‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 161 sur 187 · X. — 1469, 22 MAI · texte numérisé non relu

X. — 1469, 22 MAI

Maillé ou a Langés, et estoit lors le Roy a Saint-Michel, de retour de son voiage de Notre-Dame de Behuart. Et a ceste cause y ala, et, en son chemin, oultre Maillé une lieue, trouva maistre Jehan Perier, aussi servicteur dudit de Verdun, qui revenoit dudit Saint-Michau sur Loire comme il dist audit qui parle, et que ledit de Verdun lui avoit envoyé. Auquel Perier, ledit qui parle demanda ou il trouveroit ledit maistre Albert, lequel lui dist qu'il trouveroit audit lieu de Langés. Et pour ce qu'il n'y trouva ledit maistre Albert, s'en retourna audit lieu de Tours, et rapporta ladite cédulle, qui contenoit que maistre Robert Poictevin estoit en dangicr de mort et qu'il demandast au Roy pour ledit de Verdun la trésorerie de Saint-Yllaire de Poictiers.

Dit, au regard de Simon Bellée, sur ce interrogué, que quand il partit pour aler au voiage ou il a esté prins, il qui parle lui demanda ou il aloit, et s'il aloit a Romme, ou il avoit esté nouvelles ou ledit de Verdun le devoit envoyer. Maiz ledit Simon respondit que non, maiz qu'il n'aloit gueres moins loinc sans lui en dire autre chose. Et de tout son fait autre chose ne scet, ne de toutes les autres interrogatoires que lui ont esté faictes, que ce que dit est dessus.

[Bibl. Nat., Nouv. acq. fr. 1001, fol. 61 r" et v^, pap. xv s.].

Tours, 1469, 22 mai. — Inferrogatolj-ede Pliilippot de Bohan, serviteur de Guillaume de Harancourt, évêque de Verdun.

Dudit jour.

Philippot de Bohan, natif de la conté de Rethel, aagé de xxvii ans ou environ, après screment par lui fait dédire vérité, a esté interrogué et respondu en la mesme manière que le témoin précèdent. Et, sur tout, dit qu'il ne scet riens; et que, quant ledit de Verdun estoit en Bretaigne, et aloit et venoit devers monsieur de Guyenne et duc de Bretaigne, ledit de Verdun le laissoit à Vanes pour garder ses besongnes, et, par ce, n'a riens veu de ses secretz.

Dit aussi que maistre Jehan Merlin avoit la garde de ses lettres qu'on lui apportoit; et que, au regard de lui qui parle, ledit de Verdun le faisoit tousjours retraire hors de sa chambre, quant il venoit gens. Dit qu'il a par plusieurs foiz veu que ledit de Verdun et Simon Bellée estoient enfermez dans la chambre dudit de Verdun, tous seulz, et en plusieurs lieux qu'il ne scet; ce qu'ilz faisoient ne de quoy ilz parloient, il ne scet, et mesmes derrenierement a Amboise.

[Bibl. Nat., Nouv. acq. fr. 1001, fol 61 v", pap. AT* s.].

Tours, 1469, 22 mai. — Interrogatoire de Durand Millier, serviteur de Guillaume de Harancourt, évêque de Verdun.

Dudit xxii^ de may.

Durand Millier, pelletier, natif de Can, aagé de xxx ans ou environ, serviteur de l'evesque de Verdun, après serement par lui fait, dit que deux ans a ou environ, il se partit de Can et s'en ala en Bretaigne devers ung sien frère, par le moien duquel il fut mis au service dudit de Verdun soubz l'un de ses gentilzhommes, nommé Jehan Daizis. Et dit que depuis pour la pluspart du temps, il a esté en Lorraine avec ledit Daizis, et aloient quérir de l'argent et des chevaulx pour ledit de Verdun, et d'autre chose ne s'est meslé. Et au regard

des secretz dudit de Verdun ne du contenu en tous les interrogatoires des circonstances et deppendances qui luy ont esté faiz, telz que les autres cy dessus, il n'en scet riens.

[Bibl Nat., Nouv. acq. fr. 1001, fol. 62 r», pap. xv^ s.].

XTI.

1469, 28 mai. — Interrogatoire de Jean Luret, serviteur de Jean Balue, cardinal d'Angers.

