CHAPITRE LIX
Pour ne pas interrompre Tordre successif des campagnes de Tourville et de Cbateaurenault depuis la révolution de 1688 jusqu'en 1692, et le récit des différentes actions particulières qui eurent lieu jusqu'en 1696, on a été obligé de suspendre la narration de la vie de Jean Dart que Ton a laissé à Dunkerque, en 1680, faisant un relevé* de tes prises nombreuses et hardies, riant beaucoup des mensonges du vieux Sauret, en effrayant de •es visées guerrières la bonne Nicole, sa femme, qui ue pouvait s'habituer A celle pensée, que leur fils, le peut Cornille, serait aussi corsaire un jour.
Alors âgé de trente ans, simple capitaine câpre, doué, il est vrai, d'une chaîne d'or par le roi, Jean Bart, bien que fort convaincu de l'extrême influence qu'il exerçait sur les armateurs de Dunkerque, était loin de prévoir à quel état de fortune et d'illustration il devait arriver un jour.
Alors toute son ambition, ainsi qu'il le disait lui-même, était de s'amasser, par la course, uoe fortune modeste, mais iodépendante, afin de pouvoir vivre doucement une vieillesse paisible dans la maison de ses pères, allant de temps à autre visiter le presbytère de son digne cousin Nicolas, le vénérable curé de Drinkham, et de mourir enfin satisfait de voir son fils, Cornille Bart, capiuine de corsaire comme l'avaient été ses aïeux.
Malheureusement ponr Jean Bart cette retraite obscure et tranquille, qui devait couronner toute une vie de hasards et de périls sans nombre, cette fin heureuse et oubliée fut un songe. . . et cela parce que le terrible mot de Bossuet: mabchb-'... marche! s'applique surtout avec la plus implacable vérité aux hommes que leur génie place hautement en évidence ; car, une fois hors du niveau de la multitude ignorée, ils cèdent A une force irrésistible ; alors les évéuements, la faveur, l'ambition, le point il honneur l'orgueil des familles et souvent le devoir, les emportent à jamais dans une voie rapide, glorieuse, magnifique, mais toujours ardente et tourmentée... Aussi ces grands hommes, dont l'instinct naïf tendait au repos, meurent-ils presque tous en jetant un regard de regret impuissant et désespéré sur ce dernier horizon de leur vie qu'ils avaient rêvé si pur, si calme et si serein.
Il en fut ainsi de Jean Bart: depuis 1680 jusqu'à l'époque dont il s'agit ici (1696), que de changements daus cette existence qui paraissait pourtant devoir être encore si longtemps, ou plutôt toujours, si uniforme dans sa simplicité, et dont I avenir modeste semblait si prévu... Oo le répète, que de changements!... la femme de Jean Bart, Nicole Gontier, était morte; le vieux Sauret était mort, et 1 herbe poussait déjà sur les degrés de l'antique demeure de Cornille Bart!
Hais aussi le jeune capitaine câpre de 1680 était devenu un des capitaines des vaisseaux du roi les plus comptés et les plus écoutes; il avait commandé plusieurs divisions; il é
de l'ordre de Saint-louis, allait bientôt être chef d'escadre, et. grâce » son nom déjà célèbre, son fils avait été reçu garde de la marine depuis deux ans. Ce n'était pas tout, une héritière, mademoiselle Marie Tugghe, d'une des meilleures familles de Dnnkerque, ayant remplacé la pauvre Nicole, était devenue madame Bart el nabilait avec ton mari, que de nombreuses prises avaient enrichi, une belle, vaste et moderne maison, située dans la rue de Bar et sur le portail de laquelle le fils de maître Cornille aurait pu faire sculpter ses armes; car de réceutes lettres de noblesse venaient de lui conférer ce blason : « Une « porte d'argent à face d'azur chargée d'une fleur de lis d'or de c concession, avec deux ancres de sable posées en sautoir; en . < ebef et en pointe ud lion passant de gueules, a
On va voir d'ailleurs, par 'le récit des actions de Jean Bart, que de telles récompenses lui étaient dues de reste, et quels grands et véritables services il rendit à la France par ses fécondes et intrépides croisières dans les mers du Nord, parages qu'il connaissait mieux que pas un, y ayant, depuis si longtemps, navigué comme matelot, maître ou capitaine ; parages dans lesquels il pouvait surtout faire uu dommage énorme et irréparable au commerce anglais et hollandais, par cela qu'il savait de longue pratique et expérience toutes les époques accoutumées d'arrivage ou de départ des bâtiments marchands, ainsi que les . routes et points de relâche qu'ils avaient l'habitude de tenir.
Mais, avant que d'entrer dans ces détails, il faut parler d'un nouveau compagnon d'armes que le destin de la guerre donna pendant quelque temps a Jean Bart; car, en vérité, tout semble suivre la marche singulière de la fortune de ce dernier. Ainsi, ce ne sera plus avec son brave matelot Gaspard Keyser qu'il courra sur l'ennemi, c'est avec M. Claude Forbin, comte de Janson, aussi capitaine des vaisseaux du roi.
Malgré ce superbe amatelottage, sans doute Jean Bart songea plus d'une fois a son brave et ancien camarade du Canard doré, et les impérieuses jactances de H. de Forbin, quoique toujours vertement et dûment rembarrées par Jean Bart, durent lui faire souvent regretter cette franche et brave fraternité d'armes qui l'unissait à Keyser.
Quelle est la cause de la rupture ou de l'événement qui sépara ces deux amis, ces deux frères, ces deux matelots? On ne •ait; l'histoire est muette sur ce point. A partir de 1688, on ne voit d'autre trace de l'existence de Keyser qu'une prise faite par lui en 1689 ; puis, après, ce nom disparaît tout à fait dans l'oubli ou dans le néant.
Hais venons au nouveau matelot de Jean Bart.
Claude Forbin, comte de Janson, né le 6 août 1656. a Gardanne, près d'Aix, avait alors (rente-huit ans; d'une tort ancienne et bonne maison de Provence, il était le cadet d'une nombreuse famille qui avait peu de biens; son père mourut jeune et au moment de le faire entrer au service : mais madame de Forbin, femme d'une grande et solide piété et qui désirait sincèrement de voir son dernier fils être d'église, s'opposa nettement aux projets posthume* de son mari, et força Claude Forbin de continuer ses éludes.
