‹ Jean-Baptiste GreuzeChapitre 7 sur 322 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

magister, au pasteur domestique, sans conviction ni sérieux, s'amusant de ses déguisements, sans rien amender de ses faiblesses, l'œil toujours fripon, la main prompte à déranger un fichu, à presser une taille, en français né galant qu'il reste toujours. Et cela, comme de juste, fut trouvé charmant: on se pressa à ces comédies édifiantes relevées d’égrillardise, on cria bis aux figurants bien dressés qui mimaient au naturel le père vénérable, la mère accorte, avec « de beaux restes », la fillette enjouée et le gars sournois ou simplet. Et c’est ce théâtre de société qui nous amuse encore aujourd'hui, tout comme le faux village de Marie-Antoinette, à Trianon, avec sa maison du meunier et celle du bailli.

Est-ce à dire que l’art de Greuze ne soit que postiche et trompe-l'œil ? En juger ainsi serait faire tort au très bel artiste qu’il est souvent, robuste héritier des flamands dans ses portraits incisifs ou somptueux, émule de Boucher en ses sanguines si grasses et si larges, créateur enfin, dans l'acception vraie du mot, le jour où il forma le type délicieux de son Accordée de village, tout en nuances insaisissables d’émoi, de pudeur et d'amour. Il eut, avec ses complaisances et ses roueries, l’âme et l'œil d'un peintre. Et c’est de quoi justifier l'hommage dont cette publication honore le centenaire de sa mort. Il aura ainsi été plus heureux que Chardin et La Tour, ses aînés qu'il n’égale point, ne le furent, lors de leurs anniversaires de naissance. Mais il y a un privilège pour lui, et un ancien eût dit, à ce propos, que rien n’est perdu de ce qu'ont touché les Grâces.

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