‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 129 sur 187 · Boislisle, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Boislisle, loc. cit., p

4. Citons pour mémoire une bulle d'Innocent VIII du 31 déc. 1486, sur les secrétaires apostoliques, souscrite par Balue (Coquelines Bullarium, t. III, 3e partie, p. 218), et des lettres attestatoires de Jean, évêque d'Albano, cardinal d'Angers, du pouvoir accordé par le pape Innocent VIII à l'évêque d'Albi, de donner une bénédiction solennelle le jour de la Pentecôte une fois en sa vie, et d'accorder indulgence plénière à tous ceux qui y assisteront. Rome, 1487 (n. s.) 14 mars (Bibl. nat., Collect. Doat, vol. 112, fol. 95).

gers, abbé coramandataire de nombreuses abbayes, réussit encore à se faire nommer protecteur de l'Ordre de Saint- Jean de Jérusalem \ obtint en commande l'abbaye de Saint- Vast d'Arras - et devait jouir de plusieurs autres bénéfices, tels que les abbayes de Lagny et Saint-Ouen.

De plus, en 1490, à la suite d'un accord avec Auger de Brie, notre cardinal redevenait tranquille possesseur de l'évêché d'Angers, et, s'il n'obtint pas l'évêché d'Autun^

1. Ceci ressort d'une bulle du 28 mars 1489. Innocent VIII supprime l'ordre du Saint-Sépulcre, celui de Saint-Lazare, Bethléem et Nazareth, qu'il unit à l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et Balue a ainsi souscrit : « t Ego Joannes, episcopus Albanensis, sancte romane ecclesie « cardinsilis Andegfiwensis ordinis protecto?^ suscripsi ». L'original de cette bulle est conservé aux Archives nationales, L, 326, n° 7; elle a été publiée par Bosio, Histoire de Malte, t. II, p. 388-391.

2. « Innocentius, etc • venerabili fratri suo episcopo Albanensi

« etc... monasterio sancti Vedasti Atrebatensis... de fratrum nostrorum « consilio, auctoritate apostolica, commendam, curam, regimen, ad- « ministrationem ipsius monasterii tibi commitimus. » Saint-Pierre de Rome, 1488, oct. le»- (Bibl. nat. Dép. mss. — 500 Colbert, vol. 157, fol. 258}. Balue fut certainement abbé de Saint-Ouen ; il n'est mentionné dans le Gallia avec ce titre qu'en 1483. (Gallia, XI, 153).

3. Bien que les prétentions de Balue à l'évêché d'Autun n'aient pas abouti, il est intéressant de donner quelques courts détails à ce sujet, parce qu'ils nous initient aux prétentions respectives du pouvoir temporel et de la Papauté, relativement aux nominations et aux élections épiscopales. — Le siège d'Autun étant vacant par la mort de Jean Rolin {Gallia, t. IV, col. -420 ; les auteurs du Gallia n'ont pas connu les faits qui vont être racontés ; ils en donnent un résumé en grande partie inexact et que précise parfaitement cette phrase : « Circa « [Rolini] successorem non mediocris oritur dilïicultas. «). Louis XI interdit au chapitre de procéder à l'élection d'un nouveau titulaire « attendu que le Pape en voulait pourvoir Monsieur le cardinal de « Mâcon, Philibert Hugonnet » (P. P. Dejussieu, Histoire de l'Eglise d'Autun, p. 181). Malgré une réitération de ces défenses et les protestations d'obéissance des chanoines, le 10 juillet 1483 ceux-ci éliront un d'eux, Antoine de Châlon ; mais force leur fut peu après, sur la requête du commissaire du roi, de mettre Hugonnet en possession et de le reconnaître pour évêque. Tout en se soumettant, ils firent une restriction : ils n'entendaient point par leur acte préjudicier à Antoine. Celui-ci en effet avait demandé à son métropolitain, le cardinal archevêque de Lyon, Charles de Bourbon, de procéder à la confirmation ou infirmation de son élection. L'archevêque, fort de l'accord du prince et de Sixte IV, s'y refusa (Arch. Nat., Registres du Parlement, X^^ 4825, fol. 225). — Louis XI mourut sur ces entrefaites et le mouvement antipapal renaquit en France. Châlon en profita pour en appeler de la décision de Charles de Bourbon au Parlement de Paris. Il serait superflu de conter tout au long ce premier procès ; qu'il suffise de savoir qu'on envisagea les choses, au commencement du règne de Charles VIII, sous un tout autre aspect qu'on n'avait fait sous Louis XL Hugonnet fut condamné à produire devant la Courses bulles de noinination, bulles qui furent d'ailleurs déclarées « dérogeantes aux sainctz

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était du moins nommé, Tannée suivante, au siège épiscopal de Préneste ' (13 mars 1491).

