CHAPITRE LU
Les événements de cette dernière période du règne de Louis XIV vont à cette heure se hâter et se presser de telle sorte, qu'il faut rapidement en poser les causes et en dedui.t les effets.
On dirait, en vérité, que chaque phase suprêmement fatale du gouvernement de ce roi doit être niarqn. e par une flagoruerie aussi rffrontée que maladroite. Ainsi on vient de voir
Sie pour élever une statue équestre a Louis le Grand, on oisit justement l'année qui précède une des époques les plus désastreuses de ce funeste règue, a savoir : l'aunée qui vit les sacrilèges menées, les scandaleuses jongleries, grive auxquelles le malheureux ibarlesll,roi d'Espagne hébété, moribond et ioressammeol épouvanté par les menaces terribles de son confesseur, l'instrument vénal et impie du cardinal Purlo-Carrrroet du pape Inuocent XII. annula un premier leslameot basé sur la foi jurée, sur les devoirs de famille, sur le droit naturel, sur celui des gens et des nations, un testament enfin basé sur l'intérêt bien entendu de la monarchie espagnole et de la tranquillité générale de l'Europe, pour signer un autre ai te parjure, déloyal, dont l'acceptation ou le refus devait causer une conflagration complète en Europe, sans avantage d'ailleurs pour Louis XIV, le fauteur de ces effroyables événements, qui. pour l'orgueilleuse van-té de voir une couroune éphémère sur la tète de son petit-Ols, élargit et creusa le gouffre ou sa propre dynastie devait un jour s engloutir.
Mais donnons d'abord quelques traits sommaires du caractère de ce malheureux Charles II, roi d'Espagne, dont la vie, bien que languissante et maladive, tint en suspens durant de si longues année." la dévorante ambition de presque toutes les puissances européennes, qui n'attendaient que sa mort pour donner cours a leurs prétentions exorbitantes.
Ce hls infortuné de Philippe IV. né en 1661 , avait. alor» qu'il mourut, trente-neuf ans : f.dble. énervé, souffrant, ne se sentant capable de rien entreprendre après avoir subi la longue et dure tutelle de sa mère, Anne d'Autriche, et habitue dès longtemps à cette profonde inertie de volonté, ce prince se jeta dans les bras de son frère naturel 0. Juan d' \ ut riche, pour lui demander
aide et secours, et lui abandonna le gouvernement de ses vastes Étais, se résignant à une vie obscure, tranquille et retirée. Don Juan, au lieu de compatir a une faiblesse et à une impuissance qui s'avouaient rm*si naïvement, n'usa d*s pouvoirs saos bornes que loi laissa son frère que pour satisfaire sou inquiète et turliulente ambition et servir ses haines ou ses prédilections personnelles : de sorte que bientôt le gouvernement de ce bâtard devint tellement odieux aux E-pagnols, que Charles II fut obligé de donner la direction des affaires à un autre premier ministre, le jeune marquis d'Orbesa. dont l'influence ne fut pas moins funeste que celle de don Juan; aussi relie puissance, autrefois si souveraine, compta dès lors pour si peu dans la balance de I Europe, que la Hollande, l'Angleterre et la France la rançonnèreul à l'envi, et lui enlevèrent impunément les drruières possessions qui lui restaient dans les Pays-Ras.
I. harles II vit enfin mettre un terme à ces envahissements par U paix de Niraègue. encore cimentée par son mariage avec Louise d'Orléans, fille de Momsieub, frère du roi, et de l'infortunée Henriette d Angleterre
« ette union si éphémère ei sitôt tranchée par le poison dont cette pauvre jeune reine mourut, dil-on. cumme sa mère; celte union fut la seule lueur de félicité qui vint éclairer la morne et douloureuse existence de ce malheureux roi, idolâtre de celle princesse.
Faible, sans aucune énergie morale, Charles, incapable déjà de supporter le poids du gouvernement, écrasé par cette mort qui lui ravissait le seul bonheur qu'il eut connu dans sa triste vie. abandonna pour toujours, et avec la plus incurable insouciance, la direction de» affaires a d -s favoris ; tout alors fut plongé daus le desordre et la confusion ; sa cour, sans rgle et sans frein, fut eu proie aux discordes intérieures. Les peuples, accablés d'impôts, ne les pouvant payer, se défendirent par une passive résistance d inertie, ou se rebellèrent ouvertement. Enfin re beau royaume lomba dans la décadence la plus effroyable, et chaque souverain étranger le regarda dès lors comme une proie facile et dévolue à l'ambition du reste de l'Europe.
