IV. — Le Canard Doré ........ p
On lit dans plusieurs articles biographiques que, lors delà déclaration de guerre, en 4672, Jean Bart était second et Keyser maître d'équipage, à bord du brigantin flessinguois du capitaine Svoelt le Canard Doré ; notre roman est plus exact ; Charles Keyser occupait la position de premier lieutenant ou second du navire, et Jean Bart celle de lieutenant.
v. — L'Évasion. — Micbel Roiteb . . . . p. 44
Dans ces deux chapitres , la figure historique culminante , est celle de Ruiter, que nous nous sommes attaché à peiudre avec une rigoureuse exactitude.
. Quant à Invasion , les biographes sont fort laconiques à cet endroit.
• Jean Bart, dit Hennequin, avait vingt-un ans lorsque la
• guerre éclata entre la France et la Hollande. On lui fit les « offres les plus séduisantes pour le retenir au service ; » — ( Quelles offres ? qui les lui fit? Est-il probable que le modeste second lieutenant d'un pauvre petit brigantin, ait été l'objet d'offres séduisantes?) « Biais l'honneur lui dictant la conduite qu'il avait à tenir dans cette circonstance, il quitta la Hollande et revint à Dunkerque. »
Vanderest, plus explicite, parle aussi d'offres brillantes, c'està-dire de la proposition du grade de lieutenant de brulôtl — (Voilà, en vérité, une proposition d'une rare magnificence). Vanderest atteste ensuite, avec tous les historiens, que Jean Bart et son ami Charles Keyser s'évadèrent.
M. Adolphe Badin dans sa biographie nationale de Jean Bart , reproduit les offres brillantes de Vanderest, et l'éblouissante proposition d'un grade de lieutenant de bruiot. ( Où sont, de grâce , les preuves à l'appui de cette invraisemblable assertion d'historien ? )
M Hippolyte Demanet affirme dans son article sur Jean Bart,
que : « On lui fit pour le retenir, des promesses séduisantes qui ne produisirent aucun effet sur cette âme fortement trempée; alors ces promesses se changèrent en menaces, ( quelles menaces? ) et dans la crainte d'un transfuge on le surveilla rigoureusemen* ( Quelle fut donc cette surveillance si sérieuse?) Pas plus qu les promesses ne l'avaient gagné, les menaces ne l'effrayèrent; d'accord avec son compatriote Charles Keyser, il déserta, et tous deux parvinrent à travers mille daugers, (quels dangers?) à regagner Dunkerque. »
Dans son Histoire de la Marine française, livre iv, chap. xi, Eugène Sue donnant un libre essor à sa féconde imagination , met en scène les offres faites à Jean Bart et à Charles Keyser, et leur désertion immédiate, ( ceci au moins est conforme à la vraisemblance ) ; malheureusement, le chapitre xi tout entier est un chapitre de roman.
Certes ! le romancier a les coudées franches, alors que les biographes et les historiens en prennent aussi à leur aise. S'il a jugé inutile de parler d'offres douteuses qui , en somme, ne pouvaient avoir rien de bien tentant, il a cru mieux faire en s'efforcant de peindre les mille dangers de l'évasicn.
vi. — Noble bt Ignoble. ,
Indigne, incapable, paria ou môme lâche . . p 97
Le major de Kerlannic n'exagère en rien. Nous pourrions citer vingt romans et cinquante mélodrames contemporains, sans parler des pamphlets rédigés sous prétexte d'histoire, où le traître, le lâche, le misérable est inévitablement un gentilhomme. L'odieux en ceci ne le cède qu'au plus inepte ridicule. On entretient le peuple dans la haine de quiconque a le malheur d'être venu au monde avec une particule ou un litre. Nous savons tels milieux d'estimables bourgeois où le nom de noble est devenu le synonyme d'ignoble.
Or, en seize générations , c'est-à-dire en l'espace d'environ cinq siècles , tout individu dont les ascendants n'auraient aucun ancêtre commun, descendrait de 421,066 personnes. Mais, attendu que les habitants d'une môme contrée ont toujours entr eux des liens de parenté qu'ils ignorent, réduisons de moitié, soit en compte rond , 60,000 ascendants.
Devant ce chiffre formidable qui va se doublant et se doublant encore de génération en génération supérieure , n'est-il pas évident que le marquis de Kerlannic a raison quand il dit , avec un philosophe de l'antiquité : • Il n'y a point de roi qui ne descende d'un esclave, ni d'esclave qui ne descende d'un roi? *
Le calcul réduit à néant le préjugé de la naissance , fruit de l'ignorance et de l'orgueil qui , toutefois , n'est ni pire , ni meilleur qu'aucun autre des préjugés ayant cours.
Par réciprocité , la haine irréfléchie, et souvent très-acrimonieuse qu'on porte à la noblesse, — autre préjugé dicté parla plus honteuse envie, — est d'autant plus niaise que, d'après le même calcul , il ne peut exister d'individu qui n'ait du sang royal dans les veines.
vu. — Les Jacobsen.
Michel Jacobsen dont la fille Agnès épouse Michel Bart p. 103
Michel Bart, aïeul de Jean Dart , épousa, le 30 janvier 1618,
lia
Agnès Jacobsen fille du vice-amiral Michel Jacobsen dit le Renard de la Mer. Jean Jacnbscn, frère d'Agnès , se maria le même jour qu'elle à Marie Mullewaert. De cette union, selon toute apparence, descendaient les capitaines corsaires Jacobsen , contemporains de Jean Bart.
Jean Jacobsen mourut héroïquement à bord du Saint-Vincent, en 1622. Son père , le Renard de la Mer , lui survécut onze ans.
Eugène Sue, dans son histoire de la Marine française, a confondus ensemble les deux Jacobsen , en attribuant au père la mort glorieuse de son ffls.
Le môme auteur passe entièrement sous silence Herman Bart et fait mourir Cornil , père de Bart, en 4658, pendant le siège de Dunkerque. Cependant, Cornil Bart eut depuis cette époque trois enfants dont le dernier, Gaspard-François, naquit en 4665.
M. Demanet dit qu'Agnès, femme de Michel Bart, était fille de Jean Jacobsen , dont on vient de voir qu'elle était la sœur.
Un autre biographe de Jean Bart , M. Auguste Cabrol , après avoir donné le nom d'Antoine à son aïeul , reproduit la fiction d'Eugène Sue, en faisant mourir Cornil sept ans avant la nais- [ sance authentique de son dernier fils.
vm. — Erreur historique.
Nombre d'historiens s'y sont laissé prendre . p. 116
Contrairement à toute vérité, Feller termine son article sur Jean Bart par cette appréciation : — « 11 n'était bon que sur son navire, très-propre pour une action hardie, mais incapable d'un projet un peu étendu. » — Le portrait qu'a laissé de lui son contemporain Faulconnier , l'historien de Duukerque, etyes documents officiels d'où il résulte que Jean Bart conçut un vaste plan d'organisation de la course, démontrent jusqu'à l'évidence la fausseté d une assertion devenue de l'histoire.
ix. — Les frères Bart , Cornil et Herman ... p. 121
Aucune histoire générale ou partielle de la marine française ne parle des frères Bart ; mais ils sont expressément cités , ainsi que
les deux sœurs Janssen, leurs femmes, dans VHistoire de Jean Bartet de sa famille, par M. Vanderest La tradition ne s'est point perdue. Le silence de tous les écrivains spéciaux , exception faite de M. Adolphe Badin, n'en est pas moins déplorable.