DE TOCUVIILB. A II. DB
25 octobre ItiUt,
• Il devait lu «tuquer, (juot'iuo supérieurs , s'ils venaient sur 1rs càle* do France , ou s'ils allaient sur cellss d'Irlande.
* On n'a fwiinl écrit <|u il «ufllnit <|u'il Ml un peu plu» au milieu de U Manche, nuts bien qu'il paraissait qu-.:, w leoanl un peu
Monseigneur,
Quoique je sois persuadé que êtes informé que j'ai satisfait aux intentions du roi pendant cette campagne en me conduisant suivant les instructions et les ordres de Sa Majesté, et que les bruits qui ont couru a Paris, au desavantage de l'armée navale, et les avis qui vous ont été donnés par quelques ofliciers sur les actions que l'on eôt pu tenter, n'ont fait aucune impression sur votre esprit, je ne laisserai pas de vous faire un détail de ce qui s'est passé, pour vous justifier ma conduite s'il vous restait quelque doute, et vous faire connaître que les vues que Sa Majesté a eues pour faire sortir son armée navale auraient eu tout le succès qu'elle eu pouvait souhaiter si l'on avait pris la flotte de Sinyrne, ce que je justifierai n'avoir pu être exécuté.
Il ne m'a pas paru que le roi ail eu d'autres vues pour faire sortir son armée navale que de prendre les flottes anglaise et hollandaise de Smyrne et quelques autres pendant le cours de la campagne, de garantir les côtes du royaume des descentes des ennemis, et de tâcher de rendre leur armement inutile;
De les combattre au cas qu'ils sortissent de la Manche, égaux ou inférieurs en nombre, en les attirant, autant qu'il se pourrait, sur les côtes de France, et de les attaquer, quoiqu'en nombre inégal, s'ils prenaient la route des eûtes du royaume depuis Bourgneuf jusqu'à la rivière de Bordeaux, et dans la Hanche jusqu'à la Bogue; mais, au contraire, de les éviter ' s'ils sortaient de la Manche supérieure en nombre, en ménageant autant qu'il se pourrait la réputation de l'armée navale, et de tenir la mer jusqu'au 1" septembre.
Je répondrai au premier article que vous pouvez, monseigneur, vous souvenir de ce que j'ai eu l'honneur de vous écrire le V de juin, que, pour se mettre à la rencontre de la flotte de Smyrne, il fallait que l'armée l'attendit à l'oucsl-quart-sud-ouest, vingt-cinq lieues des Sorliugues*, et que vous me répondîtes qu'il suffisait que je fusse un peu plus au milieu de l'entrée de la Manche pour l'empêcher d'entrer dans le canal,
JEAN IURT
plus à l'entrée de la Manche . il serait à portée de secourir les cites de France , et d'empocher celle flotted'entrer ilana la Manche, et <|ue de là il pourrait prendre son parti, par le moven des Mlitnents qu'il aurait debon, pour être averti tant de La marche de celte Dotta que de celle de l'armée ennemie.
Sur ce raisonnement , que personne ne prendra pourunordre.M. deTourvillc devait faire roir que cela le mettait aluoluroei t hors d'etst de joindre l'armée ennemie: maiail n en a plus parlé; il lie s>.<t pas tenu non plus un peu en deçà de rangt ring à trente lieues ouesl-qnartde-sud-oucsl des Sorlingue» qu'il avait pinposé, m n'a envoyé aucun liàtimeut au-devant de celle flotte , suivant cet ordre prétendu , qu'après avoir au par un v.usseau qui revenait de l'Amérique qu'il l'avait lassée, a environ cent lieue* du cap de Clare.
1 Tout le reste n'est qu'un nisonnement tiré.
L'armée ennemie était de soixante-quatre vaisseaux de puerre , la flotte de élail escortée par h plupart
Snivrne qualorcc
* Il j » apparence qu'on n'aurait pas joint colle flotte , puisque U Saint- MkM et la corvette ne purent la joindre, mais on ne savait pas ce qai en était quand on revira , ce fut sur l'opinion que c'était l'armée ennemie , quoiqur le capitaine de ta Ltmilt celait , qui i el
où étant je vous ai fait voir par mes lettres que je n'étais pas à portée de l'empêcher d'y entrer, rasant les Sorlingues comme elle a fait. Cependant, quand j'eus avis par le vaisseau venant de la Martinique, qui l'avait rencontrée sur une hauteur qui me (il juger qu'elle était allée en Irlande, je ue laissai pas, sur les ordres que j'avais reçus depuis, de m'altacher a cette flotte, de quitter ma croisière pour tacher de la rencontrer sur son passage par la Manche, et de suivre celle route jusque par les quarante-neuf degrés quinze minutes, sur les avis que j'eus par la eorvelte qui l'avait rencontrée, et si je l'avais pour lors aperçue, je n'eusse pu m'empécher de l'aller reconnaître pour exécuter les ordres précis que j'avais eus de m'y attacher. N'ayant pas eu de nouvelles qu'elle fût jointe à l'armée ennemie, quoique toutes les apparences fussent qu'elle en devait être escortée, cl la reconnaissant, je tombais dans la nécessité de combattre contre une armée qui se trouvait pour lors de près de cent vaisseaux de guerre ', dans une croisière très-avantageuse pour les ennemis el tout à fait désavantageuse pour nous, et où les officiers ont dit hautement dans le conseil qu'ils m'y avaient vu engagé avec peine.
Je ne sais pas sur quoi ont été fondés les bruits qui ont couru que j'avais pu prendre celte flotte, et qu'elle avait passé très-proche de l'armée : on ne doit pas me supposer d'avoir été assez malintentionné pour ne vouloir pas rendre un service aussi important, et ma manœuvre a assez justifié le contraire; et on ne peut avoir eu aucun avis qu'elle ait passé plus près de nous que celui que nous eûmes par la corvette la Levrette, que j'avais envoyée sur la croisière oû je vous avais marqué que nous eussions dû l'aller attendre, qui nous apprit qu'elle était à vingt-deux lieues du nord-est quarldenord de l'armée, et qui, ayant élé renvoyée sur-le-champ avec te Suint Michel pour l'observer et en rapporter des nouvelles, quoique ce petit bâtiment soit un des meilleurs de voile de la mer pour l'été, elle ne put en avoir connaissance, non plus que le vaisseau te Saint-Michel*: et comme elle était pour lors fort proche des Sorlingues, quand j'aurais eu le vent bon pour suivre et que j'eusse doublé son sillage, elle eût encore été plus tôt dans les ports d Angleterre que je n'eusse pu la découvrir, ce qui obligea tous les officiers généraux il résoudre qu'il fallait retourner à la croisière ordonnée. Vous n'aurez pas lieu d'être surpris quand vous entendrez dire que des flottes marchandes auraient passé à trois el quatre lieues des escadres que le roi enverrait à la mer, sans qu'elles les eussent prises, pouvant en élre empêchées passant au vent â leur vue, comme celle du chevalier de Pilles, qui était au vent de l'armée ennemie, a passé à sa vue avec seize bâtiments venant d Ir-
lande, ou par les brumes ou mauvais temps.
A l'égard de prendre d'autres flottes marchandes, je n'ai eu connaissance que de celle des seize vaisseaux qui allaient a l'Amérique; les brumes m'ont empêché d'en prendre davantage que les deux vaisseaux de guerre et quatre marchands, el huit autres vaisseaux pendant la campagne.
Je vous dirai, à celte occasion, que je suis surpris qu'on ail publié que j ai songé à éviter celle flotte, la prenant ' Il n'a pas été pirié de pour l'armée ennemie', étant certain 'la- qu'ayant le cap au nord, quand je. l'a-
perçus a la pointe du jour qu'elle courait au sud-ouest, je fis revirer sur elle et lis larguer les ris des huniers pour la chasser, que je sus presque en même temps, par une prise anglaise que m'amena le Content, ce que c'était que cette flotte, et que ie fis le signal a tous les bons voiliers de l'armée pour lui donner chasse.
Tour ce qui est du second article, des vues que le roi a eues en faisant sortir son armée navale, qui étaient de garantir les eûtes du royaume des descentes des ennemis et de tacher de rendre leur armement inutile; cet armement leur a servi à faire passer leur flotte de Smvrne, parce que, s'ils n'avaient point eu "d'armée, ils n'eussent pas osé l'exposer, dans la crainte qu'on n'eût fait des détachements pour la prendre; mais, étant une fois à Kinsale, il lui était aisé de prendre son temps pour se jeter dans le Bristol, d'où il eût été facile de porter ses marchandises à Londres, comme il est arrivé autrefois, oud'attendre.pourentrerdans la Manche d'Angleterre, que nous eussions été désarmés; et, du reste, il n'a eu d'autre succès que de faire passer dans une marée une escadre de seize vaisseaux dans les rades de Bertheaume et du Camaret, ce qui aurait pu se faire a vue de noire armée, étant auvent d'elle, l'avantage du vent étant un obstacle qu'on ne surmonte pas*, et de brûler une méchante barque a Lhamaret, et qui aurait pu réussir de même à la chaloupe d'un corsaire; n'ayant d'ailleurs empêché de passer aucune de nos flottes, ni fait aucune prise que celle d'un pelit bâtiment chargé de soixante-dix moutons et un traversiez pendant que nous leur avons pris deux vaisseaux de guerre et douze vaisseaux marchands, avec une armée inférieure qui n'ose détacher aucun vaisseau, de crainte de se séparer et de s'affaiblir dans un temps qu'une armée ennemie fort supérieure peut tomber sur elle.
