Qu’il leur plaise encor enjoindre à leurs commis
saires d’user de plus de modération envers les povres. »
23. « Que les fainéants et débauchez qui dissipent leurs biens en tavernes et envoient leurs enfans aux aumosnes soient contraints de travailler ; que s’ils ne s’amendent ils soyent envoyés en quelque discipline et occupez en quelque vocation. Et que les pères et mères procurent l’instruction de leurs enfans et leur apprennent des mestiers en aage convenable à défaut de ce soyent chastiez. »
24. « Qu’il plaise à Leurs Excellences de ne pas suporter les charlatans et joueurs de passe passe parce qu’ils espuisent le pays d’argent, avec grand scandale et desbauche de la jeunesse. »
25. Lorsque les sorciers et autres criminels sont réduits dans les prisons, il arrive parfois de lamentables accidents (des suicides). Il faut que les geôliers visitent fréquemment les détenus et les signalent aux pasteurs. Ces derniers ne peuvent « instruire et consoler les criminels destinés à la mort et les y préparer convenablement », s’ils ne sont appelés à remplir cette tâche « qu’une heure ou deux avant le supplice, ce qui arrive communément. »
Sur toutes ces matières, si obscures et si embarrassantes, les opinions étaient d’ailleurs très partagées. En 1600 déjà les pasteurs de la Classe de Morges estimaient que pour combattre la superstition il fallait « instruire la jeunesse, » mais ils se hâtaient d’ajouter que c’étaient « les tavernes qui apportaient et attiraient ce malheur des sorciers. » Ainsi, à leur avis, l’ivrognerie jouait le rôle prépondérant dans la question.
En 1653, la vénérable Classe de Lausanne émettait
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sur le fond du sujet une manière de voir sensiblement différente de celle qui avait prévalu dans le synode de l’année précédente :
« Il est hors de doute, disait-elle, qu’il y a plusieurs illusions et prestiges en ce dont les sorciers ou sorcières font confession, ce qui devra bailler juste occasion aux juges et justiciers de différencier les choses possibles d’avec celles qui ne le sont pas. Nonobstant cela, est à regretter l’assertion de ceux qui tiennent que les pactes malheureux que cette sorte de gens font avec le Diable, ne sont qu’en imagination. Il n’y a que trop de réalité en la marque satanique que le Diable leur imprime par attouchement ; par raison bien déduite des Saintes Escriptures et analogie de la foy, l’on en peut tirer preuve suffisante et asseurée. »
Au milieu de toutes ces discussions, le gouvernement restait perplexe. Quatorze ans après le Synode de Lausanne, il fit enfin distribuer aux pasteurs du pays de Vaud un petit livre intitulé : Instruction familière touchant les moyens de résister aux tentations du diable. Composé et imprimé par le commandement de LL. EE. de Berne. Imprimé par Georges Sonnleiter, Fan 1666. (47 p. in-121). C’est ce qu’on appelle communément le Catéchisme touchant le sortilège. Tiré, parait-il, à 600 exemplaires, il est aujourd’hui fort rare.
Malgré ce catéchisme on vit dans le pays de Vaud des sorciers et sorcières jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Il est vrai que les cours de justice commencèrent à les punir d’une façon moins inhumaine que précédemment.
1 Bibliothèque de la faculté de théologie de l’Eglise évangélique libre du canton de Vaud.
Avec les sorciers, le xvne siècle vit apparaître aussi les bandes faméliques de mendiants, de gueux, de rôdeurs, de vagabonds, de gens sans aveux et de bohémiens. Tout ce que Leurs Excellences de Berne surent essayer pour en débarrasser le pays fut l’organisation périodique de battues générales pour lesquelles la population de tel ou tel bailliage était mise sur pied, à jour fixe, afin de traquer la racaille comme on faisait du loup.
Les malheureux déshérités, objets de ces chasses sauvages, se hâtaient de fuir au plus profond des bois, mais ne pullulaient que davantage encore. Le fouet, le pilori, le carcan ne purent en avoir raison. Pour signaler ce gibier à la vindicte publique, on finit par le marquer au fer rouge, ou par lui couper les oreilles h
C’est de tout cela que naîtront bientôt les brigands. Au commencement du xvme siècle, ils infesteront les routes et seront la terreur du pays. On les verra, endurcis et cyniques jusqu’à la mort, se rire du gibet, braver la torture et la roue 2.
