‹ Jean-Baptiste GreuzeChapitre 32 sur 322 · DESSIN À LA SANGUIN · texte numérisé non relu

DESSIN À LA SANGUIN

MUSÉE

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pas recueilli, sans être pour cela « celui de qui le vieillard était le moins en droit d’attendre un secours marqué », n’en est que plus louable. Et nous discutons un peu un prix Montyon...

On dit encore que le vieillard est moribond et qu’il a le visage d’un agonisant. Le docteur Gatti dit que ces critiques-là n’ont jamais vu de malades, et que celui-là a bien encore trois ans à vivre.

Si le public va tout chercher, Diderot sait tout rétorquer!

Que sa fille mariée, qui suspend la lecture, manque d'expression ou n’a pas celle qu’elle devrait avoir. Je suis un peu de cet avis, que les bras de ‘cette figure, d’ailleurs charmante, sont raides, secs, mal peints et sans détails. Oh ! pour cela, rien n’est plus vrai. Que le traversin est tout neuf et qu’il serait plus naturel qu’il eût déjà servi... Cela se peut.

Que cet artiste est sans fécondité, et que toutes les têtes de cette scène sont les mêmes que celles de son tableau des Fiançailles 1, et celles-ci les mêmes que celles de son Paysan qui fait la lecture à ses enfants... D'accord. Mais si le peintre l’a voulu ainsi? s’il a suivi l’histoire de la même famille ?

Diderot touche ici à un point sérieux. Il avait fait l’objection dans un Salon précédent. La raison qu’il donne est-elle inventée par une excuse adroite ou réelle? On peut se le demander. La monotonie des types de Greuze est trop frappante pour qu'on ne s’y arrête pas. On ne croira guère qu’un homme de ce talent ait été incapable de varier ses visages, et d’ailleurs ce serait absolument contradictoire à ce que Diderot nous dira plus loin de son goût pour l’étude réaliste dans la rue, son choix de types, et ce que nous savons des pérégrinations de Greuze en compagnie de Mercier, l’auteur du Tableau de Paris. Nous touchons donc ici à un procédé essentiel de Greuze. Il n’a pas suivi l’histoire d’une même famille dans la vie, mais il l’a suivie dans sa tête. Il recomposait à l'atelier d’après ce qu'il avait vu, en altérant la vie, en ne retenant qu’une idée et non des formes, comme nous le montrait sa lettre sur la Belle-mére, et ces vieillards, ces fillettes, étaient ses types voulus, arbitraires, représentatifs, ses idéaux de vertu. C’étaient les personnages de son répertoire et, si j'ose dire, sa troupe.

Ayant repoussé toutes les objections avec les moyens de la rhétorique classique et l'intention préalable de les écarter après les honneurs de la discussion (comme dans nos devoirs de collège où l'élève devra conclure en un sens donné), Diderot s'exclame :

Et que mille diables emportent les critiques et moi tout le premier! Ce tableau est beau et très beau, et malheur à celui qui peut le considérer un moment de sang-froid! Le caractère du vieillard

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