J'ai, suivant mes ordres, en partant de Brest , élé chercher ma croisière 1 pour y attendre les ennemis et les combattre'en cas qu'ils sortissent de la Manche en nombre égal ou inférieur, et même supérieur de quelques vaisseaux, comme je l'avais proposé. Les avis que j'avais de vous, monseigneur, étaient que leur armée n'était que de soixante-six vaisseaux
' On ne surmonte pas l'avantage du vent , mais il peut ihanucr, el li-i ennemis n'auraient jamais osé faire celle i nlicprise si l'armée du roi les avait observés , cl il n'a tenu qu'à eux d'en faire autrnt
• l.a croisière élail l'entrée de la Manche ouestnord- ouest d'Oucssant ; l'armée est allé il ..boni
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ET LOUIS AlV.
1 Cet . i v i = 'mu bon; ils n'avaient quesoixanle-qua-
dc guerre1, et celle du roi était pour lors de soixante-sept, et je vous avais marqué, en apostille d'un de mes arii des de mon instruction, que, s'ils n'avaient que huit vaisseaux de plus que nous, il ne fallait pas hésiter de les attaquer, et j'avais mis en mer dans ce
* Ce brûlot, en sortant de Brest , trouva quelques vaisseaux de l'année ennemie ; il en fut chassé et se brûla. Il était impossible que ce capitaine «il pu distinguer quatre- vin>;lsix vaisseaux (le ligne d.ins une forêt île vaisseaux qu'il vil dans un éluignement ; il aurait pu il ire ou plus , si ce» vaisseaux avaient élé de lile . le nombre qu'il y en avait , et sur cela on pouvait raisonner tint de vai**e aux de guerre , tant de brûlots, (sut de bâtiments du charge, etc. Un Génois qui avait vu ci lle armée, cl qui trouva quelque temps aprè» M. le comte d Ksfrees dsus Kl Méditerranée, lui dit qu'il v avoit cenl six voiles :
quelle apparence qu'il y eût quatre-vinpt-six vaisseaux de guerre f
' Il lui a été écrit eu ce» termes : i Sa Majesté, « n'a rien à ajouter aux « ordres porté» par voire « instruction ; je vous ai « informé des nouvelles
• que j'avais des ennemis ; a vous pouvex à présent, « par le inoyru des bâti— « ments d'avis qui août à
• votre suite, en avoir des " nouvelles plus précises v que nous ; c'est a vous à « prendre vos mesures de n sorte que vous puissiex
• en élre informe , et exé- •' cuter les ordres de Sa a Majesté suivant se* ina tentions, c'est-à-dire ne a rien hasarder sans né- « ceasité , et profiter des a occasions avantageuses < que vous aurci pendant «la campagne a
Cela ne signifie pat qu'il faille continuellement fuir au moindre bruit de l'approche des ennemis , sans
av.»
proche jamais
* Qu'est-ce que cet
• Il serait nécessaire de demander à tous les officiers généraux en particu-
aujcl, pour jurer de leurs faisons; si cela était, il
serait inutile et même trèsdangereux de se mettre a la mer lorsque les ennemis
J'ai demeuré sur celte croisière jusqu'au 14 de juillet, quoique, par des bâtiments étrangers, j'eusse eu différents avis que l'armée ennemie était de quatrevingt-dix vaisseaux de ligne, el je ne m'en éloignai que pour tâcher de me mettre au passage de la flotte de Smjrne, entre Kinsale el les Sorlingues, et jusqu'au 17, que je reçus, par tOrgiieilleux, une lettre d'un de nos capitaines de brûlot 1 qui m'écrivait avoir compté quatre-vingt-six vaisseaux de ligne dans 1 armée ennemie, et la vôtre, du 7, par laquelle vous me mandiez que je devais me conduire sur les avis que j'aurais et non sur les vôtres, ne rien hasarder sans nécessité, et suivre les intentions du roi expliquées par mon instruction, je n'aurais pas cru devoir éviter les ennemis sur des nouvelles étrangères, ayant les vôtres contraires, sans les reconnaître de près, et que, les reconnaissant de près, je n'en vinsse a un combat. Je me donnai même l'honneur de vous écrire, aussitôt que je fus en croisière, que le roi devait souhaiter que nous donnassions promplement bataille J, pendant que nos équipages se portaient bien, vous ayant marqué précisément, en apostille de l'article 10 de mon instruction, que, dès le moment que deux armées sont en présence en état de se reconnaître, il était impossible d'éviter un combat quand une armée ennemie voudra engager l'autre, et que le meilleur pnrli en ce cas-là, quoique inférieur, csl celui d'attendre l'ennemi en bon ordre et de lenir bonne contenance; aussi, jusqu'audit jour 17, que je ne crus pas pouvoir m'empêcher de risquer d'engager un combat, je ne voulus point faire part de mes ordres aux ofliciers généraux, et ce ne fut que pour lors qu'ayant des avis certains 4 de la force des ennemis, je pris la résolution de les leur communiquer, comme je le ils le lendemain 18, que le calme nous donna lieu de nous assembler, pour examiner avec eux si, deux armées étant en présence, on pouvait éviter un combat quand une armée supérieure voulait l'engager. Vous aurez vu, monseigneur, par le résultat de ce conseil *, comme quoi on y jugea u'èlant presque impossible de l'éviter, il fallait que l'armée se mit a l'ouestsud-ouest dOuessanl, pour, en cas de nécessité, combattre dans un parage plus avantageux pour la retraite des vaisseaux qui seraient moins incommodés
Mais je ne laisserai pas de vous expliquer si deux armées en présence se peuvent séparer, une armée supérieure voulant combattre; je vous expliquerai aussi les occasions où il m'a paru qu'il y avait
auraient plus de va iî seaux, M do Tout ville fut cependant plusieurs jours l'année dernière après l'armée ennemie sans pouvoir l'engager a combattre, et il n'y aurait point eu de combat si elle ne l'eût attaque.
il y eut mime une conjoncture ou, de l'avis de tout le monde , les ennemis , quoique inférieurs, faisaient périr l'armée du roi s'ils eussent pu profiter de leur avantage. M. le comte d'Rslréc* el M. Benau pourront en dire le détail et les cii
1 Tout ce raii est fondé sur la pendant laquelle les ennemis peuvent se séparer de même et plus aisément s'ils sont en plus grand nombre.
> On ae voit à plus de
dix lieues en mer, et on «eut ne pas attendre qu'on
nécessité de donner un combat, et, ce qui convient le mieux, en voulant l'éviter, pour ne rien hasarder el ménager la réputation de l'armée navale.
Tous les ofliciers du métier conviennent que, deux armées de mer étant une fois a portée de se reconnaître, il est comme impossible que celle qui sera inférieure puisse dérober sa marche à l'autre lorsqu'elles seront en pleine mer hors de la Manche pendant les mois de juin, juillet, el jusqu'au 15 août, que les nuits sont courtes et que la saison n'est pas sujette à des coups de vent el à des brumes de longue durée , qui sont les seuls accidents qui pourraient donner lieu à une séparation des deux armées, mais la nécessité où l'on est pendant une brume de faire les signaux de coups de canon , pour faire une fausse roule et marcher ensemble et ne point se séparer les uns des autres, qui peuvent être connus des ennemis, el le danger qu'il y a que partie de nos vaisseaux, n'ayant pas bien observé l'aire de vent que j'avais voulu leur indiquer, ne s'écartent du corps d'armée , me fera toujours préférer de hasarder de donner un combat avec vingt vaisseaux moins qu'eux, que de faire une pareille manœuvre par le danger qu'il y aurait d'élre joints par les ennemis après une séparation d une partie de nos vaisseaux, si le hasard voulait qu'ils nous eussent suivis '.
