Dupuy, op. cit., p. 42 et suiv
mêmes propositions (février 1466). Ils y rencontrèrent les deux envoyés de Monsieur ; c'étaient l'évêque de Verdun, Guillaume de Harancourt^ chancelier de Charles, et Pierre Doriole^ son général des finances. L'évêque d'Évreux commença aussitôt à négocier; ce n'était pas un accommodement définitif que Louis XI proposait, mais, en attendant que les ducs de Bourbon et de Bretagne se fussent acquittés de leur mission, il ne voulait pas que son frère restât sans apanage; il lui offrait en conséquence de lui « bailler par provision le « comtéde Roussillon, avec toutesles places et appartenances « d'iceluy » ; une pension de soixante mille écus y serait jointe. Les ambassadeurs français firent ensuite valoir tous les avantages de cet apanage provisoire « en remonstrant (( que audit comté avoit beaux ports de mer et de belles « places ». Ils ajoutèrent enfin que le roi s'engageait de plus à veiller au passage de Charles à travers le royaume, et lui fournirait à cette occasion des gens d'armes et des « lettres (( de seureté ». Mais, ajouta Balue, Louis préférerait de beaucoup que son frère allât le trouver : « Il vous traiterait, lui « dit-il, si bien et doulcement que auriez cause d'en estre bien « content. »
1. Guillaume de Harancourt, fils de Gérard de Harancourt. fut élu évêque de Verdun le 14 octobre 1456. C'était un ambitieux, un audacieux doué d'un esprit subtil et dissimulé. II accompagna Jean de Calabre pendant son expédition de Naples, devint conseiller de René d'Anjou, servit Louis XI lors des traités de Saint-Maur et de Conflans. Il fut nommé plus tard chancelier de Charles de France, qui le chargea de le représenter comme ambassadeur lors des conférences de Cambrai (8 avril 1467). Après le traité de Péronne, on le trouve de nouveau auprès de Louis XI avec le titre de conseiller du roi; bientôt après, ses intrigues et sa trahison, de concert avec Balue, le font jeter en prison (1469). — Enfermé dans une cage de fer à la Bastille en 1476, il en sortit en 1482 et fut nommé évêque de Vintimille. A la mort de Louis XI, il revint dans son évêché de Verdun et mourut le 20 février 1500 (Gallia, t. XIII, col. 1235-1237). Nous retrouverons ce personnage au cours de cette étude.
2. Pierre Doriole, seigneur de Loire (Aunis), né vers le commencement du xv^ s., mort le 14 septembre 1485; fut tour à tour général des finances, puis maître des comptes (11 nov. 1456 — sept. 1461) sous Charles VII et redevint général des finances sous Louis XI qui le destitua en 1465, puis le rétablit et le nomma chancelier (26 juin 1472) ; il perdit cette place en mai 1483 et reçut la charge de premier président de la Chambre des Comptes. Nous le rencontrerons, au cours de cette étude, en qualité de commissaire du procès de Balue (Anselme, Hictoire généalogique de la maison de France, t. VI, p. 411; Feugère des Forts, Positions de thèses de VEcole des Chartes, 1891).
Harancourt et Doriole ajournèrent leur réponse, et en écrivirent à leur maître. Charles répondit le 3 mars par un refus catégorique; il s'en expliquait d'ailleurs : « Le dit offre ne nous (( semble pas raisonnable et ne sommes point délibéré de le « accepter » parce que « mondit seigneur ne tient le comté de « Roussillon que pour forme de gageure^ et que c'est chose (( sujette à guerre et à débat contre le roy d'Arragon d'une part, (( contre la cité de Barsalone et tous les Cathelans, avec le « roy Piètre de Portugal d'autre part... Aussi c'est un lieu « hors des limites du royaume, loin de tous nos parens et « amis... » Son désir, ajoute-t-il, est de rester en la bonne grâce de son frère, mais, comme il l'a déjà déclaré àCaen, il ne lui « est pas bonnement possible pour le présent » de se rendre auprès du roi".
Le but était manqué. Charles refusait, sans doute à l'instigation de François; le duc de Bretagne eut peut-être acquiescé à la demande de Louis XI si l'un des deux ambassadeurs de France, le sire de Montauban, ne lui eût montré le côté dangereux d'un consentement. C'est là une simple supposition, mais qui n'est pas — on va le voir — dénuée de tout fondement. Le roi eût dû se défier de l'amiral ; depuis longtemps déjà (1462), Lescun avait signifié nettement à Louis que « tant qu'il aurait à son service l'amiral de Montauban, « il n'avait pas à compter sur l'amitié du duc de Bre- (( tagne\ » Balue ignorait sans doute ces détails, quand il lui fut donné, pendant la durée des négociations, d'assister à une trahison. L'évêque d'Évreux était à causer avec la dame de Villequier*, en l'hôtel de l'évêque de Nantes ^ lorsqu'il vit tout à coup un étrange spectacle, « l'amiral qui faisoit le
1. On sait, en effet, qu'en 1462, le Roussillon avait été engagé à Louis XI pour 200,000 écus d'or, par Jean II d'Aragon. Ce prince devait le recouvrer en 1473, les armes à la main, et en être chassé en 1476.
2. Lettre de Charles de Berri imprimée dans les preuves de Commines par Lenglet, t. II, p. 604.
3. Dupuy, op. cit., p. 15. Ajoutons une autre preuve de la faveur dont Montauban jouissait auprès de François II ; nous voulons parler de l'accueil que le duc lui fit lors de son ambassade de 1461, et la pension qu'il lui accorda alors (Dupuy, p. 12-13).
4. Antoinette de Maignelais, dame de Villequier, maîtresse du roi de France Charles VII et de François II, duc de Bretagne, née vers 1420 et morte vers 1474 (Voir Vallet de Viriville dans Nouv. hiogr. gén. Didot).