I. AR'I ISTE
des Loges de Raphaël, enroule ses anneaux au tronc du pommier, et, se retenant du bras à une branche, il épie curieusement l'effet de son piège. M. Injalbert s'est gardé de faire un monstre de l'Esprit du mal. La Tentation, pour séduire, devant être ou paraître belle, il lui a prêté le buste voluptueux d'une sirène et le visage fascinant d'un sphinx. Ce tableau de plâtre, — car c'en est un, — empreint du style des belles écoles italiennes, mérite d'être transporté sur le marbre; il fait honneur au jeune artiste: nou? avons rarement vu un meilleur envoi de première année ».
L'arrivée de M. Injalbert à Rome ayant eu lieu dans l'hiver de 1875, c'est-à-dire trop tard pour élaborer une oeuvre et l'expédier à Paris, c'est donc en 1876 qu'étaient écrites les lignes précédentes. Elles furent confirmées par l'opinion générale et, tait plus flatteur, par la décision des artistes, jurés du Salon en mai 1877. Une deuxième médaille attribuant au statuaire le titre envié de hors-concours, fut décernée à son ^davi et Eve. .
Pendant qu'il obtenait ce succès au Palais des Champs-El)'sées, Injalbert travaillait d'arrache-pied aux bords du Tibre. Il s'était attaqué avec l'audace de la jeunesse à la plus ardue des tâches, celle de sculpter un Christ tn croix. Son Christ aurait pu^ comme les personnages des imagiers pieux du douzième siècle, porter sur une banderole issant de ses lèvres, ce texte explicatif v^Et homo facius est ». Ainsi qu'avant lui, Rubens, les peintres des Flandres et d'Espagne, notre artiste avait été frappé par la vision de la douleur humaine portée à son point d'intensité le plus extrême, symbolisée, résumée dans le supplice du Golgotha . Le Dieu fait homme, restait homme sur l'arbre de la Croix. Il n'avait pas la grandeur aurorale, supra-terrestre, divine du martyr, qui entrevoit les champs de la patrie céleste, ouverts par sa Passion à l'humanité rachetée. Il n'était point figé sur le bois sacré en une attitude menaçante, tel le Christ justicier et terrible aux yeux de métal ou de pierreries qu'adoraient avec épouvante la foule des basiliques mérovingiennes. Il rappelait, plus tôt, le gisant du Moyen-Age, mais sans la pitié attendrie qui parfume les mystères.
Dans l'attente lente et subtilement atroce de la mort, fatigué de l'incessante torture d'un supplice inventé par une civilisation raffinée et experte en cruauté, la victime s'abandonnait, vidée de sang, vidée de forces. En dépit des plaies, déchirant ses mains traversées de clous énormes, en dépit des trous tuméfiés de sa chair que le poids de son corps allait aggrandissant, le fils de l'homme râlait, suspendu, comme une masse inerte. Lamentables, ses genoux saillaient dans le vide, ses pieds se convulsaient en des affres dernières. Et, de cette agonie violente, se dégageait une horreur qui, en des siècles de foi, eût prostré à ses pieds la chrétienté en larmes.
L'œuvre était sensationnelle, elle fut très remarquée, très discutée d'abord à l'Ecole, en octobre 1877, puis au Salon, en 1878, où le jury, s'abstenant de
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juger le point de vue psychique choisi par l'artiste, mais reconnaissant en l'œuvre exposée une exécution vraiment magistrale, n'hésita pas à la récompenser par une première médaille, récompense d'autant précieuse que le chiffre des premières médailles était limité à deux. Parmi les écrivains d'art, un maître de la critique dontja plume, après une longue infidélité, consent à traiter de nouveau la besogne Salonnière, M. Bergerat, avait apprécié avec sa rare compétence ce morceau brutalement beau. L'éloquence à l'emporte pièce, la saga-