‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 109 sur 120 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

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$94, quelques jours après s'être fait recevoir au qualité de duc et pair de Damville, duebé-pai-

On a omis de dire en son lieu que M. le comte de Toulouse fut installé A la table de marbre comme amiral de France, le 27 novembre 1694, parlement en sa i

rie dont il avait obtenu du roi une nouvelle érection.

Fils de madame de Montespan et de Louis XIV, ainsi que M. le duc du Maine, M. le comte de Toulouse, né le 6 juin 1678, avait seize ans lorsqu'il prit possession de cette charge importante. Doux, modeste, froid, sérieusement et toujours occupé des choses de la marine, dont il était parfaitement instruit par les enseignements solides et étendus que lui donnait incessamment M. de Valincourt , secrétaire général de ce ministère, homme d'un rare et profond . savoir en ces matières, ainsi qu'on a pu le voir par son Traité des Prises, rédigé pour l'éducation de M. de Toulouse.

Une fois amiral de France, ce jeune prince sembla redoubler d'application; et, voulant connaître toutes les parties du métier de marin, il assembla chaque jour près de lui une sorte de conseil d'instruction composé de quelques vieux officiers de marine, d'un constructeur, d'un pilote et d'un premier commis du ministère, pour s'éclairer de leurs lumières sur toutes les questions pratiques, théoriques et administratives de la navigation.

D'une bravoure calme et naturelle, M. de Toulouse avait accompagné, dés 169U, le roi, son père, aux sièges de Mous et deNamur; en s'exp<#nl avec trop de témérité, il fut blessé i ce dernier siège. Somme toute, bien que d'une extrême jeunesse, ce prince, par sa droiture, son bon sens, sa fermeté, son envie de bieu faire et sa rare et constante habitude de travail, annon-

çail devoir être, sinon no grand homme, du moins un homme 1 d'un excellent esprit, juste, mesuré, brave et spécialement digne du haut poste qu'il occupait.

On terra plus tard, et surtout a propos du combat de Malaga, que, cédant malheureusement a de fâcheuses influences domestiques, M. de Toulouse ne tira pas tout le parti possible d'un premier et brillant avantage remporté sur la flotte anglaise, et que, dans la suite, l'incompréhensible jalousie de M. de Pontchartrain, successeur de M. son père au ministère de la marine, paralysa presque toujours les efforts que tentait ce prince pour sortir le corps de la marine des inextricables voies où il demeurait, et demeura d'ailleurs embourbé jusqu'à la mort de Louis XIV.

Avant d'exposer les négociations et les faits relatifs I la vacance du trône de Pologne, qui eut lien en 1696, on doit parler ici de la mort d'un homme dont il a été bien souvent question dans le cours de cette histoire, de M. Colbert de Croissy, chargé des affaires étrangères depuis la disgrice de M. de Pomponne.

Ce frère du grand Colbert mourut à Versailles le 28 juillet 16(J6. On a donné dans le temps assez de détails sur sa mission de 1666 auprès de M. l'électeur de Brandebourg et sur son ambassade en Angleterre lors dn fameux traité de 1670, pour qu'il soit nécessaire d'y revenir bien longuement.

C'était un homme extrêmement rompu et habitué aux affaires, travailleur infatigable, d'un sens droit et mesuré, maia aans aucuu agrément ni charme dans l'esprit ; il possédait, à la vérité, une rare et profonde habitude des hommes ; mais il mettait trop de brutalité dans les offres de corruption, qu'il brusquait maladroitement. Aussi faut-il dire que, si cette façon de procéder lui réussissait quelquefois auprès de gens ouvertement sordides et ébontés, le plus souvent elle heurtait ou effaroucha il tellement ceux qui se piquaient de quelque semblant de

Srobitr ou qui étaient véritablement hommes de bien, qu'il perait a l'avenir sur eux toute créance et tout moyen d'action. Sans aucune délicatesse de formes d'ailleurs, rude, grondeur, mais foncièrement honnête homme, malgré ses rares qualités privées, M. deCroissy fut un assez mince négociateur. On a vu autrefois qu'il fallut, malgré les instructions de l'habile de Lionne, les conseils de Turenne, l'insatiable cupidité du roi Charles, qu'il fallut, dis-je, que madame la duchesse d'Orléans se rendit en Angleterre avec mademoiselle de Kéroualle pour décider le bon Rowley à signer ce malheureux traité de 1670,

Ïui causa depuis tous les malheurs de la fin du règne de ouis XIV. Enfin, on le répète, M. de Croissy ne possédait pas ce charme, cet attrait, ce savoir plaire, en un mot, qui, joint à on esprit souple, *agace, insinuant et opiniâtre, aurait dû capter d'abord le coeur, puis la volonté du monarque auprès duquel il avait si longtemps résidé.

On a vu la correspondance de ce ministre; elle est souvent

Colîxe, toujours pénible et pesante a l'excès, sans aucun brilnt, mais généralement exacte et suffisamment explicative et claire.

M. deTorcy, fils de H. de Croissy, eut le département des affaires étrangères en survivance de M. son père. Ce fut, dit-on, à propos de ce nouveau ministre, d'une si extrême jeunesse (il n'avait pas trente ans), qu'un favori du roi Guillaume, revenant de France, répondit a ce prince, qui lui demandait ce qu'il avait vu de plus remarquable a la cour de Louis XIV : « Sire, j'ai vu tamour au tombeau et le minittère au berceau; » faisant allusion i l'âge de Ton y. de Barbezieux, et aux années de madame de Maintenon. — A quoi le roi Guillaume répondit : « Cett ce qui rôtis prouve, monsieur, que le roi de France nête sert ni de r un ni de Foutre. »

Louis XIV fut d'ailleurs si frappé du peu d'expérience que devait avoir M. de Torcy, qu'il mu pour condition a la nomination de ce dernier que M. de Pomponne, rentré aux affaires après la mort de Louvois comme ministre sans charge, lui donnerait sa fille et lui servirait de mentor dans le dédale des négociations. Pomponne y consentit. Peu de temps après 1a mort de M. deCroissy, le mariage se conclut, et M. de Torcy fut, en *»ire, pourvu d*e la charge de grand-trésorier de l'ordre du

Saint-Esprit, que son père avait eu I la mort de Seignelay.

A bien dire, ce fut done M. de Pomponne qui eut la véritable direction des affaires étrangères. Il donnait audience aux ambassadeurs, et conférait avec eux en présence de M. de Torcy, qui, n'ayant que la signature , accompagnait seulement sou beau-père pour travailler avec le roi. M de Torcy était d'ailleurs un homme sage, instruit, et ayant voyagé dans toutes le* cours d'Europe, mais d'un esprit court et sans portée. Après cela, l'honneur, la droiture, 1 èquité„la vertu même.

Revenons maintenant aux négociations entamées pour U vaeunee du trône de Pologne, qui offrent un étrange spectacle' de corruption et d'inconcevable cupidité, et donnèrent a Jean Bart l'occasion de montrer de nouvelles et merveilleuses preuve* d'adresse, de courage et de supériorité de manoeuvra, chargé qu'il fut de la difficile et périlleuse mission de conduire M. le prince de Conti a Danlzik, malgré la flotte anglo-hollandaise qui croisait aux environs de Dunkerque pour intercepter toute navigation dans les mers du Nord.

Le trône de Pologne s'était trouvé vacant en 1696 par la mort de Jean Sobieski.

La noblesse polonaise, ainsi qu'on le sait, s'était toujours réservé le droit de nommer et d élire ses souverains, et, d'après ce qu'on va lire, on conçoit assez que l'observation de celte coutume ait été conservée le plus longtemps possible, car, pour les grands, c'était une chance souvent renouvelée d'embler une couronne, el pour les simples gentilshommes palatins ou castellans, c était une occasion de lucre qu'ils désiraient voir revenir le plus souvent possible, les prétendants au trône répandant l'or a profusion pour se- faire et s'assurer des créatures.

Or. rien n'est plus curieux que de suivre les différents cours de celte espèce de marché dans lequel cette fière nation mettait pour ainsi dire son trooe a l'encan.

On va d'abord dire quelques mots des différentes maisons qui gouvernèrent successivement cet Etat.

Le fameux Jagellon, ayant politiquement embrassé le christianisme afin de pouvoir être apte a la candidature, réunit la Lithuanie à la Pologne, et ses descendants conservèrent la couronne, non par hérédité, mais par élection, jusqu'à la mort de Sigismond Auguste, qui périt au château de Knichio, en Lilhuanie, vers 1572 : ce fut le dernier des Jagellons.

Henri de Valois, qui lui succéda l'année suivante, régna fort peu de temps, et faussa toutes les promesses qu'il avait faites pour assurer son élévation.

Etienne Batlori, élu a sa place, mourut sans enfants.

Ce fut alors que la branche aînée de Wasa, par l'élection de Sigismond III, descendit du trône, de Suède pour monter sur celui de Pologne ; mais l'alliance de ces deux grandes monarchies devint un sujet de guerre qui fit perdre aux Polonaia les conquêtes qu'ils avaient faites sous le règne précédent.

Vladislas, fils de Sigismond, élu après son nère, eut un règne des plus orageux, causé par la révolte des Cosaques el par la guerre de Suède.

Casimir, qui lui succéda, ne garda pas longtemps la couronne, qu'il résigna bientôt; et le roi Michel, son successeur, en perdant Kaminiek et la Podolie, mit la Pologne à deux doigts de sa perte. Ce fut alors, dans ce moment si critique, que fut élu le fameux Jean Sobieski. On le sait, ce prince, véritablement grand homme de guerre, s;iuva Vienne et l'empire par ses victoires contre les Turcs, mais ne reconquit pas pour cela les provinces perdues par la Pologne aous le roi Michel.

Eufin, Sobieski mourut d'apoplexie, le 17 juin 1696, a Villanow, près de Varsovie.

Ce fut donc à l'occasion de la mort de ce prince que les cours d'Allemagne, d'Espagne et d'Italie nouèrent de mystérieuses intrigues pour traverser surtout l'élection d'un prince français.