L'empereur surtout lâcha de s'élab ir sûrement parmi les ruines de cette monarchie qui s'écroulait. Durant la vie de sa première femme, qu'il adorait, < harles II, lié pour ainsi dire par elle a la politique française, s'était aliéné l'Allemagne: mais, dès que le roi fui veuf, l'empereur lâcha de substituer l'influence autrichienne au pouvoir des favoris en faisant épouser a ' harles Anne de Neubourg. tille île l'électeur palatin et sœur de l'impératrice. Incessamment obsédé, le roi d'Espagne consentit indifféremment a ce mariage; mais bientôt la vengeance de Lo is XIV le punit d'avoir ainsi écoulé les vues ambitieuses de l'empire : les armées françaises, aiqsi qu'on a dit, passèrent les Pyrénées en 1694, et, apiès avoir bombardé Alicante, menacé l'Aragon, défait l'armée espagnole, envahi nue paitie de la Catalogne, s'emparèrent de Rarcelone; heureu-ement la paix de Ryswick vinl mettre comme un temps d'arrêt a celte effroyable decad nce.
Lors de la paix, Louis XIV, avec cette même générosité qui engage les Indiens ù engraisser les prisonniers qu'ils doivent un jour dévorer, soutint noblement contre l'Europe entière les droits du malheureux et faible Charles II emporta d avantageuses conditions, empêcha le démembrement de relt- monarchie, et lit tant el si bien, qu'on laissa intactes les plus belles possessions de la couroune d'Espagne.
Or, le but du giand roi était simple : il pensait à s'agrandir lui-même de tous ces royaumes »i enviés; et ce rêve fatal et iiicessaol de Richelieu el de Maxarin. la réunion de* deux couronne*, lui semblait pouvoir enfin être une réalité pour lui, s'il parvenait a s'emparer de celte succession malgré la renonciation formelle et sacrée du traité des Pyrénées, qu'il avait déjà d'ailleurs tant de fois el si violemment parjurée.
Depuis la paix de Ry>vrick la santé de Charles II déclina, s'altéra de plus en plus, el sa mort parut si menaçante, qu en 1698 chaque souverain intéressé dans la succession envoya des ambassadeurs à Londres ou a la Haye pour conférer de celte épineuse question. Aussi, après de lougues conférences, le premier traite de partage, fait asseï étrangement du vivant du lé-
«ataire, fut conclu à Londres et signé â la Haye, le 10 octobre 1698, entre Louis XIV, Guillaume III et les 'Etals Généraux de Hollande. M. de Tallanl y représentait la France.
Par ce traité, le prince électoral de Bavière était reconnu roi d'Espagne. M. le dauphin avait pour sa part les royaumes de Naples et de Sicile, ainsi que les places dépendantes de la monarchie d'Espagne situées sur la cote de Toscane ou Iles adjacentes, la ville et le marquisat de Final, la province de Guipuscoa, Fontarabie, Siiiut-Sébaslien et le port du Passade. Enfin l'archiduc Charles entrait en possession du duché de Milan.
Mais, avant que de parler des différents testaments que signa le roi Charles en apprenant ce partage do ses Etals, fait de son vivant, il faut donner connaissance des héritiers naturels de celle succession :
1* On ne cite que pour mémoire les enfants de Marie-Thérése, lille du premier lit de Philippe IV, et femme de Louis XIV (représentés par M. le dauphin, son droit étant légalement ruiné par la renonciation du traité des Pyrénées); ainsi donc, 1 h cri tior naturel de droit et de l'ait était le prince électoral de Bavière, dont la roére était fille de Marguerite-Thérèse d'Autriche, fille du second lit de Philippe IV, et première femme de l'empereur Léopold ; après lui 2" MossiEira, frère de Louis XIV, fils cadet d'Anne d'Autriche, laquelle était fille aînée de Philippe III, et femme de Louis XIII : 3* l'archiduc Charles, fils de Leopold, ayaot droit par sa graud'mére Marie-Anne d'Autriche, seconde femme de Philippe. III, et femme de Ferdinand III, père de Léopold; 4* M. le duc de Savoie, représentant les droits de sa bisaïeule Catherine, fille de Philippe II, et femme de Charles- Emmanuel, duc de Savoie.
Tela èuieni les héritiers directs el indirects appelé* a posséder cette couronne.
Or le malheureux Charles II, irrité d'ailleurs fort naturellement de voir qu'on partageait ainsi ses Elats de son vivant, fit un premier testament, par lequel il reconnaissait pour seul et unique héritier des possessions et couronnes d'Espagne, Naples el Sicile, le prince de Bavière, ayant seul droit au trône d'a-
itrès la renonciation ci expresse de Marie-Thérèse d'Autriche, èmme de Louis XIV. La reiue d'Espagne devait conserver la régence pendant la minorilé du jeune prince de Bavière.
Lorsque le conseil d'Espagne eut connaissance de ce testament, 1 intérêt particulier des membres de ce conseil, froissé par la terreur que leur inspirait l'avenir incertain de la monarchie ainsi abandonnée à la toule-puissance de l'empire; cet intérêt particulier, dis-je, vint singulièrement en aide a la politique française.
