TETE DE JEUNE FEMME
l'œuvrç
plan, un Egypan taquine une Bacchante plantureuse, cherche à approcher sa face barbue de la coupe ferme et divine de ses seins, on aperçoit dans le fond, un vieux Faune, de philosophie sceptique, revenu de bien des choses, qui compisse en riant, sans aigreur, la gaîne de marbre d'un Priape pansu. Et cet autre bas-relief où des Satyres découvrent au bain des naïades moins que court vêtues, et ce Bois profane au seuil du bois sacré, séparé de lui par une guirlande fleurie et opposant à son silencieux mystère, le bourdonnant tumulte de ses pourchas amoureux. Je dois me borner à les signaler, ainsi que les statues de VEve, de l'^riadne, de la Trincesse Clémence, de la Francesca di %itnini, etc.
Eve, assise, prostrée, repliée sur elle-même, cache sa tête dans ses bras, avec Teffroi et la honte de la pudeur perdue. Son torse d'un modelé splendide, ses épaules pleines et nerveuses, ses hanches fécondes disent k mère future, la grande créatrice des races terrestres, celle, dont les seins entrevus allaiteront l'humanité en son berceau.
Ariadne, d'un sentiment moins élevé, moins profond, mais d'une grâce languide, d'une douceur, d'une suavité frêle de lignes, qui en font la sœur puinée, cadette, également charmeuse de l'ancestrale pécheresse;. Ariadne plus souple que les tiges de blé vert est couchée, gît sur le roc. Elle étend ses bras graciles de fillette, elle noue ses doigts, elle joint ses mains en un geste de désespoir. Son corps offre le brisement léger qui accompagne en la jeunesse les douleurs réputées éternelles et qu'un souffle printannier, le baiser du Dieu qui va venir auront tôt effacées. Je ne connais pas de morceau plus fin, plus délicat que l'étude de ses menottes aux phalanges fuselées.
La caresse énamourée qui unit les corps de "Taolo Malatesta et de Francesca di %imini persiste dans le sommeil. Leur étreinte vaincra également la mort, et, l'épopée dantesque les verra passer, liés par l'irrésistible attirance de la vingtième année. Ainsi les a surpris et traduit à son tour le statuaire.
Dans le Satyre et la Faunesse, la fusion de l'étincelle divine et de l'animalité; l'hybridation du demi-dieu surhumain par la beauté du torse, brutal et vil comme le bouc par la hideur de ses cuisses aux poils laineux souillés de boue par ses sabots aux cornes retroussées, — inusées sur le gramen des prés, l'humus des sous-bois, — la transition scientifique de la bête à l'homme; l'animal couronné d'un cerveau humain, ont trouvé dans l'artiste un interprète génial. Le sculpteur comprend la profondeur du mythe caché sous le rictus de la Fable par la sagesse ésotérique du culte Grec. Ceci est la partie intellectuelle de l'œuvre. La partie charnelle a le lyrisme des bestiales curées de villes mises à sac où la luxure sanglante des vainqueurs resème en de farouches accolades la moisson humaine, tombée, foulée, ensevelie dans les rouges sillons des batailles.
La princesse Clémence oSre aux ambassadeurs de Charles de Valois le spec-
l'œuvre
tacle de sa royale nudité et beauté. Elle approuve le souci de ce continuateur d'une auguste race qui veut assurer à ses fils toutes les souverainetés, leur léguer avec la couronne l'héritage d'un corps noble, sain et beau. Fière et nue, elle dévoile ainsi que la Phryné antique à ses juges la pureté divine de ses formes. Mais ses juges sont de futurs sujets. On lit sur son front le double orgueil de la reine et de la femme. Elle ne doute point de ses fiançailles prochaines. Peut-elle ignorer la grâce de sa gorge, la sveltesse de sa taille, les promesses superbes de ses hanches et cette jonchée de lys épandue sur ses bras, ses seins de vierge, la faisant plus blanche que les marmoréennes figures de ses aïeules, sculptées en les cryptes abbatiales de Provence. Impérieuse et sou. riante, elle garde, sous la seule toison de ses cheveux, la majesté d'une souveraine nimbée de fleurons, revêtue des br<ïCart d'or et du manteau d'hermine.
Arrêtons ces études, en regrettant de ne pouvoir qu'indiquer l'onduleuse souplesse de la Danseuse au tambourin, statue qui donne la sensation du balancement rhythmique des lentes cadences orientales.
Il sied de fermer cette énumération, une dës qualités de M. Injalbert
ÉTANT LA VARIÉTÉ DANS LA FÉCONDITÉ. AuSSÎtÔt qu'il COnÇoit UHC idée, il
prend l'ébauchoir et trois, quatre, cinq variantes, accusant chacune une recherche particulière, sont construites par sa main hâtive. Point de contact
AVEC LES MAITRES DU SIÈCLE DERNIER, IL AIME PRÉCISER SA PENSEE DANS DES
TERRES CUITES RAPIDEMENT FOUILLÉES. Son atelier cst rempli de statuettes qui rappellent absolument les morceaux de réceptions des membres de notre ancienne académie royale de peinture et de sculpture. Les reproductions glyptographiques si nombreuses et si artistiques qui accompagnent et donnent de l'intérêt à ce texte prouvent surabondamment combien diverse et multiple est l'œuvre du maître.
