‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 146 sur 187 · Bibl. Nat.,fs. fr. 4487, fol · texte numérisé non relu

Bibl. Nat.,fs. fr. 4487, fol

2. « Estât en brief « des comptes de P. de Lailly. Jean de Beaune et Martin d'Argouges (Bibl. Nat.. Coll. Dupuy, vol. 762, fol. 280-285. Pièce justif. XVII). On lit enfin (Bibl. Nat., Coll. Le Grand, fs. fr. 6976, fol. 12): « Inventaire des biens... qui sont à Evreux sur maistre Jean de Quincarnon chanoine dudit lieu. » — Jean de Beaune était « marchant de draps de Tours », il fournissait l'argenterie royale de velours et de soieries pendant les premières années du règne de Louis XL II devint ensuite « maistre de la Chambre aux deniers et argenctier de Mgr le Dauphin » (1471). et fut un des principaux agents financiers du roi. C'est le père du fameux Beaune de Semblançay, surintendant des finances sous François I^'' (Boislisle, Etudes sur Etienne de Vesc, Annuaire Soc. hist. de France, 1879, p. 319; Bricard, Jean Bourré, p. 199 ; Vaesen, Lettres de Louis XI, t. III, p. 151).

Quant à Jean de Quincarnon, c'était un simple chanoine d'Evreux. Lorsque Balue avait été nommé à ce siège épiscopal, il n'avait pas pris possession en personne, et son procureur fut précisément Quincarnon. (Voirchap. n, p. 14, n. 4).

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prétexte à ses générosités. Philippe Bureau allait devenir mère, aussi lui offrit-il trois chambres de tapisserie et il lui en promit une « qu'il feroit plus jolie que faire se pourroit ». Peu à peu, il fit transporter tous ses meubles à l'hôtel de son frère; enfin, il avait si bien pourvu à « l'emmenasgement du- « dit hostel », qu'un jour les siens se trouvèrent dégarnis et qu'il vint loger chez Nicolas (février 1469). Il lui donna tout ce mobilier « combien que ce fcust peu de chose* ».

Claustre, Mariette et Potin vinrent inventorier ses biens à l'hôtel Picquet et voulurent s'en saisir. Il s'éleva à cette occasion un intéressant débat juridique, car Nicolas réclama contre ce qu'il appelait une usurpation. A sa requête, des témoins furent interrogés et déclarèrent que le cardinal avait cédé et transporté le tout à son frère ^ Néanmoins on ne fit nulle attention aux doléances de maître Nicolas, et on mit la main sur tous les meubles ^

Selon un déplorable usage du temps, les commissaires du procès reçurent, de la main du roi, une partie de cette fortune; le reste demeura à Louis XI, qui l'employa, soit aux besoins du royaume, soit à récompenser des services et à s'attacher des partisans; quelques livres parisis, enfin, furent consacrées à l'entretien des prisonniers. Tout le mobilier qui ne fut pas donné fut vendu au plus offrant et dernier enchérisseur et distribué ainsi que nous l'avons dit.

Jean Le Boulenger et Guillaume Allegrin, juges de Balue, furent gratifiés d'une somme de 2,343 1. 10 s. t. (près de 12,000 francs), tandis que la « librairie » du cardinal était confiée à Pierre Doriole. On avait mis la main sur des ouvrages prêtés : on les restitua à leur possesseur, Henri de Marie; deux manuscrits, non encore achevés, avaient même été saisis. Robert Duval, chanoine de Chartres, fut chargé d'en achever l'exécution aux frais du roi, et M. L. Delisle en conclut, à bon droit, que les livres durent être rendus

1. Cela ressort des interrogatoires des témoins (500 Colbert, vol. 177 non paginé).

2. Ces interrogatoires ont été conservés (Bibl. Nat., V. C. Colbert, vol. 177 non paginé); une autre copie se trouve aux Arch. Nat., U, 786.

3. En effet, les biens énumérés par les témoins furent vendus ou donnés, comme le prouve le compte de P. de Lailly.

par le chancelier au roi, qui les plaça dans sa bibliothèque. Jean de La Driesche, qui, on s'en souvient, avait été aussi chargé d'instruire le procès, perçut le revenu du prieuré de Saint-Éloy'.