Le cardinal de Porto-Carrero, homme habile, dissimulé, patient, mais plein d'ambition, de hauteur et de superbe, était l'âme de ce conseil, baissant personnellement la reine, et tenant le roi par le fort de sa conscience, en cela qu'il lui choisissait ses confesseurs. Le cardinal avait mille raisons et mille moyens pour traverser de tout son pouvoir l'exécution d'un testament si ouvertement favorable a la maison d'Autriche.
D'un autre côté la lâche était grande ; car Charles II, furieux de voir avec quelle indécente avidité on se partageait ses dépouilles de suri vivant, semblait avoir concentré l'énergie qui lui avait manqué toute sa vie dans l'expression et l'exécution de sa dernière volonté en faveur du prince de Bavière.
Porto-Carrero devait donc forcer ce roi à détruire son premier testament, le chef d'oeuvre de son cœur, le seul acte où il eût fait preuve de son vouloir royal, la consolation de sa fin prématurée ; enfin il fallait que le cardinal ourdil celte trame
(iresque sous les yenx du comte d'Harach, ambassadeur de 'empire.
Mais la grandeur des obstacles y roidil encore Porto-Carrero, qui commença par faire chasser la favorite de la reine, nommée Berlips. Autrichienne fort décriée à Madrid. La reine, privée de cette favorite, qui était tout son conseil, ne put agir MMl efficacement pour balancer l'immense influence que Porto- Carrero venait d'emporter d'emblée par un merveilleux coup de partie en faisant chasser le confesseur du roi, et lui en donnant uo autre de sa main, fort parfaitement dressé au rôle qu'il
devait jouer pour répandre les plus effroyables doutes dans le cœur du monarque affaibli, en lui montrant les choses de ce monde a la lueur de ce terrible flambeau qu'on allume aux
mourants.
Or le confesseur alla droit au coeur de la question, en exposant au malheureux roi que son testament frustrait d'un légitime héritage le fils de Louis XIV. Quant à la renonciation sacrée, formelle, jurée i la face de Dieu el sur les saints Evangiles lors du traité des Pyrénées, qui rendait les prétentions du prince français vaines et criminelles aux yeux de Dieu et des hommes, le confesseur les tourna, les voila, et, par une indigne interprétation, démontra que celte renonciation n'avait été motivée dans le contrai de mariage de Louis XIV que * à celte fin « que les deux couronnes de France el d'Espagne ne tombas-
< sent pas un jour dans les mêmes mains. ■ Or. disait le confesseur, en appelant au trône le fils de Louis XIV ou son petitfils, les couronnes < ne se trouvaient pas de fait sur la même
< téle, i puisque Louis XIV demeurait roi de France pendant que o Monsieur le dauphin ou M. le duc d'Anjou serait reconnu • roi d'Espagne. »
C'est à épouvanter quand on pense que ce fut à l aide de ce misérable et effronté subterfuge, de cette fausse el menteuse interprétation d'un traité aussi clair, aussi précis, aussi explicite que l'était celui de la renonciation, que le confesseur, et plus lard le pape, osèrent combattre les désolants scrupules qui naissaient dans l'âme juste et droite de( harles II.
Toujours est-il que ce prince, exténué de maux, flottant, irrésolu, déchiré par mille craintes, et ne sachant que décider, suivant l'avis du confesseur, consulta le pape, et lui écrivit fort au long, promettant de faire selon les ordres ou les conseils de Sa Sainteté.
C'était là qu'on attendait le moribond. Depuis longtemps le pape avait, dans le plus entier el le plus profond secret, promis au cardiual d'Estrèes de prêcher son ouaille expirante dans le sens d'un testament en faveur du duc d'Anjou. Aussi le saintpère lui répondit-il amplement qu'il croyait que les enfants du dauphin étaient les seuls véritables el légitimes héritiers de la monarchie, qu'ils en devaient exclure les autres, et qu'enfin, proche d'aller rendre compte i Dieu de ses actions, il devait meure en balance les intérêts de la maison d'Autriche avec ceux de son autorité, qui se trouveraient terriblement compromis s'il frustrait ses héritiers naturels au nom d'une vaine renonciation.
C'était en vérité combler le mensonge par le sacrilège ! la renonciation, jurée sur les sainls Evangiles, avait eu un pape pour garant; et voici qu'un autre pape traite celle renonciation de vainc, en menaçant des flammes éternelles le malheureux roi qui se sentait quelque velléité de ne la point parjurer. Ce serait à confondre, si l'on ne reconnaissait heureusement dans ces contradictions permanentes les traces de cette bonne et naïve humanité qui, sans faire étal du sceptre ou de la tiare, se révèle toujours inconséquente, personnelle el misérable, agissant ainsi pro domo tuâ, malgré les faux semblants de puissance et de divinité dont on la décore sans la changer jamais.