A peine âgé de quinze ans, ce dernier laissait déjà éclater les terribles emportements de son caractère bouillant et impétueux qui lui causa tant de chagrins cuisants et 1 entraîna dans de si énormes et si irréparables fautes. Oo juge donc de sa colère, de sa rage, quand il se vit conduire chez un prêtre, homme d'une volonté ferme, calme et froide, el résolûmenl décidé de dompter cette espèce de poulain sauvage. Erreur! le prêtre n'y put rien ; raisons, douceur, patience, remontrances, prières, menaces, privations et rigueurs, il employa tout et le tout eu vain. Bref, les choses en vinrent a un point qu'un jour, irrité de l'opiniâtre mauvais vouloir et des insolentes reparties de Forbin, le prêtre, ne se possédant plus, s'oublia jusqu'à le châtier de sa canne... Bire que la canne, arrachée des mains du précepteur, lui fut a l'instant brisée sur le dos, serait superflu ;
Suis Forbin s'écbappa, alla trouver son frère aîné, qui habitait i domaine de Gardaune, el, sur le refus de celui-ci d intercéder auprès de leur mère pour lui faire donner sa légitime et l'autorisation de se faire soldat, Forbin prend deux pièces d'argenterie, se sauve à Marseille, et là veut les vendre afin de se faire
quelques fonds elde s'engager; mais l'orfèvre, reconnaissant . les armes de la maison de Forbin, fait arrêter l'écolier, qui esl| ramenéj:h«.sa mère, mais non pas chez le prêtre, qui ne voulut plus jamais ouïr parler de cet abominable mécréant. Ce fut alors . que Forbin fil ce trait de courage et de sang-froid raconté dans ses biographies. Un chien enragé parcourait, furieux, une rue d'Aix, Forbin se jette au-devant de l'animal, tend son chapeau à la gueule baveuse du chien, et tandis que celui-ci déchire el mord le feutre, Forbin lui plonge au défaut de l'épaule un couteau de chasse qu'il portait sur lui. Cette action, sans doute, étail vaillante et brave, mais annonçait des dispositions très-peu cléricales; une autre aveuture moins honorable pour Forbin : des blessures graves faites a un rival pour la possession de je ne sais
auelle fille de bas étage, obligea de nouveau Forbin de fuir e\ e venir chercher asile a Marseille .- il fut plus heureux cette fois, en cela que son oncle, M. le commandeur de Gardanne, capitaine d'une des galères du roi, se chargea de démontrer évidemment à madame de Forbin que son fils ne devait et ne pouvait jamais faire que le plus détestable serviteur de Dieu, et qu'il devait et pouvait faire, au contraire, un fort honorable serviteur de Sa Majesté en entrant dans Je corps de ses galères. De guerre lasse, madame de Forbin consentit à tout, et son fils s'embarqua sous le nom du chevalier de Forbin. Plus tard, il fit la guerre de Messine, et. à la paix de 1678, il servit sur terre dans une compagnie de mousquetaires, commandée par un autre de ses oncles, M. le bailli de Forbin; mais ce naturel violent et intraitable ne put s'accommoder a la discipline de ce corps, que Louvois voulait rendre sévère et inflexible Aussi Forbin quitta-t-il les mousquetaires, afin de rentrer au service de mer; pour ce faire, il se rend a Toulon, et là, se prenant malheureusement de querelle au jeu avec un autre gentilhomme, M. le chevalier de Gourdon, il l'appelle, et le me en duel. Bien qu'on ne fin plus alors dans le fort des arrêts contre les duels, les parlements ne laissaient guère échapper d'occasions de faire peser leur autorité sur les gens d'épée quand la circonstance s'offrait; aussi s emurent-ils si bien du duel de Forbin, qu'il fut obligé de prendre la fuite, que son procès fut instruit pardevant le parlement d'Aix, et qu'il fut condamné par contumace à avoir la tête tranchée ; il fut heureusement gracié par lettres patentes entérinées au même parlement, et dues a l'intercession de son oncle M. le cardinal de Janson. Il fit ensuite la campagne d'Amérique, sous le comte d'Eslrèes, en 1678, et celle d'Afrique, sous du Quesne, en 1682 et 1683, comme lieutenant de vaisseau ; il servit bravement, mais sans se placer pourtant hors ligne. Après ces campagnes, le roi lui donna le commandement d'une frégate de Rochefort, destinée a porter M. de Torcy, qui s'en allaita Lisbonne complimenter S. M. don Pedro sur son avènement au trône de Portugal.
A son retour, Forbin se trouva un des spectateurs, puis bientôt uu des acteurs de ceUe impudente comédie, si connue d'ailleurs, que les ministres de Louis XIV, aidés du jésuite Letellier, jouèrent devant le grand roi, qui les crut de toutes les forces de son orgueil, si superbement bonasse, et de son hypocrite dévotion : il s'agissait de la prétendue ambassade, envoyée par le roi de Siam, pour rendre hommage à la splendide renommée du roi de France, qui avait percé jusqu'en ces lointains climats.
Or, d'ambassadeurs siamois, il n'y en avait pas ; car l'ambassade et les présents qu'elle apportait au roi de France, tout avait péri dans un naufrage ; mats de ce naufrage deux secrétaires avaient surnagé, telle était la fable : le vrai était que ces secrétaires étaient d effrontés coquins endoctrinés par les ministres ; que l'ambassade n'avait jamais existé, et que toute cette chimère avait été imaginée pour flatter la vanité du maître, qui se prit le mieux du monde à ce glorieux gluau. Quant â la part des jésuites dans celle farce digne de Molière, elle se composait du petit intermède chrétien que voici : « Le roi de Siam, louché de la grâce d'en haut, faisait demander au fils atné de l'Eglise quelques douzaines de jésuites pour l'éclairer dans les mystères de la foi ; » jésuites que Louis XIV dépécha surl'heure, avec une ambassade française. L'ambassade et les jésuites furent assez mal reçus ; car le roi de Siam n'avait envoyé ni am-
bassadeurs, ni demandé de jésuites : mais comme il prit, après tout, celte mission pour un témoignage flatteur de I estime du roi de France pour lui, il finit par la tolérer, mais par ojiasser les jésuites. Forbin dupé comme tous ceux qui prirent part à cette expédition, en revint au bout de deox années, après des traverses sans nombre.
Ce fut donc au retour de ce malencontreux voyage que M. de Forbin trouva la guerre allumée en Europe, et qu'il servit avec Jean Bart.
Au physique, H. de Forbin réunissait toutes les qualités qui distinguent l'homme, de guerre; il avait un fort grand air; il était vif. nerveux, alerte ; sa taille, souple cl dégagée, était élé-
Ïante, et il avait singulièrement réussi dans tous les exercices 'académie; son teint brun, ses sourcils prononcés, son œil noir, fixe et hardi, sa lèvre haute et dédaigneuse, cadraient merveilleusement bien avec la roideur et l'imperturbable audace de son caractère, qui, loin de se modérer, était plus entier que jamais ; a cette impatience naturelle, poussée jusqu'à l'exaspération par la moindre contrariété, s'était joint un sentiment incurable d'envie et de jalouse rivalité contre tous les marins de son temps : eu ifh mol, l'orgueil le plus insultant et le plus effréné pouvait passer pour de la modestie auprès du suprême mépris que H. de Forbin témoignait aux autres officiers du corps de la marine. Ainsi, Tourville était timide, Coetlogonfou.ChaleaureDaultstupide, Cabaret important. Langeron une caillette, Jean Bart un brjuul, dont la grossièreté faisait tout le renom, cl Duguay-Trouin un matelot insolent et ignare ; quant a lui, Forbin, il résumait l'essence de son merveilleux génie par ces mots : « 11 n'y a que Turenne et Forbin • qui aient eu carte blanche en Frauce, » faisant allusion A l'asset grande latitude d'opérations qui lui fut donnée, mais dont il abusa étrangement, ainsi qu'on le verra en son lieu, lors de sa campagne de l'Adriatique.
D'ailleurs, toujours en hostilité ouverte avec les ministres ; cassant, opiniâtre, et vain au dernier poiut de sa naissance, dont il pensait les écraser, il fallut toute la patiente douceur, l'imperturbable égalité d'Ame, ou plutôt l'indifférence méprisante de M de Pontcbarirain aux folies de Forbin, pour qml ne le perdit pas cent fois et sans retour.
