III. — 4469, 22 AVRIL
ledit Simon, — et vendredi xxi^ jour d'avril bien matin rapporta ledit original, et derechief ledit s. de Verdun lui fist collationner a ce que escript avoit, et ledit Simon recorder toutes choses et selon la declairacion dessus dicte.
Dit que, ce fait, ledit s. de Verdun lui chargea que ladite lectre et escript il cousyt en son pourpoint et l'y mist telle qu'il ne fust point trouvé ; lui chargea en oultre qu'il deist à mondit s. de Bourgogne que l'admirai estoit allé à Bordeaux quérir et mectre a point les navires pour les mectre sur mer et empescher le passage de mondit s. Charles et partant qu'on s'avancast car il ne feroit pas si bon passer lors comme il fait maintenant ;
Item, que le Roy s'estoit alyé avec toute la maison d'Anjou et avec le duc de Bretaigne;
Item, que en toute diligence nions, de Bourgogne envoiast devers nions, de Bourbon pour estre de son costé, et sans difficulté il le gaigneroit;
Item, aussi que envoiast devers mons. le connestable pour le gaigner.
Ledit Simon, bien envis, print laditte charge neantmoins en de parfin il l'accepta et partist de sondit maistre le vendredi matin et lui bailla viii escus pour sa despence et cousit laditte petite lectre en son pourpoint et alla ce jour au giste a Cloyes, ou il trouva le bastard du Bègue et Regnauld le Turc de la conipaignie de mons. le sencschal de Guienne, qui lui demandèrent dont il venoist, et a qui il estoit, et où il alloit. Il dist qu'il venoit de Tours et qu'il estoit a mons. le cardinal d'Angiers et s'en alloit a Fescamp. Lui demandèrent aussi dont il estoit, il leur dist qu'il estoist de Ponthoise. Pareillement vouldrent scavoir s'il avoit aucunes lectres ; il dist que nenny. Et pour ce qu'ilz le trouvoient variant et qu'il ne savoit respondre aux autres demandes qu'ilz lui faisoient de cognoissance des gens qui demouroient a Pontoise et a Fescamp, dirent que c'estoit un espye. Et, par ce, se meurent parolles entr'eulx, et vouloient a toutes fins scavoir s'il avoit aucunes lectres et tant que l'un d'eulx commença a taster en son pourpoint et sentir ladite petite lectre ; et la tira ledit Simon dehors et la leur bailla, qui la leurent et puis le menèrent en hault et leur enseigna en la haulce de
son pourpoint ledit escript et pour ce le amenèrent ledit samedi xxii° jour d'avril devers le Roy a Amboise.
Interrogué de quelle main estoit escript l'original escript qu'il a coppié, dit qu'il ne scet, mais il cognoistroit bien la lectre se il en veist de semblable; et sceit bien que mondit s. de Verdun ne l'avoit pas escript, car il ne sceit pas si bien ortographier comme estoit ortographyé le dit original. Lors lui fut monstre la petite lectre ; et après que longuement l'eut regardée, dit qu'il lui semble que ledit original estoit de semblable main mais il avoit esté escript plus couramment.
[Bibl. Nat., CollccL Le Grand, fs. fr. 6963, fol. 81, pap. xv<^ s.ij
Montbazon [1469], 6 mai. — Interrogatoire de Pierre Durand, ne{>eii et seri>iteur de Jean Balue.
Du vi*" jour de May à Monbason.
Maistre Pierre Durand, natif de Poytiers, aage de xxv ans ou environ, — oy et examiné par nous Jehan d'Estouteville, seigneur de Torcy, Guillaume Cosinot et Pierre Doriole, — dit et deppose par son serment sur les choses qui lui ont esté demandées : Que, estant le cardinal d'Angiers a Paris après le retour de Lyege, ledit cardinal envoya ledit qui parle devers monseigneur de Bourgoigne pour faire haster l'ambaxade de Bourgoigne a venir par deçà et que le Roy luy avoit escript qu'il le fist ainsy. Et porta ledit Durand unes lettres closes a mondit seigneur de Bourgoigne, unes a son chancelier, unes au bastard de Bourgoigne, unes a messire Guillaume de Bisches, et unes à l'arcedyacre de Cluny. Toutes icelles lettres faisoient mémoire de la matière dessusdite, c'est a scavoir pour haster a faire leur ambaxade a Paris devers le
Roy.
Dit aussi que y avoit une petite lettre de créance escripte
1. Cet interrogatoire a été publié dans les pièces justificatives de Dom Plancher, Histoire de Bourgogne, t. IV, p. CCLIX-CCLX.
de la main cludit cardinal, qui estoit enclose dedans les lettres de mondit seigneur de Bourgoigne, laquelle créance estoit sur luy qui parle.
