Burcardi diarium, éd. Thuasne, t. I, p
3. Bibl. Nat., Coll. Dupmj, vol. 762, fol. 288 r^, papier xv« siècle.
quelques mots d'une précieuse œuvre d'art qui a appartenu à Balue et existe encore de nos jours. M. G. Duplessis a décrit, dans un intéressant article \ deux nielles fort curieuses qui se trouvent actuellement à Vienne, chez le baron Nathaniel de Rothschild. « Les armes [de l'évêque d'Angers] sontre- « produites huit fois sur ces deux plaques, et la nationalité du (( cardinal français est attestée par les petits écus de France « que portent devant eux deux anges agenouillés sonnant de « la trompe ». Il est temps de dire que l'écu de notre personnage portait d'argent au chevron de sable, accompagné de trois têtes de lions arrachées de gueules, lampassées d'azur^
L'auteur de l'étude archéologique précitée ajoute que ces nielles ont été exécutées en Italie pour être expédiées en France, et il se demande comment elles ont pu rester en Italie jusqu'au commencement de ce siècle. L'explication qu'il en donne ne nous paraît pas des plus satisfaisantes. D'après lui, Balue aurait commandé ce travail antérieurement à 1469; arrêté alors, il n'aurait pu entrer en possession et le diptyque serait resté dans son pays d'origine. Si ingénieuse que soit cette hypothèse, il en est une plus simple que nous proposons. N'est-il pas plus vraisemblable de croire que ces nielles ont été faites et remises au cardinal entre 1481 et 1491, c'est-à-dire pendant son séjour à Rome ? Et comme le Saint-Siège hérita de sa fortune, on ne doit pas s'étonner de trouver ces plaques, quatre siècles après, dans la ville des Papes.
Les indications malheureusement trop succintes que nous venons de fournir sur l'homme privé complètent cependant assez bien, nous semble-t-il, ce qu'on sait déjà de l'ecclésiastique et du politique, et elles vont nous aider à conclure et
1. Georges Duplessis, dans la Gazette archéologique, 1888, p. 295. Voir la planche qui accompagne le texte.
2. C. Port, Dictionna'ire historique de Maine-et-Loire, au mot Balue. — Charpillon, Dictionnaire historique des communes de l'Eure, t. II, p. 115. — Le Batelier d'Aviron, Mémorial historique des évêqiics, ville et comté d'Evreux, p. 136. — Onuphrius Panuinius, Epi/otne pontificîim romayiorum, p, 528. — Une reproduction coloriée se trouve à la Bibliothèque Nationale, fs. fr., ms. 20074, fol. 5 v». Enfin, le cachet de Ealue est conservé aux lettres qui se trouvent à la Bibliothèque Saint-Marc de Venise, cod. clxxv, cl. X lat.
172 CIIATITUE IX.
à restituer à Jean Baliie sa véritable physionomie historique.
Un ambitieux, très intelligent, très actif, d'un esprit pénétrant, facile et enjoué, d'une habileté remarquable, tel a été le cardinal d'Angers. Sa trahison a fait oublier ses services. On ignorait qu'il avait puissamment aidé à délivrer Louis XI à Péronne et on ne s'est pas souvenu de sa conduite à Paris, pendant la guerre du Bien Public, non plus que de son r(31e comme défenseur des intérêts franrais en Italie.
Ces trois faits, dont l'importance ne peut échapper à personne, ne suffisent pas toutefois pour permettre à l'historien de porter sur Balue un jugement favorable. Le cardinal n'a jamais en effet réellement travaillé, ni pour son prince, ni pour le Pape ; il se mêla aux intrigues et aux grandes affaires dans un intérêt tout personnel. Par deux fois il a essayé de former une nouvelle coalition féodale (en 1469 et 1484), et il a abandonné la seconde pour conquérir la faveur d'Anne de Beaujeu; il a fait abolir la Pragmatique Sanction pour obtenir un chapeau de cardinal, et ne s'en est pas occupé, comme légat, parce qu'alors il n'avait plus rien à y gagner. En un mot, il sacrifia tout à son ambition, et n'hésita jamais sur le choix des moyens pour la satisfaire ; nous avons vu qu'il avait peu de scrupules ; sa conduite avec Thomas Basin, les huit mille écus d'or qu'il prit à Péronne, le prouvent surabondamment.
Il est, néanmoins, une qualité qu'on ne peut lui dénier, l'habileté. On est étonné, en effet, du crédit dont il jouit, avant et après sa captivité, quand on considère les résultats qu'il obtint dans les négociations dont il fut chargé. La fortune ne lui est presque jamais favorable ; toujours il échoue dans ses ambassades, aussi bien en Bretagne, qu'en Bourgogne ; il vient comme légat en France, et n'obtient rien en cette qualité ; plus tard, encore, malgré ses efforts, le Pape traite avec Ferdinand ; dans la Marche d'Ancône enfin, il fait si peu, que les chroniqueurs n'en parlent même pas. La cause de ces insuccès tient-elle à l'insuffisance de Balue ? Nous ne le croyons pas, car, malgré tous ces échecs, il a su se maintenir en grâce auprès de ses maîtres, amasser une