Ce n'est point une Fontaine, mais cent qui pourraient défiler:sous les yeux du lecteur, depuis l'idéal de majesté du Tibre, de la Source tarie, jusqu'aux |eux des Enfants aux tnascarons, et celui si naïf du Garçonnet qui pisse, — point de la bière, mais certainement du vin blanc de France, ses carnations soutenues et fermes l'attestent.
Cette figure réaliste me permet de marquer une autre note de son talent . Le réalisme d'Injalbert en dépit de sa franchise, en dépit de sa passion de la vie n'est jamais vulgaire ou canaille. Ses Faunes ivres du jus de la cuvée, culbutés, gambillant sur leurs fesses, pattes velues en l'air, ses chèvres-pieds embrassant gourmandement à pleine bouche et lèvres lippues des Faunesses à la croupe rebondie ; ses Priapes barbus, chevelus, camus, gardent une distinction provenant de l'esprit du sujet et de l'esprit du métier. Sa plastique est spirituelle, alerte, nerveuse et par là échappe au grossier, au commun, au trivial. J'ai tout au long expliqué que l'artiste n'était point académique, c'està-dire voyait plus loin que le modèle, s'affranchissait du terre i terre de la
KSaUlSSE DU MONUMENT DK MIRABEAU {Di'StM au Ptllltlxotl).
l'œuvre
nature. Je résumerai cet ordre d'observations par cette phrase de lui : « Je veux que l'intérieur commande à l'extérieur dans toute œuvre sculpturale » .
Cette préoccupation est aussi tangible dans ses bustes : hommes célèbres ou têtes d'expression. On constate que l'artiste vise avant tout, cherche le CARACTÈRE. Mauricc Rollinat, Yves Guyot, E. Flammarion, colonel André, Larroumet sont portraicturés, par un homme dont l'œil ne s'arrête pas à fleur de peau. Quant aux têtes de genre, le Pâtre chantant, le Lippino Lippi, la Uovora Galigaï, la Ghana constituent tout autant de types correspondant à des idées de nationalités, d'âges, de fortunes diverses.
Voyez la Gitana à la peau d'or, à la prunelle de braise, au rictus sardonique, à la bouche éraillée, usée sous la fréquence de l'insulte lancée à pleine gueule, amoureuse aux rudoyantes caresses, aux baisers finissant en morsures, tout son masque frémit en un orgueilleux et insolent sourire. Elle incarne la fleur féminine éclose au fumier populaire et jetant en défi sa troublante attirance aux convoitises des mâles. La canaillerie ainsi vue, poussée à ce degré se sublimise, devient du grand art.
Mon travail synthétique est achevé, mais j'ai gardé pour la fin de ce volume la description et l'étude de son œuvre la plus récente de cette Fontaine du Titan qui sera inaugurée demain. Ainsi agissant, j'ai obéi aux préceptes des anciens qu; voulaient qu'on se levât de table sur un succulent morceau — ici le morceau rappelle, par ses dimensions, ces pièces de venaison, ces monstrueux hors-d'œuvre qui, dans les banquets du Moyen-Age, contenaient des vols d'oiseaux, des chœurs de ménestrels et des orchestres, j'ai voulu surtout dresser ce monument ainsi qu'une apothéose non point au dénouement de sa carrière — l'artiste est jeune et il lui reste enJbre beaucoup à dire — mais à ce point de la route qui est incontestablement un sommet,
. On sait l'affection conservée par Antonin Injalbert au pays natal, disons de quelle manière il en a témoigné:
La ville de Béziers accroissant d'importance chaque jour, devenant un centre vinicole prodigieusement riche, où les transactions commerciales et la fortune attirent sans cesse les populations avoisinantes, avait depuis longtemps brisé le corset de pierre trop étroit de son enceinte fortifiée. Elle s'était doublée de faubourgs à l'activité de ruches. Un théâtre s'était élevé. Une large promenade ombrée de platanes aux feuilles luisantes, noires de sève, le joignait à un jardin où David d'Angers avait piété une statue de Paul Riquet seigneuriale et majestueuse.
Puis la voie ferrée, au pied de la colline que couronnait la cathédrale, les églises, les murs, les casernes, avait étalé en bordure du canal du midi les toits rouges de ses halls, de sa gare, les mâts élancés de ses cheminées, panachées de flocons de fumée. Les machines sifflaient, haletaient, ronronnaient au bas d'un coteau semé d'oliviers ancestraux, taillés en boule d'argent, comme un
LA DANSE QBi oitie à la cire perdue).