En un mol, le malheureux Charles, aux oreilles duquel le confesseur ne cessait de répéter : « Flammes éternelles el éternels grincements de dents si vous ne faites pas le duc d'Anjou votre légataire, » brûla l'ancien testament, en signa un nouveau en faveur du petit-fils de Louis XIV... et puis tout fut dit... il mourut...
Le secret de ces honteuses machinations avait été d'ailleurs tellement bien gardé par les agents du parti français, que ni M. le marquis d'Ilarcourt, ambassadeur de France â Madrid, mais se rendaut â cette époque â Bayonne, ni M. de Rléroujt, chargé temporairement des affaires de France à la cour d'Espagne, ne lurent pas même instruits de l'existence du second testament, toute cette affaire ayant été dès longtemps et directement traitée à Borne avec le cardinal d'Estrèes.
Un courrier, envoyé de Madrid, arriva bientôt à Versailles, apportaut la nouvelle de la mort du roi Charles, qui termina sa longue et douloureuse carrière le 11 ociubre 1700.
Apprendre la mort du roi, ou s'occuper de savoir ai ce tes»
I devait être accepté, étant, par la connaissance anticipée qu'on avait de la teneur de cet acte, une même question, le conseil de Louis XIV s'assembla pour conférer de ces matières.
Ce conseil se composa du roi et de madame de Maintenon (qui fut pour la première fois admise ainsi publiquement a la délibération des affaires en manière de ministre sans portefeuille), de MM. le duc de Beauvilliers, de Torry et du chancelier de Pontchartrain.
Après une longue discussion, où les avis contraires d'accrptationet de refus furent longuement débattus, l'acceptation du testament fut résolue à la majorité de madame de Maintenon, qui fut consultée la dernière par le roi.
Or, le mardi 16 novembre 1700. Louis XIV, étant à Versailles, fit, après son lever, entrer dans son grand cabinet M l'«mbassadeur d'Espagne, auquel il dit en montrant monseigneur le duc d'Anjou : « Monsieur, saluez le roi d'Espagne. » Puis, faisant, contre toutes les habitudes établies, ouvrir les deux battants de la porte, le roi, prenant le jeune prince par la main, le montra, et dit d'une voix haute à la foule des courtisans :
« Messieurs, voici le roi d'Espagne ! »
C'en était fait, les deux couronnes étaient réunies.
Ce qu'il était facile de prcvoir arriva Cette acceptation, cette nouvelle insulte faite à la foi jurée, qui reniait ainsi et le traité de*s Pyrénées, et le traité de partage fait et signé avec l'Angleterre.' la Hollande et l'empire, fut le signal d'une nouvelle et formidable ligue contre la France. L'inti rél de toute l'Europe se soulevant contre cette agglomération de territoire, il fallait s'attendre ., une guerre longue et acharnée.
Aussi la France, épuisée par une longue suite de guerres et qui, depuis la paix de Ryswick. commençait a peine a respirer, dut-elle faire de nouveaux et énormes armements, non-seulement pour pourvoir a sa propre défense, mais encore à celle de l'Espagne, qu'il fallait fournir et alimenter de tout, hommes, argent, munitions, car ce malheureux pays ne possédait rien. Qu'on pense a une pareille charge, aux conséquences incalculables de l'embrasement que l'acceptation de ce testament allait causer en Europe, et l'on frémira de l'aveugle superbe qui poussa Louis XIV a vouloir réunir ces deux couronnes
Tandis qu'au contraire, s'il eût maintenu le traité départage , il se conciliait toute l'Europe par ce grand exemple de modération et d'adhésion sincère aux traités reconnus. Lui, surtout, qui n'avait ligué l'Europe contre lui que par la haine
Se ses parjures èhontés soulevèrent, et par la persuasion où lient les autres nations qu'il tendait a fonder une monarchie universelle.
Toujours est-il, on le répète, que cette acceptation fut le signal et la cause de toutes les guerres désastreuses qui ensanglantèrent les quinze dernières années du règne de Louis XIV.
(Jtiant aux expéditions maritimes durant cette période, elles furent presque toutes malheureuses, ainsi qu'on verra en son lieu.
Le manque de fonds, le délabrement du matériel, la ruine des arsenaux, le relâchement des liens de la discipline, la rébellion de plusieurs parties du littoral, contribuèrent sans doute à cette décadence; mais le plus cruel et le plus implacable ennemi de la marine de France, si florissante et si féconde sous Colbert. si guerrière et si aventureuse sous Seignelay, et quelquefois si productive sous Ponlcbartrain, ce plus crùel ennemi fut Jérôme de Pentchartrain , fils du dernier ministre, qui, ainsi qu'on a dit, succéda monsieur son père vers la tin de l'année 1699.