S'il n y a point d'autre moyen à une armée inférieure de pouvoir cacher sa marche, il est encore plus assuré qu'une armée supérieure obligera l'autre a combattre si une fois elles sont en présence; celle armée étant au vent, elle peut arriver avec moins d'ordre que Vautre, sans attendre ses plus méchants voiliers,
telle est bien assurée qu'ils la vien- >nt joindre quand elle aura engagé le combat , el n'en étant pas de même de celle qui est inférieure, qui est obligée de marcher ensemble en ordre de bataille pour attendre ses plus méchants voiliers et ne rien perdre de ses forces; il faut qu'elle les abandonne en fuyant vent arrière, ou qu'elle combatte en bon ordre ; car il ne faut pas croire qu'une armée inférieure puisse éviter un combat eu larguant un peu pour gagner du temps; et quand cela lui réussirait un jour, cela ne lui réussirait pas le lendemain, ne pouvant lui cacher sa marche; mais cela ne lui * réussira pas dès le premier jour si on se reconnaît le matin, étant certain et très-facile à démontrer que l'armée de dessous le vent larguant d'un vent, et celle qui est au vent, à une lieue, larguant trois quarts de vent davantage, elle i •■muera cinquante navires de celle qui est sous le vent à voilure égale , quoique celle qui largue davantage fasse beaucoup plus de chemin que l'autre; et si elles sont éloignées de deux lieues , elle en coupera trente , et par conséquent l'armée inférieure sera réduite indispensablement à combattre, parce qu'elle ne pourrait l'éviter en se
' On pourra ju:er do h venté de eu raisonne mi nt sur l'avis de Ir-us les ol licier» généraux et de quelque» bons capitaines", si on trouve à propos de le leur demander; on peut dire cependant qu'une armée qui évile ne peut être attaquée que |Kir les bons voiliers do l'armée ennemie qui la chassent, ou bien il faut que cnUo armée ennemie vienne avec tous ses vaisseaux ; en ce es* , elle ne joindra jamais , élsnl certain , pour la conjoncture présente, que le» llol-
Voilit.'rs que les moins bons vaisseaux du roi. S'il» se séparent, le» premiers venus seront bien reçus par l'armée qui évite, qui sera en non entier, et ce serait le vrai moyen à cette armée supérieure de se faire battre pièce à pièce, Il n'est
ÇisvraiscmMaldeque M. de uur ville voulaient reprendi« une telle action. Il ne fit jamais celle proposition l'année dernière, qu'il élait •ujiéricurcn nombre; d'ailleurs il faut un temps infiui pour faire joindre des armées lois |u'il y en a une qui veut ( éviter, et la nuit arrivera presque toujours tvant que cela soit Tait.
Ceci est si vrai, que àl . de Totirville suppose dans sou mémoire qu on se verra dés le matin et qu'on ne sera qu'a une lieue de distance; il seul au*si que ce soit dans les mois de juin cl juillet, et jusqu'au 18 d'soùl, que les nuits sont courtes et la saison pas sujette à des coups de vent et i de» brome» de lonjue durée; mus il veut en même temps que cette brume devienne longue pour l'nrniéc qui évite et que cela l'empcdn» de s'éloigner de l'armée enne-
» Il est vrai que l'armée do roi mit à l'autre bord 1 la vue de la Hotte qui revenait d'Irlande. Celte flotte était composée de soixante-quatre bâtiments, dont la plupart u étaient
mettant vent arrière , à moins que tous ses vaisseaux ne soient meilleurs voiliers que ceux des ennemis, ne voulant pas perdre les méchants voiliers, comme je I ai dit; et ce serait donner lieu à une déroute entière de tenter une fuite pour être obligé de donner ensuite un combat avec des équipages autant intimidés par une pareille manœuvre qu'elle aurait rçlevé le courage de ceux des ennemis: et, en un mot, cela étant, il n'y a aucun honneur a acquérir à s exposer a un si grand danger pour être un jour en présence , et il y a tout à risquer, ne pouvant y avoir aucune occasion de profiter d'aucun avantage sur eux , comme je me suis donné l'honneur de vous l'expliquer par une de mes lettres l.
une des Itarqiie*. Copia riant on y rompu qnilri»
vinjls tumw du bord
il m'est revenu qu'on disait que j'évitais les flottes marchandes comme celle des ennemis : je n'ai eu connaissance que de celle des seize vaisseaux anglais qui allait à l'Amérique, que j'ai chassée aussitôt qu'elle a paru, et d'une des nôtres qui venait d'Irlande, que je crus effeciivcmrnt l'armée ennemie par les signaux qui m'en furent faits et par les avis que MM. de la Roehe-Allard et de Villars m'en venaient de donner, qui me dirent l'avoir bien reconnue le soir d'auparavant ; ce qui m'obligea de mettre l'armée en bataille, qui est la même manœuvre que je devais faire quand même j'aurais voulu combattre ; et pour lors je n'avais que cinquante cinq vaisseaux de guerre, ceux que j'avais détachés n'étant «pas encore rassemblés '.
Il n y a point eu de nécessité, suivant mon instruction, de combattre les ennemis, étant aussi supérieurs qu'ils l'ont toujours été, puisqu ils ne se sont point mis en devoir d'entreprendre sur les rôles de France, ce qu'ils cassent pu faire , ayant le vent sur moi , sans que
de M. I« chevalier de Coetlognn, et soixante seize de celui de M. de Etelle-Ile , marque que l'avis du capitaine du brûlot sur lequel on a navigué toute la campagne était fort peu juste.
1 Les ennemis ont été
dissuadés de cette pensée s'ils ïvaiei.t pu I avoir, n'ayant pu ignorer qu'on les fuyait; et c'est ce qui à la lin le» a rendus hardis a chasser l'année du roi jusqu'à cent lieue* au large d'Ouessint; au moins at-elle fait ce chemin en les évitant.
* PeuMlre n'en avaientils pas plus d'envie que uous. On dit que M RumcII a fait sou apologie pour faire voir qu'avec une armée inférieure i celle de France il avait sauvé la flolrc de Smynie , il était venu dons nos portset avait fui fuir le» Français.
j'eusse pu l'empêcher. Le hasard, cependant, eût pu m'obliger a comballre, si, avant manqué d'être averti de leur marene, ils m'eussent joint, comme cela pouvait arriver; et il se pouvait encore qu'étant à la fin de mes vivres et ne
Kouvant me dispenser de rentrer dans i rade de Brest , j'eusse été contraint de les attaquer, les trouvant à mon passage. .
N'ayant donc point dû combattre sans nécessité, n'ayant dû de même rien hasarder, ne pouvant s'attendre en celle rencontre que de risquer un combat, et ayant eu ordre de l'éviter, les ennemis étant supérieurs, j'ai dû, suivant ce.qne je viens d'expliquer, et suivant le sentiment des officiers généraux, éviter leur
Srèsence, puisque celait le seul moven 'éviter le combat; et je crois que la "réputation de l'armée navale a été mieux ménagée en cachant sa marche aux ennemis, leur laissant croire qu'on les cherchait ' ou leurs floiles marchandes, que de fuir vent arrière à leur vue; et comme il ne serait pas toujours assuré de tenir l'armée cinquante jours en mer sans que. les ennemis la pussent joindre, j'estime que le roi ne doit point la faire sortir sans nécessité une autre campagne si elle n'est pas assez forte pour risquer un combat quand elle y sera obligée, étant certain que, si les ennemis avaient fait ce qu'ils auraient pu, ils auraient bien su nous joindre sans qu'on eût pu les éviter, surtout s'ils n'eussent pas été occupés une bonne partie de la campagne à leur flotte de Smynie ; et je suis même surpris que, lorsqu'ils nous ont suivis, ils ne nous aient pas joints', ayant élé obligés de marcher la nuit avec les huniers sur le ton, pour ne pas nous séparer ; et j'ai eu besoin de mettre toute mon expérience en usage pour les éviter, et il n'y a pas lieu de Jouter qu'une armée qui combattra l'autre , et qui sera supérieure de vingt-cinq, vaisseaux, comme celle des ennemis 1 eût été, et plus nombreuse d'un tiers de vaisseaux d'égale force aux nôtres, ne soit en élat, se trouvant en pleine mrr, de la meure eutièremeut en déroule ; et j'aurais mérite d'être puni , ayant mon instruction et vos lettres, qui me prescrivaient ensuite de m'y conformer, si j'avais exposé l'armée a un combat aussi inégal. Je ne vous informe point, monseigneur, de ce danger pour m' empêcher de combattre avec des forces aussi inférieures quand le roi le jugera nécessaire, mais pour faire connaître à Sa Majesté cl à vous les risques où son armée serait exposée.
Vous avez élé assez informé, par le résultat du conseil des officiers généraux et par mes lettres, des besoins indispensables qui ont engagé le retour de I armée navale seize jours plus tôt qu'il ne l'était porté par mon instruction, et los suites ne les ont que trop justifiées, et que l'armée se serait trouvée dans la dernière extrémité par la corruption du biscuit el par le peu de provisions qu'il y
en avait a Brest pour m être secourus, quand même il aurait pu nous passer sûrement; sans parler des besoins où l'on se trouvait de toutes sortes de rafraîchissements pour les malades, et d'eau cl de boire.
Je suis, avec beaucoup de respect, Mooseigneur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Tourviilk.
(Arrh. de la mar.)
Maintenant, pour répondre aux objections spécieuses faites par l'annotateur du mémoire de Tourville a M. de Pontchartrain, il faut résumer d'abord les ordres que cet amiral avait a remplir ; puis examiner s'il les a loyalement et bravement exécutés.
Il devait donc :
1" Défendre les côtes de France de toute insulte,
3* S'emparer du convoi de Smyrne ;
5* Kviter tout combat avec l'armée ennemie, et, conséquemme ni, se soustraire à sa vue dans un bassin aussi resserré que celui de la Manche ;
V Tenir la mer jusqu'au mois de septembre.