Ajoutons enfin qu'Innocent VIII lo nomma inquisiteur avec

« decretz de Basle et Pragmatique Sanction », car, expliqua le procureur du roi, « le droit de réservation » dont le Pape s'était servi n'était qu'un abus de pouvoir ; et Charles de Bourbon dut nommer quatre vicaires irrévocables « pour procedder a ladite confirmacion ou infir- « mation de l'élection ». Les délégués de l'archevêque conclurent à la légitimité du titre de Chàlon, et ce, peu de jours après que le cardinal de Mâcon, le compétiteur d'Antoine, mourût à Rome (août 1484) (Arch. Nat., Flegistres du Parlement: X*'^ 4825, fol. 225 et suiv., fol. 259 et suiv., fol. 270; X»"^ 8317, fol. 378-382 et fol. 389-391 ; X'^^ 1491, fol. 215-216. Mai-septembre 1484).

Tout semblait donc terminé et on pouvait croire que le calme allait se rétablir dans l'évcché troublé depuis plus d'un an. Mais de nouvelles difficultés surgirent bientôt. Le Pape considérait Hugonnet comme légitime possesseur du siège d'Autun, attendu que le roi Louis XI avait approuvé sa nomination. Or, quand un ordinaire mourait à Rome — et c'était le cas de Philibert Hugonnet — le Souverain Pontife avait le droit de lui donner un successeur de son choix. 11 se crut donc autorisé à disposer de l'évêché vacant, et il le fit en faveur de Jean Balue, alors son légat en France. L'n procureur du cardinal d'Angers arriva même assez à temps pour prévenir les vicaires ; il n'avait qu'une procuration générale « ad lites » et il fallait une procuration spéciale ; aussi sa re(iuôte n'empêcha pas la confirmation de Châlon, comme on l'a vu. — Balue ne se tint pas pour battu et il appela de la décision des vicaires de Charles de Bourbon, archevêque et mélropolitain, à Charles de Bourbon, primat des Gaules. — Le primat commit de nouveaux vicaires pour examiner les droits du prétendant. Le premier soin des nouveaux délégués fut de faire comparaître Châlon par devant eux et de lui défendre « de se immiscer a l'administracion temporelle et spirituelle » de l'évêché en litige. L'élu du chapitre était déjà alors en possession de lettres confirmatives de Charles VllI : il appela en Parlement des défenses qui lui étaient faites, et, sans attendre les décisions de la Cour ni celles du primat, il se fit consacrer « pendente « appellacione, sans le seu ne vouloir du cardinal de Lion, et extra « diocesim». Charles de Bourbon répondit à cet acte d'msubordination

1. 13 mars 1491 (Ughelli). Le 16 mai 1490, Balue disposait d'un bénéfice de son évêché d'Angers (Bibl. nat., fs. fr. 20074 ter, fol. 6). — Nous devons ajouter, pour être complet, que Balue fut un de ceux qui appuyèrent la nomination au cardinalat de Jean de Médicis (le futur Léon X, fils de Laurent de Médicis); à cette occasion, il envoya à Laurent une lettre de félicitation, qui a été publiée par Thuasne dans son édition de Burchard, Diarium, t. 1, p. 33, note 2.— Le cardinal d'Angers s'occupa aussi des translations des évêchés en Angleterre comme le prouvent huit lettres dont les originaux existent à la Bibl. Saint-Marc de Venise et qui ont été analysées dans les Calendars of State Papers, sous les numéros 513, 514, 516, 525, 528, etc.. Huit autres lettres de Jean Balue, également au sujet de nominations épiscopales dans les divers pays de la chrétienté, sont conservées à la Bibliothèque Saint-Marc de Venise, fs. lat., classe X, ms. CLXXVII ; ce sont les pièces 64, 65, 66, 67, 70, 72, 73 et 74. Chacune d'elles a conservé le cachet du cardinal, avec ses armes.

Borgia contre les Maranes^ (1487), et le chargea de diverses missions contre les Turcs. Quelques explications sont nécessaires à ce sujet.

en excommuniant celui qui en était l'auteur. Antoine de Châlon ne tint encore aucun compte de ces censures ; il se contenta d'un nouvel appel au Parlement, tout en commençant à agir en véritable évêque d'Autun : il baptisa, fit le chrême, conféra les ordres. — Balue, de son côté, recourut au Pape, et bientôt Innocent VIll adressait à sa requête deux brefs où il enjoignait au clergé et au peuple d'Autun d'obéir au cardinal d'Angers et de ne plus reconnaître Télu excommunié. Châlon « en souffrit grant scandale » ; persévérant dans son système de défense, — s'appuyer sur le pouvoir temporel pour tenir en échec la pouvoir spirituel, — il s'adressa encore au Parlement, et requit que Balue fût contraint à faire révoquer l'acte pontifical. — La cour condamna Jean Balue, et mit sous séquestre son temporel jusqu'à ce qu'il se fut soumis à son arrêt. Au bout d'uii an, le cardinal d'Angers obéit, et obtint du Saint-Père un nouveau bref, déclarant les premiers «nullius « esse momenti ». Châlon cependant n'était pas encore satisfait ; les termes rapportés ci-dessus ne lui semblaient pas suffisants à effacer la mauvaise impression causée par les premiers sur son clergé ; mais cette fois le Parlement ne crut pas devoir l'écouter. — Ces événements avaient duré cinq années (1484-1489): comme à Angers, un véritable schisme existait à Autun. Et rien n'en annonçait la fin (car en dépit de tous ces appels et arrêts le fond du débat subsistait comme auparavant), lorsque les deux rivaux se décidèrent à un arrangement amiable (1489) : Balue abandonna à son concurrent les droits qu'il prétendait avoir sur l'évôché moyennant une redevance pécuniaire, payée par Antoine de Châlon qui "resta dès lors tranquille possesseur du siège si disputé et l'administra à son gré (Arch. Nat., Registres du Parlement : X^^» 8318, fol. 100 v^-lOl v^, fol. 159 ro-164 v^ • Xi'i 8319, fol. 201 vo-205 v«, fol. 260 r«-262 r« ; Xi« 4830, fol. 344v«-347 r». Faisons remarquer que l'accord précité est postérieur à juin 1489, puisqu'à cette date on plaidait encore en Parlement, mais antérieur au mois de décembre de la même année, car à cette date Châlon n'est plus qualifié du titre d'« élu » mais d'évôque d'Autun : Xia 1497, fol. 20, 110, 122, etc. -- Cf. P. P. Dejussieu, op. cit., p. 181- 186). ^

