Interrogatoire de P. Durand, pièce justif. n° IV
2. Le résultat des enquêtes des commissaires royaux ne paraît pas avoir été divulgué. Il courut, à propos de l'arrestation, des bruits assez contradictoires; Basin dit que la plupart étaient invraisemblables. Quant à lui, il croit que l'entrevue de Péronne a causé la chute du cardinal. Cette assertion de lévèque de Lisieux montre que Louis XI réussit à se dégager en partie de la responsabihté de Péronne (Basin, t. 111, p. 212.)
Quant à Commines, qui paraît avoir été le moins mal informé, voilà son récit: « Et la cause pourquoy le cardinal Balue, evesque d'Angiers, « et l'evesque de Verdun, furent prins, fut pour ce que ledit cardinal « escripvoit a monseigneur de Guienne, l'enhortant de ne prendre nul « autre partaige que celluyque ledict duc de Bourgongneluy avoitpro- « curé par la paix faicte'à Péronne, laquelle avoit esté promise et « jurée entre ses mains : et luy faisoit remonstrances touchant ce cas « qui luy sembloient nécessaires, lesquelles estoient contre le vouloir « et intention du Roy. » (Commines, t. I, p. 206-20;).
Il est à peine besoin, après le chapitre qui précède, de faire remarquer la part de vérité et d'erreur que contiennent les quelques lignes du sire d'Argenton. C'est bien à propos de l'apanage du duc de Berri que Balue fut arrêté ; non parce qu'il écrivait à Charles de France (ce fut l'évêque de Verdun qui le fit), mais bien à Charles de Bourgogne.
3. Nous donnons plus loin des détails sur la fortune mobihère et immobilière du cardinal, ch. IX.
4. J. Quicherat dans les fragments de la Chronique Scandaleuse interpolée, qu'il a publiés (Bibliothèque de l'école des Chartes, t. XIV, p. 427).
Ambassades envoyées à Rome par Louis XI, à l'occasion de l'arrestation de Balue et dellarancoiirt (1469-1470). —Appréciations des cardinaux. — Le titre de « très chrétien » donné aux rois de France par Paul II (décembre 1469). — Les juges ecclésiastiques, délégués par le Pape, ne peuvent s'entendre avec Louis XI. — Nouvelle ambassade auprès de Sixte IV (1471).— Les cages de fer et le sort du cardinal d'Angers pendant sa captivité. — La papauté intervient à diverses reprises pour demander la mise en liberté de Balue.
La juridiction séculière, fût-ce celle du roi, avait à compter au xv° siècle avec un adversaire redoutable, la juridiction ecclésiastique. Louis XI ne pouvait l'oublier au moment où un évêque et un prince de l'Église le trahissaient. On peut même très vraisemblablement supposer que, si les deux prélats échappèrent au bourreau, ils le durent, l'un à sa mitre, l'autre à son chapeau rouge ; aussi, peu après leur arrestation, Louis crut-il devoir en prévenir le Pape.
Le roi avait un autre motif d'agir ainsi ; il voulait par là limiter la puissance pontificale. Si le pape reconnaissait en effet que le prince avait eu pour lui le droit et la raison dans cette affaire, c'était du même coup trancher en faveur de la royauté ce fameux différend des deux juridictions et tirer le meilleur parti des affaires d'Italie \
1. Il ne faut pas oublier, en effet, qu'à ce moment, Laurent de Médicis sollicitait l'appui de la France et que les Vénitiens écrivaient à l'empereur et à Louis XI pour les engager à faire tenir un concile qui réglât les différents du Pape et de Florence. Louis XI espérait sans doute, par cette menace, obtenir de Paul II ce qu'il voudrait ; mais ses projets échouèrent. Le Souverain Pontife ne consentit pas à faire droit aux demandes du roi, qui proposa aux souverains de l'Europe la réunion d'un Concile : la plupart ayant repoussé cette idée, Louis renonça à ses projets (Delaborde, Hist. de Charles VIII, 112-115).
Le prince, ainsi que nous l'avons dit, avertit Paul II aussitôt qu'il eut mis les traîtres « en seureté ». Falco de Sinibaldis retournait alors à Rome, après s'être acquitté de la mission dont le Saint-Père l'avait chargé en France ^ Il n'avait pas encore passé les Alpes, quand il reçut un message lui annonçant les graves événements qui avaient lieu et le priant de revenir. Falco se rendit àAmboiseoùétait Louis XI, et de là à Tours. C'est dans cette dernière ville qu'on lui communiqua, en présence du cardinal d'Avignon, les résultats des interrogatoires et qu'on le chargea d'en instruire son maître".
Le roi jugea néanmoins nécessaire d'envoyer un ambassadeur à Rome, pour obtenir l'approbation pontificale. Dès le mois de mai, le président du ParlementdeDauphiné, Pierre Gruel, se rendait en Italie. 11 avait simplement mission de raconter les faits, de montrer les inconvénients qui eussent suivi, si on eut laissé les coupables en liberté, d'annoncer enfin le prochain départ d'une ambassade qui donnerait des détails sur Taffaire'^ Elle ne tarda guère à partir. Au mois d'août, Louis XI ordonna à Guillaume Cousinot, — un des juges de Balue, on se le rappelle, — de se rendre à Rome et de prendre un secrétaire avec lui. Cousinot choisit Guillaume Le Franc, « docteur es loix » qui « avoit grant désir de y aller et en- (( tendoit le langage par delà* ». Le roi manda de plus à Pierre Gruel, encore en Italie, de se joindre à eux'.
Deux comptes rendus, dont l'un est le procès-verbal et l'autre une simple relation adressée à Louis XI, dressés tous les deux par le sire de Montreuil^ nous ont conservé le détail des négociations ^