Avec cela. N. de Forbin se montrait plein de courage et de résolution ; insouciant, ton taitter-atler dans le danger, si cela peut se dire, était peu croyable, et sa bouillante et souvent aveugle intrépidité lui valut plusieurs beaux et brillauts faits d'armes; il était de plus bon manœuvrier, s'entendait fort à la construction des vaisseaux, et partageait cette répulaliou avec H. le marquis de Langcron.
Quant a ses mœurs, une débauche, vilaine et outrée, lui faisait panser des mois entiers dans r ombre avec la plus crasse et la plus honteuse compagnie. Sa cupidité était monstrueuse ; il aimait fort la chère graude et délicate et jouait avec énormité ; son esprit, s'il n'était pas obscurci par I orgueil ou éteint par ces excès, brillait d'un éclat et d'un feu qu on ne saurait dire, salé, plaisant, moqueur, enjoué, gai jusqu a la folie, mais la plus aimable et la plus divertissante ; on ne se lassait point de l'entendre, cl c'était a mourir de rire lorsqu'il parlait de son vovage de Siam Fort indifferend d'ailleurs a toute sorte de culte, son irréligion et son impiété eussent scandalisé Desbarreaux. En voici un mit : — Pendant une nuit d'horrible tempête, sa fn-gale, démâtée, allait presque couler bas, euvahie par une formidable voie d'eau, que n'affranchissaient plus les pompes, abandonnées par les matelots épouvantés qui, agenouilles sur le pont, invoquajent tous les saints du paradis ; ce voyant. Forbin les chargea l'epée A la main et leur cria : > Sainte « pompe ! f... maniez sainte pompe... il n'y a qu'elle qui puisse « vous sauver, misérables I » Or, il fut écoute, et il faut avouer qu'en effet sainte pompe, vigoureusement maniée, sauva l'équi-
PaRe-
Quand on se représente ce gentilhomme corrompu, dédaigneux et brelandier, toujours sur la hanche, mais d'ailleurs plein d'audace et brave marin , mis en contraste avec Jean Bart. simple, ordonné, et vivant en bourgeois paisible au milieu de sa famille après une course ou une croisière, malgré soi,
l'esprit se plaît dans les mille suppositions que dut faire naître le rapprochement fortuit de ces deux caractères si distinct».
Malheureusement les documents contemporains sont muets sur les relations qui existèrent entre ces deux marins, A la réserve d'une scèue énergique , mais fort brièvement racontée dans une lettre de H. Boursin A M. de Valiocourt.
D'après cette lettre, en arrivant A Dunkerque, Forbin, avec sa suffisance et sa hauteur connues, avait commencé de prendre des airs fort sarcasliquet avec Jean Bart (ceci se passait en i 168K, avant leur première course) ; puis, encouragé par l'insouciance du corsaire, qui, fort de sa force et de sa conscience, avait peu remarqué les insolences déguisées de son nouveau compagnon de course, qui ne voulait rien brusquer pour t'a- . muter de tour», ainsi qu'il appelait Jean Bart, Forbin poussa les choses A un tel point, que M. Patoulet, intendant de la marine de Dunkerque et singulièrement des amis et des admirateurs de Jean Bart, lui ouvrit les yeux et le mit sur tes gardes.
Une fois prévenu, Jean Bart-, qui avait beaucoup de bon sens et une grande finesse naturelle dans l'esprit, attendit son chevalier A sa première impertinence; bien que gazée et fort entortillée, elle ne se fit pas attendre, et un groupe assez nombreux d'officiers en furent témoins.
Alors Jean Bart s'approcha de Forbin , en balançant un peu ses larges épaules, selon son habitude ; puis, 6lant sa pipe de sa bouche et secouant son fourneau vide sur son ongle afin de remplacer le tabac qu'il venait de fumer, le corsaire dit a Forbin, tout en chargeant nonchalamment sa pipe : — Sainte- Croix ! vous avez de l'esprit, monsieur, et moi je ne suis qu'un sol.
— Ahl monsieur Bart t.. . ah! — dit Forbin en ricanant et en saluant avec une humilité bouffonne.
Jean Bart, chargeant toujours sa pipe, ajouta : — Eh bien ! tout sot que je suis, je vais vous apprendre une chose, moi, monsieur.
— Avec vos conseils et vos leçons, monsieur Bart, je dirai certainement comme la devise de ce pauvre Fouquet... Ou n'aiteindrai-je pat!...
Jean Bart u'eut pas l'air d'entendre ce sarcasme, mais, ayant fini de charger sa pipe, il prit tranquillement son briquet, et en frappant la pierre il reprit avec un flegme qui démontait Forbin :
— Voyez-vous, monsieur , nous autres pauvres marins de Dunkerque, nous ne connaissons qne deux allures : ou raar-" cher ensemble et de conserve, comme de bons matelots... ou se voir franchement A contre-bord... N'entendez-vous?
— A contre-bord I .. . peste I mais voilà qui est merveilleusement neplunien et délicieusement marinier... monsieur Bart!
— Autrement dit, répliqua Jean Bart avec la même insouciance, en exhalant de sa pipe allumée deux ou trois énormes bouffées de Ubac qui semblèrent scinder ses paroles ; autrement dit... être amis ou ennemis... se donner la main ou se f... franchement un coup de sabre... M'entendez-vous?
— Parfaitement, monsieur Bart, dit fièrement Forbin, parfaitement, c'est une langue que l'on parle aussi bravement en Levant qu'en Ponant..., croyez-moi...
— Je vous crois, monsieur, et c'est pour cela que vous m'allez dire ici, sur l'heure et en homme d'honueur, ce que vous voulez que nous soyons : amis ou ennemis, et que ça finisse vite et tut, parce que, voyes-vous, « je n'ai pas le temps, moi, « de m amuser toute la journée A chercher les puces A vos « paroles. » (llist.)
A celte vulgaire mais spirituelle et franche boutade, Forbin fil un mouvement qui trahissait la violence de son naturel ; car un homme de ce caractère et de cette bravoure devait cruellement souffrir de refuser un défi ; pourtant il se contint, et, soit qu'il suivit une noble impulsion, soit qu'il réfléchit à ce que sa conduite avait eu jusque-là de tortueux et de peu loyal, en cela qu'au lieu de persifler Jean Bart A mots couverts, il aurait dû au moins l'attaquer en face, attaque que rien au monde d'ailleurs ne pouvait justifier , et dont il aurait supporté tout l'odieux, Forbin dit en lui tendant la main : — Je veux être votre ami et votre matelot, monsieur Bart, et, si vous le voulez
bien, j'en serai glorieux ; enfin, si mes paroles tous on» offensé, je les désavoue...
— Touchez donc là, monsieur..., voilà qui est fait, n'en parlons plus, dit Jean Bart en serrant avec cordialité la main que Forbin lui offrait. Puis il ajouta : — One fois tous deux on baute mer..., vous verrez que le fils de mon père sait ce que c'est que d'être bon matelot.
Malgré cette réconciliation, sincère du coté de Jean Bart, Forbin ne laissa pas, ainsi qu'on le voit dans ses Hémoires, d'attaquer Jean Bart autaut qu'il le put.