Or, A part la capture du convoi de Smyrne, ne demeure-t-il pas évident que Tourville a rempli exactement les conditions qui lui étaient imposées?
Maintenant, quels reproches lui fait-on à propos de ce convoi?
« Qu'ayant proposé un point de croisière plus A portée des « Sorlingues, il n'avait pas insisté pour le tenir lorsque, par i deux fois, on lui répondit de garder.au contraire, le milieu de « l'entrée de la Manche. ■
Mais il est hors de doute que Tourville, en demandant itérativement de changer son point de croisière et de se rapprocher des Sorlingues, en s'éloignant autant du littoral abandonné de la sorte aux entreprises de l'ennemi, voulait faire comprendre a M. de Pontchartrain tout le danger qu'il y avait à tenter de s'emparer du convoi au lieu d'assurer la défense des côtes. Aussi, conçoit on facilement que Tourville, après avoir rempli son devoir, en objectant et démontrant l'impossibilité de surprendre le convoi de Smyrne en demeurant a l'entrée de, la Manche, n'insistât pas davantage a ce sujet, parce qu'il tremblait de voir le ministre, aveuglé par 1 appât d'une si riche
Sroie, lui donner l'ordre absolu de tout sacrifier pour s'en renrc maître; alors, sans doute, Tourville eût élude l'exécution d'une aussi fatale volonté ; mais c'était un de ces partis extrêmes qu'il était toujours a temps de prendre en dernière extrémité, et il préféra concilier autant que possible, et ses instructions cl le bien du service qui lui était conlié. Aussi, avant mis sa responsabilité à couvert par la demande d'un point de croisière plus rapproché, il ne s occupa plus que de tenir 1a mer et de proléger incessamment les côtes de France; on peut croire que, dans toute autre circonstance, le ronvo! re lui eût pas échappé, mais alors il voyait l'armée ennemie d'un tiers plus forle que la sienne, et il prévoyait avec beaucoup de justesse que, même dans l'hypothèse d'un succès, la flotte de France rencontrant la Hotte de Srovme et s'en saisissant, ne pouvait obtenir ce résultat qu'en affaiblissant ses équipages outre mesure et par le grand nombre de prisonniers qu'elle aurait eu à garder, et par la quantité de matelots qu'il eût fallu faire passer sur les vaisseaux amarinês.
Or rien n'était plus désastreux que les conséquences d'une telle capture; car, si la (lotte ennemie, bien supérieure eu nombre, fut arrivée sur Tourville dans ce moment de confusion «t d'eXlréflM embarras qui suit forcement une prise, les navires marchanda essayant toujours de s'échapper el ta plupart des vaisseaux de guerre étant obliges de leur donner la chasse pour les rallier, on le demande, quelle ligne de bataille OUI alors pu
donna sagement cette chasse pour deux raisons : la parce qu'il reconnut plus lard que les vaisseaux signales par la
présenter Tourville? Quelle défense aurait-il pu faire contre une flotte si supérieure et venant en bon ordre attaquer sou armée en désordre, encombrée de prisonniers et tout embarrassée de la garde de ses prises? Ne pouvait-il pas alors être alUiqué, cerné par la flotte anglaise qui. après avoir presque anéanti nos forces maritimes, serait venue ravager nos côtes laissées sans défense et dégarnies par cei immense armement?
Encore une l'ois, on le répèle, Tourville devait-il, dans l'incertain espoir, cl même avec la certitude de s'emparer du convoi de Smyrne, compromettre presque assurément la défense des côtes de France, et exposer sa flotte à un échec dont les suites eussent élé irréparables?
Ou conçoit, d'ailleurs, les vifs reproches que fit M. de Pontchartrain à Tourville; pour ce ministre, à la fois chargé des finances et de la marine, trente millions de plus dans ses coffres eussent été un solide et beau fruit de la croisière ; on verra d'ailleurs plus bas, dans les ordres donnés a M. d'Estrces à propos de sa campajrne de la Méditerranée, que ces considérations d'argent à enlever par rançons, terreur ou surprise, furent toujours les seules qui dominèrent incessamment l'esprit des instructions données par ce ministre aux amiraux.
Pour en revenir à Tourville, après avoir, ainsi qu'il le dit dans son mémoire, tenté de suivre le convoi de Smyrne, il allants : la première, t signalés par la
corvette étaient l'avant-garde de l'armée ennemie qui venait d'opérer sa jonction avec le convoi de la flotte de Smvrne; la seconde, parce que, sachant que seize bâtiments allaient aux lies d'Amérique, sous l'escorte de deux vaisseaux de guerre, il pensa pouvoir s'en saisir sans rien compromettre ; aussi amarina-t-il en effet cinq navires marchands, ainsi que Ipubs deux vaisseaux d'escorte; de sorte que le reste de ces bâtiments de commerce se trouvant sans défense, bien que lui ayant échappé, fut pris peu de jours après par des corsaires malôuins.
Au résumé nui eut l'avantage dans celle campagne, ou de l'amiral Russeli ou de Tourville? Le premier est plus fort d'un tiers que le second, qui a ordre exprès de ne rien hasarder. Malgré cette inégalité, Tourville, pendant cinquante jours, lient la mer, et ce. par un prodige d'habileté de manœuvre, sans jamais rencontrer l'ennemi, qu'il n'eût pas pu s'empêcher de combattre, ainsi qu'il l'avait nettement exposé dans sa réponse au ministre.
Enfin, Tounille prend un convoi marchand, et assure le passage de nos troupes revenant de la fatale expédition d'Irlande. Or, pour balancer ces avantages, quels sont les succès de l'amiral ennemi? Il fait un détachement de quinze vaisseaux pour attaquer la rade de Camaret, qui n'est défendue par aucun fort, et, ne pouvant pas même s'emparer d'une frégate qui lui échappe entre les rochers, il se borue à brûler quelques barques de pécheurs sur la côte.
Telle fut l'issue de la campagne de Tourville dans la Manche pendant l aimée IG'JI.
Ce qui prouve encore la sagesse des prévisions de ce grand marin, c'est que. bien qu'on le sût défendu par lui, la terreur elait si graude elsi générale sur le littoral, queles intendants de Brest et de Hocliefort eureiit ordre de faire escorter les vaisseaux marchands pour l'Amérique jusqu'à cent lieues au large, et de tenir les bâtiments armés sur la côte pour la défendre contre les descentes des corsaires biscavens.
A Sainl-Malo, l'alarme s'était répandue par l'appréhension qu'on y eut d'un débarquement. M. de Pontchartraiii lit raseur elles esprits des habitants et défendit la sortie des meubles et des effets.
Après la perte de la bataille de Kirconnel, le 0 juillet, on n'eut plus d'autre soin que de ramener eu France le peu de troupes et de munitions que l'on put sauver, et de continuer de tenir les rôles en état M défense. Puis, lorsque la flotte de Tourville fut entrée a IJrest, on détacha M. de t'.liateaurenaull avec trente vaisseaux pour croiser sur la rôle d'Irlande; et on envoya deux autres escadres aux rades de la Itorbelle el aux Un d'Amérique.
Deux mois après, MM. de Chaleaurenaull et de Newiiond eu-
rent ordre d'aller croiser depuis Ouessanl jusqu'au cap Saint- Vincent sur la cète de Biscaye, à l'ouest des Sorltngne» et au eap de Clare et de Machecou, afin de surprendre le convoi des plions qui arfi?&ient d'Amérique richement charges, ou d'atta-
Suer les vaisseaux qui viendraient du nord do l'Angleterre ou de ollande pour escorter le convoi. Malheureusement aucun de ces projets ne réussit, et M. de Pontchartrain en fit de vifs reproches a. M. de Chatcaurenault ; c'était, on le voit, toujours pour but et mobile cotte incessante question d'argent.
Au résumé, il y eut, en 1091, quaire-vingt-diMMiit bâtiment* armés en France, tant vaisseaux que frégates, sans compter ceux du Levant. ,
En Levant, M. le comte d'Estrées, vice-amiral de ces mers, ayant sous ses ordres M. le bailli de Noaillcs, commandant les
Il arriva bientôt aux îles d'Hyéres, où il reçut de M. de Pontchartrain l'instruction suivante :
t L'intention doSa Majesté est qu'en partant des lies d'Hyères il fasse sa roule droit à Barcelonne, et qu'il prenne de si bonnes mesures, qu'il puisse être assuré que les galères et les autres bâtiments y arriveront en même temps que lui, afin qu'aussitôt qu'il y sera il puisse commencer l'exécution des bombes, et en taire jeter dans cette ville te nombre qu'il jugera a propos, par rapport aux autres expéditions qu il aura à faire, et pour faire sentir au peuple la puissance de Sa Majesté par le dommage qu'ils recevront.
