Chr. Scand., t. I, p
3. Chr. Scand., t. I, p. 112. Cette attaque nocturne eut lieu le 23 septembre 1465.
4. Procès de Charles de Melun (Bibl. Nat., fs. fr. 2961, non paginé).
5. Chr, Scand., loc. cit. Sans vouloir défendre la moralité de
A ce moment on parlementait pour la paix, mais sans pouvoir s'entendre, car Charles de France réclamait en apanage la Champagne et la Brie. La défection de plusieurs places et de presque toutes les villes normandes qui ouvrirent leurs portes aux armées des confédérés, contraignit Louis XI d'accepter les conditions des princes et de signer les traités de Conflans et de Saint-Maur (5 octobre) ^
Le 12 octobre, le parlement étant rentré, « la majorité (( déclara qu'elle ne consentait point à l'entérinement des « lettres du roi. Vint incontinent l'évêque d'Évreux, maître « Balue; il dit que le roi voulait que ses lettres fussent a publiées nonobstant toute opposition... et elles le furent^ ».
Ce n'était pas tout pour le roi d'avoir fait un traité ; il s'agissait maintenant de ne pas l'exécuter dans tous ses articles. Donner à tout jamais la Normandie à son frère, ainsi que Louis l'avait promis, c'était non seulement démembrer la France, mais l'ouvrir aux Anglais : si de nouveaux différends survenaient, — et il y en aurait, — que ferait le roi cerné par le Breton, l'Anglais et le Bourguignon?
Il importait donc de reprendre au plus tôt la Normandie. L'occasion ne tarda pas à se présenter. On apprit peu de temps après la signature du traité que tout allait au plus mal dans la province. Les deux ducs, François II et Charles de France, se disputaient le pouvoir et les habitants refusaient d'obéir à leur nouveau souverain. La division entre les princes était déclarée ; c'est ce qu'avait prévu le roi, s'il n'y avait
Balue, — ce qui est difficile après cette assertion de son collègue en l'épiscopat, Th. Basin, « dolis et pravis artibus obcenisque etinfamibus « lenociniorurn ministeriis honores conquisierat » (Basin, t. II, p. 212), — il paraît, vu le moment où cette attaque eut lieu, plus vraisemblable de croire qu'elle doit être imputée au parti bourguignon. Jean de Roye lui-même semble être de cet avis : « Etcedit jour |23 septembre 1465] « au soir environ deux heures de nuit, Monseigneur Tévesque d'Evreux « Balue fut guetté et accueilly par aucuns ses ennemis en la rue de la « Barre-du-Bec. » (Chr. Scand., t. I, p. 112).
1. Si l'on en croit Gaguin, dont le témoignage n'est d'ailleurs corroboré par aucun autre chroniqueur, Balue aurait conseillé au roi d'acheter la paix au prix de la Normandie: « Quod Johannes Hebertus et Ballua, « Ébroicensium presul, sibi perfamiUares, suadebant, Normanniam « fratri dono coactus reliquit. » Le conseil était bon, car la prolongation des hostilités eût pu être très funeste au roi; de plus, Louis XI pensait probablement déjà à reprendre ce qu'il allait donner.
2. Pièces de Le Grand ; cité par Legeay, op. cit., t. I, p. 450.
aidé, ce qui est fort probable. Il intervint aussitôt et se dirigea vers la Normandie avec son armée. François II, dans son mécontentement contre Charles, eut le tort de ne pas agir; bien plus, le 23 décembre 14G5, il faisait sa paix particulière avec Louis XI, qui entrait dans toutes les places et reprenait officiellement la province un mois après'.
On convint, par la paix de Caen, que les ducs de Bourbon et de Bretagne décideraient de l'apanage à concéder à Monsieur. Louis XI chargea Balue, qui avait souscrit le traité, de surveiller leurs actes et de les conseiller au besoin. Du reste, François II comprenait maintenant la lourde faute commise par lui en abandonnant son allié; « Charles de France (( était un instrument qu'il entendait se réserver pour en dis- « poser selon ses intérêts; aussi prit-il son rôle d'arbitre au « sérieux". »
De Ronfleur, où il était alors, il vint à Caen pour se concerter avec Charles; celui-ci y arriva bientôt après, et Balue crut le moment opportun de parler. Il montra à Charles les bonnes dispositions de Louis : « Qu'il aille le trouver, le roi « le recevra en frère ; il est d'ailleurs disposé à lui abandonner (( une riche province et lui propose le comté de Roussillon^ »
Le comté de Roussillon ! Le duc de Bretagne dut frémir à ces mots, car il ne lui suffisait pas que Charles entravât le gouvernement royal, il voulait encore l'avoir sous la main. Aussi, ce fut lui qui suggéra au jeune prince de ne pas accepter; celui-ci suivit son conseil et demanda le Berri, soit avec le Poitou, l'Aunis et la Saintonge, soit avec la Champagne et la Brie. Louis XI ne pouvait que refuser; aussitôt François se retira à Nantes et Charles à Vannes, où il reçut du duc une pension pour l'entretien de son escorte \
Le roi ne se découragea pas. Sans perdre de temps, il organise une nouvelle ambassade et ordonne à Balue et à l'amiral de Montauban de se rendre à Nantes, pour y refaire les
1. Lettres patentes datées du 21 janvier 1465 (1466', n. s.) Ordonnances, t. XVI, p. 458.
2. Dupuy, Histoire de la réunion de la Bretagne à la France, p. 38-39.
3. C'est ce qui ressort d'une lettre de Charles de Berri que nous analysons plus loin.