‹ Jean-Antonin InjalbertChapitre 9 sur 23 · I. ARTISTE · texte numérisé non relu

I. ARTISTE

La vieille ciié des Césars et des Papes-rois Tenvoulta. Il éprouva d'inexprimables joies à étudier les Trecentistes, les Quatrocentistes, Donatello, Boticelli ; il brûla tout l'encens de ces juvéniles admiration's au pied du Moïse de Michel-Ange. Son âme latine se retrouvait, plutôt qu'elle ne découvrait, de l'inconnu en parcourant les pages de pierre laissées aux quatre coins de la cité universelle par les Empereurs, maîtres du vieux monde, et les Pondfes qui distribuèrent aux coiTquérants les mers et les terres d'un monde nouveau.

Il faudrait plus d'espace que ne m'en accorde cette courte monographie pour étudier ce charme ensorceleur de Rome. Au quartier de la Trinité du Mont, colline toute proche de la colline où la villa Médicis dresse, sur les anciens remparts, ses terrasses à balustres couronnées de pins centenaires, et le silence broussailleux de ses vieux jardins, jadis d'illustres Français oublièrent la Patrie. Nicolas Poussin, son ami le lorrain Claude Gelée avaient là leurs ateliers. Pierre Puget faillit, à leur exemple, épouser une fille d'Itahe et ne plus repasser les monts.

Antonin Injalbert, fils de ces maîtres par le cerveau, — la chose est évidente vis à vis du Puget, elle ne l'est pas moins, quant au Poussin, si on examine le sens philosophique de ses récentes bachannales — subit la même assimilation. Ses quatre années de séjours légal achevées, il retarda son départ et pendant douze mois encore prolongea sa fréquentation avec les génies de la Renaissance.

Onsait queles pensionnaires Français doivent adresser, à l'Ecole des Beaux- Arts, annuellement, une oeuvre, bas-relief ou statue, qui est exposé dans la salle Melpomène aux visiteurs. Beaucoup d'élèves se contentent de recueillir des impressions, se laissent vivre paresseusement "dans un doux far-niente, sous ce chmat qui poussé aux flâneries rêveuses. Les envois de Rome s'en ressentent. Octobre nous convie parfois à regarder des cartes de visite, sans aucun attrait. Le tempérament d'Injalbert était trop ardent pour rester hésitant ou inactif une seconde. Son envoi de première année fut une page de premier ordre, la Tentation. J'ai déjà indiqué toute l'attention que la presse d'art avait accordée à l'Orphée. Elle n'accueillit pas avec moins de faveur ce bas-relief.

Voici comment en parlait le Moniteur universel :

«Eve, mollement penchée, s'avance vers Adam en lui présentant le fruit défendu, avec un mouvement souple et fin, caressant et tendre, qui est bien celui de la séduction féminine. La tête a la douceur amoureuse que Léonard lionne à ses femmes. Le corps est modelé en pleine chair ; les rondeurs même qu'on y remarque, et que l'Ève de Michel-Ange offre aussi, ont leur grâce. L'attitude d'Adam à demi couché est d'une large élégance. A droite le Démon, serpent par en bas, femme jusqu'à la ceinture, comme dans la fresque

DESSIN INÉDIT DU TITAN, par M. Itijalbert

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