On verra, par les documents cités plus bas, la marche habile et ténébreuse de toute cette diplomatie, On doit ici maintenant donner quelques détails sur les principaux acteurs de ces événements, à savoir, sur M. l'abbé Melchior de Polignac, ambas, sadeur du roi en Pologne, et chargé de toute la négociation,

puis, «nr M. le prince de Conti, candidat de la France; car les faits relatif* a la reine de Pologne, a madame de Bélhune, sa sœur, et aux candidats de l'empire, se trouvent amplement développés dans une sorte de journal de toute cette étrange négociation écrit par Louis XIV, M. le prince de Conti, M. l'abbe de Polignac, S. M. la reine de Pologne, H. de Torcy et Jean Bart.

Quant à M. l'abbé de Polignac, deux ou trois mots bien significatifs de ses contemporains doivent servir a faire connaître cet habile et rare négociateur.

Le pape Alexandre VIII, auprès duquel M. de Polignac fut envoyé, en 1689, avec M. le cardinal de Bouillon, pour conférer des quatre articles du clergé de France, disait a ce jeune abbé : « Je oe sais comment vous faites, mais vous paraisse* s être de mon avis, et c'est toujours moi qui finis par être du c votre. ■

Pendant cette même année, Louis XIV parlait ainsi de M. de Polignac en sortant d'une audience qu'il venait de lui donner : « Je viens d'entendre un jeune homme qui m'a toujours contre- « dit sans que j'aie pu me fâcher un moment. »

Peu de temps après, madame de Sévigné s'exprimait de la sorte à son sujet, en écrivant a madame de Coulanges : « C'est « an des hommes du monde dont l'esprit me parait le plus « agréable; il sait tout, il parle de tout, il a toute la douceur, « la vivacité, la complaisance, qu'on peut souhaiter dans le « commerce. *

Puis Saint-Simon, avec celte admirable concision et ce langage si coloré qu'on lui sait, pourlraict ainsi 11. l'abbé de Polignac : t C'était un grand homme, très-bien fait, avec un beau a visage, beaucoup d'esprit , de grâces, de manières, toute i sorte de savoir, la voix touchante, -beaucoup de belles-leti très, ravissant a mettre les choses les plus abstraites à la i portée de tous, possédant l'écorce de tous les métiers, de « tous les arts ; il butait toujours a loucher le cœur, l'esprit « et les yeux, véritable sirène, en un mot; vieilles, laides, joli lies, il avait gagné toutes les femmes de la cour, et sut charut mer jusqu'aux austères ducs de Beauvilliers et de Cbevreuse, « pour se faire introduire chez H. le duc de Bourgogne, a

Enfin, parlant , dans le Temple du goût, du beau poème de YAnti-Luerke, écrit en latin par M. de Polignac avec une rare élégance et une merveilleuse pureté, Voltaire dit de ce prélat :

Ce ctrHiml, onde de U France, fUuniuint Virgile «ree Plilon, Vengeur du ciel et vainqueur de Lucrèce.

Une pareille unanimité de louanges chex des gens si différents d esprit, de position et de nature, ne permet donc pas de douter de l'excellent mérite de cet homme d Etat.

D'une des plus anciennes familles de l'Auvergne, M. l'abbé Melchior de Polignac, né le H octobre 1661, au Puy en Velay, avait été, dès son enfance, destiné à l'Eglise. Bientôt les plus brillantes qualités se développèrent en lui; doue d'une extraordinaire facilité de travail, dW mémoire immense, d'un esprit incroyablement précoce et natif, il eut de rapides et éclatants succès en Sorbonne, et le haut clergé commença dès lors de fonder de grandes espérances sur le jeune abbé.

Son goût pour les lettres et pour les sciences physiques et mathématiques était d'ailleurs extrême, et il les cultiva toujours avec une telle passion et une supériorité si généralement avouée, qu'il dut plus tard, bien plus a un véritable et haut talent qu'à sa position de prince de I Eglise, l'honneur insigne de succéder a Hossuet a 1 Académie française, et d'être élu membre de l'Académie des sciences.

Il est a remarquer que l'abbé de Polignac avait plusieurs points de ressemblance frappante avec H. le cardinal dxstrées, dont il a été longuement parlé à propos des affaires de Messine et de Rome; c'était, avec peut-être plus de fond et de solidité, ce même besoin de plaire a tous et à toutes , et la rare faculté d'y réussir. C'était le même faste, les mêmes nobles et grands

airs joints a me mine haute, séduisante et princière, qui imposait ou charmait selon qu'il fallait.

On vient de voir d'ailleurs par quelques traits citée combien M. de Polignac possédait cet art séduisant d'enchanter tout ce qui l'approchait, et cela jusqu'aux gens cruellement prévenus contre lui. De fait, jamais le manège de la femme la plus adroite et la plus raffinée n'approcha de l'adorable, délicate et persistante coquetterie , grâce a laquelle l'abbé de Polignac subjuguait tout le monde ; joignes: a cela le rare et prodigieux secret de donner pour ainsi dire de l'esprit a ceux avec lesquels il causait, par son tact exquis à choisir te terrain où il les savait à leur aise, et l'on concevra l'empire surprenant et l'irrésistible attrait que M. de Polignac exerçait autour 4e lui.

Malheureusement tous de si charmants dehors se cachaient une ambition effrénée et «ans bornes, une avidité monstrueuse, une noire ingratitude et le cœur le plus sec, le plus personne) qui se pût rencontrer.

A cela venait se joindre une insurmontable habitude de flatterie courtisanesque, aussi effrontée qu'hyperbolique, autre point de ressemblance avec le cardinal d'Estrées.

Ainsi on a vu que M. d'Estrées disait a Louis XIV, qui se plaignait d'être édenté — Eh ! Sire, qui est-ce qui a des dents? Or, M. de Pelignac n'èlait-il pas son pair lorsqu'il répondait au grand roi qui lui représentait avec obligeance , dans un voyage de Mariv, que la pluie allait gâter son habit : t Sire, 1a S pluie de Merfy ne mouille pas. «

Malgré ces lâchetés, ces faiblesses et ces misères, après tout si humaines, M. de Polignac n'en fut pas moins, on le répète, un des hommes les plus véritablement remarquables du dixseptième siècle, et on va voir, par sa correspondance diplomatique , ;avec quelle sûreté et quelle hauteur de jugement cet ambassadeur appréciait la position de la France et de 1 Europe, relativement aux affaires de Pologne, et on admirera entre plusieurs sa longue lettre confidentielle à M. de Torcy, où Von pourra singulièrement remarquer le nerf, la clarté , l'élégance du style de M. de Polignac, encore aiguisé par le sel et l'esprit le plus vif et le plus incisif.

Tous les historiens ont banalement et inconsidérément répété l'accusation portée par Louis XIV contre M. de Polignac, et l'ont rendu responsable et solidaire du mauvais succès de l'élection de M. le prince de Conti. M. de Polignac n'eut cependant aucun tort dans toute cette fâcheuse affaire; il assura, au contraire, l'élection de M. le prince de Conti, et sa seule faute fut peut-être de prendre avec les différents partis d'électeurs des engagements trop onéreux; mais, sans aucun doute, il voulait, avant toute chose, élever, ainsi qu'il le fit, M. le prince de Conti au trdne, quitte à éluder ensuite l'exécution de ses promesses, ainsi que le faisaient d'ordinaire tous les rois élus. Malheureusement, M. de Polignac porta la peine de l'indifférence de Louis XIV & propos de cette couronne, et du mauvais vouloir de M. le prince de Conti, qui, répugnant extrêmement a se séparer de madame la duchesse de Bourbon, mit, malgré les avis réitérés de M de Polignac, tant de lenteur et d'entraves à ce voyage de Pologne, que, lorsque ce prince arriva dans ce pays, l'électeur de Saxe , élu en même temps que lui , s'était assuré de l'armée et avait réuni presque tous les suffrages de la nation.

Sans s'étendre trop longuement a ce sujet , on doit donner quelques détails sur M. le prince de Conti, cette autre tirbu enchaMercu€, ainsi que l'appelait aussi M. de Saint-Simon.

François-Louis, prince de la Roche-sur-Yon et de Conti, second fils d'Armand de Bourbon, et neveu du grand Condé, était né a Paris en 1664, et avait trente-deux ans lorsqu'il fut présenté par Louis XIV comme candidat au trône de Pologne.

Par une conséquence naturelle de l'éloignement insurmontable que Louis XIV éprouvait pour les gens d esprit et de grande sagacité, ce roi tut toujours en extrême froideur et malveillance avec M. le prince de Conti , qui , ne pouvant même obtenir un commandement dans l'armée, partit pour servir en Hongrie contre les Turcs, emmenant avec lui le fils de madame la comtesse de Soissons. l'abbé de Carignan. rebuté comme lui

ptr les dédains de Louis XIV, el qui fut plus tard si fameux sous le nom de prince Eugène.

Le roi, irrité de ce départ, enjoignit d'abord au prince de revenir en France, et, sur son refus, fit saisir ses lettres. Dans UD6 d'elles se trouvaient de fort piquantes railleries contre Louvois, le maître du mailre , y était-il dit. On pense si ce fut un nouveau motif de disgrâce; aussi, lorsque, après avoir vaillamment servi contre les Turcs, M. le prince Je Conti revint en France, Louis XIV lui défendit de paraître à la cour ; et ce ne fut que plus tard , â la demande expresse et réitérée du grand Condé mourant, qui adorait son neveu el le préférait de beaucoup a ses propres enfants, que le roi consentit à le pardonner: pardon bien illusoire d'ailleurs, car jamais M. le grince de Conti n'obtint de commandement en chef, et la froideur glaciale de Louis XIV contre loi ne fit pour ainsi dire que croître.

