Legeay, Histoire de Louis XI, t. I. p
H. FoRGEOT. Jean Balue. 3
Son absence fut courte, mais le parti bourguignon en profita pour relever la tète. Un jour même, sous son influence, douze députés sortirent de la ville pour aller entendre les propositions des princes (23 août). Leurs représentants demandèrent qu'on leur livrât Paris, sinon, ajouta l'un d'eux, Dunois, il serait assailli de toutes parts le lundi suivant (27 août). Quand on connut cette réponse, quelques-uns, timorés ou tout dévoués aux confédérés, furent d'avis qu'on ouvrît les portes, mais le peuple protesta ; et, sur Tordre du comte d'Eu, les députés durent aller répondre aux ducs que, pour se décider, on attendrait le consentement du roi. Les princes jurèrent de livrer l'assaut le lendemain, mais quand Louis XI rentra dans Paris, amenant douze mille hommes (28 août), nulle attaque n'avait encore eu lieu.
La démarche des députés effraya le roi et il tenta de s'attacher encore plus les Parisiens ; c'est ainsi qu'au commencement de septembre, il se fit frère et compagnon de la confrérie des bourgeois de Paris, « et avec luy s'y mirent (( l'evesque d'Évreux et autres' ».
Le parti bourguignon se vengea de Louis par « ballades, « rondeaux, libelles diffamatoires » contre les fidèles serviteurs du souverain-. Une victime désignée était Balue; aussi est-ce vers ce temps que fut composée la satire de l'àne mitre, dont nous avons déjà parlé.
On alla même plus loin. Un soir, notre évêque fut guetté, assailli ; heureusement il avait une bonne monture « et era- « porta laditte mule son dit maistre Balue jusques au cloistre « Nostre Dame en son hostel ». Il avait néanmoins reçu deux coups d'épée\ Malgré les recherches qui furent faites, les meurtriers demeurèrent introuvables. Plus tard, on accusa de ce crime Charles de Melun, qui s'en défendit \ Quelque temps après, on trouva une autre explication : « aucuns disoient que « ce avoit fait faire monseigneur de Villiers le Boscage pour « l'amour de Jehanne Dubois, dont il estoit amoureux^ ».