« Elle ne s'attend pas que cette ville offre de racheter sa ruine par une contribution, y ayant beaucoup d'apparence qu'étant le séjour du vice-roi elle sera pleine de troupes qui conlicn-
Le feu iniit pn» tu n»|i«*in à poudre, fait sauter en l'air In moitié' «lu Tort de YilWrnnclie.
galères, fut chargé de tontes les expéditions de cette mémo année 1091, expéditions qui, d'ailleurs, furent de peu d'importance: il sortit le 9 mats do Toulon pour se rendre à la rade de Villefrancbc, afin de seconder les efforts de M. de fatînat, qui, après avoir pris Nice, assiégeait alors le château de celte première ville. Un accident assez semblable A celui qui arriva fors du siège de Tobago, en mettant le feu an magasin a poudre, renversa un grand nombre de maisons, fit sauter en Pair la moitié du fort, abrégea singulièrement la durée du siège, et mit M. du Câlinai en état d'entrer dans cette ville le 5 avril. Aussitôt après, M. d'Estrêes passa devant Oueille, dont il somma ta garnison de se rendre sous rançon. Ils allaient lui envoyer les clefs de leur ville, lorsque M. de Fosagne, qui avait défendu la ville de Nice, arrivant i la léte de trois mille hommes de milices, leur fit changer de résolution ; il distribua son monde, tant dans la citadelle que sur la cote, et fit canonuer la flotte. Le comte d'Estrécs y répondit par un grand nombre de bombes, el eut sans doute complètement ruiné cette ville si un violent coup de vent ne l'eût obligé d'appareiller on coupant ses cables.
dronl b» habitants et les empêcheront d'entrer dans aucune composition ; cependant elle observera audit sieur comte d'Estrêes que, depuis quatre ans, il y a eu dans cette ville deux révoltes contre le roi d'Espagne; que l'esprit do sédition régne dans celui de ses habitants, qui sont traités avec dureté par les Espagnols, et qu'elle est informée que, lors du départ des vaisseaux et des galères pour l'expédition de Nice, ils disaient publiquement qu'ils ne souffriraient pas l'embrasement de la ville ; ainsi, si la crainte, ou les effets des bombes, ou la présence dudit sieur comte d'Estrécs pouvaient, par un bonheur inespéré, jeter ces habitants, qui se trouveront abandonnés par le roi d'Espagne, dans quelque uouvelle révolte contre lui, Sa Majesté ne doute pas qu'il ne profite de la conjoncture pour ôter a ses ennemis une ville aussi considérable, se joindre aux habitants pour les en chasser, et faire tout ce qu'il jugera avantageux pour son service dans une occasion aussi importante. II aura un soin particulier d'avertir le sieur de Noaillcs de tous les mouvements
3 ut se feront en cette ville et sur les cotes lorsqu'il y paraître, esquels on peut encore tirer cette utilité que les Espagnol» y
feront Tenir apparemment des troupes pour les garder, ce qui affaiblira d'autant le corps qu ils ont a opposer audit sieur de Noailles, ou les garnisons d'où ees troupes ont été tirées.
f Après qu'il sera resté devant Barcelonne autant de temps qu'il aura jugé nécessaire pour l'exécution des bombes, ou pour
Srofiter des mouvements qui s'y pourront faire, avoir celui 'achever les expéditions que Sa Majesté a résolues avant que les Espagnols soient en état de s'opposer à ses vaisseaux, après l'entrée des galions, il ira devant Alicante et ensuite devant Carlhagène, pour brûler ces villes par les bombes, ou les obliger à, payer, pour les éviter, une grosse contribution, il est à présumer que ces villes, dont le commerce est considérable, et qui ne sont presque habitées que par des marchands, ne se laisse-
bombes; les galères, au nombre de vingt-six, commandées par M. le bailli de Noailles, le joignirent le 4 juillet, et cette flotte
Carut devant Barcelonne le 8 du même mois. Il y jeta huit cents ombes qui mirent le feu en plusieurs endroits; mais la défense de cette ville fut si faible et si mal entendue, que la flotte de M. d'Estrées ne perdit qu'un seul homme a celte attaque. Le 12, il prit la route d' Alicante, aux termes de son inslruction , mais les vents contraires ne lui permirent d'y mouiller que le 22; sa flotte, a laquelle plusieurs vaisseaux s'étaient ralliés, se trouvait alors forte de doute vaisseaux de guerre, de vingt-cinq galères, de trois galioles à bombes et de dix tartanes.
Voici la relation que fait H. d'Estrées du bombardement d'Alicanle :
Vue de Barcelonne.
ront point consumer par le feu des bombes, et qu'elles s'engageront plutôt au payement de ce qu'il exigera d'elles, qu'il doit proportionner a leurs richesses, et de les obliger de le payer sans retardement.
* Lorsqu'il aura tiré de ces deux villes leurs contributions, qu'il aura réglées, et qui ne doivent pas être moindres de trois à quatre cent mille livres, ledit sieur comte d'Estrées pourra, s'il reste quelques bombes, les consommer sur la ville de Majorque en revenant aux Iles d'Hyères, Sa Majesté se remettant a lui de faire a cet égard ce qu'il jugera à propos, suivant les nouvelles qu'il aura des mouvements des ennemis, le temps qu'il aura et l'état auquel seront les vaisseaux et les galères; elle se remet même à lui, en cas qu'il ne croie pas pouvoir aller à Carlhagène et a Majorque, de choisir celle de ces deux expéditions qu'il trouvera la plus sure pour l'exécution et sujette a moins d'inconvénients, a
Ensuite de celte instruction le vice-amiral d'Estrées se remit en mer avec quatre vaisseaux,- cinq frégates et trois galioles a
lu' HO] Fit: DE M. LE COKrE d'eSTRÉES.
Du 31 juillet 1601, i bord de rÊclatant.
Les vaisseaux de Sa Majesté arrivèrent le 17 de ce mois aux Offas, où l'on avait donné rendez-vous aux galères, qui y étaient déjà depuis trois jours. Leur convoi, dont on s'était chargé, et les calmes qu'on avait trouvés depuis le départ de Barcelonne, n'ayant pas permis aux vaisseaux de s'y rendre phis tôt, elles avaient eu tout le temps de rafraîchir leurs équipages et de faire leur aiguade dans la rivière de Torlosc, qui n en est qu'à deux lieues, dont on ne peut mieux représenter la beauté qu'en disant que les vingt-six galères y firent leur eau en six heures de temps, et qu'on la peut faire de la galère même si l'on veut. Il est surprenant qu'un endroit aussi important que l'est celuilà pour les galères lorsqu'elles sont obligées de naviguer aux côtes d'Espagne en temps de guerre, fût aussi peu connu, car il n'y avait pas un seul officier qui en eût ouï parler.
On en partit le 18, et le 22 au malin on se trouva devant Ali- SB
JKAN BABT
taule, où l'on aperçut six vaisseaux mouilles dans la rade, doul quatre niirent pavillon Réunis; lu cinquième, pavillon vénitien ; \ aulre, qui était tout désagtcè et se» mais de huue bas, n'eu mit aucun. J'appris, par les capitaine* des cinq premiers vaisseaux qui vinrent à mon bord, que ce dernier était génois, arrêté par les Espagnols depuis près de huit mois, sous prétexte de contrebande ; que l'affaire u était pas encore jugée à Madrid, et que l'on y tenait seulement dedans quelques gardiens. I» a.lleurs, je ne lirai pas de ces gens de grands éclaircissements sur les choses que j'aurais désiré savoir ; ils me dirent que Papachin était à Nalgues avec sept vaisseaux ; mais qu'à I égard de ceux que l'on armait à Cadix, commandés par le comte d'Aguillard, us ne pouvaient être sitôt prêts, leur manquant beaucoup de monde.
Cependant, comme on avait disposé toutes choses avant d'arriver, afin do ne pas perdre de temps, j'ordonnai à l'instant à M. de Poiniis d'aller reconnaître le mouillage des galiotes, tandis que j envoyai dire au gouverneur d'Alicaute, par un des capitaines génois, que, s'il voulait éviter la ruine totale de la ville, il fallait que. les habitants se résolussent à payer la contribution qui leur serait imposée ; que j'étais bien aise de l'en avertir avant de commencer aucun acte d hostilité; mais qu'à moins de cela il pouvait compter de la voir entièrement détruite . Il répondit avec beaucoup de rodomontades, comme font ordinairement les Espagnol», et. sans vouloir entendre à auruue composition, commettes» le premier a faire tirer sur les chaloupes qui allaient porter les ancre» qui servent à approcher le» galiotes aussi près qu'w» veut-
Uu lea fit mouiller à la portée du mousquet de la ville pour ' éviter le» inconvénients où la mauvaise qualité de la poudre et de» bombe» que l'on « tirées cotte anuée avait fait tomber a Barcelonue, eu plusieurs avaient crevé par l'effort du mortier, quoiqu'on n'y mil que treize à quatorze livres de poudre, et qu'ordinairement ou y en mette dix-huit livres. Je (us surpria qu'une ville de beaucoup moin» de réputation que Barcelouite fit cependant un bien plus grand feu, tant pour interrompre lo mouillage des ancre» que >m les galiotes lorsqu'elles lurent eu place, lesquelles commencèrent a tirer a quatre heures après midi, mais avoc trea-peu de succès, plusieurs bombe» ayant encore crevé, ce qui donna moyen aux ennemis de continuer asse» vivement leur feu, et de donner plusieurs coups dans le corps des galiotes Un canon, brisé par le boulet, blessa par ses éclats uelques matelots, mais fort légèrement, dans celle du sieur eausier, et le sieur de Grandpré reçut deux contusions et eut quatre matelots blesses considérablement p*f des éclats dans la sienne. Sur les sept heures* VI de Pututi*. qui a toujours été près des galiotes tant qu'elles ont été en action, les ayant redressées, lea bombe» commencèrent à tomber non-seulement dans la vih>, mat» sur les bastions et les tours eu étaient le* batteries, de manière que tout déserta, d les galiotes demeu* rèrent depuis aussi tranquillement que daua un simple exercice. A minuit, le feu parut en plusieurs endroits de la ville, ce qui servant de mire aux galiotes, elles commuèrent à tirer avec la même justesse le reste de celle nuit. Le jour et la nuit suivants jusqu'au 2t, qu'où fut obligé de les faire retirer, la mer ayant considérablement grossi, à mesure qu'elles ont lire le feu a augmenté dans la ville; de sorte que la seconde nuit il ne semblait qu'il y dût rien rester d'entier, la flamme paraissant si violente et si étendue qu'il s'en manquait fort peu d'un embrasement général : le jour on ne vovait qu'une fumée fort épaisse, et la nuit on distinguait aisément la flamme échapper par les fenêtres des maisons.