M. le maréchal de Luxembourg et le grand Condé tenaient pourtant dans la plus singulière et la plus haute estime les talents de H. le prince de Conti comme homme de guerre. Hal-

Rla jeunesse de «e prince , souvent le maréchal de Luxemrg l'entretenait longuement pour le consulter sur ses idées stratégiques. Parfaitement élevé, H. de Conti était fort instruit e» toutes sortes de matières , connaissait mieux qw pas un l'historique et le militaire de toutes les guerres deTantifluilé, et avait poussé a un point rare l'étude des sciences mathématiques. Dans le peu de relations qu'il eut avec l'armée, il s'occupa fort et avec succès du sort des soldats, dont il était adoré; car c'était encore un de ces hommes qui vous emblaient l'affection de tous, depuis le soldat jusqu'au maréchal, et du charme desquels on ne se pouvait défendre.

Une preuve convaincante de ceci, c'est que, dans ce siècle si éminemment courtisan, ou chacun s'exagérait si fort la moindre antipathie du mailre, et bien que la cour ait eu mille preuves évidentes de l'éloignemeit de Louis XIV pour H. le prince de Conti, telle était cependant l'attraction que ce dernier inspirait, que, paraissait-il quelque part, on s empressait de faire foule autour de lui pour recueillir avidement quelques traits de la conversation la plus spirituelle, la plus séduisante et à la fois la plus solide qu'il y eût peut-être alors, et on restait des heures sous le charme au risque d'attirer sur soi la colère du roi, de madame de Haintenon, de Monsieur et de Louvois, qui tous jalousaient ce prince jusqu'à la haine la plus violente.

Quant aux femmes, l'esprit et le naturel charmant de M. le prince de Conti, son impénétrable discrétion, sa magnificence, son exquise galanterie, sa rare élégance, sa haute et délicate politesse, les lui assuraient toutes; et, avant que d'être éperdument et constamment épris de madame la duchesse de Bourbon, on le supposa fort justement le héros d'une foule de mystérieuses aventures.

A ce propos « H. le prince de Conti, dit Saint-Simon, passant « pour être quelque peu Italien, fut accusé d'amour de plus « d'une sorte, et c'était un de ses prétendus rapports avec Cé- * sar. Quoi qu'il en soit, peu d'hommes furent plus heureux et «r plus secrets, i

Que si l'on songe maintenant que ce prince était presque contrefait, qu'il avait les épaules trop hautes, le col penché, le rire niais, qu'il était d'un égoîsme sordide, courtisan avide, implacable ennemi, qu'on savait qu'il n'aimait rien, ne croyait à rien , ne respectait rien , et que, malgré tant de raisons de s'en éloifner presque avec effroi, il était impossible de ne pas le chérir et de ne pas se laisser entraîner dans l'atmosphère d irrésistibles séductions qui l'entourait , on admirera davantage encore la merveilleuse et fatale puissance d'enchantement et d'attraction dont ce prince était si miraculeusement doué.

Le roi proposait deux candidats au trône de Pologne avant de nommer M. le prince de Conti et les sacrifices qu'il fît pour assurer l'élection de ce prince étaient ridiculement minimes (100,000 liv.), quand ou songe aux exigences monstrueuses des électeurs. Ces deux faits démontrent suffisamment que le mauvais succès de cette entreprise ne fut pas dû a la malhabileté de M. de Polignac; el d'ailleurs une autre raison, toule personnelle à M. le prince Conli, ne vint-elle pas paralyser les

incroyables efforts de l'ambassadeur de France pour lui assurer

une couronne?

Cette raison était, on l'a dit, l'amour passionné de H. le prince de Conti pour madame la duchesse de Bourbon. On a répété souvent que la durée des plus longues et des plus vives amours se fonde sur les contrastes; la liaison dont il s'agit ici ; est un démenti ou une exception a ce dire absolu, car jamais peut-être deux natures ne furent plus semblables en toutes : choses : même charme, même esprit, même attrait, même in eu- ■ rable égoîsme, même élégante et profonde corruption, mêmes goûts plus qu'étranges dans leur voluptueuse singularité. ,

Fille de madame de Mootespan, madame la duchesse de Bourbon avait l'esprit moqueur et brillant de sa mère : « Bien « que sa taille ne fût pas parfaite de tous points, ta figurt, « ait un contemporain , semblait formée par les plus lendres « amour». » C'était avec cela le caractère le plus égal et le plus enjoué qu'il se pût jamais rencontrer; jamais un moment de colère ou d'humeur, non par résignation ou bonté de cœur, mais par sa complète indifférence a tout ce qui émeut on accable; accessible a toute joie, à tout plaisir, mais inaccessible an chagrin; libre jusqu'à fa débauche, aimant la table avec excès, et, malgré sa passion pour N. le prince de Conti, ayant ça et là quelques obscures liaisons (aussi de plus d'une sorte) nées d'un caprice ou d'un écart d'imagination ; recevant avec le plus su- 1 perbe dédain les observations de N. le duc de Bourbon . qui, jaloux et étrangement sauvage, s'en permettait quelquefois; ce fut elle enfin qui, dit-on, répondit un jodr à ce prince, en manière d'avertissement : i Songez que vous ne pouvez avoir de « Bourbons sans moi, et que moi je puis en avoir sans vous ! »

On le répète, fut-ce l'attrait d'une corruption réciproque qui retint M. le prince de Conli et madame la duchesse de Bourbon dans la plus étroite et la plus indissoluble union? Cela est à croire, si l'on en juge surtout par la donleur profonde el cruelle qu'éprouva madame la duchesse lorsque M. (e prince de Conti, cédant enfin après de si longues hésitations, se décida de partir, certain sans doute de voir son voyage rendu inutile par les lenteurs calculées qu'il y avait apportées.

Cependant, malgré son espoir de revenir bientôt, on ne saurait imaginer, dit-on. les inconsolables regrets, les larmes, le désespoir du prince, lorsqu'il lui fallut se séparer de sa maîtresse, el son ineffable joie lorsque, perdant enfin tout espoir de ceindre cette fâcheuse couronne de Pologne, il revint en France reprendre sa vie d'amour et de liberté.

Louis XIV, doutant de l'activité de M. de Polignac, lui adjoignit M. l'abbé de Châteauneuf comme négociateur sans caractère officiel.

L'abbé arriva donc le i" avril 1697 sur les frontières de Pologne, else rendit le 6 à Lowicbz, où il vil le cardinal Kadziouski. Ce cardinal lui coufirma tout ce que l'abbé de Polignac avait écrit en France du bon étal de sa négociation, et lui parla en même temps de la nécessité de faire approcher le prince de Conti de la frontière de la Pologne. La lettre de l'abbé de Châteauneof, du 8 avril, portait ce qui suit:

«... 11 ne faut pas se flatter, dit-on ici, que M le prince soit élu d'une commune voix; au contraire, il y aura non-seulement opposition, mais division; et, dans le temps que nous nommerons le prince de Conti, le parti de la reine de Pologne en nommera un autre, soit le prince Jacques ou l'électeur de Bavière, soit le duc de Neubourg ou de Lorraine, parce que," si elle ne pouvait conserver la couronne à l'un de ses fils, elle s'en consolerait en la mettant sur là tête d'un prince qu'elle pourrait épouser; le prince Louis de Bade n'est point aussi à mépriser :' l'électeur de Brandebourg le porte avec chaleur, par complaisance pour le prince d'Orange ; hors de tous ces princes, il n'y en a pas un qui ne soit ou en Pologne ou i portée de s'y rendre sans obstacle dans quinze jours; et il serait fort à craindre que le parti ennemi, qui sera sans comparaison plus faible que le nôtre, et par le nombre et par la qualité des partisans, ne devint le plus fort par la présence d'un chef; et, si c'est le prince Jacques, il n'y a sortes de violences et de méchancetés où il ne se porte à la faveur du droit apparent que son élection, quoique schismalique , lui aura donné; au

lien que, ai nous pouvions montrer à la Pologne son roi légitime, la réduction de tous ces rebelles serait (affaire d'un seul jour. C'est pourquoi, conclut lr cardinal Radziouski, nous voulons soutenir le roi; or, il est indispensable que monseigneur le prince de Conli puisse se mettre à portée d'entrer dans le royaume quinze jours après l'élection, pour venir à la tête de ses fidèles sujets défendre ses droits contrôles opposants; car, s'il n'y avait point d'opposants a craindre, bien loin de lui faire cette prière, noua le conjurerions, au cas qu'il fût sur la frontière, de s'en retourner pour recevoir, selon les lois, dans le lieu de sa naissance, une ambassade digne de lui et de la république. »

L'abbé É

L'abbé de Cbâteauneuf, ayant joint ensuite l'abbé de Polijrnac i Varsovie et entretenu les principaux seigneurs qui «'étaient engagés à élever le prince de Conti, fut de plus en plus convaincu que le succès de cette affaire était immanquable ; et, loin de désavouer rien de ce qui avait été promis avant son arrivée, il travailla d'un parfait concert avec I abbé de Polignac à entretenir et a fortifier ses créatures en leurs espérances; il écrivit aussi lettre sur lettre a H. le prince de Conti pour l'engager à se hâter le plus possible, afin d activer par sa présence les efforts qu'ils faisaient en sa faveur; mais ce prince, qui, ainsi qu'on Pa dit, n'avait pas la moindre envie d'être roi, accumulait lenteurs sur mauvais vouloirs, de sorte que cependant un nouveau compétiteur s'était mis sur les rangs.