M. Jérôme de Pontchartrain était âgé d'environ trente-neuf aus lorsqu'il fut pourvu de cette charge : c'était un homme qui avait du travail, du manège, de l'esprit, du savoir, de l'application, et quelquefois de grandes et solides vues; une volonté ferme, arrêtée, persévérante, et toujours parfaitement instruit des choses qu'il traitait. Sélant fort occupé de la ma-
rine pendant le ministère de son père, il avait réussi à conment, mtes
naît», et, principalement, tous les ressorts de la législation, des différentes lois, pouvoirs et coutumes des ami-
atnsi que rauiés.
Malheureusement tonte cette science si péniblement acquise, cette intelligence haute et sagace, ce caractère énergique et résolu de faire exécuter ce qu'il croyait bon, s'était aigri, corrompu, tourné en liel empoisonné par la plus exécrable ambition et par la jalousie, la plus féroce.
Sans nul doute, M. Jérôme de Pontchartrain, ministre de la marine, n'ayant pas un amiral au-dessus de lui, eût peutêtre rendu quelque verdeur à cette branche autrefois si vivace de la gloire et de la prospérité nationale; mais ce ministre ayant à compter avec M. le comte de Toulouse, qu'il jalousait jusqu'à la haine la plus envenimée, ne mit aucun frein a ses détestables menées, et voyant qu'il ne pouvait rien faire par lui-même sans éviter le contrôle et l'investigation d'un supérieur doux et modeste, mais ferme et sachant faire compter avec lui, jura qu'un auîre, fût-il amiral de France, fût-il fils du roi, notiseulemcnt no pourrait rien à la régénération de la marine, mais encore se verrait empêché en tout, partout et pour tout ■ aussi ce que M. de Pontchartrain avait de puissant et de fort dans l'esprit fut-il employé, avec une indicible et épouvantable opiniâtreté, a ruiner la marine par mille moyens affreux, ainsi qu'à atténuer ou effacer le peu d'améliorations que M. le comte de Toulouse tenta toujours vainement d'y introduire.
Contestations, refus de service, excitation sourde des inférieurs contre leurs supérieurs, appel aux passions les plus violentes dégradation raisonnée du matériel, destruction et abandon calculé de toutes les ressources que possédait la France, instructions confuses, maladroites, qui ne pouvaient amener que de fâcheux résultats, tels furent les moyens employés par M. Jérôme de Pontchartrain pour anéantir la marine, et avec elle la toute -puissance de M de Toulouse sur ce département.
De là, de celte jalousie âcre qui le dévorait comme une lèpre, vint, chez ce ministre, une aigreur constante d'humeur qui sortait partout et rendait son commerce intolérable : haut, impérieux, brutal, pédant et questionneur comme un régent de collège, ayant d'ailleurs une entrée fixe, particulière et trèsinfluente auprès du roi, par ses rapports secrets sur la police de Paris, qui était demeurée dans ses attributions, il faisait tout le mal qu'il pouvait et était abhorré par tous ; joignez à cela un extérieur affreux, une figure criblée de petite-vérole, qui lui avait emporté un œil; un visage couturé, cicatrisé; une encolure lourde, épaisse, gênée, un abord de cuistre et un regard de singe, avec un rire véritablement diabolique, lorsqu il avait asséné quelque cruel sarcasme où il excellait; d'ailleurs, plus qu'uni et simple sous le rapport de sa naissance, dont il se moquait le premier, en disant que ses aïeux étaient de petits bourgeois.
Tel était l'homme entre les mains duquel furent placées les destinées de la marine ; tel fut le dernier des quatre ministres de ce département pendant le long règne de Louis XIV.
Maintenant on va donner ici le sommaire des événements maritimes.
La guerre causée par la succession d'Espagne réunit donc, ainsi qu'on l'a dit, toutes les puissances maritimes de l'Europe contre la France.
Bien que leurs forces fussent supérieures matériellement parlant, et que leur crédit financier fût anssi beaucoup mieux établi que celui de la France, ou leur résista pourtant éuergiquement jusqu'au combat de Malaga, livre en 1 <04, mais, depuis cette fatale action, ainsi qu'on le verra, la France fat obligée de se tenir sur la défensive.
N'ayant plus une marine suffisante à opposer aux flottes ennemies, on réduisit les armements â des entreprises particulières ; système déjà suivi d'ailleurs avant la mort de Seignelay et absolument continué sous le ministère Pontchartrain; système fâcheux en cela qu'il relâchait les liens de la discipline et accoutumait les officiers et les équipages â ne se battre que dans l'espoir du pillage. Oo confiait à des officiers particulier»
JE A.ÎS BART
les vaisseaux et les soldats du roi, et on les obligeait à leur donner une solde plus forte que celle accordée par le gouvernement; ils devaient" aussi remplacer les morts, les déserteurs et jusqu'à leurs habits perdus dans la cuorse, faire enfin rétablir, lors du désarmement les armes et futailles détériorées pendant la campagne. On ne donne es détails minutieux que pour faire ronn lire le comble de misère où était tombée cette marine, bi riebe et si abondante sous Colbert.