Ce même jour, un petit bâtiment ligournois, venant de Liverpool dans la Manche d'Irlande, m'apprit qu'il avait vu l'armée d'Angleterre et de Hollande sur Plymnuth, et qu'il avait vu celle de France par les 47 de latitude,' a environ cinq lieues d'Ouessant; que le 16 il avait trouvé le comte d'Aguillard sur le cap Saint Vincent , qui croisait avec douze vaisseaux de guerre eu attendant la flotte, qu'on ne croyait pas devoir sitôt arriver. Cette nouvelle me lit croire que lions pourrions achever la campagne sans opposition ; je ne laissai pas cependant de prendre toutes les précautions possibles pour n être point
surpris, tenant toujours au large des frégates en garde, par lesquelles ie pusse être averti. Le 25 au matin, celle qui y était ayant fait le signal de plusieurs vaisseaux, je me mettais en état d'appareiller avec toute l'armée, lorsqu'un vaisseau génois qui arriva dans le roomeut me dit que c'étaient six vaisseaux marchands, quatre anglais et deux hollandais, qui venaient de U gourne et devaient passer a Alicantc.
Ces vaisseaux, avertis par les coups de canon de la ville et le brait des bombes, se doutèrent bien de ce que ce pouvait être; ainsi, au lieu de venir à Alicante, ils forcèrent de voiles pour s'en éloigner. Je fi» appareiller dans ce momeul M. Cabaret, avec trois frégates des meilleures voilières, pour leur donner chasse cl tacher de les joindre, quoiqu'ils fussent si loin qu'à peine pouvait-on les découvrir du haut des mais ; mais je me déterminai d'autant plus aisément a ce détachement, que c'était une garde avancée que je mettais entre moi et les ennemis, ayant marqué à M. Cabaret, dans l'ordre que je lui avais donné, de ne point s'engager dans celte poursuite au delà du cap de Pales, et me venir joindre incessamment en rangeant la côte d'Espagne, ce qu "il fit le 27, n'ayant pu attraper ces bâtiments, qui, apparemment, avaient fait fausse route la nuit. Une des frégates, qui avait été de cinq ou six lieues plus loin que lui, les approcha a demi-porlée de canon ; mais, ne se voyant suivie d aucun vaisseau et ne se sentant pas assez forte pour les attaquer toute seule, elle les laissa lu.
Je me servis du bâtiment ligournois pour envoyer faire une, seconde proposition au gouverneur, qui demanda jusqu'au len-* iletuaiu pour faire répouse ; mais, ayant jugé que ce n était qu'à dessein île gagner du temps, et avoir celui d'éteindre le feu qui durait encore et sauver les effets qui étaient échappés de l'incendie, je fis remettre les galiotes en place pour achever de tirer ce qui restait de bombes, qui ne firent pas moins d'effet que lea premières, ayant rallumé le feu tout de nouveau en plusieurs endroits. Personne ne doute de l'entière ruine de celte ville, que l'on a vue brûler pendant cinq jours et cinq nuits, sans intermissioUa d'une manière étrange. On peut s'assurer qu'elle est bieu châtiée ; et si un pareil exemple n intimide pas les autres à l'avenir, il ne faut plus espérer de tirer de l'argent par ce moyeu de quelque endroit que ce puisse être.
Quoique l'effet des bombes allât au delà de ce que l'on devait raisonnablement en attendre, il ne me sembla pas qu'on dût s'en tenir là, et je crus qu'il fallait chercher toutes sortes de moyens de faire quelque dommage aux ennemis. C'est dans cette pensée que j'allai reconnaître neuf barques qui étaient mouillées dans une espèce de cul-de-sac fermé par un banc de malle, sous le canon de la ville et à portée de pistolet de terre, pour voir s'il était possible de les insulter dan» cet endroit, ce qui me parut praticable, quoique plusieurs gens n'en fussent pas persuadés, aussi bien que de prendre le vaisseau génois dont t a.» parlé, confisqué par les Espagnols, qui était mouillé en dehors et fort prés de ce banc. Je priai M. le bailli de Vailles de commander quatre galères pour remorquer au large ce bâtiment après que leurs calques s'en seraient rendus maîtres, ne doutant pas que les ennemis n'eussent mis du monde dedans; cependant cela fut exécuté au point du jour sans aucune résistance, ne s'ètanl trouvé dedans que sept ou huit hommes. J'ordonnai à M. de Poiniis d'aller en même temps avec des chaloupes remplies d'artifices mettre le feu aux barques en casque l'on ne pût pas les retirer; il avait pour tes souleuirlec chaloupes des vaisseaux et six carcassièrea, dans trois desquelles on avait mis du canon. 11 ne fut pas possible de remorquer les barques au large, «'étant trouvées toutes ou échouées ou retenues par des amarres plongé*» sous l'eau, et l'on fut obligé d'y mettre le feu. Les ennemis, qui avaient fait uu rolranchemèul en cet endroit, en firent partir un grand feu de mousqueterie, à quoi les chaloupe, earcassières répondirent; et, comme on était fort prés de terre, on a peine à comprendre qu'il n'y ail eu, de notre part, qu'un homme tué et deux blessés. La hardiesse et le bon ordre avec lequel cela fut exécuté étonna les ennemis, et le canon des carcassiéres eu mil plusieurs en fuite. M de Poiniis fit retirer les chaloupes après avoir mis le feu à toutes les barques; mais la mauvaise qualité des artifices, qu'on
avait élè obligé de faire à la bâte et sans avoir aucune des choses nécessaires, et le secours de quelques gens qui vinrent après que nos chaloupes se furent éloignées, lit que de neuf barques quatre seulement, chargées de blé, ont été entière» ment consumées ; le feu a été éteint en deux, qui l'ont été a moitié, et les trois autres n'ont été que médiocrement endommagées.
Le 37 au soir, le sieur Gioeste, que j'avais détacbé de Roses pour aller le long des côtes d'Espagne jusque par delà le cap de Gatte tâcher d'avoir des nouvelles des ennemis, revint sans en avoir pu rien apprendre, quoiqu'il eût pris a terre, à Carbonièra, avec sa felouque, un soldat espagnol, de qui il ne put tirer autre chose, sinon que Papaebin était encore à M algues ' avec sept vaisseaux ; mais, sur ce qu'il au dit qu'en passant devant Alicanle et donnant chasse i deui galères d'Espagne il avait vu le vaisseau qui se montra avec pavillon vénitien lorsque j'arrivai dans cette rade en arborer un anglais pour les galères, je le fis arrêter, et, ne lui ayant trouvé ni passe-port ni commission de Venise, je mis quelques matelots dedans pour le conduire i Toulon.
