‹ Jean Bart et Charles KeyserChapitre 34 sur 38 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Sur les bords de la baie de Naples , dans une élégante villa où Lindora , baronne de Saint-Ange et comtesse délia Stampa , venait filer des jours désormais tissus d'or et de soie, le magot qu'elle rapportait en récompense de ses bons et loyaux services fut merveilleusement reçu par Lindor, comte délia Stampa et baron de Saint-Ange.

Mais elle, arrivée à dix heures du soir, eut, avant onze heures sonnées, le chagrin d'être étranglée en tête-àtête et précipitée au fond d'un puits.

A la vérité , son cher Lindor ne jouit pas très-longtemps du plaisir d'être débarrassé d'une si tendre amie. Quelques bandits calabrais , trop bien informés , pénétrèrent nuitamment en son logis , lui coupèrent la gorge et se partagèrent ses trésors.

D'autres coquins, il faut l'espérer, rendirent plus tard la pareille aux brigands calabrais.

Enterré par les soins de son cousin le baron deLorze, ' le vicomte de Flamignes reposait alors au cimetière Saint-Sulpice. Sa fin tragique ne fut déplorée par personne , si ce n'est peut-être par certains drôles dont M. de La Reynie fit prompte curée. Le chevalier de Gardanne et son cousin le chevalier de Forbin entre autres se permirent maintes observations assez légères

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L'aventure y prêtait. On parla de Sardanapale et même de Nabuchodonosor. Rochefort et Cotentin f qui se trouvaient à Versailles, sourirent, renchérirent et furent vraiment bons compagnons. Cette fois enfin , tous tant qu'ils étaient , ils daignèrent rendre pleine justice aux rares qualités du brave Keyser, marquis de Bemfazer et comte de Moroléon. Entre deux bouffonneries on reconnut que, sans la mort prématurée qui privait le Roi de ses services , il serait assurément devenu l'un des plus illustres marins de la France.

Voilà ce que se disait aussi , mais avec une émotion profonde , la population de Dunkerque , où les obsèques du matelot de Jean Bart furent un deuil public.

L'oraison funèbre , prononcée dans l'église Saint-Eloi par le vénérable curé de Drinckam , mit des larmes dans tous les yeux.

Dans toutes les bouches , l'éloge de Keyser se mêlait au récit des derniers malheurs de la famille Tugghe.

Marie n'était revenue à Dunkerque que pour y fermer les yeux de sa mère , et cela dans la maison même de Charles , car l'hôtel seigneurial de messire Tugghe venait d'être acheté par la ville pour être converti en place dont on ferait un marché. Ainsi , par un enchaînement de circonstances frappantes , le modeste asile que le charitable conseiller pensionnaire avait conservé à la veuve Keyser devint son asile à lui-même , et sa femme rendit le dernier soupir exactement au lieu où la mère de Charles, pieusement induite en erreur , avait béni en mourant l'union de Jean Bart avec Marie.

Le chevalier, pâle , défaillant , mal remis de sa grave blessure, donnait le bras à son père, trop cruellement frappé pour survivre à tant de catastrophes.

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Quant à Marie , elle s'était retirée au couvent de la Miséricorde , où l'héroïque sainte Agnès pleurait avec elle , et devait au bout de six mois lui répéter, en parlant de son frère Jean Bart , les dernières paroles de Keyser expirant :

— Il est si malheureux , ma sœur, qu'il aurait besoin des consolations d'un ange !

Or Marie Tugghe était déjà une mère pour le fils unique de Jean Bart.

Le conseiller-pensionnaire, naguère le plus riche des armateurs , était mort pauvre et pleuré de tous les pauvres.

Son fils , entouré de la considération générale , travaillait avec ardeur à reconquérir la haute position qui , par la suite , le mit en mesure d'être le premier citoyen, le bienfaiteur et l'avoca*. de sa ville natale auprès de la reine Anne d'Angleterre.

Mais les cruels événements qui motivèrent sa mission étaient encore fort éloignés.

Dunkerque florissante armait et triomphait par les armes de ses glorieux enfants, entre lesquels Jean Bart , ses frères et son fils tenaient le rang le plus glorieux.

Le chevalier de Forbin, comte de Janson, qui n'en eut pas le démenti , montra l'ours à Versailles , car il fallut bien que Jean Bart allât remercier le Roi de son grade de capitaine de vaisseau ; seulement la parade fut triste et courte. Les ennemis de la France eurent lieu de le regretter. Jean Bart mit sous voiles.

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Ses victoires se multiplièrent , sa gloire ne cessa dé grandir ; il était si malheureux !

— Ma sœur , Marie , ma pauvre sœur , disait encore sainte Agnès , il a besoin des consolations d'un ange !

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