les sculptures, qui représentaient diverses scènes empruntées aux fables d'Ésope, des combats entre Anglais et Normands et de nombreux épisodes de la vie maritime, couraient jusqu’à la corniche et se prolongeaient sur les grandes lucarnes presque aussi hautes que le toit. He
La partie la plus importante de l'édifice, éclairée par de larges et hautes fenêtres à balcon, renfermait un immense salon où tout ce que l'art et le goût de l’époque pouvaient fournir de magnifique était répandu à profusion.
Riches parquets, lambris dorés enchâssant des tableaux des meilleurs maîtres de l'école italienne, alors dans toute se splendeur, somplueux ameublements, étoffes brochées d'or, tapisseries de l'Inde, vaisselle d'argent, à laquelle les riches ciselures dus orfèvres du temps donnaient un prix inestimable, tout cela était réuni dans cette demeure seigneuriale, où le train était princier, mais où l'accueil conservait encore les-traditions de la bonhomie et de la simplicité bourgeoises.
Des fenêtres de ce vaste salon la vue s’étendait sur le port, sur la mer et plongeait dans la vallée jusqu’à la ville et au château d’Arques.
Dans l'intérieur des deux cours, les sculptures étaient répandues avec la même prodigalité que sur la façade; dans le jardin, où l'on rencontrait tous les trésors de la flore du temps, la vue s’arrétait, charmée, sur de nom-
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breusés. statues; grâce à un réservoir installé sur le haut de la maison, on y rencontrait des fontaines jaillissantes du plus pittoresque effet.
Sur la façade était sculpté l'emblème que l’armateur avait adopté et vais il conserva toute sa vie :
Uneisphère surmontée d'un crucifix; deux bandelettes flottantes qui s'échappent:du haut de la croix portent cette devise : Spes mea Deus & juventute mea, Dieu, mon espoir dès mon jeune âge.
Les prodigalités d'Ango n'étaient pas exclusivement consacrées à son lus personnel, la ville et le port de Dieppe lui durent de nombreux embellissements, Il fut un des bienfaiteurs de l’église Saint-Jacques, sa paroisse; il y fit construire Ja chapelle de la Vierge; la chapelle Saint-Yves, alors Saint- Hiérôme, dévint son oratoire; il l’orna richement, fitsculpter son emblème sur les murs, couvrit de splendides tapis les marches de l’autel et le sol de la
chapelle ; donna aux prêtres de magnifiques ornements sacerdotaux. Il était
bon, généreux, charitable, aimé de tous.
La maison de Dieppe terminée, Ango eut le désir de posséder une maison de plaisance à la campagne; il acquit de la famille de Longueil la terre de Varengeville, abattit l'antique castel et commença l'édification d'un nouveau palais connu dans l’histoire sous le nom de Manoir d'Ango..
De ce palais, devenu ferme maintenant, élevé dans un paysage charmant, il né reste plus que des ruines, mais ces ruines permettent encore d'apprécier la magnificence origthale de la construction et Je st air : ne l'ensemble devait avoir.
Les matériaux du pays, habilement ehblerie. ont permis aux ouvriers “cd tracer ces losanges et ces zigzags de silex et de grès qui donnent aux murailles l'aspect de gigantesques mosaïques.
Le:cotps- delogis du midi, le seul ‘qui maintenant permette d'apprécier encore ce que fut le manoir, se rattache à la tourelle contenant l'escalier qui ménait aux grands appartements et du haut de ‘laquelle l’armateur pouvaitcontémpler une immense étendue bornée par cètte mer:que sillonnaient
ses navire: et le port de Dieppe, où il les voyait rentrer portant de tee
richesses.
- Au: Bud iussso, près de la tourelle, un persos a, aujourd'hui: dsipars,
donnait accès à une grande salle à jour ; quatre jolis piléstresen soutiennent les gracieux arceaux enrichis de têtes d'ange qui ont dû'être très finement sculptées ; le haut de la façade entre le fenêtrage est orné de grands losangés de silex imitañt les vieilles maisons de bois; la frise qui court au-dessous des fenêtres est semée de panneaux ronds, carrés ou losanges, qui jadis ont dû contenir ou des têtes sculptées ou des médaillons en faïence peinte.