1 Les ordonnances bernoises édictées sur ce sujet au xvne siècle sont des... 23 février 1631; 16 mars 1642 ; 12 juillet 1642 ; 13 mai 1643; 13 août 1643 ; 19 janvier 1644 ; 28 mai 1646 ; 28 mai 1649 ; 29 avril 1672 ; 25 juin 1681 ; 6 novembre 1683; 26 juin 1693 ; 19 mai 1699; 5 juillet 1699; 2 janvier 1700 ; 22 janvier 1700. Au xvme siècle nous en comptons une cinquantaine encore. Les mesures de répression sont en général des plus inhumaines.
2 Voyez sur ces brigands le manuscrit Plantin à la Bibliothèque cantonale vaudoise (Hist. F. N° 1069).
Voyez aussi le Canton de Vaud, par J. Olivier, II, p. 1159 et sq., et Eclaircissements, N° XV.
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Telle est l’époque tourmentée de Plantin et le triste milieu dans lequel il a vécu. Celui qui voudra bien y réfléchir et en tenir compte fera grâce à l’écrivain de toutes ses imperfections, pour songer plutôt aux efforts persévérants qu’il a dû faire et aux difficultés qu’il a surmontées.
Pour juger l’œuvre de Plantin, n’oublions pas que cet auteur a devancé Bûchât de quarante ans et Loys de Bochat de près d’un siècle l.
Le poste de Lutry.
Après avoir dirigé pendant plus de dix ans le collège académique en qualité de gymnasiarque ou de principal , Plantin, sans doute fatigué, se démit de cette place et la laissa à M. David Constant, jusque-là ministre à Coppet 2. Désirant reprendre la carrière pastorale, il postula la cure de Lutry, devenue vacante par le décès du doyen de Saussure , et, à cette occasion, se trouva de nouveau en concurrence avec ce même M. Crostel sur lequel, en 1651 déjà, il avait emporté le poste du Mont et de Bomanel.
Cette fois-ci encore la Classe unanime manifesta clairement ses préférences en faveur de M. Crostel, pasteur à Vevey depuis quinze ans et qui s’y était fait apprécier. Mais Plantin, qui n’avait été présenté que «par obéissance », c’est-à-dire sur ordre positif venu de Berne,
1 L 'Histoire de la rèformation d’Abr. Ruchat fut imprimée en 1727- Les Mémoires critiques... sur divers points de l’histoire ancienne de la Suisse, par Loys de Bochat, parurent en 1747.
2 1674, février. M. Constant, ministre de Coppet, confirmé comme Principal du collège en remplacement de M. Plantin. (Actes delà Classe.)
sortit vainqueur de la lutte, pour la seconde fois, et fut élu pasteur de Lutry le 12 janvier 1674 d.
A peine installé dans sa cure, Plantin eut avec la famille de son prédécesseur, les hoirs de Saussure, des difficultés de succession qui furent remises, conformément à l’usage, à des frères arbitres et terminées par eux en 16752.
En 1676, Jean-Baptiste Plantin et son fils Jacob étaient en procès avec un sieur Daniel Fichaulaz, ancien régent de IVe Classe au collège de Lausanne, au sujet d’une pension que ce dernier leur réclamait pour l’abandon à eux fait de ses biens. Ce vieux régent faisait à cette occasion des plaintes amères. Il aurait tant voulu avoir une servante, « qui eût esté d’humeur à le soulager dans ses infirmités, » et voici que les Plantin lui avaient supprimé ce secours si nécessaire 3.
Le 6 septembre 1676, on trouve encore Plantin en conflit avec ses paroissiens à propos de l’inobservatiom par lui du règlement sur les bans de vendange4.
Ces démêlés regrettables témoignent d’un caractère tout au moins entier et difficile. D’ailleurs Plantin allait
1 Les Actes de la Classe de Lausanne fournissent à ce sujet les renseigne, ments que voici : « 7 janvier 1674. Sur la vacance du ministère de Lustry, par le décès de M. de Saussure, Doyen... a esté nommé unanimément pour le dit ministère M. Crostel, l’un des pasteurs de Vevey reconnu doué de grands dons et fort capable de desservir cette charge, y ayant plusieurs années qu’il a servi avec beaucoup d’approbation en des églises bien considérables. (A Vevey 15 ans.) Auquel a esté adjoinct, par obéissance à LL. EE., M. Plantin, principal du collège de Lausanne. »
2 Actes de la Classe.
3 Archives cantonales vaudoises, Cours des Appellations. Note de M. Alf Millioud, archiviste.
4 Manuaux du Conseil de Lutry.
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être chargé de griefs autrement sérieux. C’est ici en effet que se place une sombre tragédie qui remplit de consternation tout le pays et dont quelques éclaboussures rejaillirent jusque sur le pasteur de Lutry.