Le xxviii' jour de may mil iiii^^lxix, avons fait venir, — par

devant nous Tristan l'Ermite chevalier, seigneur de Moulins et du Bouchet, conseillier du Roy nostre sire, prévost de son hostel et de Messieurs les Mareschaux de France, — Jehan Luret, natif de la Marche en Touraine, aagé de vingt six ans ou environ, prisonnier du Roy nostre dict seigneur h Rochecorbon, et par nous interrogué et fait plusieurs remonstrances.

Apres ce que ledit Luret a juré de dire vérité, dit et deppose par son serment qu'il vint au service de monseigneur le cardinal d'Angiers environ la my mars derrien passé et n'y a esté avecques luy environ ung mois qu'il ne fut présens.

Interrogué ou il vint au service du dict cardinal, dict qu'il vint à Chastres-soubz-Montlehery et luy avoit dit ledict cardinal à Paris qu'il le suyvist pour ce que le premier président et maistre Jehan Berard avoient esté médiateurs dudict Luret; et ce jour couscha en la chambre dudict cardinal audict lieu de Chastres et l'evesque de Besiers coucha avecques ledict cardinal.

Dit que landemain au matin, environ v ou vi heures vint heurter à l'uys dudict cardinal un nommé maistre Jehan le Viste; ledict cardinal demanda qui c'estoit; on luy dict que c'estoit ledict Viste; dist que on luy ouvrist l'uys, et lequel Viste entra, parla audict cardinal soubz les courtines, se leva ledict evesque de Besiers; ne scet ledict Luret si ledict cardinal luy dist qu'il se levast ou non.

Dict que au partir de Paris plusieurs convoyèrent ledict cardinal, comme ledict evesque de Besiers, le seigneur d'Ennery, maistre Guillaume de la Haye et plusieurs autres qui s'en retournèrent; les Bourguignons demourerent à Montlehery, ne scet s'ils vinrent devant ou aprez, et aussi monsieur le Chancelier y demoura.

Dit que le landemain, ledict cardinal alla couchier à Estampes [avecques] monsieur le chancelier et les Bourgoignons; fut logié aux a Trois Roys », le chancelier h « l'Enge » et les Bourgoignons « au Signe )) ; lesquelz ne s'estoient veuz puis Paris; lesquelz Bourgoignons vindrent devers ledict cardinal, — c'est assavoir le sieur de Charny et le sieur de Clicy avecques leurs gens — parlèrent a secret ung longtemps ; qu'ils disdrent, lui qui deppose n'en scet riens, et,

à celle heure, conclurent en général comme ilz passeroient la Beausse. Ledict cardinal ala logier à Yenville, monsieur le chancelier au Puiset, les Bourgoignons à Trury.

Et en l'accomppagnée dudict cardinal logia l'evesque de Limoges, maistre Guillaume de Cambray, maistre Luillier, maistre Jehan de Relhac.

Dit, sur ce interrogué, que quant ledict Jehan Viste partit de Chastres d'avec ledict cardinal, il dist tout hault telles parolles ou semblables : a Je suis icy venu pour vous prier « qu'il vous plaise escripre au Pappe pour ung prieuré. )> Ainsi s'en ala, et oncques puis ne le vit lui qui parle jusques à Amboise.

Sur tout enquis dict que, au partir d'Yenville, ledict cardinal s'en ala d'Orléans, le chancellier et les Bourguignons, lequel chancellier actendoit ledict cardinal près ladicte ville d'Orléans, le convoya jusqu'au clouestre Saincte Croix, s'en retourna logier « au Mouton » et les Bourguignons estoient logiez es hostelleries « à la Teste Noire », « l'Autruche )>, et autres dont il n'est mémoratif.

Dit que lesdicts Bourgoignons vindrent devers ledict cardinal, c'est assavoir lesdictz seigneurs de Charny, de Clicy et les autres ; et conclurent, aprez qu'ilz eurent parlé a secret, que lesdictz Bourgoignons ne passeroient point Blois ou Estures au droit de Chaumont jusques à ce qu'ilz eussent nouvelles du Roy.