En un mot, ce qui s'était passé en Pologne dans les premiers mois après la vacance 'du trône avait inspiré a l'électeur de Saxe, Frédéric-Auguste, la pensée de prétendre aussi à cette couronne, et il avait depuis fait diverses démarches, mais trèssecrètes, pour aplanir les obstacles qui pouvaieut s'y rencontrer. La religion luthérienne, qu'il professait a l'imitation des électeurs de Saxe ses ancêtres, sous la protection desquels cette religion s'était introduite et établie en Allemagne au commencement du seizième siècle, était la principale difficulté que ce prince eût a surmonter, les lois du royaume de Pologne excluant du trône tout candidat qui ne ferait pas profession de la religion catholique romaine. Aussi avait-il fait passer à Borne,

Eendant le cours du mois de février de cette année 1597, le aroo Rose, Suédois, pour sonder quelles seraient les dispositions de cette cour en sa faveur s'il prenait la résolution de renoncer au luthéranisme et d'embrasser la religion catholique romaine; cet officier, s'étant même procuré par ses ordres un entrelien secret avec M. le cardinal de Jauson, alors chargé des affaires de France i Rome, avait exposé au cardinal que l'électeur était moins uni avec l'empereur par inclination que par le désir d'acquérir de la gloire; qu'il donnait i Sa Majesté impériale onte mille hommes de pied et treize cents chevaux de bonnes troupes à des conditions peu avantageuses a son électoral, et que la cour de Vienne n exécutait même pas; qu'ainsi il souhaiterait de pouvoir prendre des mesures avec le roi de France, pourvu qu'elles fussent sûres et qu'elles ne l'exposassent pas a la perte de ses Étals; que si la paix ne se faisait pas par la médiation du roi de Suède, Charles XII, et que ce prince voulût se mettre a la tête d'un parti pour y obliger les alliés, l'électeur de Saxe se joindrait a lui; et qu'en cas de paix, Louis XIV trouverait Son Altesse électorale plus portée qu'aucun autre prince d'Allemagne a entrer dans ses intérêts par un traité particulier; qu'outre plus de douze mille hommes qu'il avait en Hongrie, il avait encore dans ses Étals quatre mille chevaux et six mille hommes de pied, et au' avec le secours de Sa Majesté, il en pouvait lever beaucoup plus.

Apres cet exposé, le baron Rose était entré dans le point essentiel de son envoi à Borne; et, montrant au cardinal de Janson une lettre de créance de la main de l'électeur avec deux blanc-seings de ce prince, il lui avait confié sous le plus grand secret que l'un de ces blanc-seings devait servir à prendre des engagements avec Sa Majesté, au cas qu'elle voulût l'aider de son secours et de sa protection pour son élection à la couronne de Pologne, et qoe 1 antre était pour promettre au pape (Innocent XII, Pignatelli) que, dès qu'il serait roi, il embrasserait aussitôt la religion catholique; que depuis quelque temps il instruire des principes de celte foi; qu'il commençait

tiême a les goûter assez; mais que \ aussi forte que celle d'acquérir une couronne, t U m se risquerait pas dans ce changement, à cause de f entêtement de ses peuples pour te luthéranisme. »

Au résumé, le baron Rose avait ajouté que cette considération obligerait a demander deux choses avant qu'il agit pour le succès de ce dessein:

L'une, si Louis XIV aiderait de son secours et de sa protection l'électeur de Saxe pour parvenir a la couronne de Pologne ;

La seconde, si le cardinal de Janson pouvait rassurer d'un secret inviolable de la part du pape sur le changement de religion de ce prince.

Le cardinal de Janson s'était contenté de répondre qu'il ne pourrait lui rien dire des sentiments de Sa Majesté sur cette ouverture qu'après qu'il lui en aurait rendu compte et reçu ses ordres; et qu'à 1 égard du pape, il était persuadé que Sa Sainteté, ayant Beaucoup d'honneur et de religion, ne manquerail point au secret, surtout si elle le recevait en confession; mais que, comme Sa Sainteté serait obligée de le confier k ses ministres et à son nonce en Pologne, pour les démarches qu'il y aurait à faire, il serait bien difficile que ce secret demeurât caché.

Or, cliose singulière, c'est que, malgré ces ouvertures si positives de M. Rose & M. de Janson et les dépêches de ce dernier à M. de Torcy, M. de Polignac ne fut point prévenu par la cour des desseins de l'électeur du Saxe, qu'il était d'ailleurs très-loin de pénétrer. Aussi voit-on, par La lettre de l'abbé de Château neuf, du 5 juin, que, bien qu'on assurât l'abbé de Polignac et lui qu'il j avait un candidat caché, qui n'avait encore rien donné et qui se tenait en repos, tandis que de la part de la France on dépensait beaucoup (ce nouveau candidat voulant conserver son argent pour l'extrémité), M. de Polignac était persuadé que ce candidat caché, qu'on ne lui nommait pas, et qui devait, disait-on, se produire dans les derniers jours d'élection, n'était autre que le prince Louis de Bade, et il n'entra aussi jamais dans sa pensée ni dans celle de M. deChateauneuf que ce pût être l'électeur de Saxe.

Toutefois cet électeur avait continué d'agir avec autant d'efficacité que de secret, et il avait répondu Te 4 juin a la lettre du cardinal Radziouski. Cette réponse était datée de Bade en Autriche, et portait ce qui suit:

« Comme Votre Eminence a voulu être assurée par moi-même touchant la religion catholique, je lui dis que l'affaire se pourrait achever de la manière que je pourrais être élevé sur le trône de Pologne : ie ne ferais point de difficulté alors de professer la religion catholique; ce que je ne saurais faire avant, pour les grandes raisons qui ne peuvent être inconnues & Votre Eminence, et à cause desquelles ie la prie de vouloir ménager l'affaire le mieux qu'il se peut, voilà ce qui, je crois, suffira pour l'assurance de la religion, dont elle peut encore prendre plus exacte information par celui qui vous rendra celle-ci. •

Le cardinal Radziouski, ayant reçu cette lettre de l'électeur de Saxe, la communiqua aux principaux seigneurs de Pologne; et plusieurs s'en étant entretenus secrètement avec le chevalier Fleming, ce ministre sut leur inspirer des dispositions favorables pour l'électeur son maître.

L'élection du maréchal de la diète se fit d3ns ces circonstances; et étant le choix tombé sur le grand chambellan, l'abbé de Cbàtcauneuf le manda au roi le 18 juin.

Dans la dépêche suivante, MM. de Polignac et de Châteauneuf apprennent à Louis XIV l'exaltation de M . le prince de Conti au trône et la scission que cette élection occasionna, en cela que, pendant que les partisans de France nommèrent ce prince, ceux de Saxe nommèrent l'électeur de celte principauté.

Celte dépêche offre un curieux tableau de toutes les intrigues et de l'aspect animé du camp de la diète, où plus de cent cinquante mille cavaliers sont assemblés pour délibérer, et auxquels chaque prétendant fail les offres les plus pressantes et les plus positives. On verra par cette dépêche qu'un asset bon

nombre de seigneurs polonais acceptaient également de l'argent de tous tes candidats.

c .... (Test avec beaucoup de joie que nous apprenons l'élection de monseigneur le prince de Conti; nous l'aurions souhaitée plus tranquille; car l'évéque de Cujavie s'est avisé de nommer, a la tête de son parti, M. l'électeur de Saxe roi de Pologne; mais le droit et les formalités acquises sont de notre côté. Je me contente de la simple nouvelle que je prends la liberté d'envoyer à Votre Majesté par mon secrétaire. »

Le lendemain, 18 juin, ils écrivirent à Sa Majesté une dépêche portant, ainsi qu'il suit, les détails de la nomination.

t Mardi dernier, tous les palatinats s'assemblèrent dans le champ électoral, au nombre de cent cinquante mille hommes. Le palalinat de Plosk fuf le premier à crier tout d'une voix : Vive Conti! Il fut suivi de plusieurs autres, et en assez grand nombre pour que nos amis se crussent suffisamment autorisés a presser le cardinal de nommer, malgré les opposants, le reste étant partagé entre la maison royale, Neubourg et Lorraine; mais, pour ne rien faire contre la régie, qui est de ne nommer que le dernier jour, et dans l'espérance de ramener pendant la nuit ce qui nous manquait a gagner, il remit au lendemain.

« Cette nnil nous fut funeste; car le castellan de Culen, l'un de nos plus intimes confidents, s'adressa à nos ennemis qu'il savait être inflexibles pour nous, et traita en secret ay.ee eux en faveur de Saxe, qu'ils aeceptèrent d'abord par dépit de voir que notre faction avait détruit la leur, et par le mérite qu'ils se faisaient auprès de cet électeur en se déclarant les premiers pour lui.

c En effet, ils le proposèrent le leodemain : la nouveauté de ce candidat, inconnu jusque-li à la noblesse, fil d'abord voler son nom par tous les palatinats ; on produisit une attestation de l'évéque de Javariu qui faisait foi que l'électeur son parent avait abjuré entre ses mains le dimanche dernier de la Trinité. Le nonce eut l'impudence, pour ne rien dire de pis, de fortifier encore cette attestation en certifiant par écrit que c'était la véritable signature de cet évéque, sans ajouter qu'il fallait d'autres preuves de conversion dans une matière si importante. Aussitôt on publia que Rome répondait de sa catholicité, que l'Eglise ne pouvait faire une acquisition pins considérable, qu'il y avait quelque chose de trop miraculeux dans une promotion si imprévue pour ne pas venir de Dien.

« À cela se joignait l'artifice de nos ennemis, qui vinrent publier faussement que nos palatinats les plus télés se déclaraient en sa faveur; enfin, noua le crûmes roi pendant six heures, d'autant- plus que nous n'étions pat encore bien revenus de l'alarme que nous avions eue a son sujet dimanche.

« Mais nos amis, indignés de la trahison du castellan de Culen, qui se servait de M. de Saxe pour détruire H. le prince de Con(i, au lieu de le garder en second, comme ils en étaient convenus, voulurent le tuer, et commencèrent a faire ouvrir les yeux à la noblesse sur la surprise qu'on lui faisait, et représentèrent que la première loi fondamentale du royaume était que le roi et la reine soient catholiques ; que l'électriee est constamment calviniste, que l'électeur n'est tout au plus qu'un catholique occulte, et, par conséquent, impie, puisqu'il ne fait point profession de la foi dans un pays où il est absolu ; que c'était une chose inouïe que parmi tant de candidats on prit un Allemand .

« La scission se forma là-dessus : vingt-huit palatinats ou terres se rangèrent d'un côté en faveur de monseigneur le prince de Conti, et nous n'attendions que le moment de sa nomination, lorsque nous apprîmes qu'elle était encore différée, parce que le cardinal la voulait unanime.