Un crime retentissant.
En i676, la paroisse de Savigny était desservie par le pasteur Jean- Jaques André 4, célibataire ou veuf, signalé autrefois pour s’adonner avec trop de passion à la chasse. Il vivait seul à la cure avec Pernette Daccord , de Lutry, sa servante, et une petite chambrière de 14 ans, Marie-Madeleine Bailly , de Boussens, qu’il élevait par charité, mais dont il s’occupait fort peu.
Ces deux femmes, point surveillées, entrèrent en rapport avec un certain Jean- François Crot , le jeune, de la paroisse de Villette, qui venait à la cure pour les travaux du jardin ; elles prêtèrent l’oreille à ses discours déshonnêtes, puis finalement, comme le porte une petite chronique contemporaine, « paillardèrent longtemps avec lui. »
Crot avait peut-être été dans quelque service militaire étranger et s’y était perverti, car il parlait avec un grand cynisme des bonnes pilleries auxquelles on pouvait impunément se livrer en temps de guerre. Cet homme méprisable était marié, mais insinuait qu’il pourrait se défaire de sa femme pour épouser la fille Daccord. Souvent aussi il faisait allusion aux sacs de pistoles qui devaient se trouver à la cure et proposait froidement de mettre à mort M. André pour s’en emparer. Les deux
4 Jean-Jaques André, diacre à Lutry (1653-1660), pasteur à Savigny (1660- 1676).
servantes se récriaient sans doute, mais d’une façon assez molle et sans discontinuer leurs rapports avec leur dangereux séducteur.
Le 21 mai 1676, ces femmes veillaient à la cuisine d’enbas, tandis que le pasteur André, qui avait fait accidentellement une chute, gisait blessé au lit dans la chambre voisine1. Il était fort agité et appelait fréquemment la fille Daccord pour la gronder. Crot, qui était entré par une fenêtre, survint à ce moment-là, recommença ses indécentes privautés et, entendant geindre le malade, fut tout aussitôt d’avis qu’il fallait l’achever. C’est dans ces funestes dispositions que les trois complices furent se coucher ensemble à l’étage. Pendant la nuit, Crot redescendit seul pour mettre à exécution son exécrable dessein. Il frappa le pasteur André à la tempe, lui fit une large blessure et le laissa sans vie sur sa couche. Le lendemain, tout désappointé de n’avoir pas trouvé le trésor qu’il convoitait, il distribua aux deux domestiques quelques batz sur lesquels il avait mis la main et avec elles chercha à faire disparaître les traces du crime en lavant le lit et le plancher maculés de sang. Ces trois misérables s’efforcèrent d’ailleurs de maintenir artificiellement quelque chaleur dans le cadavre pour faire croire, plus tard, à une mort naturelle. Ce ne fut que le jour suivant qu’ils appelèrent les voisins, criant bien haut que M. le ministre en était à sa dernière heure.
Mais ces manœuvres impudentes n’eurent pas de suc-
1 En entrant dans la cure de Savigny on a, à main gauche, une pièce qui volontiers sert de salon et sur laquelle s’ouvrent deux petits cabinets. Celui •du nord communique, au moins par un passe-plat, avec une ancienne cuisine, servant aujourd’hui de réduit. C’est dans ce dernier cabinet que le pasteur André était couché cette nuit-là.
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cès. Les personnes qui bientôt pénétrèrent jusqu’auprès de l’infortuné pasteur le trouvèrent assassiné, ou, comme dit la chronique, « cruellement meurtry; spectacle terrible et choze inouie, mesmement entre les Infidelles et les Turcs 4. »
Les auteurs de ce crime ne tardèrent pas à être appelés devant la justice. Crot, impénitent jusqu’au bout, « soutint le droit impérial, » ce qui signifie peut-être qu’il supporta tous les degrés de la torture en persistant dans ses dénégations. Il n’en périt pas moins sur la roue.
Quant aux deux femmes elles avouèrent leur affreux forfait avec des marques de repentance. Le tribunal de la rue de Bourg condamna la petite Bailly à la décapitation, mais en la recommandant à la clémence du Souverain, à raison de son jeune âge. Leurs Excellences de Berne lui firent grâce de la vie et prononcèrent contre elle le bannissement perpétuel.