Mais, malgré ces incriminations, il n'en demeure pas moins avéré qoe. dans leur» croisières et dans la hiérarchie morale des marins de ce siècle, si cela se peut dire, Jean Bart domioa toujours Forbin de cette immense hauteur qui séparera toujours l'officier brave, chaleureux, mais sans large portée, du tacticien créateur et original, ayant un système a lui, un mode de marche, d'attaque et de retraite à lui, de l'homme de génie inventif, en un mot, qui sait et peut imprimer à sa manœuvre un caractère unique, saillant et tont particulier; or, ainsi qu'on le verra en son lieu, tel était Jean Bart.
Car ce fut a la demande incessante et malheureusement trop longtemps négligée de Jean Bart, que M. de Pontebarlrain se décida de former une division de course composée de frégates légères d'une marche supérieure , armées d'un équipage nombreux et aguerri , et destinées a ruiner le commerce des Hollandais et des Anglais. Ce fut, en un mot, sur les mémoires fournis par Jean Bart au sujet de ces armements, que les instructions des capitaines furent basées et les points de croisière déterminés: et on verra bientôt, par le relevé des prises et des rançons, quel» furent les prodigieux résultats de cette combinaison stralégiqfle.
Certes, celte course de corsaire paraît moins imposante que l'ample et magnifique évolution de Tourville, qui, donnant l'ordre du combat, développe avec un calme prolond la ligue ou la courbe immense de sa grande armée navale, et plie ou étend d'un signe les aile* puissantes de ce Leviathan, pour étreindre l'ennemi de leur envergure de feu.
Mais s'il fallait être Tourville pour animer, pour donner le mouvement et la vie à ce majestueux corps qu'on appelle une flotte de guerre, il fallait aussi être Jean Bart, Jean Bart, le sublime corsaire, pour avoir conçu cette division de course, cette création à la fois une et complexe, hardie, alerte, vigilante, insaisissable, acharnée, harcelant sans cesse l'ennemi et lui échappant toujours par la vitesse de sa marche, l'intrépidité de sa manœuvre, et sa connaissance prodigieuse des courants^ des marées et des bancs; tantôt se séparant en atomes ardents qui, glissant et se croisant sur les mers, surprenaient et entraînaient les convois marchant isolés; ou bien, enfin, se fondaient en un seul corps, uni, serré, sorte de terrible et foudroyant météore qui, traversant de haute lutte les plus nombreuses escadres avec le fracas'et la rapidité du tonnerre, comme lui ne laissait, après qu'il avait passé... que ruine, débris et vapeur de soufre fumant sur les flots...
On le répète, cette gloire, cette création fut celle de Jean Bart, et, par cette pensée qui fut si féconde, il s'élève et se place a côté des plus belles et des plus mates intelligences de son temps.
C'est peut-être ici l'heure d'éclaircir ce fait jusqu'à présent fort controversé : Jean Bart savait-il lire et écrire? Sil peut rester quelque doute sur la première question, il n'en reste évidemment aucun sur la seconde.
Nul des documents originaux, dépêches, mémoires ou lettres de Jean Bart, déposés aux différentes archives de France, ne porte d'autres vestiges de son écriture q'ue sa signature au bas de ces pièces ; signature informe, illisible et nécessairement tracée de routine et à grand'peine, ainsi que le démontre le fac-similé que l'on en donne.
Il demeure donc avéré que le secrétaire de Jean Bart, son fils ou l'écrivain du vaisseau qu'il montait, rédigeait ordinairement ses dépêches d'après ses instructions, et que Jean Bart se ' ontentatt de les signer. Une autre preuve de ce qu'on avance
ici, preuve bien secondaire, mais dont on pourra facilement s'assurer, c'est que la manière de ses dépêches n'est presque jamais la même, et qu'on n'y trouve pas celte homogénéité, celte unité si facile à surprendre même dans les style» Tes plus pâles et les plus vulgaires.
On va maintenant relater les différents combats de Jean Bart depuis 1680 jusqu'à l'époque dont il s'agit ici, 1696.
On a vu en son lieu qu'à la suite d'une conversation assez animée avec M. le maréchal d'Estrades, peu de temps avant le voyage du roi à Dunkerque, Jean Bart avait nettement annoncé qu il servirait dans I» marine militaire si on lui donnait le commandement d'une frégate, d'une flûte ou même d'un brûlot ; mais qu'il n'entendait pas navi uer comme second à bord d'un oavire de guerre, préférant de beaucoup demeurer capitaine de corsaire.
Eclairé par les mémoires d'Hubert, intendant de la marine à Dunkerque, Colhert comprit trop bien tout le parti qu'il pourrait tirer de Jean Bart, pour ne pas accéder à sa demande ; aussi l'année suivante, 1681 , lui fit-il dun n e r le commandement de deux frégates, l'une de trente et l'autre de dix-huit canons, pour courir sur les pirates de Salé.
Jean Bart n'était pourtant alors que lieutenant de vaisseau, et il est l'unique officier de ce grade qui, à cette époque, ait été chargé d'une telle mission.
Jean Bart partit donc de Dunkerque le 17 avril 1681, et rencontra le 30 juin, vers les côtes de Portugal, deux pirates saletins de vingt et vingt-quatre pièces de canon ; il les chassa aussitôt; mais l'un, ralliant une escadre anglaise, alla se mettre sous la protection de ce pavillon, tandis que l'autre fit toutes voiles vers les côtes d'Algarve; Jean Bart le poursuivit en le canonnant et le força de s'échouer. Ce salelio était monté par cent trois Maures, qui gagnèrent la terre et furent pris par les habitants et gardés esclaves. Jean Bart les euvoya réclamer comme forçats destinés aux galères du roi; mais il lui fat répondu qu'on ne pouvait les lui rendre que sur un ordre du prince régent. Jean Bart dépécha alors à Lisbonne son lieutenant, qui, après une conférence avec M. d'Oppède, ambassadeur de France dans cette résidence, obtint tes ordres nécessaires pour faire amener les Maures à Lisbonne, où Jean Bart les vint prendre. H y avait parmi eux le fils du gouverneur de Salé et douze de leurs plus considérables habitants, dont on tira de grosses rançons. Après une croisière d'un an dans la Méditerranée, qui n'eut d autre résultat, Jean Bart revint à Dunkerque. Pendant quatre ans il recommença de naviguer au commerce, explorant, pour le compte de ses armateurs, la Baltique et la Manche. Ce .fui en 1686, le 14 d'août, qu'il fut nommé capitaine de frégate légère, et qu'il partit pour servir dans la Méditerranée avec M. d'Amblimont. Enfin, il revint à Dunkerque vers la fin de 1687, et n'y resta pas longtemps inoccupé.
La guerre étant imminente avec l'Angleterre, des le mois de septembre 1688 Seignelay écrivait à l'intendant de Dunkerque :
« Le roi m'ayant ordonné, pour donner l'exemple dans celte occasion, de faire armer en course pour mon compte au commencement de cette guerre, nous voulons armer, M. Louvois et moi conjointement, un vaisseau à Dunkerque. et f ai dessein d'en armer un autre avec M. de Croissy. Je suis bien aise de vous le mander de bonne heure, afin que vous choisissiez les deux meilleurs. Faites-moi savoir aussi qui vous estimerez plus capable de commander ces bâtiments. »
(Bibl. roy. -Mu. Colbert, 1688.)