Interrogué si ledict cardinal envoya quelques personnes devers lesdicts Bourguignons, ou eulx devers ledict cardinal, respond que le proton[ota]ire envoya ung de ses serviteurs devers ledict cardinal, lequel parla à luy ; qu'il luy dist, il ne scet, mais incontinent ledict cardinal appela luy qui deppose et luy dist : « Va-t-en avecques cest homme et ce que son « maistre te dira rapporte le moy w. Et incontinent luy qui parle s'en ala avec ledict serviteur dudict protonotaire, lequel le mena à « l'Autruche », ou estoit logé ledict protonotaire, lequel n'estoit pas en son logis ; et le mena son dict serviteur lui qui parle au logis du seigneur de Clicy, où il trouva ledict protonotaire, et l'attendit bien ung quart d'heure, jusques a ce qu'il eust parlé audict seigneur de Clicy ; et aprez mena luy qui parle jusques à son logis, avant qu'il luy

diist riens, pour ce qu'il parloit à plusieurs gens. Et quant il fut devant sondict logis, il dist audict depposant : « Mon <( amy je m'en vois après vous et y fusse allé plus tost ; mais « M]M. de Cliarny et de Clicy m'ont envoyé quérir ». Luy qui parle s'en retourna devers ledict cardinal luy dire [ce] que ledict protonotaire luy avoit dict, qu'il s'en venoitaprez luy; lequel ne demoura guères qu'il vint et parla audict cardinal plus d'ung quart d'heure ; qu'ilz disdrent, il ne scet.

Dit que ledit cardinal partit le lendemain d'Orléans, ala coucher a Nostre-Dame de Clery, et demourerent les Bourguignons a Orléans et ne les vit jusques a Amboise ; et aussi ne scet bonnement si M. le chancelier partit ce jour, et ne le vit pareillement jusques audict Amboise, qu'il entra quant ledict cardinal, et estoient avec ledict cardinal les dessusdictz, qui partirent d'Yenville avec luy, et y couscha ledict Lullicr avec ledict cardinal, depuis Estampes jusques a Amboise, et audit lieu mesmes, et maistre Guillaume de Cambray, quant ledict Lullier s'en fust aie.

Dit, sur ce interrogué, que, deux ou troys jours aprez que lesdictz Bourgoignons furent arrivez audict lieu d'Amboise, lesdictz seigneurs de Charny, de Clissy et le protonotaire vindrent devers ledict cardinal, parlèrent en secret ung quart d'heure ou environ.

Et en général dit oultre que ledict seigneur de Clissy a ung maistre d'ostel, nommé des Vergiers, lequel vint parler audict cardinal par trois fois ; pour quoi c'estoit, il ne scet. Dit aussi que ledict cardinal envoya une fois quérir ledict des Vergiers par luy qui deppose, lequel respondit qu'il ne le cognoissoit ; lors ledict cardinal luy dist : « Ne cognois-tu (( pas bien ung grand qui est au seigneur de Clicy, qui a (( esté par devers moy deux ou trois fois ? Va luy dire qu'il (( viengne parler à moy. )) Lequel qui parle y ala et le demanda, et luy dist l'en qu'il avoit nom des Vergiers et qu'il n'y estoit pas, et que c'estoit le maistre d'ostel ; s'en retourna et dist qu'il ne l'avoit point trouvé.

Et dit aussi, sur ce interrogué, que ledict protonotaire vint par troys fois et tout seul, devers ledict cardinal. Enquis s'ilz parloient à secret ensemble, dist que oyl à chascunefFois bien un quart d'eure ; mais qu'ilz disoient, il ne scet.

Enquis si ledict Viste vint point devers ledict cardinal depuis Chastres, dict qu'il vint devers ledict cardinal au dict Amboise, pendant que les Bourguignons y estoient et fut un ou V fois devers ledict cardinal ; et y aloit toujours matin ou bien tart, comme entre v et vi heures au matin, et au soir environ ix heures ; dont vint une des fois plus tart que les autres, que ledict cardinal estoit couché, et heurta a la porte et luy ala ouvrir luy qui parle par le commandement dudict cardinal, avec lequel estoit couché Luillier ou ledict Cambray, ne scet lequel ; et ainsi que luy qui parle ouvroit l'uys audict Viste, ledict cardinal demanda qui c'estoit, et le depposant dist que c'estoit le Viste, lequel entra. Quant il oyt parler ledict cardinal, il se tira près de luy sur les courtines. Lors ledit cardinal dist a celuy qui estoit couché avecques luy : « Il fault que vous leviez » ; lequel se leva ; puis ledict cardinal et ledict Viste parlèrent ensemble bien ung quart d'eure et aprez s'en ala ledict Viste ; que dist, il ne scet, mais le convoya jusques à l'uys, tout en chemise.