Le tribunal fut plus sévère pour Permette Daccord. La sentence portait qu’attachée au « congrens » elle aurait le bras droit rompu, puis que l’exécuteur de la haute justice lui baillerait le coup de mort.
La malheureuse fille était enceinte, ou feignit de l’être* pour retarder son supplice. Provisoirement elle fut incarcérée dans l’hôpital de Lausanne1 2.
C’est ici que nous devons revenir à Plantin. En qua-
1 Livre de famille d’égrège Antoine Cornut, notaire, qui possédait alors la campagne d’Entre-deux-Bois, à Savigny, à quelques minutes de la cure.
Procès criminel de Pernette Daccord et de Marie-Madeleine Bailly, aux Archives cantonales.
2 Procès criminel et confessions faites par Pernette Daccord, de Lutry, et Marie Magdeleine Bally de Bussens, détenues ès prisons du chasteau de Lausanne. (Archives cantonales vaudoises.)
lité de pasteur de Lutry, il vint voir Pernette Daccord, sans témoin, et fut pris d’une grande pitié pour elle. Vaincu par ses pleurs ou même, affirma-t-on, séduit par ses artifices et ses charmes, il la fit échapper de prison. Plus tard il aurait cherché à acheter son silence par l’offre de 400 florins.
A la suite de deux procédures instruites au sujet de cette triste affaire, Plantin fut destitué1. Le 21 mars 1677, Messieurs de Berne, toujours pratiques, le frappèrent en outre d’une amende de 800 florins au profit..^ de leur arsenal2!
La Classe de Lausanne, réunie le 18 avril 1677, adressa à ses très illustres, hauts, puissants et souverains Seigneurs de Berne la lettre de mortification que voici :
« Nous sommes extraordinairement affligés de la scandaleuse chute de maistre Jean-Baptiste Plantin, l’un des membres de nostre corps, ayant esté si lasche que de commettre une action tellement indigne de son charactère qu’elle a donné juste sujet à Vos Excellences de la chastier en la manière qu’elles ont fait. Ce qui apprend, à nous les Pasteurs aussi bien qu’aux autres, que nous devons nous défier de nous mesmes et implorer à toute heure la grâce et l’assistance du Saint-Esprit, pour ne rien faire qui ne réponde à une charge si sainte et si sacrée que Dieu et vos Excellences nous ont confiée.
» Pour donc obéir au commandement de vos Excellences et procéder à l’élection d’un pasteur pour l’Eglise de Lustry, vacante, nous nous sommes extraordinairement
1 1676, 4 octobre. Le quartier de la pension de Lustry, depuis la déposition de M. Plantin est laissé à Mrae Plantin et à son fils. (Actes de la Classe.)
2 Protocole du Conseil de la ville de Berne du 21 mars 1677, N° 178.
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assemblés, et, après l’invocation du nom de Dieu et la lecture du canon apostolique, nous avons nommé Maistre Abraham Crostel , l’un des pasteurs de Vevey, comme estant reconnu doué d’excellents dons et fort capable de faire cette charge, après celle du ministère de Vevey, qu’il a exercée fidèlement l’espace de 18 ans, et comme ayant déjà esté nommé unanimément pour la dite Eglise de Lustry lorsqu'il pleut à Vos Excellences d’y establir le dit Plantin... 4 »
La Classe, qui si souvent avait vu ses nominations de pasteurs «renversées » à Berne de la façon la plus arbitraire, n'était point fâchée de décocher ce trait (que nous soulignons ici) et de prendre, en passant, sa petite revanche.
Le même jour, 18 avril 1677, MM. Duflon et Bavaud , successivement diacres à Lutry pendant que Plantin y était premier pasteur, firent rapport au sujet de plaintes accessoires formulées contre ce dernier et à teneur desquelles il aurait fréquenté le logis public, négligé les malades et cédé trop souvent la chaire à d’autres.
Les deux diacres déclarèrent que ces accusations -là n’étaient pas fondées. La Classe, touchée des malheurs d’une famille désormais sans ressources, avait, précédemment déjà, laissé à Mme Plantin le quartier de pension échu depuis la déposition de son mari.