Les côtes n'étant plus gardées, on obligea les négociants de Guyenne et de Languedoc d'armer des vaisseaux pour défendre leur littoral, et les frais d'armements leur furent remboursés par on droit de tonnage qu'on leur permit de lever.
Ou lit embarquer un grand nombre de gardes-marine sur les corsaires, et on permit à des étrangers de s'intéresser dans les armements français ; seulement, quand ils avaient plus d'un tiers de part dans le bâtiment, et que les deux tiers de l'équipage n'étaient pas français, on leur défendait de naviguer sous le pavillon du roi. On mendiait les secours des nations étrangères; on ménageait les puissances du Nord en guerre les unes contre l«s autres, en se résignant à la plus stricie neulra ité. et en souffrant patiemment les atteintes sanglantes et journalières que recevait le pavillon, notamment dans les ports de Livourne. de Gènes et de Venise, on la course des eunemis était favorisée aux dépens de la France.
Ce n était plus le temps des bravades de Seignelay, temps de vaine gloire, mais qui u 'était pas au moins sans quelque éclat.
Après ce sommaire rapide des faits qui vont suivre, abordons ces faits eux-mêmes.
Dès le commencement de l'année 1700. on avait reçu l'ordre d'armer dans tous les ports, l'intention de Louis XIV étant de faire passer trente mille hommes à Naples, deux mille chevaux, quarante pièces de campagne, trente pour les sièges, avec des munitions nécessaires. L'embarquement devait se faire à Toulon, et quinze vaisseaux de guerre trente galères, cent cinquante lariaues et un grand nombre de flûtes devaient être char-, gès du transport de ces forces.
N'était-ce pas la le moment de regretter bien amèrement la conquèle de Messine, si misérablement abandonnée? Quel poids cet;e positif n'eût elle pas alors donné à la France, en cette occurrence?
Sur la nouvelle d'un armement à Cadix, que l'oo crut destiné à favoriser le transport de l'archiduc en Espagne, on fit partir de Toulon M. de Nesmond avec douze vaisseaux de guerre et deux brûlots, sous le prétexte de la guerre de liaroc. mais de fait pour surveiller cet armement, avec ordre de le suivre, s'il passait dans la Méditerranée, de déclarer au commandant qu'il avait ordre de le combattre s'il se proposait d embarquer l'archiduc, et de l'attaquer, en effet, avec le concours des galères de France, commandées par le bailli de Noailles, et des frégates de M. de Poiutis
M de Nesmond appareilla de Toulon, le 28 juin, conséquent ment a ces ordres.
On fit cependant armer six vaisseaux a Brest et trois a Roihefort;M. de Cbateaurenault eut le commandement de ces forces, et reçut l'ordre d'aller attendre a la llochelle les instructions de H. le marquis d'Ilarcourt, ambassadeur d'Espagne.
On manda aussi aux échevins de Marseille d'avertir les négociants que dans les conjonctures présentes ils prissent leurs mesures pour mettre en mer le moins de navires possible, dans la crainte d'une conflagration générale.
On demeura quelque temps dans l'indécision a propos de l'armement d'Espagne, qu'on avait d'abord cru destiné a favoriser les vues de l'archiduc. Cet armement resta dans l'inaction, et l'on finit par croire qu il était destiné à chasser les Français du Mississipt, que l'on était d'ailleurs bien résolu d'abandonner.
Enfin, tant et d si longues incertitudes se dénouèrent par la mort de Charles II, qui mouiut. ainsi qu'on a dit, à l'âge de n'en ie- neuf ans, le 1" novembre 1700.
L'Angleterre et la Hollande reconnurent d'abord le nouveau roi, Philippe Y, pnii-lils de Louis XIV. Le duc de Savoie et le duc de Bavière firent plus : ils agirent pour lui. L'emperenr,
au contraire, protesta contre l'illégalité du testament; les autres puissances restèrent neutres, et l'Europe se prépara à la
guerre.
Au commencement de 1701, le roi fit non-seulement mettre en défense les eûtes de France et d'Espagne, mais encore on envoya des secours dans les différentes possessions esgagnoles qui auraient pu être insultées par les forces combinées de l'Angleterre et de la Hollande.
M le marquis d'Harcourt, ainsi qu'on a dit, avait été l'âme de toutes ces négociations ; mais sa santé s'était altérée, on lui envoya pour le seconder N. de Blecourt.
