‹ Jean Ango [microforme]Chapitre 3 sur 11 · JEAN ANGO IT · texte numérisé non relu

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deux, et il semble que Dieu ne fit que pour eux les mers et la terre, et que les autres nations ne sont pas dignes de naviguer '.»

Ces prohibitions, ainsi qu'il arrive d'ordinaire, au lieu de les comprimer, surexcitaient les convoitises; car, s’il est dans la nature humaine de résister à toute tyrannie, la tyrannie commerciale, plus que toute autre, inspire une profonde répugnance. Aussi, une vaste contrebande s’était-elle organisée, dans laquelle les Normands, avec leur caractère audacieux et entreprenant, ne tardèrent pas à se distinguer. Toute expédition maritime se compliquait alors d'aventures de guerre, et chaque matelot devenait en cas de besoin corsaire et pirate. A bord de tout navire s’entassaient à côté des marchandises destinées à la vente ou à l'échange, des armes et des munitions, Car il fallait s'attendre à de mauvaises rencontres, et ne pas s'exposer à succomber sans résistance. De là, le caractère tout spécial des armements de l’époque; de là, ces voyages qui se changent si aisément en courses; de là, ces rencontres dramatiques et ces combats de chaque jour qui rendent si intéressante à suivre dans ses détails l’histoire de la marine française au xvie siècle.

Ango fut à la hauteur des circonstances. Il se rappela que son maître, le roi François Ier, avait un jour demandé qu'on lui montrât l’article du testament d’Adam qui l’excluait des « Terres Neuves », et, sans plus se soucier des bulles pontificales et des ordonnances espagnoles ou portugaises, lança sur toutes les mers ses corsaires déguisés en paisibles marchands, et ses négociants tout disposés à renoncer à leurs calculs pour manœuvrer le canon ou brandir la hache d'abordage. Essayons de les suivre dans les principales directions qu'ils prenaient de préférence et de retrouver sur les mers le sillage de leurs lourdes carènes.

t" Ramusio, Raccolta di Viaggi, t. Ill, p. 352 : « E quantumque essi siano il piu piccolo populo del mondo, non li par peroche quello sià davanzo grande per sodisfare alla loro cupidita. Io penso che essi delibano aver bevutc della polvere del cuore del re Alessandro, che li causa una tal alterazione di tanta sfrenata cupidita, e par a loro tenere nel pugno serrato quello che essi con ambadue le mani non potriano abbraciare, e credo che si persuadano che Iddio non fece il mare ne la terra se non loro, e che le altre nazioni non sieno degne di navigare, »

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