‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 81 sur 187 · Quittance de Balue, pièce just. n° I · texte numérisé non relu

Quittance de Balue, pièce just. n° I

3. Lettre de Sforza de Bettinis au duc de Milan ; 6 avril 1469 : « et « de fare cardinale el vescovo de Verdun ». Dans cette même dépêche, l'ambassadeur vénitien parle des rapports de Louis XI et du Pape. Le roi, dans un conseil public, dit-il, s'est plaint très amèrement du Souverain Pontife ; il serait même disposé à le faire déposer par un concile; il a ordonné au cardinal d'Angers et à l'évêque de Verdun, qui étaient présents, de dire à l'ambassadeur du Saint- Père de se retirer. Toutefois, grâce à l'entremise des deux prélats, le légat obtenait le lendemain une audience du roi à Amboise et Louis lui recommanda d'écrire au Pape « que Sa Majesté s'entendrait volontiers et aurait de « bons rapports avec Sa Sainteté, quand il lui plairait ». « C'était, » ajoute Sforza de Bettinis, « pour amener ainsi doucement le Pape à « accepter ses propositions relatives à l'affaire des Dixmes et des béné- « fices du royaume » (Vaesen, t. IV, p. 335-341).

4. Bibl. Nat., fs. lat. 5414 a, fol. 218-238 : « Tractatus fuit in via « totalis rupture ».

malgré leurs avis, ils résolurent de prendre une dernière précaution et de prévenir directement le duc de Bourgogne : ce fut ce qui les perdit.

Harancourt, qui connaissait sans doute l'offre de cent vingt marcs d'argent faite à Balue par les ambassadeurs bourguignons, lui conseilla d'écrire à Charles le Téméraire ^ Le cardinal répartit qu'il l'eût fait volontiers, s'il avait eu un fidèle serviteur à qui il pût confier sans crainte son message. L'évêque avait réponse à tout; il promit de lui trouver l'homme sûr qu'il cherchait. Alors se consomme la trahison. Si l'ambassade de Lauvergnat suffit à flétrir la conduite de Balue, que penser du mémoire adressé au Téméraire? Curieux mélange de nouvelles et de conseils que ce document! Il divulgue tous les projets de la politique royale, livre à l'ennemi les secrets du gouvernement et travaille encore à reformer la ligue féodale. En voici d'ailleurs la substance: Charles de France, annonce le cardinal, est sur le point de céder aux sollicitations de son frère. D'un instant à l'autre, il peut accepter la Guyenne, si on ne lui écrit au plus vite. Ce serait un événement déplorable au moment même où les comtes deFoix et d'Armagnac, gagnés à la cause du duc de Bourgogne, sont sur le point de lui envoyer leurs messagers. D'autres alliés sont prêts à se déclarer, et il serait facile de s'attacher le duc de Bourbon et le connétable de Saint-Pol qui peuvent à peine dissimuler leur mécontentement contre le roi. Que le duc de Berri résiste à Louis XI, il trouvera un refuge en Bourgogne et le Téméraire pourra aller le chercher par mer, mais il faut se hâter, car dans deux mois la flotte royale sera prête. Le cardinal terminait cette longue lettre en promettant d'avertir le duc de tout ce qui se passerait ; il l'engageait à fortifier Amiens, Abbeville, Saint-Quentin et toutes les villes de la Somme, que Louis voulait reconquérir ; enfin, il l'avertissait que le roi traitait avec l'Angleterre.

Nous devons remarquer que tout ce mémoire était rédigé sans qu'un seul nom y figurât et, pour le comprendre, il fallait « une clef », qu'on donna à Simon Bellée, le serviteur que

1. Ibid. « Predictusque Balue, consilio praenominati episcopi Vir- « dunensis, disposait destinare alium nuncium apud dictum dominum, « Burguiidie ducem ».

l'évêque de Verdun avait choisi pour aller en Bourgogne. Le cardinal prit encore une autre précaution ; il fit recopier la lettre par Bellée, et en brûla l'original. Mais, force lui fut de délivrer à l'ambassadeur une créance de sa main ; en voici la teneur : « Monseigneur, Pour vous advertir de la disposicion « des matières qui courent et qui me semble expédient, voyre « nécessaires, je vous envoyé ce porteur. Plaise vous le oyr « et croyre et a la première audience le expédier et par luy (( me faire savoir de vos nouvelles. — Escript de la main de (( vostre très humble et leal serviteur. S)

Bellée partit de Tours le 22 avril, non sans avoir entendu les explications et retenu les nombreuses recommandations de son maître. Arrivé au village de Cloyes en Beauce^ sa monture s'arrête; il la frappe et les coups n'y font rien ; il descend de cheval, le prend par la bride, la bête recule. Tout le village s'assemble bientôt et se moque du cavalier; il se trouble, il veut fuir. Deux soldats du roi remarquent cette allure inquiète: « D'où viens-tu? Qui t'envoie? Où vas-tu? » lui demandent-ils: « Je suis, repondit Bellée en tremblant, un « domestique du cardinal d'Angers. Je suis parti de Tours et « vais à Fécamp, où mon maître m'envoie. » Mais sa voix qui tremble le trahit. « Où es-tu né? » — A Pontoise. — « Et qui y connais-tu? » Il ne peut répondre. « Tu es un espion », déclarent les soldats. Ils s'emparent de sa personne, le fouillent et trouvent cousus dans la doublure de son pourpoint le mémoire et la créance. On le jette en prison, mais pour sauver sa vie, il raconte tout ce qu'on sait déjà; il dit la mission, explique le mémoire et, le jour même, le roi, alors à Amboise, est averti^ Il envoie dès le lendemain quérir le cardinal et l'évêque. Ceux-ci arrivent sans défiance et sont immédiatement arrêtés (23 avrill 469) \ Peu après leurs domestiques sont aussi jetés en prison.

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