L'intendant répondit nécessairement que personne ne pouvait mieux que Jean Bart être chargé de cette mission ; aussi un procès-verbal de prise (Arch. du roy., £. 1688, aix dern. mois), du 26 octobre, annonce-t-il, un mois après, que Seignelay et Louvois avaient parfaitement placé leur confiance et leur argent; en un mot, Jean Bart, commandant la Railleuse, frégate de trente canons, avait pris, après un long combat, la flûte hollandaise U Cheval-Marin, bieu que la guerre ne fût pas encore déclarée à cette république ; car une particularité de celte prise, c'est qu'elle fut adjugée comme si la paix eût été
rompue avec les Etala-Généraux, le procès-verbal portant ce qui suit :
« Sa Majesté aurait ordonné que lesdites procédures seraient distribuées â chacun de&dits commissaires par elle nommés, par arrêt du conseil du 20 octobre deruier, pour, à leur rapport,
Îétre Tait droit conformément a l'ordonnance de la marine e 1681 , et lesdites prises adjugées- « en cas que les vaisseaux
* appartinssent a des Hollandais, de même que s'il y avait eu t une déclaration de guerre faite, de la part de Sa Majesté, i aux Etals Généraux des Proviuces-Unies avec les formalités « ordinaires. *
Ce fut dans ce combat que le fils de Jean Bart, François-Cornille Bart, alors âgé d'environ douze ans, et qui naviguait avec son père depuis deux années, vit le feu pour la première fois.
L'engagement fut court, mais terrible.
Ce jour-là, selon sa coutume, Jean Bart était à l'arrière, proche la barre du gouvernail, qu'il prenait souvent, et la attendait le moment d'ordonner l'aburdage.
A ces côtés, le corsaire avait son fils.
La flûte hollandaise, armée en guerre, portait vingt-quatre canons en batterie. Préjugeant que Jean Bart la voulait aborder, elle ménagea son feu ; et, par une manœuvre rapide, après avoir feint un instant d'attendre ta Railleuse en restant en panne, elle lui envoya toute sa volée, et fit servir aussitôt vent arrière...
L'effet de cette bordée, qui prolongea la frégate de Jean Dart de l'avant a l'arrière, fat fatal : onze hommes tombèrent morts ou blessés, et un boulet vint eu ricochant se loger dans les caissons du couronnement, proche duquel étaient Jean Bart et son fils.
Ce pauvre enfant, en entendant siffler cet ouragan de fer, pâlit... comme en 1666 son père avait aussi pâli, lors de son premier combat sous Ruyter... puis, cèdapt a l'instinct involontaire de la conservation, l'enfant fit un pas comme pour fuir.
Jean Bart, qui le couvait d'un œil ardent... le vit... le saisit par le bras, et lui dit en riant :
— Ce sont les dragées de ton baptême de corsaire, mon petit Cornille. Ne te baisse pas pour les ramasser... il s'en trouvera d'autres...
L'enfant le regarda sans le voir ; sa vue était troublée, son teint blafard ; une sueur froide collait ses longs cheveux blonds à ses tempes, et ses genoux fléchissaient en se choquant...
Comme autrefois Sauret, Jean Bart eut aussi peur pour son fils, et pourtant la terreur de cet enfant était concevable : deux matelots mutilés étaient la gémissant a ses pieds .. et le troisième ne gémissait plus...
— Je te dis que ça n'est rien, mon petit Cornille, reprit Jean Bart en embrassant son (ils avec tendresse et le faisant asseoir prés de lui sur le banc de quart ; je te dis que ça n'est rien : ça n'attrape que des couards... et comme te n as pas peur ni moi non plus, ça ne oous regarde pas.
A ce moment, Peter Mail, le lieutenant de Jean Bart, lui vint demander s'il fallait tirer; car la hollandaise, ayant viré, revenait sur ta Railleuse serrant le vent.
— Non^ainte-croix! non... qu'on soit paré pour l'abordage ; et, en attendant, ronge encore un peu ton feu, vieux Mail, attends ees buveurs de bière bord a bord, et, une fois la, envoie-leur ça mais de près, a la dunkerquoise : « que la bourre
• ferme le trou de la balle et lui serve d'emplâtre... » n'estce pas, mon brave petit Cornille ? ajouta Jean Bart en serrant dans ses mains les mains glacées de son fils toujours
A ce moment, la hollandaise, se trouvant à demi-portée de canon de ta Railleuse, dévia un peu de sa lipe, et une nouvelle bordée de fer vint rugir dans les apparaux de la frégate, fit peu de dommage, mais emporta un second maître timonier qui assurait la drisse de pavillon du bâton de poupe.
Cornill Bart ne put surmonter sa terreur; il se jeta sur le pont, en s'écriant :
— Grâce, mon pèrel j'ai peur... je suis perdu I...
A cet accent nerveux, profond et insurmontable de l'effroi
poussé jusqu'au dernier paroxysme. Jean Bart jeta un terrible et déchirant regard sur son enfant. En une seconde, mille idées contraires, furieuses, navrantes, désespérées, passèrent sur son large front comme des nuées d'ouragan... mais il fallait
agir...
Pendant que le malheureux enfant se cachait aux pieds de Jean Bart, sa frégate allait aborder l'ennemi, et son équipage l'observait en silence... Jean Bart prit alors un épouvantable parti : saisissant un bout de manœuvre et se faisant aider par Peter Hall, il releva son fils, et l'attacha au mât d'artimon... droit, debout, faisant face â l'avant; puis, sautant snr le couronnement, il commanda: — Feu!... feu I... partout I...
La volée de la Railleuse partit à longueur de refouloir...
— Aborde! cria alors Bart d'une voix tonnante ; et, au même instant, repoussant le timonier, il lui prit la barre, la mit toute dessous ; et, tournant la tête vers son fils, placé et attaché derrière lui, il jeta ses yeux sur lui avec une indicible expression d'angoisse et de honte...
liais quelle fut sa gloire! son enfant était encore pile... mais il redressait fièrement sa tête, et son air fixe et hardi changea le regard d'abord si douloureux de son père en un regara de triomphe.
Le point' d'honneur, la bravoure née, nn moment abattus par le cri de la conservation, avaient repris bientôt leur noble niveau.
En l'analysant de sang-froid, la résolution que prit Jean Bart dans cette occurrence semble â la fois folle, effrayante, sublime, et surtout empreinte de ce sauvage orgueil, de ce féroce amourpropre de l'homme brave qui aime mieux voir son fils mort que tache. Mais si l'on songe a la nature intrépide de Jean Bart, à sou religieux respect pour le nom qu'il portait, à ses idées sur la bravoure, à ce qu'il devait éprouver enfin en voyant son fils faillir ainsi a la vue de tout son équipage, en face de l'ennemi, on comprendra facilement qu'il ait pu et osé donnera son firs une aussi terrible leçon, leçon qui fut d'ailleurs suivie de la plus longue et la plus noble carrière militaire, ainsi qu'on le verra en son lieu.
Cette parenthèse épuisée, revenons aux autres combats de Jean l'ut.