Dit oultre qu'il est bien recors que ledict cardinal envoya luy qui parle ung soir bien tart, environ x heures, quérir ledict Viste et luy dist qu'il veinst parler a luy et s'il estoit couché qu'il veinst le landemain bon matin ; lequel Viste y vint bien matin et parla audict cardinal qui estoit encores au lict, tout seul, et furent ensemble bien ung quart d'eure ; qu'ilz disdrent, il ne scet.

Dit sur ce interrogué, environ deux ou trois jours avant que le Roy partist pour aler à Nostre-Dame de Behuart, ledict Viste vint au logis dudict cardinal, tout housé, demanda a luy qui parle ou estoit ledict cardinal, lequel luy dist qu'il estoit au chasteau : « Il convient, dist ledict Viste, que je (( parle à luy ; alez luy dire que je suis icy. )) — Lequel y ala et ne peult parler à luy et s'en retourna ; si le dist audict Viste, lequel dist derechief qu'il falloit qu'il parlast comme qu'il fust nécessairement et qu'il luy retournast ; lequel qui deppose y retourna et n'y peult parler a luy, le vint dire audict Viste, lequel actendit. Et vint ledict cardinal dedans une heure et parlèrent ensemble, puis s'en ala ledict Viste ne scet où, et oncques puis ne le vit, ni ne scet qu'il dit audict cardinal, ni ledict cardinal a luy par oyr dire ou autrement.

Interrogué s'il scet point que autres gens eussent d'affaires avec ledict cardinal, dit et répond que les gens du conte d'Armignac vindrent parler a luy par trois fois a son advis et parloient a chacune des fois bien ung quart d'eure audit lieu d'Amboise.

Dit que le Seneschal de Foix vint parler audict cardinal par deux fois audict Ambroise ; et autreffois ledict cardinal dit à luy qui parle : (c Va-t-en au logis de monsieur de Narbonne « et dy au seneschal de Foix qu'il viengne parler à moy après disner » ; mais ne le trouva pas audict logis de Nerbonne, mais ung g... le mena au logis dudict seneschal, et le trouva et lui dist son mesage, lequel seneschal vint parler audict cardinal ; et a toutes les trois fois parlèrent en secret; qu'ilz disdrent, il ne scet, et s'en ala et oncques puis ne le vit.

Interrogué si scet point que les Bourguignons, ne les dessusdicts eussent autre affinité avecques ledict cardinal que ce qu'il adepposé, dit que non, mais dit bien quant lesdicts Bourguignons furent pretz a partir pour aler en Bretaigne ledict sieur de Charny vint prendre congié dudict cardinal, et parlèrent ensemble et non gueres. Enquis s'il y avoit que eulx deulx a parler a secret, dit que non. Enquis si au retour de Bretaigne il les a point vus, dit que non et que oncques puis ne les vit, — sur tout enquis.

Dit plus, sur ce interrogué, que quant ledit cardinal fut arivé d'Amboise et les Bourguignons, l'evesque de Verdun venoit devers ledit cardinal audit lieu d'Amboise m ou iv fois, et parloient ensemble en secret et autrement et jouèrent aux cartes aucunes fois.

Dit que une fois ledit cardinal dist a luy qui deppose : (( Va-t-en devers monsieur de Verdun et luy dy que je parleroie voulentiers à luy, mais je ne puis aler amont et si vouloit venir en bas, je parleroie à luy; ou si vouloit monter sur sa mulle et aler aux champs, je yroie avec luy et parlerions ensemble. Et si aucunes gens sont avecques luy, tu luy dira tout hault : Monsieur le Commissaire, messire Falque enrage qu'il n'est depesché, vous prie qu'il vous plaise le faire expédier. » — Ce que ledict depposant fist en la manière comme dit est, pour ce qu'il y avoit des gens estrangiers, et parla dudict messire Falque, ce qu'il

n'eust pas faict, s'il n'y eust eu que ledict monsieur de Verdun, lequel dist tout bas a lui qui parle, qu'il monteroit sur sa mulle et yroit aux champs, lequel depposant le vint dire audit cardinal. Lesquels cardinal et Verdun alerent aux champs ensemble et y demourerent une heure; ne scet qui ala avec eux, car il demoura en la chambre luy qui deppose.

Dit plus que ainsi qu'il aloit devers ledit Verdun, qu'il trouva le seigneur de Cran, qui lui demanda ou estoit ledit cardinal, et y luy respondit qu'il estoit à son logis. — « Pour- « quoi ne vient-il pas en hault? » Respond le depposant: « Il est mal disposé » — a II fait le mignot », dist le ledict de Cran. — « Saufve vostre grâce, dist luy qui parle, il veult (( prendre médecine dedans deux heures. »

Ledit s'" de Cran ala veoir ledict Cardinal et parlèrent ensemble sur une couche un quart d'eure ou deux.