<r On passa toute la nuit a cheval pour éviter la discontinuation, parce que la diète ne doit durer que six semaines. Nous perdîmes celte nuit-là une partie de quelques palatinats, parce

?iue nous manquions d'argent et qu'ils en avaient ; et les choses urent si balancées le lendemain, qu'on fut oblige d'en venir à ■ne conférence où nos ennemis déclarèrent par leurs députés qu'ils étaient prêts à renoncer à la maison royale et aux Allemands, pourvu qu'on renonçât a monseigneur le prince de Conti; que c'était bien se mettre à la raison que de renoncer

à sept candidats, tandis qu'ils ne demandaient que celle d'un seul. On apprit en ce moment la désertion du grand général Sapiha, dont la maison avait reçu de nous plus 80,000 écus, c est-à-dire quinze au delà de ses capitulations, et qui était le seul que nous avions à opposer aux trois autres qui étalent contre nous ; tous nos amis en furent consternés et songèrent aussitôt à Bade.

« Ils ne laissèrent pas, pour mettre les autres dans leur tort, de leur aller proposer M. de Bade, sachant bien que le castellan de Cracovie ne l'accepterait jamais, et, par cet artifice, ils détachèrent de lui quelques palatinats qui se réunirent aax nôtres, en sorte que, voyant que nous en avions^ vingt-neuf, on jugea qu'il n'était plus temps de différer la nomination.

« Les autres s'en aperçurent et demeurèrent fidèles à Saxe, parce que c'était le seul qui pouvait les soutenir par la facilité d'entrer bientôt dans le royaume avec des troupes, et l'évéque de Cujavie le nomma dans le camp avant que le cardinal commençât le sien dans le kolo, ce qui est une triple irrégularité de la part dudit évéque.

f Notre nomination fut suivie d'un Te Deum dans l'église Saint-Jean, et de ta décharge de l'artillerie, en sorte qu'elle a été revêtue de toutes les formalités nécessaires.

t Voilà, sire, ce que nous avons fait, malgré l'opposition de trois généraux et l'infidélité du quatrième.

t Enfin, monseigneur le prince de Conti est élu par les trois quarts de la république, et l'autre quart, par pur désespoir, a élu un prince qu'on ne pouvait prévoir et qui peut opprimer la religion et la liberté.

« Votre Majesté jugera aisément nue ce n'est pas sans peine que nous en sommes venus jusque-là, et qu'il a fallu bien des artifices pour persuader à nos amis la réalité des millions à Dantzick que nous avions destinés pour soutenir la scission et la prochaine arrivée de monseigneur le prince de Conti. Nous tâcherons de lés retenir par cette même espérance et en empruntant de l'argent de tout côté: c'est un miracle si nous pouvons nous dispenser d'en venir à la preuve, et nulle impossibilité d'empêcher le couronnement de M. de Saxe, qui est aux portes du royaume, si nous n'avons pas de l'argent pour faire confédérer l'armée sous quelques-uns de nos chefs, puisque les généraux, comme je l'ai dit, sont contre nous. »

Mais, malgré son élection, M. le prince de Conti ne paraissant pas, l'argent promis n'arrivant pas non plus, le parti français, déjà faible, diminuait tous les jours. Cette dépêche de M. de Cbâteauneuf donne un état de la situation désespérée des ambassadeurs :

< Nos amis sont en fureur, vous en savez les premières

raisons : en voici de nouvelles :

• t* Parce que le roi de Pologne, étant encore à Paris le 15 juillet, n'y voulait pas recevoir le titre de Majesté ;

« i* Qu'on y attendait une ambassade solennelle pour le faire porter, et que la scission fût apaisée ;

ï 3#Que le trente-huitièmejouraprèsrèlection nous ne soyons pas mieux garnis ni mieux informés que le lendemain.

a Là-dessus résolution prise entre eux de tout quitter sans donner du temps au delà de c< qu'ils avaient déjà donné, et par vengeance vous allex les voir devenir nos plus crnels ennemis. »

De plus, la dépêche de l'abbé de Polignac à Louis XIV, do 6 août, portait sur ce sujet ce qui suit :

« Voici le quarantième jour que je remets mes amis dans

le devoir; mais il m'est impossible de les y tenir davantage M. le cardinal Radziouski est désespéré, l'évéque de Plosk et les' deux trésoriers ont absolument perdu toute espérance, voyaotque, depuis le H juillet jusqu'au t9, on ne m'a pas écrit seulement une lettre qui pariât de l'élection, bien loin de par» 1er du départ de Sa Majesté polonaise ni des remises.

« Ce silence, qu'ils prennent tous pour un oubli, pour on mépris et pour une espèce de renonciation à la couronne, les réduit à partir de Varsovie sans savoir ce qu'ils feront, a

Le courrier que Louis XIV avait dépêché à l'abbé de Poli» gnac, le 50 juillet 1697, pour lui apprendre la résolution que le prince de Conti avait prise de se rendre an plus tôt en Polo-

JEAN BAHT

gne, arriva à Varsovie le 14 août, et remit aussitôt la lettre de ce prince au cardinal Radziouski.

La dépêche de l'abbé de Polignac, du 16 août, à Sa Majesté, s'expliquait sur ce sujet de la manière suivante :

« H était temps que ces lettres vinssent pour rendre le

courage a ceux qui l'avaient presque perdu ; mais, comme elles ont, Dieu merci, produit uo cffel dans le moment, il n'y a plus à regretter que le temps qu'on a passé à les attendre et que l'on aurait employé fort utilement à suivre le plan de notre affaire, si nous avions eu le bonheur de les recevoir plus lût. ■

Ce fut alors que Jean Barl partit de Dunkcrque, ainsi que le montre la dépêche suivante de M. de Boursin à Valincourl, 1 lui annnonce l'arrivée de H. le prince de Conli à Dun-

cela fait 3,000.000 encore : de sorte que tout cela, joint à sa personne et a tant de mérite, doit produire de bons effets, s'il peut arriver heureusement et a propos ; mais les ennemis sont beaucoup sur leurs gardes et fort alertes, et plus que jamais, ne doutant pas qu'ils ne sachent parfaitement tout ce qui se passe ici depuis trois jours; en un mot, on a perdu bien Je beau et bon temps; cependant, M. Barl croit passer infailliblement, et que, s'il peut avoir seulement deux portées de canon devant les ennemis, il se moquera d'eux.

« L'on dit toujours la paix signée, du 31 , entre la France, l'Angleterre. l'Espagne et la Hollande, et nou avec l'empereur et l'Allemagne ; mais vous jugez bien qu'ils seront bien contraints de la signer aussi ; en tous cas, on dit que le prince de Conti a non-seulement refusé de signer, ne voulant pas se faire

ce 6 leiilenibr* 1607

t C'est seulement pour vous dire, monsieur, que monseigneur le prince de Conti arriva hier ici, sur les quatre heures après midi, en bonne santé; que tout était prêt pour son embarquement, quant à la marine ; mais, parce que 200,000 ccus, qu'il fait conduire en or avec lui sur des surtouts, n'ont pu faire tant de diligence que sa personne, et n'étaient point encore arrivés cette nuit bieo tard, et sans lesquels il ne veut point partir, avec raison, il n'est point encore parti; mais, comme apparemment les surtouts arriveront entre l'heure de six heures du matin, qu'il est, et ce soir, s'ils ne le sont déjà, I on ne

doute point que ce ne soit pour celte nuit prochaine qu'il mettra à la voile, et que dans trois fois vingt-quatre heures il ne soit rendu où il doit débarquer, si le vent continue d'être aussi favorable qu'il est et de la force qu'il le faut; en un mot, il est et se maintient â souhait. Ce prince porte encore, outre les 200,000 écus en espèces, pour un 1,800,000 fraucs de lettres de change sur Danuick, et pour 600,000 de pierreries ; ainsi

couper le cou, mais encore qu'il est parti pour s'en retourner i Vienne.

■ U me semble que vous êtes bien discret sur l'arrivée heureuse de M. de Pointis avec son escadre et ses richesses, après un combat contre cinq vaisseaux anglais, et que vous ne me dites plus rien.

« A demain le reste.

t Je ne suis pas moins que jamais votre très-humble et trèsobéissant serviteur. »

M. de Pontchartrain avait ordonné l'armement de dix vaisseaux pour assurer le passage da M. le prince de Conli en Pologne ; mais, lorsque Jean Barl fut informé du but de l'expédition, il demanda qu'on désarmât les gros vaisseaux, et ne voulut que six frégates, parce qu'il se croyait plus sûr de sa manœuvre avec des bâtiments légers et bons marcheurs, ayant à traverser les flottes anglaise et hollandaise qui bloquaient le port de Dunkerque.

La mission que Jean Bart avait à remplir était si périlleuse, et son' exécution dépendait tellement de son habitude de

monter et vaincre les mille dangers ou hasards d'une croisière, qu'il fui impossible de rien lui prescrire a ce sujet, et que M. de Pontcbartrain ne lui donna pas d'instruction ; il lui envoya seulement une lettre du roi, qui lui ordonna très-succinctement de transporter M. le prince de Conti à Dantzick.

Ainsi qu'on vient de le voir, le prince arriva le 5 septembre 10: 7 à Dunkernue. et le 6, a minuit, le vent et la marée étant des plus favorables, Jean Barl mil a la voile.

La nuit était sombre, la mer assez grosse, et Jean Bart, attentif, surveillait la manœuvre, tandis que les canonnière, le boutefeu a la main, se tenaient près de leurs pièces dans la batterie, dont les sabords étaient soigneusement fermés.

Le 7, la légère escadre avait traversé un des points de croisière les plus dangereux de la mer du Nord ; le soir elle recon-

gnait visiblement de marche les vaisseaux ennemis... Deux heures après ils étaient hors de vue.

M. le prince de Conti n'avait pas un moment soupçonné le danger, Jean Barl l'ayant assuré que les vaisseaux qu'il fuyait faisaient partie d'un convoi marchand ; mais, lorsque I ennemi eut disparu dans la brume qui s'éleva, Jean Bart descenjit dans la chambre où était le prince.