Hâtons-nous de dire que toute cette lamentable histoire paraît n’avoir pas été définitivement éclaircie et que la conduite de Plantin fut peut-être plus imprudente que coupable. Par les manuaux du conseil de Lausanne, on voit que Pernette Daccord , incarcérée dans les pri-
1 Archives cantonales vaudoises, Kirche und Academie Geschâfte, F. 4.
sons du château, avait été transférée à l’hôpital pour y rester jusqu’à ce qu’elle fût «délivrée de son fruict», mais qu’elle était parvenue à s’évader. Il n’est fait aucune allusion à Plantin. C’est au contraire une servante, Barbille Besson , qui non seulement fut accusée d’avoir facilité la fuite de la détenue, mais fut même torturée pour ce fait, condamnée, puis expédiée à Berne pour «y être mise aux sonnettes, » à la maison de détention1. D’ailleurs, une fois rentré à Lausanne, l’ancien pasteur de Lutry protestait de son innocence et affirmait être victime de fourbes et de méchants délateurs2.
Il est certain aussi, chose singulière, que Plantin n’avait pas perdu toute considération, ou qu’il pouvait faire appel à de bien puissants protecteurs. Le 23 juillet 1677 déjà Leurs Excellences voulant, disaient-elles, le mettre en mesure de faire valoir les talents que Dieu lui avait départis, l’autorisèrent, par lettre souveraine en due forme, à donner, deux fois par semaine, des leçons publiques d’histoire.
Cette autorisation ne devait d’ailleurs s’entendre que d’un simple cours occasionnel ; elle n’emportait aucune rétribution officielle et ne conférait surtout aucun droit de séance à l’Académie3.
1 Manuaux du Conseil du 2 au 28 novembre 1676.
2 On lit en effet les lignes suivantes dans la Chronique manuscrite de Lausanne par Plantin: « Anno 1677, cum mense Martio, secretis inquisitionibus malevolentia ac sycophantica quadruplatorum delatione apud magistratum traductus fuisset J.-B. Plantinus, Lustriacensis pastor, illo munere abrogatus est. At magistratus, melius informatus, sublata prædicandi suspensione, illi historicam professionem quæ a morte Jeremiæ Wildii 1636 vacaverat, concessit 23 Jullii. Cui professioni conjunxit D. Daniel Imoff,, Laus. præfect, munus ludimoderatoris quarte elassis, 21 Augusti 1678.
3 Actes acad. I, 116. Note de M. le professeur H. Vuilleumier.
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Petit Chronique de la ville de Berne.
J.-B. Plantin utilisa ses loisirs forcés pour composer son dernier ouvrage intitulé : Petit Chronique de la très illustre et florissante ville de Berne , ou abbrégé de l’histoire de cette ville depuis sa fondation , selon l’ordre des temps 4.
Plantin dédia ce livre aux hauts, illustres, puissants et Souverains Seigneurs les Advoyers, Thrésoriers, Banderets et Sénateurs de la République de Berne et obtint l’autorisation de le publier, après retranchement de certains passages qui auraient pu blesser les Soleurois2.
Cet opuscule, qui parut à Lausanne en 1678, est aujourd’hui fort rare, mais c’est à peu près son seul mérite. A. von Tillier le qualifie tout net d’insignifiant 3.
Plantin, sous le coup de sa fâcheuse aventure, cherchait évidemment à rentrer dans les bonnes grâces de ses puissants Seigneurs. Dans une préface ampoulée, il célèbre avec complaisance la splendeur de la ville de Berne, l’aspect monumental de ses édifices et n’a garde d’oublier l’étonnement du voyageur Patin 4, qui y voyait la demeure d’un peuple de rois ! Faisant sans doute une allusion discrète à ses circonstances personnelles, l’au-
1 Imprimé à Lausanne, avec permission, 1678, 184 pages.
2 A. v. Tillier, Geschichte des eidqenôssischen Freistaates Bern, t. IV, p. 495. — Rathsmanual, N° 179.
3 Un manuscrit de cet ouvrage est conservé à la Bibliothèque cantonale vaudoise (F. 562). Il est intitulé : Petit chronique ou Briefve Histoire , selon l’ordre des temps, de la ville de Berne, depuis sa fondation iusque au siècle présent, par J.-B. Plantin (70 pages encadrées de filets noirs). Ce pourrait n’être qu’une copie du xvme siècle.
4 Charles fils de Gui Patin (1633-1694), médecin comme son père. On a de lui plusieurs ouvrages, entre autres des Voyages.
teur demande que « les magistrats portent l’image de Dieu en ses deux vertus admirables, la justice et la clémence » ; c’est à cette dernière apparemment qu’il fait appel.