Interrogué si ledict s"" de Cran n'avoit point esté par avant ny depuis, dist qu'il y avoit esté une fois par avant, mais il n'y fut gueres ; et qu'il luy dist, il ne scet, et dist que plusieurs gens y venoient dont il n'est recors.

Dit oultre, sur ce interrogué, que ledit cardinal envoya luy qui deppose devers ledict s*" de Cran, lui porta une petite cedule en papier, en laquelle n'avait deux petites lignes, qui contenoient en substance ces mots : a Je me recommande à (( vous et vous prie que vous faciez ce que vous savez. » Et ledict seigneur de Cran respondit que sil feroit-il, mais que ledict cardinal viengne au chasteau; lequel qui deppose le dist audict cardinal son maistre, qui n'ala point de ce jour au chasteau.

Interrogué si depuis ledict cardinal ou ledict seigneur de Cran envoierent point l'ung devers l'autre, dit que a ung soir bien tard, que tout le monde se retournait du chasteau, ledict cardinal dist a luy qui parle : « Regarde par la fenestre, quant monsieur de Cran descendra dudit chasteau et ne luy ditz mot » ; ce que ledit depposant fist. — Et quant ledict seigneur de Cran fut passé, ledit depposant le dist audict cardinal, lequel luy dist : « Va-t-en devers luy et luy demande « si je parleray mais huy à luy. » Lequel y ala et fist son message. Lequel s*" de Cran demanda (c qui est avecques luy? »

— Ledepposant luy rcpondlst qu'il n'y avoit qii'ung de ses vales de chambre et son barbier; lequel s'" de Cran dist : « Va luy dire qu'il face saillir tous ceulx qui sont en sa « chambre et qu'il n'y demeure ame. » Lequel qui parle fist son message audict cardinal, lequel cardinal fist monter ses deux serviteurs en ung plancher et demoura tout ' seul en sa chambre. Et ne demoura gueres qu'ung des serviteurs dudict s'" de Cran vint devers ledict cardinal, parla à luy h secret; qu'il luy dist, luy qui parle n'en scet riens, mais découcha ledict cardinal incontinent et ne vint point ledict s"" de Cran ; et oncques puys ne vist le dict s** de Cran ne ledict cardinal ensemble, ne qu'ilz mandassent aucunes choses l'un à l'autre, et en est bien recors.

Dit sur ce interrogué que, quant le roy fust parti d'Amboise pour aller a Nostre-Dame de Behuart, ledict cardinal dist audict depposant qu'il alast dire a l'evesque de Verdun qu'il montast a cheval pour aler a Tours, et que monseigneur le cardinal estoit prest. Lequel Verdun dist que ses chevaulx n'estoient pas venuz et que ledict cardinal alast toujours devant et qu'il l'atendroit bien. Et avant que ledict cardinal fust gueres loing de la ville d'Amboise, ledict Verdun vinst qui acousta ledict cardinal et s'en ala logier au « clouestre Saint-Martin », et ledict Verdun « au Faucon », qui avoit convoyé ledit cardinal en son dict logis.

Dit plus que audit lieu d'Amboise reparoient plusieurs seigneurs en l'ostel dudict cardinal, comme l'evesque de Verdun, qui jouoit voulentiers aux cartes avec ledict cardinal, monsieur le mareschal Jouachin, qui joua une fois; le sieur de Lude v fust m ou iv fois; le sieur de Nerbonne y fust une fois; maistre Adam Fumée plusieurs fois; maistre Jehan Berard une fois ou deux ; monsieur le premier Président Dauvet deux ou trois fois ; le sieur de Morvilliers y estoit tous les jours; maistre Anthoine de Longueil tous les jours ; et depuis que l'evesque de Beziers (depuis qu'il) fust venu, depuis n'en bougeoit tous les jours, maistre Guillaume de Cambray, l'evesque de Limoges, l'evesque de Soissons, Chariot de Louviers, maistre Jehan de Reilhac, le Président des Comptes et n'y avoit celui des dessusdits qui ne parlassent ensemble et de secret.