Toute la façade est coupée par des fenêtres et des portes autour desquelles courent de mignonnes sculptures, malheureusement fort abimées,
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mais parmi lesquelles se répètent encore comme clefs de centre quelques | têtes d'ange d'une ravissante finesse.
Dans l'intérieur on ne retrouve rien ou presque rien de la riche demeure d'Ango; à peine est-il permis de reconstruire par la pensée une monumentale cheminée du premier étage, qui dut être fort belle, à en juger par les morceaux qu’il est encore possible de voir.
Le second étage, aujourd'hui disparu, contenait aussi, dit-on, divers morceaux remarquables autant au point de vue de l’art qu'au point de vue de la richesse. |
Dans la cour, un pigeonnier de forme bizarre bâti dans le goût italien, | en ardoises et briques multicolores, dresse sa grosse masse ronde sans per- b mettre au visiteur de déterminer ce qu'il était réellement dans l'origine.
Donjon paraît une dénomination trop ambitieuse pour cette construction isolée et sans défense aucune qui n'a dû être qu'une fantaisie du propriétaire ou de l'architecte.
Au-dessus d’une grande porte donnant sur la campagne et dont l’un des corps avancés contenait la{chapelle, on voit plusieurs médaillons sculptés ; quelques écrivains ont voulu reconnaître parmi eux François 1°" et Diane de Poitiers, mais les ressemblances sont tellement lointaines qu'il me paraît impossible de s'arrêter sérieusement à cette supposition.
Je serais plutôt de l'avis de ceux qui ont cru voir là les portraits d'Ango et de sa femme, surtout si l’on applique cette supposition au médaillonle 7 plus rapproché de la tourelle et qui contient deux têtes superposées.
Mais, je le répète, en ceci on ne pat s’en tenir absolument qu'aux hypothèses.
M. Vitet, dans une de ses visites au manoir, a découvert sur une fenêtre la date de 1544, ce qui prouverait que, sept ans avant sa mort et bien que la
| construction ait été commencée vers 1534, le richissime armateur faisait | encore travailler à sa maison de plaisance. | Cette visite, indispensable du reste, au manoir d’Ango, nous à pour un ce instant éloigné de son histoire, nous allons la reprendre où nous l'avons Mer | laissée.
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En 1534, Ango était à Varengeville, au milieu de ses architectes, de ses peintres et de ses sculpteurs, quand des amis de cour lui donnèrent avis de la prochaine arrivée du roi François I** à Dieppe.
Le monarque venait passer en revue quelques recrues récemment réunies en Normandie.
Riche et puissant comme il l'était alors, Ango, qui méritait le surnom de Médicis normand, ne pouvait plus ambitionner que les honneurs; il n'eut garde de laisser échapper l’occasion qui s’offrait à lui de faire efficacement sa cour au roi de France.
Il sollicita et obtint de la ville de Dieppe le coûteux honneur d'organiser à ses frais la réception qu'il était indispensable de faire à François Ie".
Le roi fit son entrée à Dieppe le 14 juin 41534, et, si habitué qu'il fût au faste, il demeura ébloui devant la magnificence de l'accueil qui lui avait été préparé.
Des arcs de triomphe, ornés du chiffre, plusieurs fois répété, du roi, offraient à ses regards, dans des encadrements de fleurs et de feuillage artistement disposés, la représentation peinte de ses plus glorieux faits d'armes ; de superbes chevaux, richement caparaçonnés, avaient été mis à sa disposition et à celle de toute sa suite; la bourgeoisie de Dieppe, Ango en
tête, offrait au roi les clefs de la ville et lui faisait cortège jusqu’à la rnaison
de l’armateur, dont celui-ci ne dédaignait pas d'accepter l'hospitalité.
Le roi n'était pas au bout des surprises qui lui étaient ménagées ; la maison d'Ango, si vaste, si riche, si magnifiquement ornée, fut pour lui un nouveau sujet d'étonnement et d'admiration; l'ordonnance des festins, la richesse inouie de la vaisselle d'argent, l'excellence des vins qui lui furent offerts, achevèrent de gagner à Ango les bonnes grâces du monarque,
L'affabilité du roi, sa gaieté communicative, le tour de son esprit, la joie qu’il témoignait franchement d'être si bien traité, enivrèrent Ango, qui, dès ce jour, n’appela plus François I°° que son bon marstre.
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