Son nom, déjà si retentissant, devait acquérir bientôt un nouvel éclat. Son intrépidité, son expérience, et surtout sa décision si nette et si rapide, étaient telles, que, s'il s'agissait d'une entreprise hasardeuse et téméraire, mais dont la réussite importait extrêmement, on s'adressait aussitôt â lui. La dépêche suivante de Seignelay en est une preuve évidente :
Six vaisseaux anglais et six frégates hollandaises croisaient dans la Manche, i la hauteur de Plymouth. il fallait, malgré ces forces, transporter de Calais à Brest trente mille livres de
fioudre et autant de mèches et de plomb. Le danger habituel de a guerre se compliquait donc de celui de se battre, pour ainsi dire, sur un volcan... de faire feu sur l'ennemi ayant trente mille livres de poudre sous les pieds, et de traverser, avec ce formidable chargement, deux escadres d'une force si disproportionnée; ce n était pas tout, il fallait encore combatire sur la route les corsaires ou les bâtiments isolés que l'on pourrait rencontrer et les enlever. Qui charge-l-on de celte mission? Jean Bart seulement, ainsi qu'on va le voir. Seignelay écrit au sieur Bart * qu'il y a à la hauteur de Plymouth six frégates « hollandaises commandées par le vice-amiral Yander-Putten, « el qu'il doit y avoir aussi six vaisseaux dans la Manche, afin < qu'il les évite ou qu'il les enlioe. » Voici cette dépêche, du t2 février.
Elle est de Seignelay â M. Patoulel, intendant de Bunkerqoe : « Je vous ai écrit en diligence, le 7 de ce mois, d'armer la frégate ta Railleuse, sous le commandement du sieur Bart, pour passer promptemeni a Brest les trente milliers de poudre qui sont a Calais, avec les trente milliers de plomb et de mèches. Il faut que vous joigniez a cette frégate ta Serpente, commandée par M. le chevalier deForbin. Ces deux bâtiments prendront les munitions ci dessus et se rendront ensuite au Uarre pour em-
barquer celles que M. de Louvigny leur donner». J'écris au sieur Bart « qu'il y a a la hauteur de Plymouth six frégates holi landaises, commandées par le vice-amiral Vander-Putlen . et « qu'il doit y avoir aussi six vaisseaux anglais dans la Manche, « afin qu'il les évite. » Sa Majesté désire néanmoins qu'il donne chasse aux corsaires hollandais qui sont en grand nombre sur les côtes de .France, et qu'il fasse en sorte d'en enlever quelques-uns. • (B'M. rov. — Mu.)
Jean Bart etForbin partirent, et manœuvrèrent si habilement, qu'ils arrivèrent au Havre après avoir pris sur leur route deux bâtiments : Forbin, le Roi David, navire espagnol, charge de bois rouge, le 25 avril; et le même jour, Jean Bart, à la hauteur de Newport, un bâtiment espagnol de quatre cents tonneaux, nommé f Union, chargé de poudre d'or, sacs d'argent «poivre. . . ,
Une fois arrivé au Havre, Jean Bart proposa a Seignelay un
Srojet de campagne destiné a ruiner le commerce des Hoflanais dans le Nord. Ce plan était basé, ainsi qu'on l'a dit, sur U connaissance pratique que Jean Bart avait de cette navigation et des arrivages des bâtiments de commerce; mais Seignelay n'y consentit pas, et préféra d'employer Jean Bart ft faire ja course contre les Anglais et pour son propre compte, â lui Seignelay. Ce fut un grave malheur sans doute ; et I intérêt public it cette fois encore sacrifié â la cupidité particulière. La dépêche de Seignelay, du 9 mai 4687, porte ce qui suit :
c J'ai examiné la proposition que fait le sieur Bart, par le < mémoire que vous avez apostille, pour détruire le commerce « des Hollandais dans le Nord et dans la mer Baltique ; » mais, comme les quatre vaisseaux que vous estimez devoir être armés pour y réussir sont destinés pour servir dans le corps d'armée, et que la dépense d'un armement tel que celui-là serait trop considérable, je ne juge pas â présent devoir suivre cette pensée ; et ce qui me détermine encore plus â prendre ce parti, ce sont les apparences presque certaines d'une rupture prochaine avec les Anglais, contre lesquels il y aura des choses
5 lus utiles â faire. Dans celte vue. j'ai résolu de preudre aux eux tiers 11) pour mon compte la frégate la RaiUeuie, commandée par le sieur Bart, et la Jeux, par le chevalier Forbin, le bâtiment pris sur les Espagnols et la petite frégate que vous avez fait bâtir celte année. Je payerai la dépense de l'armement des Jeux et de la Railleuse du jour qu'elles auront commencé de courir sur les Anglais. Le succès de cette course dépendant de la diligence et de pouvoir être en mer au moment où la déclaration de guerre devient publique, et auparavant que les vaisseaux qui naviguent puissent en être avertis, il ne faut perdre aucun moment â exécuter les ordres que je vous donne. Je vous laisse le tien (2) de cet armement et vous permets d'en disposer Vous pouvez faire payer par le commis du trésorier des fonds des avances â faire par moi, et je les ferai remettre aussitôt que vous m'en aurez envoyé l'état.
« SEKHEUT. »
Soit que Jean Bart et Forbin eussent réclamé contre cette volonté de Seignelay, qui les mettait, pour ainsi dire, à ses gages, soit que le roi eût préféré de leur donner une mission plus importante, ces deux capitaines furent chargés de convoyer jusqu'à Brest quatre bâtiments marchands.
Ils partirent donc du Havre le 20 mai. Etant le 22 dans la Manche, par le travers des Casquettes, ils rencontrèrent deux vaisseaux anglais, l'un de quarante-deux, l'autre de quarantehuii canons.
Jean Bart, commandant l'escorte, se décida aussitôt au combat, afin d'occupée l'ennemi pendant que les bâtiments qu'il convoyait s'échapperaient ; il se chargea du vaisseau de quarante-huit et ordonna au comte de Forbin de se joindre â lui, pendant que trois des navires marchands des mieux armés allait) Une pntieuUrHI UMi eu ri ente, c'est que, sur le texte de la dépêche «criM par un lecnHairç, il y avait d'abord motiU d« l'armement, et que Sei-
queraient l'autre navire anglais. Puis Jean Bart, sans tirer un coup de canon, laissa porter en plein sur l'anglais, afin de l'aborder; mais â ce moment le vent ayant malheureusement calmé lui lit faire un faux abordage, pendant que son lieutenant et une partie de son équipage se sauvaient lâchement dans une chaloupe qu'il avait mise â la traîne. Le chevalier de Forbin fut plus heureux : il aborda l'anglais i tribord et l'attaqua vivement. Saus douie que le plan de Jean Bart eut parfaitement réussi sans la défection 'de son équipage et si les trois navires marchands ne s'étaient pas enfuis au lieu d'attaquer l'autre anglais.
De la sorte.ee vaisseau se trouvant sans combattants vint ranger â longueur de refouloir les frégates de Bart et de Forbin, qui canonnaient l'autre escorte. Malgré le petit nombre de son équipage, Jean Bart, laissant Forbin, prêta bravement le travers i ce nouvel assaillant. Le combat fut terrible, et après deux heures de feu, Jean Bart et Forbin étant blessés, leurs frégates rasées, et cent quarante hommes de leurs équipages tués ou blessés, ils se rendirent.
Les Anglais perdirent tant de monde et surtout d'officiers dans cette action, que ce fut le bosseman du vaisseau de quarante-huit qui en prit le commandement vers le milieu du combat. Ce contre-maître, nommé Robert Small, fut fait capitaine de frégate par le roi Guillaume en récompense de ce beau combat.
Les vaisseaux marchands furent sauvés et arrivèrent â la Rochelle ; mais Jean Bart, Forbin et leurs frégates désemparées furent conduits prisonniers de guerre â Plymouth et enfermés dans un château fort qui donnait sur le bora de la mer.