Dit aussi que en iceluy temps Navarrot estoit devers mondit seigneur de Bourgoigne, et le pria plusieurs foiz qu'il dist a monseigneur de Bourgogne qu'il le feist despecher et qu'il voulsist haster ladite ambaxade de venir.
Dit pareillement qu'il tarda aucun temps a avoir sa responce pour ce que on ne savoit trouver les lectres qu'il avoit apportéez a mondit seigneur de Bourgoigne, lesquelles Jehan de Boscure avoit, lequel n'estoit pas pour lors en l'austel de mondit seigneur de Bourgoigne, mais estoient Navarrot et luy ensamble pour faire grant chiere.
Interrogué quelle estoit la créance que ledit cardinal luy avoit chargé dire a mondit seigneur de Bourgoigne, dit que c'estoit que ledit cardinal luy avoit chargé qu'il dist a mondit seigneur de Bourgoigne toutes les bonnes parolles dont il se scauroit adviser, et que le Roy avait grant amour et grant fiance a mondit seigneur de Bourgoigne, et qu'il desiroit fort que ses ambaxadeurs vinsissent, et qu'il n'estoit jamaiz délibéré de rompre avecques luy, et qu'il n'attendoit sinon que son ambaxade vinsist, et qu'il avoit escript a ceux de la court de Parlement et a son Conseil que tout ce qu'il avoit accordé et promiz a mondit seigneur de Bourgoigne fust enterriné et pour ce qu'il pleust a mondit seigneur de Bourgoigne avoir en son ambaxade, et qu'ils auroient bonne expedicion.
Dit aussi qu'il dist audit seigneur ledit cardinal, que iceluy cardinal luy supplioit qu'il le voulsist tousjours avoir en sa bonne grâce, et que se l'abahye de Cluny vacquoit, laquelle on disoit qu'elle estoit en voye de vacquer, il voulsist avoir pour recommandé et tint la main envers nostredit seigneur pour qu'il l'eust et qu'il feroit envers le Roy ce que ledit seigneur semblablement luy tiendroit de sa part.
Dit que mondit seigneur de Bourgoigne luy respondist qu'il aimoit bien ledit cardinal, et qu'il estoit bien son amy et qu'il feroit pour luy ce qu'il pourroit ; et que, au regart de l'ambaxade, il avoit intencion de l'envoyer brief, maiz qu'on disoit que le sieur de Crussol venoit et qu'il valoit bien que
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on attendist so venue et que en tant qu'il touchoit le Roy se ledit seigneur audit royaulme avait à besongner que il l'ayderoit et y mettroit tout son povoir, et luy dist sur ce très bonnes parolles,
Interrogué — s'il luy dist point, de par ledit cardinal, que depuis que l'assemblée avoit esté faitte du Roy et dudit de Bourgoigne, le Roy n'avoit point tenu audit cardinal les termes qu'il faisoit par avant et qu'il luy recquerroit qu'il le voulsist ayder et porter ainsi qu'il luy avoit promiz, ou autrement qu'il estoit homme perdu ; et que mondit seigneur de Bourgoigne luy escripvist unes autres petites lettres, laquelle créance estoit que mondit seigneur de Bourgoigne le porteroit et soustiendroit ; et que, s'il vouUoit, il envoyroit une ambassade expresse pour luy devers le Roy, — dit par sa foy que non, et que jamaiz il n'eut charge de par ledit cardinal de dire les choses dessusdites, et ne luy fut chargé de par mondit seigneur de Bourgogne luy rapporter autre responce.
Surquoy luy a esté remonstré que plusieurs tesmoingnaient ce qu'il dit n'estre, et mesmes que mondit seigneur le cardinal en parle bien cler ; a quoy il a respondu que, quoique sur ladite chose autre en ayt dit, qu'il n'en est riens ; et que se ledit cardinal l'a dit, qu'il erroit.
Dit en oultre sur ce interrogué que durant le voyaige de Lyege, il est venu par deux foiz de par ledit cardinal devers le Roy, mais que jamaiz il n'a apporté lettres de par ledit cardinal a mondit seigneur de Bourgoigne, ne parlé a luy.
Dit aussy sur ce interrogué que des quinze mille escuz qui furent baillez audit cardinal pour despartir lui mesme, ledit Durant en porta troys M. au Roy a Lyege, et que du surplus, il en fut baillé deux mille escuz aubastardde Bourgoigne, — a l'arcedyacre de Cluny cinq cens escuz ; — a messire Guillaume de Biche en fut présenté mille ou deux mille escuz. Il ne scayt s'il les prist ou non. Et au regart de ce qui reste, ledit cardinal le fist apporter a Paris et y avoit de sept a huyt mille escuz.
Interrogué se mondit seigneur de Bourgogne donna aucune chose audit cardinal, — dit que non qu'il sache. Bien est vray qu'il luy vouUoit faire délivrer vi"^ marcs d'argent a Paris, mais que ledit cardinal rcspondit qu'il n'en voulloit point.