Dit plus, sur ce enquis, que quant ledict cardinal fust à Tours, que Fevesque de Verdun y venoit tous les jours et jouant le plus souvent aux cartes, et parlèrent de secret et autrement. Aussy y venoit ledit Président des Comptes tous les jours, le s'' de Morvilliers tous les jours, Maistre Adam Fumée pareillement, et le mandoit ledit Cardinal pour ce qu'il estoit malade, et tous parloient ensemble de secret et souvent.

Dit oultre qu'une fois ledict Cardinal et Verdun s'enfermèrent en une chambre dudict Cardinal et y furent une grosse heure ; et commanda ledict Cardinal a celluy qui parle qu'il ne partist point et ne laissast l'uis de la chambre, afEn que nul n'y hurstast encontre; ce que ledict depposant fist ; et après s'en alerent au jardin et y furent jusques a ce qu'il fust heure de soupper. Qui fut avecques eulx du premier ne depuys ? il ne scet, riens pour ce qu'il ne bouga de la chambre et n'en sauroit parler.

Dit plus que ledict Cardinal et Verdun, Morvilliers, maistre Adam Fumée jouèrent aux detz par deux nuys, dont la première jouèrent depuis le soupper jusques a lendemain près de six heures, excepté le Cardinal qui se ala coucher environ minuit, etlaii"'" nuit jusques a sept heures; et dit que le n^"° jour ledict Cardinal envoya quérir ledict evesque de Verdun et luydit que le s*" de Morvilliers, maistre Adam Fumée estoient ensemble, et que l'omme dudict Morvilliers qui estoit aie quérir l'argent estoit venu, lequel evesque de Verdun qui jouoit aux cartes dit : « Je m'en vois après vous. » — Enquis comme il le scet, dit que luy mesme l'ala quérir par le commandement de sondict maistre le Cardinal, et y fut par deux fois luy qui deppose et a la ii'"*' vint.

Interrogué quelz autres gens repparoient et conferoient avecques ledict Cardinal et Verdun a Tours, — dit que Monseigneur le Gouverneur de Roussillon y fut devers par trois fois. Monsieur de Nerbonne par deux ou trois fois et tousjours Gaston, le seneschal de Guienne, avecques luy. Dit qu'ils n'y venoient fors qu'ils ne parlassent tousjours de conseil et en secret, le s^ de Montereul y fut par deux ou trois foys, maistre Geffroy, le sieur Gien et maistre Anthoine de Longueil, Chariot de Louviers, et plusieurs autres dont il

n'est recors, et qu'il ne congnoist, et luy semble qu'il n'y avoit celuy qui ne parlast de secret ou autrement.

Vint Monsieur du Bouchage de par le Roy quérir le Cardinal, a ung dimenche, pour aler a Amboise devers ledict seigneur; et quant il fut audict lieu d'Amboise, il ala descendre tout droit ou chasteau parler au Roy, puis s'en retourna en son logis. Une heure ou deux heures après il dist audict depposant : « Va-t-en ou chasteau devers Monsieur (( de Verdun, et luy dy que quant je suis arrivé en ceste « ville, que je suis aie tout droit descendre au chasteau, et (( quant j'ay esté devant le Roy, il m'a dit : « Estes vous (( venu ? Je vous avoye envoyé quérir pour l'amour de Monsieur (( de l'Escu, mais il s'en est aie. » — Et puis m'a demandé : (( — Ou est le s'" de Verdun ? )) — Lequel Cardinal respondit qu'il croioit que ledict de Verdun venoit et qu'ils avoient diné ensemble à Tours. Lors le Roy luy dist : « Alez-vous en (( jusques a encore nuit. » Lequel depposant monta oudit chasteau par trois foys, pour cuider faire ledit message, mais il ne peult parler a luy; et la dernière fois qu'il s'en retournoit, qu'il estoit bien ix heures, ne trouva point son maistre ledit Cardinal, car il estoit prins. — Et est tout ce qu'il deppose sur tout enquis; et dit que si savoit chose qui fust contre ne au préjudice du Roy, qu'il le diroit de bien bon cuer.

[Bibl. Nat., Nouv. acq. fr. 1001, fol. 63-68, pap. xv^ s.].

XII bis.

1469, 29 Mai. — Second interrogatoire de Jean Luret, sen^itenr du cardinal d'Angers.

Du lundi xxix*" dudit mois^

Ledict Luret a esté de rechief par nous interrogué et mis en question, et lui avons fait plusieurs remonstrances et interrogacions,

1. Le premier interrogatoire de Jean Luret avait eu lieu la veille, 28 mai; on vient de le lire.

Page 1