Ceux qui avaient recherché les biens, Claustre et Mariette, obtinrent soixante-six livres parisis (un peu moins de 650 fr.); Henri le Vast et Jean de Roje', qui en avaient dressé l'inventaire, soixante-quatre livres (un peu plus de 435 francs). On indemnisa aussi les administrateurs de cette fortune mobilière et les priseurs jurés qui l'avaient estimée.

La précieuse vaisselle d'argent fut vendue 4,019 livres 43 sous 10 deniers parisis (près de 35,000 francs) et sa valeur versée aux mains du trésorier des guerres. Quatre mille livres furent consacrées « au paiement de la despence qu'il conviendra « faire pour le fait de l'armée que ledit seigneur envoie en « Cathelongne ». Plusieurs dons furent faits aussi aux ambassadeurs de Berne, Nicolas et Guillaume Diesbach, à un homme de la maison du marquis de Villena et à Messire Falco, ambassadeur du Saint-Siège : soit une somme de six à sept mille francs. D'autres, tels que Jean Briconnet, receveur général des finances, virent leur pension payée avec les deniers du cardinal. Tanneguy du Chatel fut gratifié de la (( tapisserie, linge et brodure » ; Louis de Crussol d' « un

« drapt d'or d'escarlate, martres, menuez lances, etc )>

Citons, pour terminer cette énumération, les noms de quel-

1. Par lettres patentes, datées d'Amboise, ri69, août 5 , Louis XI commet Jean de La Driesche « au gouvernement, conduite et adminis- « tracion ettotalledisposicion du temporel dudit prieuré de Saint-Eloy » (Bibl. Nat., Coll. Le Grand, fs. fr. 6976, p. 79j. — Par autres lettres, datées de Ham, 1471, mai 14, Louis XI, à la prière de Jean de La Driesche, transmet ce temporel à Jean de Berne, prêtre et neveu du président des Comptes ; le roi annonce de plus qu'il a demandé au Pape de concéder au même Jean de Berne, « la spiritualité du dit « prieuré « (Bibl. Nat., Coll. Le Grand, fs. fr., 6963, pièces originales, fol. 91 et 92), — Le Pape s'y refusa, ainsi que le montre une autre lettre du 12 août 1476, adressée par Louis XI à Messire Falco, ambassadeur du Saint-Siège « Je vous recommande le fait de la « légation d'Avignon et du prieuré de Saint-Eloy à Paris pour le nepveu « du président des comptes. Et non oblier le fait du dict prieuré... en « ce faisant vous me feriez singulier et aggreable plaisir lequel re- « cognoistray envers vous quant d'aucune chose me requerrez. »

2. Voir sur ce personnage Quicherat: L'auteur de la Chronique scandaleuse, dans la Bibl. Ec. des Chartes, 1855, p. 232-243 et 427; B. de Mandrot (Z//6L Ec. des Charles. 1891, p. 130).

ques autres bénéfîciers : Odet d'Aydie, sire de Lescun, le roi de Sicile, le duc de Guyenne, Gilbert de Ctiabannes, sire de Curton\ Louis de la Haye, écuyer d'écurie, Noël Le Barge, Louis Marassin, Nicolas Malingre, Louis de Saint-Ville, Philippe des Essars, les malades de l'Hôtel-Dieu de Paris et les religieuses de Longchamp.

Les dépenses occasionnées par l'arrestation et la détention des prisonniers furent également payées sur les meubles de notre évêque, ainsi que les « deniers emploiez en la fortifî- (( cacion du chastel de Montbazon pour plus seurement garder « le cardinal^ ».

Balue ne devait pas rester a en garde )> toute sa vie. En 1480, le cardinal Julien de la Rovère arrivait en France et obtenait sa délivrance le 25 décembre de la même année. Il s'agissait dès lors de lui restituer ses biens.

Par lettres patentes du 12 décembre 1482, Louis XI laisse, à la prière du Pape, le cardinal d'Angers jouir du revenu de ses bénéfices ^ Restaient les meubles et immeubles. On ne

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