Jean Bart avait été peu grièvement blessé ; Forbin I avait été davantage; au bout de onze jours de captivité le hasard le plus surprenant les vint délivrer. Un cousin de Jean Bart, Gaspard Bart, qui commandait un bâtiment de commerce hollandais, fut tellement désemparé par un coup de vent dans la Manche, qu'il fut obligé de relâcher â Plymouth; lâ, apprenant que Jean Bart était prisonnier, il demanda et obtint facilement la permission de l'aller voir < après trois visites de Gaspard Bart, un plai d'évasion était arrêté ; un chirurgien français, qui pansait Bart et Forbin, fut mis dans le serret, et quelque argent gagna deux mousses anglais qui serraient les prisonniers et les engagea â fuir avec eux. Au moyen d'une lime que Gaspard lui procura, Jean Bart scia les barreaux de la fenêtre de sa prison, et, vingtdeux jours après leur fatal combat, les mousses vinrent avertir Jean Bart qu'ayant trouvé un batelier ivre étendu dans sou embarcation, ils avaient transporté l'ivrogne dans une autre et conduit son canot â l'abri d'une anse ignorée.
, trouvant uns douta l'affair* de meilleure en i 'et écrivit Ut dtnx titn à II place de U moitit.
de»
Le chirurgien, qui pouvait sortir par la nature de ses fonctions, fut chargé de faire porter des vivres, un compas, une boussole et des armes dans l'embarcation ; et le 12 juin, â minuit, par une nuit obscure et orageuse, Jean Bart, Forbin, le chirurgien et les deux mousses ayant détaché les barreaux de la prison, descendirent au moyen "de leurs draps, allèrent joindre le canot et s'y embarquèrent. Au sortir de la rade, un bâtiment stationnait les héla et les arraisonna ; Jean Bart, qui parlait parfaitement anglais, répondit qu'ils étaient pécheurs... et, après quelques minutes, il prit le large.
La nuit était orageuse, le vent violent, et il fallait traverser toute la largeur de la Manchetdans un canot, saus pont, sans voile et â 1 aviron; Forbin, étant encore souffrant de ses blessures, se mit â la barre, et Jean Bart et le chirurgien, relayés par les deux mousses, se chargèrent de nager.
Heureusement, le vent se calma quelques heures après leur départ, et les évadés arrivèrent enfin sur les côtes de Normandie, â un lieu nommé Harqui, â six lieues de Saint-Malo, deux jours et une nuit après leur départ de Plymouth.
On commençait en France â avoir une telle opinion de Jean Bart, qu'on voit par une lettre de Seignelay, du 4 juin 1689, que, ignorant encore l'évasion de Jean Bart, il s'occupait activement de l'échange de ce brave capitaine.
o J'ai reçu avec votre lettre, du S de ce mois, le rôle des prinniers anglais qui sont â Dunkerque. J'écris A M. de Louvi-
Ey de travailler de concert avec vous a l'échange des sieurs rt et chevalier Forbin, mais surtout do sieur Bart, et il foui que vous vous entendiez avec lui sur ce sujet. Je lui marque qu'il peut foire offrir deux commis de la douane d'Angleterre qui ont élé amenés 1 Dieppe ces jours passés, et, si cela ne peut réussir. Sa Majesté pourra donner un capitaine, de navire de guerre hollandais Comme Sa Majesté a été informée que les matelots de ces équipages qui sont revenus en France ont aban donné Tes frégates dans la chaleur du combat, elle a résolu de leur foire foire leur procès, et surtout aux officiers mariniers. »
Et dans une autre lettre, du 26 juin, Seiguelay ajoute :
« J'ai vu ce que vous m'avez écrit sur le rapport que le sieur Bart vous a fait de la conduite du sieur de Guermont, son lieutenant, et des gens de son équipage qui se sont sauvés dans des chaloupes. Quoique le sieur Bart décharge ces derniers, il ne faut pas laisser de les faire arrêter. Quant au sieur de Guermont, tl fout que vous m'envoyiez une déclaration du sieur Bart. sur laquelle Sa Majesté puisse connattre en quoi cet officier a manqué, afin de le foire châtier comme il le mérite. »
Ce fut A la suite de cette évasion , le 25 juin 1689, que Jean Bart et Forbin furent faits capitaines de vaisseau.
Peu de temps après l'évasion de Jean Bart, le 18 septembre de celte année, Seignelay écrivait à Dunkerque, avec une singulière naïveté d'intérêt :
s Le temps que les vaisseaux hollandais qui sont employés au commerce du Nord et qui ont élé a Archangel et dans la Baltique retournent dans les ports approche, et comme la plupart sont richement chargés, j estimerais fort avantageux d'armer un vaisseau tel q>ie f Alcyon, le Capricieux ou (Opiniâtre, pour le joindre a quelques-unes des (régates qui font (a course
tiour mon compte et renvoyer dans les endroits que les Holandais ont accoutumé de reconnaître, pour y croiser, ne doutant pas qu'ils y lassent beaucoup de prises. Examinez cette
fiensee avec le sieur Bart. et, s'il la trouve bonne, travaillez à 'armement de celui qui pourra être le plus tôt prêt. »
Le sieur Bart trouva la pensée Ixhtne, et si bonne, que le procès-verbal des prises (du 23 mars 1690) porte que, « le 19 décembre 1689, commandant les frégates F Alcyon, le Capricieux et (Opiniâtre, étaul ledit jour vers le Dogher-Banc, par le travers du Texel, il prit une flûte, le Saint-Antoine et la Rose-Marine, galiote chargée de soldats venant de Danemark et allant en Ecosse au service du prince d'Orange ; que les 23, 24 et 25 du même mois de décembre, étant encore sur le Dooher- Banc. il prit trois dogres hollandais ; te Maxter-Mutkn, le Hibou de Ut mer, le Dursant; qu'il a rançonnés l'un pour 1 ,600, l'autre
Eour 1,200, et le troisième pour 1,000 florins, argent de Holmde, et qu'ensuite il a pris un autre dogre, le Burt, chargé de planches et de morues. >
Le 14 de cette même année, Jean Bart s'était remarié, ainsi qu'il a été dit, i mademoiselle Marie Tugghe, fille d'un avocat au parlement, et d'une des meilleures familles de Dunkerque.
En 1690, commandant F Alcyon. Jean Bart fil la campagne de la Manche sous t.hateaurenault, et aussitôt après la rentrée de la flotte dans les ports, après avoir embrassé sa fille Jeanne- Marie, née le 9 juillet 1690, il se remit en mer le 3 août, et prit, le 3 septembre, commandant t Alcyon, A cinquante lieues au large des Sorlingues, un vaisseau portugais, nommé la Notre- Dame-de-ta-Conception, après cinq heures de chasse.