L'archiduc avait un parti fonne en sa faveur dans le centre même du royaume, qui y entretenait de dangereuses intelligences ; la France chercha de son côté 1 se ménager des alliés, et crut avoir trouvé quelque appui dans le Portugal : ou fournit à cette puissance des munitions, des armes, de l'argent, pour la mettre a l'abri des tentatives des Hollandais et des Anglais. Les suites piouvèrent qu'on s'était étrangement mépris sur la sincérité et la solidité de celle alliance.
Les dépenses que la France fut obligée de faire de toutes parts, tant pour se défendre que pour assurer sa nouvelle domination eu Espagne, sont incalculables, l'hilippe V trouva de son côté plus de bonne volonté dans ses nouveaux sujets que de secours positifs son conseil d'ailleurs se conduisit, dans ces affaires si capitales et d'une si haute importance, avec une mollesse et une incurie qu'on ne saurait coire Tout en Espagne était dans un désordre affreux : les places sans défense, sans armes, sans munitions, sans garnisons ; la marine perdue, ruinée, sans vaisseaux, sans approvMonurmenu, sans officiers, et le peu qui restait étaient remplis d'orgueil, de suffisance, et se montrèrent enfin de la dernière et plus crasse ignorance.
On épuisa la France pour subvenir a ces nouveaux besoins . et pourtant ceux du pavs étaient loin d'être satisfaits. Qu'on juge donc de l'extrémité a laquelle on fut réduit lorsqu'il fallut envoyer en Espagne des vivies, des mui.itions, des soldats et jusqu à des ouvriers de toutes sortes.
Au commencement de cette année, qui vit se former et grandir une fuuesle allianre contre la France, uue nouvelle et formidable ligne d'Augsbourg, mourut llarbezieux. fils de Louvois, le 5 janvier. Chamillard, qui élail contrôleur des finances lui succéda. Ce fut, on le sait, son rare et merveilleux talent pour le billard, jeu que Louis XIV aimait passionnément, qui. le mettant dans la privanc et bientôt I intimité de madame de Maiutenon et do roi, fit ou plutôt fut la cause de la prodigieuse fortune de Chamillard.
Enfin. Jacques H mourut le 16 septembre, a Saint-Germainen-Laye. La fatale et inutile reconnaissance que fil Louis XIV de sou fils, le prince de Galles, comme roi d'Angleterre, vint encore compliquer singulièrement les affaires d'Europe. Cette reconnaissance fut a la lu s un parjure, une énormilé politique et une vanité. Guillaume III, qui avait d'abord lecounu Philippe V comme roi d'Espagne, ne ménagea plus rien ensuite de la reconnaissance du priuce deGalles, etentraina facilement la Hollande dans sa querelle contre la France.
La gueire, sans être précisément déclarée, étant imminente, ■. on fil partout les plus grands préparatifs, sous le plus profond secret On refusa l'entrée de nos ports à tous les bâtiments anglais ou hollandais, afin qu'ils ne fussent pas instruits de nos armements.
La marine de France avait alors a s'occuper de la défense de
Juatre points importants, savoir : de l'Amérique, de l'Espagne, e l'Italie et du Portugal.
Quant a l'Amérique, il fallut mettre à couvert les colonies françaises et espagnoles, prèles à être envahies par les Anglais, qui faisaient des armements considérables pour s'en emparer, et particulièrement Ruenos-Ayres. la Havane, la Vera-Ctuz, Porto-ltello et Carlbagène. On y eugagea donc, i la fin de 1701, M de Cbateaurenault et M. de CoeCngon avec dix-huit vaisseaux, un grand nombre de munitions, huit mortiers, deux mille bombes; des ingénieurs, de.? officiers d'infanterie et d'artillerie pour servir sous le commandement des gouverneurs des places espagnoles. Cette escadre fut jointe aux débris de la ma-
ri ne espagnole, commandée par don Pedro Navaredo. et Philippe V donna à M de Chateaurenault un grade supérieur, afin qu il pût commander ces forces reunies.
Le second objet dont on eut a s'occuper fut la défense des côtes d'Espagne
Le roi y envoya vingt-sept vaisseaux de ItreM, de Toulon et Rocliefori. commandes par MM. le comte d' Entrées, le marquis de Nesmood et de \illelte, pour composer, avec trois vaisseaux d'Esp-gne, une flotte de trente navires de guerre.
Les t ente-six galères de Prince el d'E*p.igney furent jointes, el M. le comle d Entrées eut la direction supérieure de ces forces réunies.
Comme la conservation de l'ars nal de l'.a>lix elaii de la pins -ouveraiue importance, il fallut encore qu-' la France dégarnit sesporlsdéj • épuisés pour ravitailler ainsi les p aces de l'Espagne.
t,e comle d'Estrées eut ordre de ne pas commencer les hostilités, mais d'attendre à Cadix, et d'observer ce que pourrait lenler le parti de l'archiduc.
La troisième question regardai i le Portugal.