— Eh bien! monseigneur, lui dit-il, vous venez de l'échapper belle.

— Que voulez-vous dire, monsieur Bart?

— Je veux dire, monseigneur, que nous venons d'être chassés par trois vaisseaux de quatre vingts et neuf frégates.

M. le prince de Conti lit un mouvement de surprise involontaire et dit: — Et ces vaisseaux, monsieur Barl?

(Jue >lite*-»ou« li, roonn, ur Birt? • écria il. le prince de Cunli, en bonitituiit Mir «on fauteuil.

Dut Ostende ; et le 8, vers les sept heures du matin, Jean Bart signala trois vaisseaux de quatre-vingts et nèuf frégates croisant I la hauteur de la Tamise.

La figure impassible de Jean Bart ne trahit aucune émotion lorsque la vigie annonça, du haut de la hune, ces forces imposantes ; seulement il fit venir son fils, celui-là qu'il avait si rudement éprouvé en 1695, lui dit deux molsâ l'oreille, et reprit sa longue-vue pour suivre la marche des ennemis, qu'on distinguait parfaitement au vent.

A ces quelques mots que lui dit son père, le fils de Jean Barl ne put retenir un tressaillement involontaire ; mais, sur un regard de ce dernier, il se remit et disparut par le panneau de la grand'chambre.

Pendaul quatre heures la petite division de Jean Bart fut chassée par l'ennemi... Mai ce marin avait si bien et si savamment choisi les navires destinés par lui a cette périlleuse entrepris^ que, étant tous d'une vitesse égale, pas un ne resta en arrière.

A une heure de l'après-midi, Jean Bart s'aperçut qu'il ga-

ffO M* — lmf M— h t«in * p», .». <','.: h. I.

— Disparus, monseigneur; nous les avons gagnés de vitesse, et à cette heure il n'y a plus rien a craindre.

— Diable 1 monsieur Bart. mais s'ils nous avaient pris?

— Ob ! monseigneur, je les défiais bien de nous prendre !

— Comment?

— Ah! sainte-croix, cela.était impossible, monseigneur.

— Mais encore, comment cela était-il impossible?

— Parce que j'avais envoyé mon brave tioruille dans la sainte-barbe, une mèche allumée a la main, avec l'ordre de mettre le feu aux poudres dans le cas où nous aurions élèamarinés.

— Que dites-vous la, monsieur Bart? s'écria H. le prince de Conti en bondissant sur son. fauteuil, car il connaissait Jean Itarl fort capable de faire comme il disait.

— Je dis ce qui est, monseigneur, car jamais je n'aurais voulu qu'on pût dire : — Jean Barl a laissé prendre M. le prince de Conti a son bord, vu que le roi m'avait ordonné de ne vous pas laisser prendre, monseigneur.

— C'esl fort bien, monsieur Bart; mais je vous prie, je vous

JEAN BARÏ

ordonne au besoin, de ne jamais employer ce moyen pourm'cmpêehcr d'être pris.

Jean Itart tit donc retirer à grand regret son fils de la 6aiulebarbe, et continua de veiller à la manœuvre de la division, qui arriva bientôt à Elseneur.

Le prince de Conti arriva A Dantzick le dernier jour de septembre. Plusieurs seigneurs polonais s'empressèrent aussitôt d'aller sur son bord lui offrir leurs services; et l'abbé de Polignac. s'y étant rendu aussi le 1" octobre, rendit compte à Louis XIV, le 5 octobre, de son enlreve avec M. le prince de Conti :

ir ... De tous ceux qui se trouveront ici les premiers, le roi de Pologne a résolu de former un conseil avant que de recevoir l'ambassade, pour écouter leurs avis sur toutes les dispositions nécessaires; et, comme ce prince veut agir le plus rapidement qu'il sera possible dès qu'il aura mis pied A terre et qu'il aura commencé, il juge très-prudemment qu'il ne saurait mieux faire que de former, sartoutee qu'il verra et entendra de ses plus fidèles serviteurs, on plan exact et proportionné, tant aux besoins de ses affaire! qu aux moyens qu'il a pour les soutenir.

« S ils avaient été plus abondants, il n'y aurait eu qu'à distribuer au plus vite ce que les Sapieha demandaient pour mettre l'armée de l.ithuanie en mouvement, pour confédérer celle de la couronne, et pour lever ces compagnies dans les palatinats .dont j'ai souvent parlé; mais la crainte où est ce prince d'embrasser a la fois tant de choses qui entraînent de grosses dépenses, quoiqu'elles fussent décisives, l'empêche de s y résoudre d'abord, sans avoir mesuré ses forces, et lui fait attendre l'avis du conseil pour choisir les expédients et courir au plus pressé.

i 11 est certain que ceci ne se terminera pas sans guerre, l'électeur de Saxe étant trop embarqué pour céder, à moins qu'il n'y soit forcé. Ainsi Votre Majesté peut voir aisément, comme je pris la liberté de lui représenter par ma lettre du ti août, qu'il faudra quelque chose de plus pour éteindre la scission qu'il n'aurait fallu pour accomplir simplement les promesses dans une élection paisible.

« J'aurai l'honneur de mander à Votre Majesté de plus grands détails dès que le conseil aura réglé toutes choses; et jusque-la je ne vois plus rien qui se puisse ajouter à ce que le roi de Pologne écrit à Votre Majesté ; ses lettres a tous les seigneurs de son parti ne manqueront pas de produire un très-grand effet, i»

Une autre dépêche de l'abbé de Polignac, du même jour 5 octobre, portait de plus ce qui suit :

n ... Le roi de Pologne est encore à la rade, assez chagrin de ce que tous ceux qui sont venus le saluer, après les premières assurances de leur fidélité, lui demandent de l'argent, et qu'ils paraissent mécontents quand il ne leur en donne point. Cependant il fait bien d'en user aiqsi; car, avant qu'il eût mis pied à terre, il serait épuisé. Il emploie pour la guerre tout ce qui lui parait d'une nécessité absolue; et, comme ses fonds ne sont pas grands, il craint, avec raison, que l'électeur de Saxe, fortifié

[>ar les troupes qui lui reviendront bientôt de 1a Hongrie, où empereur n'en a plus besoin depuis la défaite des Turcs, n'assemble une armée plus puissante et plus aguerrie que la sienue.

« A la (in de cette semaine, les députes de la diète générale nous en apporteront le résultat, et l'ambassade se fera dans 1rs formes; ensuite on réglera les parfit ronreHfa. »

Les choses se passèrent à la diète de Varsovie comme l'abbé de Polignac l'avait espéré, et voici ce que porte sur ce sujet sa dépêche a Louis XIV du 22 octobre :

« .... Le 18, la noblesse, en assez grand nombre, suivit le maréchal du Kokosz au kolo, et y fit tout de nouveau la proclamation du roi de Pologne, sans aucune contradiction.

« Ensuite elle ordonna l'ambassade pour inviter ce prince à prendre possession du royaume; une députation de plusieurs nonces pour former les pacta convoita; une autre au grand chambellan de la couronne pour le prier de donner le diplôme des commissaires pour rendre compte de l'argent qui serait employé a la satisfaction des deux armées; enfin une ambassade a Votre Majesté pour la remercier, en premier lieu, de ce

qu'elle avait bien voulu donner a la Pologne un prince do son sang si digne de régner; pour la supplier, en second lieu, de vouloir entrer dans l'engagement des pacla contenta du nouveau roi, comme Charles IX lit dans ceux de Henri 111, et pour lui demander, en dernier lieu, tous les secours qui dépendront d'elle, afin de protéger la bonne cause et la liberté contre ceux qui la veulent opprimer. »

Voici la répouse que Louis XIV fit le 7 novembre t cet différentes lettres de l'abbé de Polignac :

« ... Toutes vos lettres me font voir beaucoup de lenteur dans les affaires de Pologne, et il ue parait pas qu'il y ait encore de troupes assemblées auprès de mon cousin le prince de Conti; ceux qui le viennent trouver ne cessent pas cependant de lui demander de l'argent, sans qu'il soit possible de juger de l'utilité qu'il y aurait à le donner : ainsi j'approuve fort le parli qu il prend de ne le distribuer que très à propos, de continuer à refuser le titre de roi, et de ne point s'engager A mettre tout a fait pied à terre avant que d'avoir des troupes suffisantes pour soutenir son entreprise et pour marcher contre l'électeur de Saxe, sans être obligé de l'éviter et de se retirer dans la Prusse . en lui abandonnant le reste du royaume.

« Il est certain que je suis bien éloigné d'abandonner une affaire qui me cause autant de dépenses ; mais, avant que de m'engager davantage à la soutenir, \l est nécessaire que je puisse juger du succès qu elle aura, et si mon cousin lé prince de Coati sera en état de se maintenir sur le trône de Pologne sans lui envoyer des troupes, comme l'on en demande présentement, quoique* les Polonais .eusseut jusqu'à présent gardé le silence sur cette condition, dont l'exécution serait absolument impossible.

