Bibl. Nat., fs. lat. 5414% fol
8. Ajoutons un détail. Par lettres royaux datées d'Amboise 2 juillet 1469, ordre est donné aux commissaires « ordonnez a faire le procès du 0 cardinal d'Angiers » d'en extraire toutes les pièces concernant le sire de Craon (Vaesen, Lettres de Louis XI, t. IV, p. 5).
LA TRAHISON DU CARDINAL D'ANCxERS (1469). 83
Furent. Ce sont : Pierre Durand, Macé de Brée, Thierri des Armoises, Jean Perrier, Ymbert Toussaint, Philippot de Bohan, Durand Millier, Claude de Villiers, Jean Luret et Guillaume Lauvergnat.
Les questions qu'on leur posa peuvent se grouper sous quatre chefs principaux : l'affaire de la dîme ; les lieux où se trouvaient les biens du cardinal* ; les rapports de Balue avec la Bourgogne et la Bretagne.
Il est curieux de voir l'insistance des commissaires sur certains points. Louis XI avait sans doute conçu de graves soupçons sur les a grans et énormes cas, crimes, delitz et « maleffices » des coupables ; peut-être même crut-il alors que Balue le trahissait depuis longtemps, et on voulut faire avouer aux témoins des rapports qui n'existaient pas entre François II et le cardinal. Les témoins durent bien reconnaître qu'ils ne savaient rien là-dessus '.
On ne fut guère plus heureux pour les rapports avec Charles le Téméraire, antérieurs à la lettre interceptée. On aurait voulu rejeter la responsabilité de Péronne sur Balue et les témoins fournirent, au contraire, des arguments prouvant que le cardinal, ennemi de l'entrevue, forcé d'obéir aux ordres de son maître, avait enfin contribué à tirer Louis XI de la fâcheuse situation où il s'était placé de lui-même ^. On apprit, il est vrai, en revanche, la soustraction frauduleuse des huit mille écus.
Mais ce serment du Quesnoy, dont on parle à diverses reprises, et prêté, dit-on, par Balue à Charles le Téméraire, paraît être aussi une invention des juges ; les témoins ne comprennent pas ; ils n'en ont jamais entendu parler, et chacun d'eux répond « qu'il ne scet^ ». On voudrait en vain faire remonter la trahison à plusieurs mois; on apprend, au contraire, que le cardinal a dernièrement refusé à Paris, de
1. Nous laissons ici de côté les deux premiers points, pour lesquels nous renvoj^ons aux chapitres I et IX de cet ouvrage.
2. hiterrog. de Macé de Brée, pièce justif. n° VI. — Projet d'inlerrog. de P. Durand, pièce justif. n^ IV.
3. Interr. de Macé de Brée (13 et 14 mai 1469), pièce justif. no Vî. — Interr. de P. Durand (6 mai 1469), pièce justif. n^ IV. — Projet d'interr. de P. Durand, pièce justif. n^ XIV.
4. Ibid. etinterrog. de Macé de Brée (13 mai), pièces iustif. IV, VI et XIV.
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l'argent offert par les ambassadeurs bourguignons \ et il ressort de l'ensemble des réponses que « Messieurs de Verdun (( et d'Angers ne se connaissent que depuis peu ». — Quant à la trahison elle-même, on a sur elle tous les détails que nous avons donnés plus haut: les missions de Lastic, de Lauvergnat et de Bellée sont racontées en détail, et il faut bien se résigner à reconnaître que, moins de deux mois avant son arrestation, Balue servait fidèlement le roi".
Nul arrêt ne fut prononcé. Louis XI préféra l'obtenir de la juridiction ecclésiastique, à laquelle appartenaient de droit les coupables ; mais le roi et le Pape ne de\ aient pas s'entendre. 11 n'y eut jamais de jugement, ce qui n'empêcha pas de saisir les biens des deux prélats ■^ 11 restèrent emprisonnés, jusqu'au jour où le bon plaisir du souverain leur rendit la liberté.
En France, on applaudit à la chute du favori, et, comme tout s'y termine par des chansons, on composa ces vers :
Maistre Jehan Balue A perdu la veue De ses eveschés ; Monsieur de Verdun N'en a plus un, Tous sont depeschés''.