‹ Jean-Baptiste GreuzeChapitre 6 sur 322 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

incertains irritent l'imagination, de là même ces guirlandes d’enfants mi-vêtus, dont les culbutes dénudent des chapelets rebondis de jeunes chairs. Düt l'excitation qui s'en dégage finir en privautés licites et en accroissement de famille, le ressort latent de toute cette mise en scène n’a de l'affection et de la tendresse que le nom, car c'est proprement l'érotisme.

Où a-t-on vu, au surplus, que les bons paysans qu'il s’agit de peindre, ou même ce petit peuple de la ville que Greuze y associe souvent, en ses combinaisons hétérogènes, soient si démonstratifs et si ardents? Les premiers sont, en général, plus prompts aux bourrades qu'aux caresses, et c'est d’ailleurs tout un pour eux; l’autre, plus affiné, n’a guère de temps pour les effusions, et la précocité malicieuse des enfants leur ôte vite cette gentillesse animale, ces grâces câlines et obsédantes de jeunes chats que l'artiste affectionne. La vérité, encore une fois, est que notre homme sait parfaitement ce qu'il fait, et qu’au siècle vieillissant qui tourne à la sensible rie, sans rien abdiquer de ses fringales, il sert ses plats favoris, assaisonnés à son goût nouveau. D'ailleurs, quel commentaire plus éloquent des grandes scènes « morales » que les toiles de chevalet qui les encadrent? La Cruche cassée, le Miroir brisé, le Serin envolé, autant d’allégories transparentes, appelant, retenant de cent façons l'attention sur un fait sexuel, toujours le même, le seul qui piquât encore au jeu le libertinage d'un Louis XV et de ses émules, qui furent légion.

Quant à la valeur d'enseignement de ces peintures, il a fallu chez Diderot une forte dose de candeur ou de prévention pour l'apercevoir. Tout d'abord, est-il au pouvoir des ouvrages d’imagination de servir d'avertissement ou d'exemple? En supposant que les événements complaisants ne s'y arrangent pas à souhait pour les commodités de la thèse, que les catastrophes découlent logiquement des erreurs ou des vices, dépeints sans grossissement, châtiés sans exagération, les circonstances déterminées où ils se produisent ne suffiront-elles pas toujours au spectateur pour se méconnaître dans le héros et s'excepter de la leçon? Mais c'est encore trop pour Greuze, il néglige sa meilleure corde, la terreur, et se flatte de nous faire trouver dans le seul spectacle de la vertu heureuse, du devoir récompensé et de la famille prolifique, un argument convaincant, un garant irrécusable. C'est trop présumer vraiment de nos bons penchants et méconnaître à l’exces les fortes prises du vice, ou seulement de l'habitude.

En résumé, Greuze a fait comme son siècle, il a joué au fermier, au

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