Le 17 du même mois, toujours avec t Alcyon, ainsi que porte l'extrait suivant emprunté aux archives du royaume; « il prit, proche du Dogher-Banc, un bâtiment hollandais, nomme 2e Coq, venant de Moscovie, qu'il rançonna pour la somme de 5,000 livres. Le même jour il prit uu bâtiment anglais nommé la Résolution, qui venait de Hambourg, chargé de bois, qu'il mit A rançon pour la somme de 250 livres sterling. Enfin les 18 et 19. étant A une lieue de l'Ile de Legligoland, il prit deux vaisseaux de Hambourg, nommés f Abraham et le Roi-Salomon, qui venaient de la pêche de la baleine, et traita avec les maîtres,
A raison de 21.000 livres pour t Abraham, et de 18,000 livres pour le Roi-Salomon Le même jour et le 20, il prit encore quatre vaisseaux ham-
bourgeois, qu'il rançonna de la sorte : Le Soleil pour la somme de 7,000 livres ; Le Roi-David pour 12.000 livres; Le Patriarche pour 12 000 livres; L' Espérance pour 9,500.
Le 24. il prit encore quatre vaisseaux bambourgeois venant de la pêche de la baleine; leurs rançons furent réparties ainsi qu'il suit :
L'Ours-Rlanc pour la somme de 12,000 livres; La Mouche Dorée pour 12.000 livres; Le Vrai-Héros pour 3,000 livres ; La Concorde pour 12,000 livres.
Le procès-verbal cité se termine de la sorte, et prouve le peu de part qu'avait Jean Bart A ces prises :
« Sa Majesté a confirmé et confirme ledit jugement du 6 novembre 1690, et, ce faisant, a confisqué à son profit lesdites douze rançons desdits bâtiments, et, en conséquence, ordonne que la somme de 131,250 livres A laquelle elles se montent sera remise, si fait n'a élé, au commis ou trésorier de la marine du port de Dunkerque, pour être employée, ainsi qu'il lui sera ordonné, A la reserve du dixième appartenant au sieur comte de Toulouse, amiral de France. »
Signé Boochsiut.
( Archives du royaume, 1690.)
Le 6 juin 1691, Madeleine-Françoise, seconde fille de Jean Bart et de Marie Tugghe, naquit â Dunkerque pendant que Jean Bart faisait la campagne de ta Mauche sous Tourville comme capitaine de (Entendu; puis, aussitôt la campagne terminée, Jean Bart proposa à M. de Ponlchartrain le projet qu'il avait déjA soumis A Seignelay : celui de créer une escadre du Nord destinée A inquiéter le commerce des Hollandais dans le Nord. Cette proposition fut enfin accueillie, et Jean Bart chargé de surveiller l'exécutioo.
La lettre suivante de M. Patoulet, intendant de Dunkerque, bien que forl simple, donne une idée de la témérité avec laquelle Jean Bart sortit du port de Dunkerque le boute-feu à la main, selon l'énergique expression de M. Patoulet.
A DankerqiM, le»! juillet 1(101.
En accusant, monsieur, la réception de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je vous donnerai avis du passage de l'escadre de M. Bart, cette nuit, A travers de trente-sept vaisseaux des ennemis, dont dix-huit ou vingt lui donnent à présent chasse, et, je crois, assez inutilement.
M. Bart a été près de quinze jours dans la rade sans que les ennemis aient jugé â propos de venir l'attaquer; les vaisseaux de son escadre n'étant que de quarante pièces de canon (les plus forts), ils sont sortis du port te boute-feu à ta main.
Je ne saurais bien vous dire la force des vaisseaux ennemis qui occupent les passes de celte rade; il y en a depuis soixante jusqu'à vingt-quatre canons.
Je suis très-parfoiiement, monsieur, votre très-humble et trèeobéissant serviteur,
Patoout.
(Bibl. roy. Collection Dangeau. Dunkerque.)
En effet, les Anglais le chassèrent inutilement, car an point du jour il était hors de leur vue; vers le 'soir, il aperçut six vaisseaux qui faisaient la même roule que lui; il les envoya reconnaître, et apprit que c'étaient quatre vaisseaux anglais richement chargés pour la Russie, escortés par deux vaisseaux de guerre dont l'un était de quarante canons, l'autre de cinquante. Il les serra de prés pendant toute la nuit, attaqua le premier au point du jour, et, après une heure de combat, le fit amener, et s'empara facilement de l'autre navire de guerre et
Dupusy-Trouin.
de* bâtiments marchanda. Ces prises furent envoyées en Norwége ; peu de temps après il rencontra la floite hollandaise qui revenait de la pèche aux harengs, escortée par deux vaisseaux de quarante; Jean Ban les attaqua, les enleva a l'abordage et prit plusieurs bâtiments de pêche.
Selon plusieurs biographes de Jean Bart. ce fut a l'issue de cette campagne qu'il fit I Louis XIV l'énergique peinture de sa sortie de l)u«kerque. Le roi lui demandant comment il avait fait pour forcer ce passage malgré l'ennemi, Jean Bart prit, dit on, plusieurs courtisans, les rangea en ligne serrée; puis, se précipitant snr eux et les écartant a furieux coups de coudes, il dit au roi en se rajustant : — Sire, voici comment j'ai (ail pour potier à travers l'ennemi !
Si cette anecdote n'est pas plus authentique que celle du fa-
Ce fut comme commandant d'escadre que Jean Bart remporta un brillant avantage, le 17 juin, contre une flotte hollandaise, supérieure en force, qui venait de la mer Baltique.
A la suite de cette glorieuse campagne, Jean Bart fut nommé chef d'escadre. Ainsi se trouva réalisée cette prédiction da vieux Saurel, que son jeune monsieur Jean serait peut-être un jour amiral comme Ruyler. Voici les provisions de ce grade :
i-aovisioH de chef d'escadm.
Louis, par la grâce de Dieu, etc. Notre cher et bien amé le chevalier Bart, capitaine de vaisseau, nous a rendu, pendant
filusieurs années, des services si importants, et les prises qu'il a ailes sur nos ennemis avec tant de valeur et de bonne conduite
Sire . voici comment j'ti (ail pour paner i traire ra l'ennemi.
meux habit doublé de drap d'argent et des menaces faites à Pierre Gruin, trésorier de la manne, qui ne voulait payer la pension de Jean Bart qu'en argeul, et que celui-ci l'obligea de payer en or en tirant son sabre;
Si ces anecdotes, dis-je, ne sont pas authentiques, elles méritent de l'être, si cela peut se dire, car on y rencontre un grand cachet de vérité et surtout de probabilité fort conséquente du caractère bien connu de Jean Bart.
Ce fut aussi celte année qu'il se trouva, lors de la brillante affaire de Lagos, servir Tuurville.
Enfin, le 19 août 1694, Jean Bart, nommé chevalier de Saint- Louis, reçut, un mois après, l'ordre de mettre a la voile, et soutint un mémorable combat contre l'amiral llydes.
En 1696. Louis XIV, voulant encore tester quelque diversion en Angleterre, fil quelque semblant d'uirr nouvelle descente en faveur de Jacques II.
Jean Bart fut chargé de proléger ces opérations par sa croisière dans la Manche
ont été si utiles au bien de notre Etat pendant la cherté dea vivres, qu'après lui avoir dounê divers commandements d'escadres de nos vaisseaux dans les mers du Nord, dont il s'est acquitté avantageusement pour la gloire de nos armes, il est juste de joindre, aux fonctions d<* chef d'escadre qu'il a si bien remplies, la qualité et les avantages qui en dépendent : a ces causes, nous avons icelui chevalier Bart commis et commettons • hef d'escadre de la province de Flandre a la place du sieur marquis de Langeron, que nous avons fait lieutenant général, pour sous l'autorité de notre très-cher et bien amé fils Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, amiral de trance, etc.