Fendant ce temps, m'élanl persuadé, sur beaucoup de raisons, que l'on pouvait faire une tentative sur le môle, qui n'est flanqué que d'un petit bastion, et ou les ennemis avaient mis trois pièces de canon qui avaient fort incommmodé les galiotes, et voyant qu'une pareille entreprise, où l'on ne risquait presque rien, serait d un grand éclat, je me résolus d'approcher avec les vaisseaux et les galères, afin de canonner pendant que les galiotes bombarderaient pour appuyer les chaloupes qui devaicut faire celle action ; mais, ne voulant point m'y déterminer
Ï se par l'avis des officiers généraux, j'écrivis a 11. le bailli de oaifles la lettre dont j'envoie la copie, qui,, au lieu de me répondre, vint à mon bord avec les officiers généraux des galères. H nous avait paru si distinctement que toutes les batteries étaient abandonnées aussitôt qu'il tombait des bombes, qu'il ne paraissait pas douteux que I on ne pût au moins enclouer ces canons s'il se trouvait trop de difficultés a les embarquer ; mais, comme il y avait quelques jours qu'on ne les voyait plus tirer, j'eus quelques soupçons que les ennemis, prévoyant ce qui pourrait arriver, ne les eussent retirés, et, voulant en être bien éclairci, je dis a M. de Pointis de s'en approcher assez près pour voir distinctement s ils y étaient encore; ce qu'il fil, suivi de deux chaloupes a canons, qu'il lit tirer sur plusieurs gens que s'étaient avancés sur le môle ; et ces coups ayant donné dans la porte et causé beaucoup de terreur, obligèrent tout ce qui y était de prendre fuite, ce qui lui donna beaucoup de facilité de remarquer les embrasures vides ; de sorte que la canonnade n'ayant été résolue avec les officiers généraux que pour favoriser celte action, je n'y pensai plus aussitôt que I on sut positivement que les canons étaient retires, et je me contentai de faire tirer aux galiotes ce qu'il leur restait de bombes pour les faire rapprocher ensuite des vaisseaux. Les ennemis, qui n'avaient point tiré lorsque les chaloupes avaient approché, firent un grand feu de canon de tous endroits de la place dès qu'elles se retirèrent, et dont il y en eut une percée d'outre en outre sans qu'il y ait eu qui'que ce soit blessé dedans; mais il y eut trois ou quatre hommes qui le furent des éclats dans la chaloupe du Prudent, qui était auprès.
Les galiotes furent de retour i minuit, après avoir consommé leurs bombes; et je donnai aussitôt tous les ordres nécessaires pour les réparer en toute diligence, afin de mettre dèa le lendemain matin à la voile, ne croyant pas devoir tarder un moment sans nécessité dans un lieu où I on est tellement enfoncé, que la terre contraint de tous les côtés. Cette précaution et cette diligence, que je crois nécessaires en toutes choses, quoique peu du goût de beaucoup de gens qui sont accoutumés â agir plus lentement, ne m'ont pas été inutiles, comme la suite va le faire voir.
Le 99, à huit heures du matin, la frégate qui était en garde du côté de l'ouest fit signal qu'elle voyait plusieurs vaisseaux ; sur quoi je fis à l'instant celui de incttre toute l'armée sous 1rs voiles, ce qui fut fait très-promptement. Peu de temps après, on découvrit du haut des mats i' année espagnole, au nombre
de vingt-trois bâtiments, savoir; deux galères, dix-sept ou dix» huit gros vaisseaux et le reste brûlots, qui venaient vent arrière d'un vent de sud-ouest. Un peu de brume qu'il avait fait le malin avait empêché qu'on ne les vil de plus loin. Nous avions pour lors dans la baie les veuls 1 l'esl-nord-esl, fort faibles, et il fallait louvoyer pour se dégager des terres, tandis que les ennemis venaient vent arrière d'un vent frais que nous n'avions point, et que nous n'avious jamais eu, ce qui arrive souvent iians ces mers, et n'était pas peu embarrassant en pareille occasion : cela fit que, les vaisseaux approchant fort vite, nous découvrîmes bientôt de dessus le pont les pavillons d'amiral ei de vice-amiral, et la flamme au baut du grand mât que portail celui qui commande l'arrière-garde. J'envoyai dire à M. le bailli de Noailles de faire prendre par les galères les galiotes et tous les bâtiments de charge pour les faire remorquer au large; tandis qu'après avoir mis les vaisseaux en bataille, au lieu do songer à m éloigner des ennemis, je courus le bord qui m'en approchait davantage, et ie fis force de voiles comme si j'avais eu dessein de les aller combattre; les ennemis, ne doutant point, par cette manœuvre qui paraissait trop hardie à bien des gens, que je n'eusse plutôt envie de chercher le combat que de l'éviter, carguèrent leurs basses voiles, mirent souvent en panne,, revirèrent les uns contre les autres, et enfin marquèrent, par une infinité de manœuvres, toutes contraires à celles qu'il fallait faire, quel était leur embarras. Cela donna le loisir à tous les petits bâtiments de se tirer de l'enfoncement où ils étaient pour se mettre an large, et aux galères celui de les remorquer. Je courus cependant ma bordée jusqu * une portée et demie de canon de l'avant-garde des ennemis, qui restaient toujours dans la même situation; je l'aurais poussée bien plus loin si le vent qui changea et la terre qui commençait à me presser, ne m'avaient obligé de mettre 1 l'autre bord, aussitôt que tous les vaisseaux de guerre eurent reviré et que je vis que tous mes petits bâtiments avaient gagné de l'avant.
Je ne songeai plus qu'à me retirer en bon ordre, vu l'extrême inégalité de nos forces avec celles des ennemis, sans pourtant marquer par aucune démarche de la crainte ou de l'embarras. Us commencèrent pour lors à remettre des voiles et à me suivre toujours vent arrière, quoique j'eusse un autre vent : car je n'ai jamais eu le même vent qu'eux, ce qui leur était un très-grand avantage. Environ les six heures du soir, le vent étant venu au nord-nord-est, je me trouvai â une demilieue au vent de l avant-garde, et lis route vers l'est, ainsi que le vent le permettait, les galères aidant les petits bâtiments et donnant même quelquefois la remorque aux vaisseaux, mais avec peu d'effet, â cause que la mer élail grosse. Les ennemis nous suivaient toujours â même distance; et la nuit étant arrivée, après avoir tiré quelques coups de canon, leurs feux nous disparurent, et quand il fût jour on ne les découvrit plus.
Comme j'avais fait porter toute la nuit aux vaisseaux du roi leurs feux ordinaires, pour montrer aux ennemis qu'on ne les appréhendait point, il leur aurait été fort aisé de nous suivre; et lorsque je ne les vis pas le lendemain, je crus que, venant de croiser, le besoin d'eau les avait obligés d'en aller faire à Alicanle. J'assemblai les capitaines pour prendre leurs avis sur la route que nous avions â faire ; ils furent assez partagés, les uns croyant qu'il fallait naviguer le long de la côte d'Espagne, et les autres prendre le large des Iles Majorque», et tout cela avait ses raisons. Enfin je pris le parti d'écrire â H. de Noailles que, s'il voulait se charger de la conduite des galiotes, je le laissais en liberté de faire sans contrainte, par rapport aux vaisseaux, la navigation qu'il voudrait pour se retirer pendant que je prendrais le large avec les vaisseaux; mais, avant que j'eusse eu le temps d'envoyer ma lettre, les ennemis parurent de nouveau médiocrement éloignés, la terre le long de laquelle ils étaient, et où apparemment ils s'étaient tenus toute la nuit, ayant empêché de les voir plus tôt. Ils avaient eu le temps de nous rejoindre, parce qu'une bourrasque qui avait passé pendant la nuit ayanlfait que les galères avalent laissé les bâtiments qu'elles remorquaient, il en était resté plusieurs derrière que j'avais été obligé d'atlnidre, étant très-mauvais de voiles, et entre autreune des galiotes qui se trouvait alors forl près des ennemis, qui
approchèrent très-vite, étant au vent de nous et l'avant beaucoup plus frais. Les galères du roi, qui étaient loin de l'avantgarde des vaisseaux, ne voyaient point mes signaux, de sorte qu'elles ne se donnaient aucun mouvement. Là-dessus je pris donc le parti d'envoyer M. de Pointis, qui, par la légèreté de son vaisseau, se fit fort de ramener bientôt cette galiote; tandis
3 ue j'envoyai un aide-major à M. de Noailles pour le prier de étarher deux galères pour le remorquer avec la galiote, en cas que le calme le surprit; M. de Pointis s'acquitta parfaitement bien de cette commission; car non-seulement il rapprocha la galiote, mais, après l'avoir remise à la galère qui le suivait, îl attendit encore une tartane qui venait après, qu'il remit à une autre galère. Cependant, comme cela donna le temps à toute l'avant-garde des ennemis de beaucoup approcher, et particulièrement aux deux galères et à trois vaisseaux de leurs meilleurs voiliers qui étaient déjà fort près de nos derniers bâtiments, je mis le côté en travers avec le Marquis et le Fortuné, après avoir fait le signal à tous les autres bâtiments de continuer leur route; celte manoeuvre obligea les vaisseaux de la tète des ennemis d'en faire de même pour attendre le gros de leur armée; et, après que tous les bâtiments qui étaient restés de l'arrière fussent passés devant moi, je remis des voiles, et continuai mon chemin. Il parut, à l'entrée de la nuit, que les ennemis nous éloignaient, et l'on crut qu'ils avaient reviré pour rejoindre le reste de l'armée, qui était demeuré un peu en arrière. En effet, le lenderoin matin, on n'en cul aucune connaissance. Nous sommes présentement entre les Iles de Majorque et d'Vvice, desquelles je compte de passer au sud si le vent tient comme il est. Les galères nous ont été très-utiles, et ont bien servi, particulièrement le premier jour, pour retirer les bâtiments de charge qui étaient enfoncés dans la baie ; cependant, quand nous ne les aurions pas eues, nous nous serions retirés tout de même; peut être n'aurait-ce pas été sans coup férir. Nous n'avons jusqu'à présent perdu aucun de nos bâtiments, pas même une lartane, et j'espère que nous arriverons sans perle à Toulon. Il y a des gens qui croient que les ennemis oni passé entre Yvice et la terre ferme pour nous attendre au nord des Iles ou bien sur les côtes de Provence. Ce n'est pas mon opinion.
