ENFANT AU MASCARON . . 1 • • J
(Etude pour la fontaine du Tilau.) Cite humouristique de son éloge me mettent aux regrets de n'avoir pu le retrouver et le donner ici en son entier. Telle était en tous cas sa substance, son début.
EKFANT AU CHEVAL {ttudt potir la fontaine du Titan).
l'artiste
Réalisme tant qu'on voudra, l'œuvre du jeune Prix de Rome s'impose par une fièvre, une fougue, une science puissante dans l'exécution. Si Ribera eût manié le ciseau il n'aurait pas compris et rendu autrement la tragédie sublime du Calvaire, etc
Cependant Antonin Injalbert avait admis le bien fondé de certaines critiques adressées, non à sa main, mais à sa pensée. Il s'était rendu compte que l'idée doit garder la suprématie sur la forme, que l'artiste doit réagir contre l'emballement du rendu du morceau, s affranchir du terre à terre de la nature. Il s'avouait que devant de graves problèmes, énigmes du passé et de l'avenir, toutes les virtuosités de l'outil ne peuvent suffire à satisfaire le penseur.
Il résolut donc de faire acte plus marqué d'affranchissement en une œuvre nouvelle. De ce vouloir naquit la conception du Titan.
Les pensionnaires de la villa Médicis ont deux ans pour leur dernier envoi, M. Injalbert les consacra à construire une colossale figure de géant, supportant dans ses bras d'athlète, sur ses épaules plus robustes que celles des Rois-Taureaux d'Assyrie, la sphère terrestre. Un génie ailé la dominait. Ea maëstrie de la facture offrait plus de liberté /^ue dans son Christ. On sentait que l'artiste s'était préoccupé plus encore de la largeur de l'effet d'ensemble. L'œil et la main, prêts à fouiller les muscles, avaient dû obéir au cerveau soucieux d'une noblesse et d'une ampleur supérieures à la réalité académique du modèlé. Le statuaire s'élevait ati rôle de créateur.
Seulement, l'Ecole des Beaux-Arts de Rome a tout un arsenal de lois et de règlements que ne doivent pas enfreindre les fantaisies, fussent-elles géniales, de ses élèves. Le Titan ne se prêtait pas à une traduction par le marbre, il réclamait impérieusement la mâle vigueur, la sombre patine du bronze, sa solidité. Et la tradition, les décrets ministériels exigeant comme dernier envoi des pensionnaires une statue marmoréenne, M. Injalbert fut à la fois blâmé et loué.
L'Institut refusa le Titan, mais en même temps autorisa l'artiste à séjourner un an de plus dans la cité éternelle et présenter une nouvelle sculpture. L'atelier de M. Injalbert lui était conservé, il continuait à être attaché à la Villa Médicis, mais sous réserves de prendre ses repas' à ses frais. Cette solution fut entièrement du goût de notre statuaire. Il adorait Rome, et voyait avec tristesse l'heure de son départ. Cette année supplémentaire le remplit par conséquent de satisfaction et fut par lui excellemment employée. Sous le titre de « VHymen incitant les colombes » il exécuta, dans le goût antique, s'inspirant des fresques pompéiennes, un sujet accepté et agréé par le jury en 1880 : Assis sur un fut de colonne, au chapiteau corinthien, un adolescent taquine deux tourterelles famihères, venues sur ses genoux becqueter des grains en un plat. Et la maquette du Titan, me direz- \ro i6, quel fut son sort ? Mais un sort infiniment honorable. L'État décida de fournir le métal
ENFANT AU MASCARON (Etude pour la Fontaine du Titan).
l'artiste
nécessaire pour la fonte et fixa au colosse un superbe et très envié emplacement, le destina à décorer la terrasse de Saint-Germain. Nous aurons l'occasion bientôt d'expliquer comment M. Injalbert préféra à la satisfaction de la célébrité parisienne, l'embellissement de sa ville natale et fit modifier l'avenir de son Titan.
L'emploi de son temps, en 1880, ai-je avancé, fut excellent, je songeais en écrivant cela à deux œuvres fort importantes du Maître , les î.ions de pierre décorant l'entrée de la promenade du Peyrou à Montpellier. Il en reçut la commande pendant qu'il travaillait à l'Hymen. Une lettre timbrée de l'Hérault arriva à la villa Médicis, demandant à l'ancien pensionnaire du département, de préparer un projet de décoration pour les piédestaux flanquant la grille monumentale de cet admirable jardin. La somme offerte était minime, on faisait appel à son désintéressement, à sa reconnaissance, à l'honneur qu'il en recueillerait aux yeux de ses compatriotes.
Comme réponse, Injalbert adressa au Conseil municipal, quelques jours après, les photographies de deux maquettes enlevées avec une véritable furta. Mais en traversant sa pensée, le projet primitif s'était aggrandi, métamorphosé .
La promenade du Peyrou est une absolue merveille. Bâtie au dix-huitième siècle par de Giral, un architecte qui possédait la haute tradition d'élégance monumentale et le goût exquis des maîtres Français du grand règne, on dirait un coin superbe de Versailles par la pureté de ses lignes, la grâce de ses terrasses à balustres, le rythme majestueux de ses escaliers, la richesse des trophées dessinés en très bas-relief sur ses murs. Mais le parc de Versailles, ce type du courtisan sans mérite est encaissé profondément, masque l'horizon. Là-bas, au contraire, une servitude non altius tollendi, laisse le regard s'étendre au nord jusqu'aux Cèvennes, au sud sur la moire bleue des eaux de ♦ la Méditerranée, distante de quelques kilomètres. Lorsque le promeneur parcourt l'allée centrale il pourrait se croire-.sur le pont fleuri d'un gigantesque vaisseau de pierre à l'ancre dans l'azur, sur quelque Bucentaure dogal et féerique. Le gracieux belvédère élevé-au fond de la promenade complétant l'illusion de la dunette, du château d'arrière d'un navire.
A cette majesté devait correspondre un grand sentiment décoratif, chez l'homme appelé à compléter ce chef-d'œuvre, à décorer les piédestaux restés vides dans la balustrade qui pourtoure l'extérieur. La vllfe de Montpelher avait jadis reçudel'Etat deux bronzes verdis, qui, mis à cette place d'honneur, s'étaient trouvés tout petits, inharmoniques, lamentables de maigreur, tristement sujets de pendule. Les remplacer par deux lions de pierre était un essai de mieux. Mais à la condition d'éviter l'effroyable ridicule du lion commercial et bourgeois qui veille à l'entrée des jardinets de paisibles négociants retirés des affaires . Le lion est un animal qui ne supporte pas la