Si nous avons autant insisté sur ce fait, c'est qu'il n'est pas isolé. On peut relever à la même époque, dans les Registres du Parlement, une série de procès du même genre. Tels sont ceux pendant en la Cour: 1° pour l'archevêché de Bourges, entre Cadouet, pourvu par le Pape, et Guillaume de Cambrai, élu par le chapitre (1483-1486) ; 2° pour l'archevêché de Narbonne, entre François Halle pourvu par le Pape, et Georges d'Amboise, élu par le chapitre (1483-1484) ; 3° pour l'archevêché de Lion, etc. — xMême nature de procès pour les évêchés d'Uzès (1485), de Tournai (1484-1489), de Tulle (1484-1489), de Séez, de Clermont, de Beauvais, etc. (Arch. Nat., Registres du Parlement. série X»» passim). — De même pour les abbayes et prieurés ; en voici

1. Hefele, Conciliengeschichte, t. VIII, p. 283-284. — On sait qu'on désignait sous le nom de Maranes les juifs convertis « qui n'avaient de chrétien que le nom »; voir, à ce sujet, sur les origines de l'inquisition en Espagne: Pastor, Geschichte der Pœpste, t. II, p. 581-584; trad. fr., t. IV, p. 369-376. / ^ ' ^ ^ j

Le sultan Mahomet II avait juré une haine éternelle aux chrétiens, et rêvait de planter le Croissant sur Saint-Pierre de Rome ; mais, peu de temps après la prise d'Otrante (14 août 1480), la mort était venue le surprendre', et les disputes intestines de ses deux fils permirent bientôt au duc de Calabre de reconquérir la ville ". Toutefois le musulman resta menaçant et, lors de la rébellion de Boccolino Gozzoni, on comprit mieux que jamais l'imminence du péril turc. C'est à ce moment qu'Innocent VIII convia tous les princes à une croisade contre les Infidèles ; il comptait bien aussi utiliser les secours qu'on lui enverrait, dans sa lutte avec Ferdinand, toujours rebelle. L'appel du Pape fut à peine entendu; il dut lui-même se charger de la guerre et envoya contre Boccolino le cardinal Julien de la Rovère : Ludovic le More avait fourni mille cavaliers ^ Innocent YIII rappela bientôt le cardinal de Saint-Pierre-aux-Liens et le remplaça par Balue, qu'il mit à la tête des secours français.

Notre évêque arriva devant Osimo le 10 juillet 1487 ; mais son rôle fut aussi effacé qu'avait été celui de son prédécesseur *. Il revint au mois de décembre à Rome sans avoir rien fait ^

Innocent VIII désira avoir un autre recours contre le Turc, et il espéra le trouver dans la personne de Djem.

On sait que Djem ou Zizim ®, fils de Mahomet II, après avoir disputé le trône à son frère aîné, Bajazet II, et avoir

un exemple où Balue joua un rôle. L'abbaye « Saint-Cierge et Saint- « Bach les Angers » étant vacante, Jean Tillon y fut élu par les religieux. Tillon présenta son élection aux vicaires de l'évêque d'Angers pour procéder « ad confirmacionem vel infîrmacionem secundum formam « juris». Ils s'y refusèrent sous prétexte que « ledit evesque d'Angiers « estoit à l'entrée du royaulme ». Un arrêt du Parlement contraignit le cardinal-légat « à bailler a ceste fin vicariat en ceste ville de Paris». Mais Balue, à son tour, ne voulut pas obéir à l'injonction de la cour, étant donné la compétition de « frère Georges Pot, présentant des « lettres de court de Rome », lettres qu'on déclara contraires à la Pragmatique (X'-^ 4825, Registres du Parlement, 1484 juillet 12 et 13, fol. 247 r" et v^, et fol. 250 ro-251 r^).

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