Le comte d'Estkées.
(Archive» de la Marine }
Peu de temps après, M. d'Eslrées reçut cette dépêche de M. de Ponlcharlrain, qui lui ordonnait de revenir en France, el la campagne fut terminée de la sorte :
LK lUSISTBE DE U BAtlIflE A M. LE COUTE d'eSTBÉES.
Monsieur.
Le roi vient d'être averti que le comte d'Aguilar a reçu ordre du roi d'Espagne d'entrer dans la Méditerranée avec les vaisseaux qui sont sous son commandement et de vous chercher pour vous combattre; et comme ses forces sont beaucoup supérieures aux vôtres, et qu'il pourrait, si vous en étiex rencontré, vous engager à un combat trop inégal. Sa Majesté m'ordonne de vous envoyer un courrier exprès pour vous dire que son intention est qu aussitôt que vous aurez reçu cette lettre vous vous reliriex, et que vous reveniez au port de Toulon
Êour y mettre en sûreté les vaisseaux que vous commandez. Ile désire que voua preniez dans votre navigation toutes les précautions que vous jugerez nécessaires pour ne point trop fatiguer les rhiourmes, ni laisser )es galères dans le danger d'être surprises et attaquées par les ennemis. Vous ferez rentrer les galères dans le port de Marseille lorsque vous y passerez, el vo»s y resterez vous-même si vous êtes poursuivi, ou, si vous l'estimez à propos, pour attendre les ordres de Sa Majesté sur l'emploi des vaisseaux qui pourront encore tenir la mer, auquel cas vous renverrez à Toulon la Baleine et les trois galiotes.
Je suis, «te. hHMMMl.
[Archive» de la Marine.)
On voit que les opérations maritimes de celle année, bien qu'offrant un immense développement de forces navales, n'eurent d'autre résultat que la défense du littoral cl le bombardement infructueux de quelques places fortes.
Le 16 juillet de celle même année, Louvois mourut. Il a déjà été tant parlé de ce personnage, qu'on citera seulement le passée suivant des Mémoires de Sainl-Simon, qui donne de curieuses particularités sur sa mort :
r Le roi, qui se piquait de savoir mieux que personne jusqu'aux moindres choses militaires, se promenant autour de son camp (1691), trouva une garde ordinaire de cavalerie mal placée, et lui-même la replaça autrement; se promenant encore le même jour l'après-dlner, le hasard Gt qu'il repassa devant celte même garde, qu'il trouva placée ailleurs; il en fut surpris et choqué. Il demanda au capitaine qui l'avait mis où il le voyait. Celui-ci répondit que c'était Louvois qui avait passé par là". — Mais, reprit le roi, ne lui avez-vous pas dit que c'était moi qui vous avais placé? — Oui, sire, répondit le capitaine. Le roi, piqué, se retourne vers sa suite el dit : — N'est-ce pas là le métier de Louvois? il se croit un grand homme de guerre cl savoir tout; — el loul de suite replaça le capitaine avec sa garde où il l'avait mis le matin. C'était, en effet, sottise el insolence de Louvois, et le roi avait dit vrai sur son compte. Mais il en fut si blessé qu'il ne put lui pardonner, et qu'après sa mort, ayan rappelé Pomponne dans son conseil d'État, il lui conta cette aventure, piqué encore de la présomption de Louvois; el je le liens de l'abbé de Pomponne.
« De retour de Mous, l'éloignement du roi pour lui ne fit qu'augmenter, et à tel point que ce ministre si présomptueux, et qui, au milieu de la plus grande guerre, se comptait si indispcnsablement, commença à tout appréhender. La maréchale de Rochefort, qui était demeurée son amie intime, étant allée avec madame de Blausac. sa tille, diner avec lui à Mcudon, qui me l'ont conté toutes les deux, il les mena à la promenade; ils n'étaient qu'eux trois dans une petite calèche légère qu'il menait. Elles l'entendirent se parler à lui-même, rêvant profondément el se disant à diverses reprises : - Le ferait-il? Le lui fera t-oii faire? Non ; mais cependant... Non, il n'oserait. — Pendant ce monologue, il allait toujours, et la mère el la fille se taisaient el se poussaient, quand, loul à coup, la maréchale vil les chevaux sur le dernier rebord d'une pièce d'eau, et n'eut que le temps de se jeter en avant sur les mains de Louvois pour arrêter les rênes, croyant qu'il les menait noyer. A ce cri et à ce mouvement, Louvois se réveilla comme duo profond sommeil, recula quelques pas cl tourna, disant qu'en effet il rêvait et ne pensait pas à la voilure.
« Dans celte perplexité, il se mit à prendre des eaux les matins à Trianon. Le 16 juillet j'èlais à Versailles pour une affaire assez sauvage, dont le roi avait voulu donner tout l'avantage à mon père, qui était à Blaye avec ma mère, contre Sourdis, qui commandait en chef en Guyenne, el que Louvois avait inutilement soutenu; ce nonobstant, je fus conseillé de l'aller remercier, el j'en reçus autant de compliments et de politesse que s'il avait bien servi mon père. Ainsi va la cour. Je ne lui avais jamais parlé. Sortant le même jour du diner du roi, je le rencontrai au fond d'une très-petite pièce qui est entre la grande salle des gardes et ce grand salon qui donne sur la petite cour des princes; M. de Marsan lui parlait, et il allait travailler chez madame de Maintenon avec le roi, qui devait se promener après dans les jardins de Versailles où les gens de la cour avaient eu la liberté de le suivre. Sur les quatre heures après midi du même jour, j'allai chez madame de Chàteauneut, où j'appris qu'il s était trouvé un peu mal chez madame de Maintenon, que le roi l'avait forcé de s'en aller, qu'il était retourné à pied chez lui, où le mal avait subitement augmenté; qu'on s'était hâté de lui donner un lavement qu'il avait rendu aussitôt, et qu'il était mort en le rendant et demandant son fils Barbezieux, qu'il n'eut pas le temps de voir, quoique celui-ci accourût de sa chambre.
i On peul juger de la surprise de toute la cour. Quoique je
ET
n'eusse guère que quinze ans, je voulus voir la contenance du roi a un événement de cette qualité. J'allai l'attendre et le suivis toute sa promenade II me parut avec sa majesté accou'umée ; mais avec je ne sais quoi de leste et de délibéré qui nie surprit assez pour en parler après, d'autant plus que j'ignorais alors et longtemps après les choses que je viens d'écrire. Je remarquai encore qu'au lieu d'aller voir ses fontaines et de diversifier sa promenade, comme il Taisait toujours dans ses jardins, il ne lit jamais qu'aller et venir le long de la balustrade de l'orangerie, d'où il voyait, en revenant vers le château, le logement de la surintendance, où Louvois venait de mourir, qui terminait l'ancienne aile du château sur le flanc de l'orangerie, et vers lequel il regarda sans cesse toutes les fois qu'il revenait vers le château.
c Jamais le nom de Louvois ne fut prononcé, ni pas un mot de cette mort si surprenante et si soudaine, qu'à l'arrivée d'un officier que le roi d'Angleterre envoya de Saint-Germain, qui vint trouver le roi sur cette terrasse et qui lui fit de sa part un compliment sur la perte qu'il venait de faire: — Monsieur, lui répondit le roi d'un air et d'un ion plus que dégagés, failes mes compliments et mes remerciinenls au roi et a la reine d 'Angleterre, et dites-leur de ma part que mes affaires et les leurs n'en iront pas moins bien. — L'officier fil une révérence et se retira, l'étonnement peint sur le visage et dans tout son maintien. J'observai curieusement tout cela, et que les principaux de ceux qui étaient à la promenade s'interrogeaient des yeux sans proférer une parole.
< Barbezieux avait eu la survivance de secrétaire d'État dès 1685, qu'il n'avait pas encore dix-buil ans, lorsque son père la fit ôter à Courlenvaux, son alnè, et qu'il en jugea incapable. Ainsi Barbezieux, à la mort de Louvois, 1 avait faite sous lui en apprenti commis prés de six ans, et en avait vingtquatre a sa mort, et cette mort arriva bien juste pour sauver un grand éclat. Louvois était , quand il mourut , tellement perdu, qu'il devait élre arrêté le lendemain et conduit à la Bastille. (Juches en eussent été les suites? c'est ce que sa mort a scellé dans les ténèbres. Mais le fait de celle résolution prise et arrêtée par le roi est certain; je l'ai su depuis par des geus bien informés; mais ce qui demeure sans réplique, c'est que le roi même l'a dit à Chamaillart, lequel me l'a conté. Or, voila ce qui explique, je peuse, ce désinvolte du roi le jour de la mort de ce ministre, qui se trouvait soulagé de l'exécution résolue pour le lendemain et de toutes importunes suites, t
[Mémoire* du duc de Saint-Simon, 1715, p. 34.)