« Vous donnerez part à mon cousin le prince de Conti de la paix qui a été signée le 31 (la paix de Kyswick) octobre par mes ambassadeurs avec ceux de l'empereur et de l'empire. »

L'abbé de Polignac avait toujours compté sur les secours de l'armée de Lithuanie; mais, dans le temps qu'il y comptait le plus, il reçut à Marierobourg l'avis que les Sapieha, qu'on attendait avec tant d'impatience, ne venaient pas, et qu'après un conseil tenu à Grodno avec le grand trésorier delà couronne, qui s'v était rendu en diligence, ils avaient contremandé le starsnick de Lithuanie. Il l'écrivit à Louis XIV le 23 octobre, et lui marqua en même temps, au sujet du prince de Conti, ce qui suit :

o . . Ce changement m'étonna fort; je le fis savoir bientôt à ce prince, qui a tenu là-dessus plusieurs conférences avec les sénateurs; ils n'oot su eux-mêmes que lui dire; et, comme la saison fort avancée oblige l'escadre de Votre Majesté à quitter la rade en peu de jours, je crois ce prince résolu à s'en retourner avec elle, plutôt que de mettre pied à terre sans avoir de troupes réglées, ni une place de sûreté meilleure que Mariembourg, à moius qu'il ne reçoive de meilleures nouvelles. Le malheur est que le temps ne-permet pas de longs éclaircissements sur ce qui vient d'arriver, ni le remède qu on y pouvait apporter. »

Le prince de Conti prit en effet la résolution de faire mettre â la voile pour son retour en France, et ne différa son départ que de peu de jours pour attendre le vent. L'abbé de Polignac en explique les raisons à Sa Majesté par sa dépêche suivante, datée du 8 novembre, portant ce qui suit :

« ... La ville de Dantzick a poussé fort loin son insolence; après tout ce qu'elle a fait contre les officiers de l'escadre de Votre Majesté, et même contre le respect qu'elle doit au caractère dont il a plu à Votre Majesté de m'honorer, le roi de Pologne trouva bon que je parlasse au président, pour voir si la nouvelle de l'ordre que Votre Majesté a donné d'arrêter et de saisir tous les vaisseaux de cette ville, et le péril dont les bourgeois étaient menacés, ne la rendraient point plus sage. Le même jour que je lui en parlai, et pendant qu il feignait d'ignorer de si grands excès, on maltraitait actuellement l'écrivain de l'amiral dans la ville.

« Enfin, le roi de Pologne jugea qu'il ne fallait plus laisser • celte insoleuce impunie, et fil arrêter sept bâtiments appartenant à celte ville qui se trouvaient dans la rade.

< Ce malin, le magistral, en représailles, a fait fermer les portes, et a retenu tout ee qui était trouvé de Français, parmi lesquels il y a quelques-uns de mes domestiques; ils ont aussi pris mes chevaux et mes chariots qui étaient allés chercher mes meubles. »

Ce fut le 0 novembre que le prince de Conti repartit de Dantzick pour repasser en France.

Voici la réponse que Louis XIY Gt le 5 décembre a la dépêche de M. de Polignac qui lui apprenait le retour du prince :

«... Monsieur l'abbé de Polignac, j'apprends, par votre lettre du 19 du mois dernier, que vous êtes auprès de Stcttin, lorsque j'étais persuadé que vous reveniez avec mon cousin le prince de Conti: c'était le seul parti que vous aviez a prendre, et il était aisé déjuger que vous n'auriez désormais aucun service à me reudre (fans le voisinage de la Pologne. L'infidélité des Polonais s'est trop fait connaître pour m' engager désormais à leur donner aucun secours pour défendre leur liberté; il y a lieu de croire qu'elle sera bientôt opprimée par relui qu'ils ont appelé pour régner sur eux; mais je n'ai nul dessein d'entrer dans les divisions que l'on pcutprèvoir.avec beaucoup de raison, dans ce rovaume. Je diffère cependant a m'expliquer de mes intentions jusqu'à l'arrivée de mon cousin le prun e de Conti; et, comme l'expérience m'a fait voir le peu de fondements que je devais faire sur 1rs avis qu'on m'a donnés jjjsqu'a présent de l'état des affaires de Pologne, c'est de lui seul que j'attends d'être éclairé de la vérité de toutes choses.

« Le seul ordre que j aie à vous donner est de revenir incessarnmenUdans mon royaume, de m'ecrire aussitôt que vous y serez entré, et d'attendre sur la frontière que je vous fasse sa'voir mes intentions. *

Telle fut l'issue de l'affaire de Pologne. Il ressort évidemment, ainsi qu'on fa dit. de toute cette correspondance, que, si la disgrâce de M. l'abbé de Polignac fut grande et complète, il la mérita peu; car la tiédeur de M. le prince de Conti, l'insuffisance des moyens mis a sa disposition par Louis XIV, le refus du payement des lettres de change, et enfin l'infidélité de plusieurs dès partisans de M. le prince, que l'ambassadeur de France se croyait assures, entravèrent et ruinèrent toutes les sages mesures qu il avait prises.

Arrivé sur la frontière, M. de Polignac fut relégué dans son abbaye de Bonport. Il reçut la nouvelle de son exil avec calme et sérénité, car c'était un de ces hommes qui, ayant en eux une grande foi et créance, comptent toujours avec "certitude sur le besoin qu'on doit avoir de leur capacité pour les tirer de toute mauvaise situation passagère.

Ce fut pendant cet exil, si peu mérité d'ailleurs, que M. de Polignac commença de travailler à sou poëme de Y Auli- Lucrèce On sait que l'idée première de cet ouvrage lui vint à propos d'une discussion qu'il eut avec le sceptique Itayle, ce dernier lui citant incessamment l'autorité de Lucrèce ên matière de philosophie et de métaphysique. M de Polignac eut envie de lire cet auteur, et immédiatement après le désir de le réfuter, ce qu'il fit dans le magnifique poème latin qu'on connaît.

Enfin, la paix dite de Rtjtwtck, négociée pour la France par M.M. de Harlai, de Crêci et de Caillières, qui la traitaient depuis trois ans, fut signée à Ryswick, et mil fin a la guerre qui durait depuis 1689.

Le premier traité fut signé par la Hollande, le 20 septembre 1697, à minuit. Les traités de Munster et de Nimègue servirent de base à ce traité.

Le second fut signé une heure après avec l'Espagne. Il contenait la restitution des places prises en Catalogne; Luxembourg, le comté de Chiraay, Charleroi, Mons, Alh, Courlrai. ei toul ce qui avait été réuni par les chambres de Metz et de Brissac. La ville do Binan fut aussi rendue à lèvéque de Liège, et l ile de Ponce au duc de Parme.

Le troisième traité, avec l'Angleterre, fui conclu le 21 du même mois, à trois heures du malin. Louis XIV s'engageait à ne point inquiéter le roi d'Angleterre dans la possession do royaume dont il jouissait.

Le quatrième fut enfin signé avec l'empereur, le 80 octobre.

Tout fut réglé conformément aux traités de Wcslphalie et de Nimègue, et Fribourg lui fut rendu. Par ce traité, le duc de Lorraine fut rétabli dans ses États, ainsi que le duc Charles, son grand-oncle, en availjoui eu 1670.

Mais, bien qu'on lût en pleine paix, on soupçonnait, avec raison, que la future succession d'Espagne allait devenir le texte d'une nouvelle guerre, et l'on faisait de part et d'autre de sourds préparatifs. Les intendants eurent les ordres formels de tenir prêts, daus les ports du Ponant, soixante-dix vaisseaux de guerre, dont huit du premier rang, douze du second, dix-huit du troisième, et le reste du cinquième et du sixième, avec les munitions nécessaires.

Pour compléter l'examen des documents qui s étendent jusqu'à la mort de Charles II, on doit jeter un rapide coup d œil sur les événements qui eurent lieu, bien que fort insignifiants, dans les Indes orientales et occidentales.

Pendant la guerre, les hostilités s'étaient étendues jusque dans ces possessions; les puissances rivales cherchaient réciproquement à y ruiner leur commerce, et plusieurs divisions furent envoyées dans ces parages afin d'y attaquer les Hollandais, car ces derniers avaient pris Pondichéri ; mais cette possession fut rendue a la France lors de la paix de Ryswick.

En IflttS, M. de Cerquigny, capitaine de vaisseau, partit avec trois vaisseaux pour escorter un convoi de la compagnie des Indes et le conduire à Masulipatan et à l'embouchure du Gange, avec ordre de faire en roule , les prises qu'il pourrait et de les ramener lui-même avec deux vaisseaux, si elles montaient à quatre millions; mais de les briller plutôt que de les laisser reprendre par l'ennemi; d'observer la neutralité sur les côtes du Grand-Mogol, à moins qu'il n'y fut attaqué, contre les traités, par les Anglais et les Hollandais; d'éviter a son retour les Iles d'Amérique, et de ne toucher an plus qu'A la Grenade plutôt qu'à la Martinique; de ne venir enfin atterrir en France qu'an mois d'octobre, pour éviter les escadres ennemies, et de s'entendre avec les capitaines des vaisseaux de la compagnie au sujet de la marche.

On ne peut voir un plus beau travail, trop étendu d'ailleurs pour être cité dans cette histoire, que le détail des mouillages où M. de Cerquignv devait toucher, ainsi que des instructions pour la route et la conduite qu'il devait tenir pendant sa mission.

En 1698, après la paix de Ryswick, le chevalier des Augers, capitaine de vaisseau, fut envoyé dans l'Inde avec une division de quatre vaisseaux pour reprendre Pondichéri , rétablir les affaires du commerce, se concerter avec les directeurs de la compagnie sur les nouveaux établissements qui s'y pourraient faire, y laisser des troupes, des canons, des munitions, et un de ses' vaisseaux même, s'il était nécessaire; mais sans souffrir que ses officiers prétendissent rien sur les commis de la compagnie, quant à ce qui regardait la spécialité de leur commerce. M. des Augers devait ensuite aller a Surate pnur engager, par quelque régal, le gouverneur a favoriser le commerce des Français et à permettre l'exportation des marchandises de ce pays. Baus le ras où le gouverneur de cette possession n'aurait pas donné 1 M. des Augers les facilités qu'il demandait, celui-ci devait embarquer les effets des Français et les ramener dans la métropole. Cet armement éprouva de longues traverses; et, bien que rendu de fait à la France. Pondichéri demeura bien plus soumis à l'influence commerciale des Hollandais.

Il fut aussi, en 1690, accordé nne frégate au sieur de la Roque-Persin pour aller en Chine, avec la mission spéciale de bien observer sur sa route les vents, les marées, les courants, les mouillages, et de les relever exactement sur son journal.

Voyant le peu de succès qu'avait eu la mission de M. des Augefs, M. de Pontchartrain envoya, a la fin de 1699. M. de Chateaurenault 'fils du comte), avec trois vaisseaux, à Pondichéri, avec des instructions beaucoup plus précises et pins détaillées que ne l'avaient été celles de M. des Augers.