M. Rouillé était ambassadeurs Lisbonne , ou lui don lia toutes les instructions uécfssai respourconsener l'alliance de cette puissance . -que lesalli s voulaient désunir de l'Espagne, avec laquelle elle a tant et de si naturels rapports Pour arriver a ce résultat on lit tout pour assurer la dél'en m- des côtes de celte nation et principalement la
rivière de Lisboo- ltc^aet 11
ne contre les .nuques des ennemis : aussi fit-An continuellement passer des munitions et des armes dans ces provinces, et M. Rouillé entretint toujours une très-aciive corre pondance avec M. d'Ilarcourt et le romie d Eslrees, en qui le roi avait la plus entière el aveugle conl'ance.
La quatrième question regardait I Italie.
On devait veiller à la lois sur le Milanais. Naples el la Sicile. L'empereur venait de faire passer trente mille hommes par mer dans le Milanais ; Louis XIV se résolut d'y envoyer pareillement
des troupes. Comme on eut avis qu'il se tramait une conspiration à Naples et en Sicile, le comle d Estrées eut ordre de montrer le pavillon du roi dans ces parages On proposa au consul d'Espagne d'accorder une amnist e aux Messinoiv M. de Forbin. ainsi qu'où le verra plus bas fui envoyé avec deux fr gâtés pour croiser dans I Adriatique et dans lê golfe de Venise afin d interrompre le transport des troupes des Impériaux par Tricsie, avec ordre de prendre le pavillon d'Espagne pour ne
point lompre la neutralité de la France avec Venise, et de paraître comme marchand a Durazzo, et de brûler ou couler bas tout ce qui ne pourrait être conserve avec succès Bien que le fort de la guerre ne dût pas être porté dans le Nord, ou y envoya Jean Bart pour croiser dans ces mers vers le commencement de i7»2.
i e fui au retour d'une de ces croisières que Jean Bart mourut* Dunkerque, le jeudi 27 avril 1 702 . a l'âge de cinquante deux ans...
La lettre suivante de M. «oursin, inti ndantdela marine a Dunkerque, donne les détails de la mort de ce grand homme.
M. BOOHStH A M. DE , VILLERIIOIVT.
A Diinkeraue , ce 28 mil 1702.
C'est avec toute la douleur possible et telle que doil avoir un bon Français que je vous annonce la mort du pauvre M. Bart, <|ui expira hier entre trois et quatre heures après midi, après avoir été » l'agonie dès le soir du mercredi jour précèdent. On peut dire que c'est une perte irréparable pour la Frauce. a cause de sa grande valeur, de son honneur et de sa grande cap h lté dans la naviga ion de ce mers ici el du Nord sans oublier sa grande réputation, qu'il avait encore plus < ln-i les étrangers que pa mi nous ; de sorte que le roi ne peut dire qu'il ne le regrette infiniment, suri -ut dans le» présentes conjonctures. Il est m irt a cinquante-deux ans, avant une expérience consommée ; en un met, on le trouvera fort a regretter en ce pays-ci dsns la guerre où l'on va entrer, et a laquelle nous
JRAN BART
touchons du bout du doigt ; car jamais un homme n'a été plus entreprenant ni plus heureux dans ses entreprises, prenant sur lui bien des choses que tout autre n'osera jamais tenter. Ainsi, je doute qu'à l'avenir aucun marin ose sortir du port du Duukerque avec cinq, six, sept et huit vaisseaux du roi, étant gardé par trente a quarante de ceux des ennemis, comme le pauvre défunt a fait quatre ou cinq fois a mes yeux pendant la dernière guerre.
Telle fut la Cu de cet intrépide marin. . . On a tellement exploré sa vie si pleine de nobles et courageuses actions, que toute redite à ce sujet serait pile, froide et vaine devant la triste solennité de ces mots, qui disent mieux que pas un éloge la perte irréparable que fit la France : — Jbaîi Bart mourut le 27 avril
Un peu plus d'un
mois avs
ant, Louis XIV et la France avaient
gendre, et seize autres personnes, soldats ou matelots; le reste de 1 équipage a été tué ou s'est sauvé à la nage. Il a brûlé encore
Elusieurs barques qui allaient a la Mezola; il pourra bien aller ombarder Tnesle, et ensuite faire un feu de joie de quantité de barques impériales qui se sont retirées aux environs de Fioum.
(Aff. ctrang. - Venue, 1698-1704.) Voici la lettre du roi dont on a parlé :
perdu un de leurs plus terribles ennemis : Guillaume d'Orange, roi d'Angleterre, était mort le 16 mars 1702, au même Age que Jean Bart, a cinquante-deux ans , des suites d'une chute de cheval.
Bieu qu'il eût été l'âme de toutes les ligues formées contre Louis XfV, sa mort ne changea rien a l'aspect menaçant de l'Europe, et sa belle sceur, la reine Anne, qui lui succéda au trône, conserva fidèlement les traditions haineuses de sa politique.