‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 106 sur 120 · JEAN PART · texte numérisé non relu

JEAN PART

la reçus avec uoe lettre très-obligeante du ministre de la marine, ui m'exhortait à mettre mon vaisseau en état d'aller joindre le marquis de Nesmond aux rades de la Rochelle ; j'obéis et ne perdis point de temps à me rendre a ma destination, a

On pense si cette prise était hardie et vaillante, et si elle effaçait glorieusement le souvenir de la captivité de Jean Part et de Forbin, en enlevant le vaisseau qui portait leurs brevets, ce noble trophée si loyalement conquis et si précieusement conservé par les Auglais ; eh bien ! dans une lettre ou Duguay-Trouin rend compte à M. de Pontchartrain des expéditions de sa cam-

Sagne ; on vit que la jalouse rivalité qui aigrissait les ofliciers e la marine du roi eontre les officiers armateurs ou corsaires était telle, qu'un des meilleurs capitaines de Tannée royale, M. de Feuquiéres, homme de cœur et de longue expérience, s'oublia pourtant jusqu'à menacer Duguay-Trouin de lui faire donner la cale, et ce, dans les termes les plus outrageants La raison de cette incroyable brutalité était que Duguay-Trouin, ne voyant à ce vaisseau aucun signe extérieur de commandement, ne l'avait pas salué, le prenant d'ailleurs, à sa marche et a sa construction, pour un corsaire de Bayonne. En vérité, quand on songe a la violence du caractère de Du-

nTrouin, à son courage immodéré, et à cette habitude de et de défis qui lui faisait a chaque instant mettre l'épee a la main, on demeure confondu d'admiration en lisant ces ligne* extraites de la dépêche :

t Cette menace (il parle de la cale), si éloignée de ce que je crois dû à mon caractère, m'aurait fait tomber dans des mouvements qu'on ne peut sans honte refuser à l'honneur, si, toujours rempli de mon devoir, je n'avais, « tout couvert de t cet affront, fait précéder à mon honneur la soumission aux « ordres du roi en recevant de ses ofliciers, et sur ses va»f seaux, tout ce qu'on avait pu me dire de plus outrageant. »

Ce respect à la hiérarchie militaire est-il assez beau de la part d'un homme éprouvé comme l'était Duguay-Trouin ? d'ailleurs au moins aussi capitaine que son agresseur, aussi maître a bord du vaisseau qu'il avait enlevé, lui, à l'ennemi au prix de son sang , que l'était M. de Feuquiéres à bord du vaisseau que lui avait confié le roi ; mais, oo le répète, et on aura occasion de s'y étendre plus au long, le respect pour la discipline, alors et si souvent dédaignée, était tel chez Duguay-Trouin, qu'il put lui donner un pareil empire sur son habituel et terrible emportement.

On ne peut qu'admirer la rare modération de Duguay-Trouin dans cette occasion, et attendre avec impatience le moment où cet intrépide marin pourra par de nouveaux succès noblement venger celle cruelle injure.

Maintenant on doit parler de plusieurs beaux faits d'armes particuliers qui se passèrent cette année : car il n'y eut point, en 1696, d'action générale; tout sa passa en actions détachées.

En Tenant. M. de Nesmood eût pu remporter de grands avantages ; car il avait une escadre composée de six vaisseaux, onze frégates, deux brûlots, et Tordre d'aller attaquer la flotte anglo-hollandaise et trois vaisseaux de guerre qui transportaient six mille hommes de Plymoulh en Catalogne'; mais l'armement de M. de Nesmood n étant pas prêt à temps, cette expédition échoua.

N. de Poutcbartrain, avec beaucoup de bon sens d'ailleurs, donnait seulement avis aux armateurs des occasions où ils pouvaient attaquer les ennemis avec avantage, particulièrement en leur enlevant des convois : mais il les laissait les maîtres de choisir leurs croisières et de n'entreprendre avec leur escadre que ce qu'ils croyaient possible. * Par une mesure assez peu commune et qui prouvait combien les finances étaient obérées, M. de Nesmond eut la permission de faire construire a ses frais trois frégates de treote-six à cinquante canons Les arsenaux du royaume lui fournissaient le bois, le fer, la mâture, la poudre, les canons et les boulets. M. de Nesmond n'avait à payer que la main-d'œuvre, qui lui devait être remboursée sur le cinquième des prises qu'il pourrait faire et qui de droit revenait au roi. M. de Nesmond s'engageait de plus à fournir les vivres des équipages et à payer leur solde selon que le roi la payait ordinairement. Dans le cas où cea fré

gales eussent été enlevées, M de Nesmond était obligé d'en faire construire d'autres aux mêmes conditions, pour continuer et terminer la course.

A la tête de ces frégates, M. de Nesmond fit plusieurs prises considérables, entre autres celles d'un vaisseau anglais, au mois de mai, et d'une flotte anglaise richement chargée, revenant des Indes-Orientales, qu'il enleva presque tout entière, au mois de septembre, après avoir pris deux vaisseaux de guerre qui l'escortaient.

Les ennemis, étant supérieurs en nombre, empêchèrent la flotte de France de tenir la mer et bombardèrent les côtes de

Sainl-Malo sans opérer de grand dommage, malgré la fnfernale qu'ils tentèrent d'engager dans ce dernier port.

Nais pour revenir aux combats particuliers , no des plus beaux de Tannée fut celui que livra M. Ducbatard, avec deux vaisseaux, contre M. l'amiral Russell; ce terrible combat dura vingt-quatre heures, au bout desquelles seulement M. Duchalard, démâte, coulant bas d'eau, consentit a se rendra.

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