M. de Chateaurenault eut surtout ordre de courir sur les forbans anglais et hollandais qui infestaient le* côtes de Siam,

JKAN BART

et de s'en faire un mérite auprès du Grand Mogol, qui voulait rendre la nation française responsible de toutes les pirateries qui se faisaient dans ces m.'rs. Mais, surtout, le nouveau capitaine eut ordre de s'en référer absolument aux directeurs de la compagnie, qui, par leur longue expérience pratique, savaient mieux que pas un la marche à suivre dans Celte occurrence

Quant aux Barbaresques, pendant ce laps de temps (depuis les dernières expéditions du maréchal d'Estrées, en 1687>, la politique tenue a leur égard avait toujours été la même, en cela que ces puissances ne peuvent donner aucun secours, aucun avantage, si l'on est allié avec elles, mais qu'elles peuvent faire i effroyable au commerce dés qu'on est en guerre

Or. en état de guerre, il demeure prouvé, même par les rançons obtenues à si grand'pcine et à si grands frais par le maréchal d'Estrées; il est prouvé qu'il n'y a rien à gagner avec elles, car ce qu'on peut en tirer couvre a peiue nn tiers des dépenses de l'armement, et dédommage encore moins des prises u'ils font au commerce. Cependant, il est toujours nécessaire e leur faire craiudre la guerre, parce que la terreur seule

peut garantir avec eux la foi des traités, sur lesquels on r peut jamais d'ailleurs compter dès qu ils trouvent leur intérêt

Cette nécessité explique la présence nombreuse et fréquence de divisions sur les côtes de Barbarie pour les intimider, ainsi que les manières des consuls toujours tendues sur le haut pour leur faire redouter la puissance de Louis XIV. Un en arrivait le plus lard possible a uue rupture ouverte, qui. ou le répète, était toujours désastreuse ou au moins inutile et fâcheuse dans ses résultats.

Une autre considération peu humaine, ou plutôt fort humaine, engageait a les tolérer : les Barbaresques contribuaient fort a ruiner, non-seulement le commerce des nations avec lesquelles la France était en guerre, mais encore celui des nations amies, telles que l'Espagne et l'Italie ; car la rivalité du commerce, cette éternelle gnerre des lenips de paix, si cela se peut dire, trouvait de nombreux avantages a avoir de tels auxiliaires.

On ménagea donc fort les Barbaresques, surtout en temps de guerre. En temps de paix, on se montra plus ferme avec eux. M. de Pontchartrain, suivant en cela les errements de Colbert, se fit toujours un devoir de ne les point secourir dans leurs guerres civiles, ainsi qu'on l'a vu lors de l'cxpédiiion de Tripoli, niais de tâcher plutôt à les accommoder, de crainte de voir tourner contre la France celui qui aurait été vaincu par son intervention.

Quoiqu'il fût apparemment enjoint aux capitaines de garder les esclaves qui viendraient se réfugier sous le pavillon de France, il était secrètement ordonné a ces capitaines de ne point favoriser ces évasions qui pouvaient amener de graudes causes de ruptnre.

Une singulière mesure, c'est que, pour cacher aux Barbaresques à quel point les cliiourmes des galères regorgeaient de Tu isietw. Algériens, etc , on évitait autant que possible les ambassades barbaresques depuis le ministère de M. de Pontchartrain; ou bien, lorsqu il était absolument impossible de les empêcher, on cachait la cbiourme avec un soin extrême à la vue des envoyés.

Depuis 1688 jusqu'en 1609, bien qu'on ne fût pas en guerre avec Alger, on eut toujours le même reproche a faire â cette régence : bâtiments français pillés ou insultés par ses corsaires, lorsque ces navires échouaient sur les côtes d Afrique, prises faites sur des nations amies on alliées dans l'étendue de dix lieues de nos côtes (y ayant prescription â cette distance), enlèvement de missionnaires ou de "

Français sur le littoral. Ci toujours aussi, ce fut en vain qu'on demanda aux A gériens la restitution de respilleries, ou le châtiment de leurs corsaires. Le dey se défendait sur l'ignorance où il était des faits, ou bien prétendant que les plaintes des marchands étaient toujours exagérées, on, ce qui était souvent, il faut l'avouer, assez vrai, que les marchands avaient donné lieu .. ces agressions par leur cupidité ou leurs mauvaises manceuvres ; il arguait enfin de

l'impossibilité de faire bonne et prompte justice des pirates dans un gouvernement aussi orageux què le sien.

Faute de meilleures, somme toute, on se payait de ces raisons : d ailleurs, la guerre où l'on était contre l Angleterre, l'Espagne et la Hollande nécessitait celle faiblesse; seulement on lit tout au monde pour engager ces barbares i courir sur ces pavillons, ce qu'ils firent sans trop exiger pour cela.

Quant aux Tunisiens, pendant cette même période, ce furent aussi les mêmes griefs, les mêmes plaintes et la même facilité, commandée par les circonstances; nèaumoios, on fil expliquer au bey que la condition stipulée dans les traités avec lui, de ne point faire de prises â dix lieues de nos rôles inclusivement, n'était point réciproque de la part de la France.

Les Tripolitains s'étant montrés plus décidément hostiles, et leur ville étant plus ouverte au châtiment, on les bombarda, en 1692, puis on fit croiser quatre vaisseaux contre eux, qui prirent cinq de leurs corsaires.

En 1699, la paix fut conclue avec ces barbares ; on leur remit 28.000 piastres qu'ils devaient encore de leur rançon de 1685, mais à condition qu'ils déclareraient la guerre aux Anglais.

M. du Saiult. chargé de ces transactions, montra beaucoup de faiblesse et de cupidité. Le rrgistre des ordres du roi contient plusieurs lettres â ce sujet, qui lui font les plus vifs reproches. Il lui avait été pourtant expresséme t recommandé de garder la neutralité dans la guerre des Tripolitains et des Tunisiens, et de plutôt chercher, selon la politique sage qu'avait léguée Colbert, â les concilier qu'à les diviser, surtout â cause de l'extrême importance des établissements du cap .Nègre , qui en eussent beaucoup souffert.

Pour terminer enfiu ce tableau rapide des guerres barbaresques, on doit parler un peu plu* longuement des corsaires de Maroc et de Salé, contre lesquels l'expédition de Jean Bart fut dirigée en 1681, ainsi qu'il a été dit.

Ces Maures, bien que d'une rare et exemplaire fidélité et probité dans les lois du commerce de leur pays, attaquaient indistinctement tous les navires étrangers qu'ils rencontraient â une certaine distance de leur port, nommée la Barre-de-Salé, pillaient également alliés ou ennemis. Leurs bâtiments légers, bons marcheurs, hardis, avaient une voilure effrayante de hauteur, étaient toujours fort chargés de monde, et, ne combattant jamais que sûrs de remporter l'avantage, fuyaient enfin avec une vélocité sans pareille s'ils ne se croyaient pas la chance favorable.

Depuis 1686 on était en guerre avec eux. Sur quelques ouvertures qu'ils firent pour demander la paix. M de saint Olon. ancien résident à Gênes, leur fui envoyé vers 1693. avec qualité d'ambassadeur, pour conclure la paix sur les bases de celle de 1682, et convenir d'un échange général des esclaves, ou au moins de tête pour tète, s'il ne pouvait obtenir un traitement plus avantageux. M. de Saint-Olon. d'après ses instructions, pouvait écouter aussi les proposit ons des ministres de Maroc qui espéraient obtenir de lui des facilites pour entrer en Espagne ; mais cet ambassadeur ne devait prendre aucun engagement formel avec eux.

Celle mission fut malheureusement infructueuse par les mille obstacles que le roi de Maroc y apporta, et la guerre continua comme d habitude, sans interruption de commerce, dans l'intérieur du pays. En 1694, on envoya croiser contre eux deux frégates du cap de Saint-Vincent à Salé.

Le roi de Maroc fit de nouvelles instances pour la paix, en 1697: mais on lui répoudit qu'on n'entendrait â aucune ouver-. ture avant qu'il eût signé le irailé tel qu'il avait été proposé en 1693. On refusa surtout sa proposition de faire juger par des cadis les affaires des Maures avec les étrangers, et I on consentit qu'elles le fussent seulement par les commandants de.» pays où ils se trouvaient.

Le roi de Maroc ayant refusé ces conditions, Louis XIV fit armer, en 1698, sept frégates légères, commandées par M. de Coetlogon, pour courir contre les Marocains. On demanda au roi d Espagne de placer un entrepôt de vivres et de munitions â Cadix, ce qui fut accordé; mais, â la fin de l'année, le roi de

Maroc effrayé ayant offert d'envoyer un embassadeur en France, on signa avec lui une trêve de huit mois

Mais cette mission n'étant déclinée, selon l'instinct plein tic finesse de ces barbares, qu'à gagner du temps, on ne convint de rien, et la guerre et les armements recommencèrent avec plus de vivacité que jamais, moins pourtant à cause du motif apparent de la guerre que parce que sous ce semblant Louis XIV put mettre eu mer un grand nombre de navires, afin d'être prêt a agir en Espagne aussitôt après la mort de Charles II, qu'on attendait en Europe avec h plus furieuse anxiété. M. le comte de Relingues, commandant une forte escadre, eut ordre de toucher a Cadix et d'y faire savoir son arrivée a M. le marqnis d'Ilamourt. ambassadeur de France! Madrid, comme avait (ait M. d'Estrces; tl devait ensuite attendre ses ordres, afin de s'emparer de Cadix, si cette ville prenait parti pour la France, toujours dan* I hypothèse de la mort dé Charles II.

Telles furent les expéditions maritimes qui suivirent la paix de Ryswirk, et dont le récit embrasse les années 1697, 98 et 99, à l:i lin de laquelle M. de Poutcbarlruin fils succéda à soi) père, qri remplaça, comme chancelier de France, M. Boucherai, mort le 2!> septembre de la même année.

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