CHAPITRE LXIU
Ainsi qu'on vient de le voir, toute l'année précédente avait été emplovée i préparer les immenses éléments d'un armement destine à "défendre et couvrir les côtes d'Espagne, de France
JEAN, *ART
el d'Italie, vaste opération pour laquelle une marine de trois cents vaisseaux de guerre eût a peine suffi.
On avait tout tenté pour balancer les forces réunies des puissances alliées et pour empêcher l'archiduc Charles d'entrer eu Espagne: et pourtant, il faut le dire a la honte des Espagnols leur négligence et leur inertie vinrent encore paralyser le fruit de tant de soins et faire avorter ce dernier effort.
Le 9 mars, l'arrbiduc Charles débarque a Lisbonne avec huit mille hommes de troupes anglaises et hollandaises commandées par le duc de Scborfiberg prend le titre de roi d'Espagne, et est reconnu comme tel par les alliés.
L« 34 août, Gibraltar, cette clef de la Méditerranée, est sur-
[iris par les Anglais, n'ayant que soixante hommes de garnison I faut voir daos l'Histoire navale d'Angleterre la juste et amère ironie avec laquelle ces insulaires parlèrent de cette débite. On crut d'abord pouvoir reprendre ce poste d'une si haute importance, mais cela fut impossible, et la suite montra toute l'éoormité de cette perte irréparable.
La campague commença, ou du moins parut commencer plus heureusement contre le Portugal, mais l'issue en fut terrible, et la France n'éprouva plus que des revers.
Nos finances étaient dans un tel étal de délabrement que l'objet qui fixa le plus l'attention pendant celte année et a l'ou vertu n delà campagne, fut d'assurer d'abord le retour des flottes du Mexique dans les ports de France et d'Espagne ; flottes dont les commandants n'étaient pas prévenus de la rupture de Louis XIV avec le Portugal (qui s était, on l'a dit, entièrement déclaré pour l'archiduc, et lavait reçu tt proclamé roi a Lisbonne. On craignait donc que, par cette ignorance des événements, les transports du Mexique ne se vinssent jeter dans quelque port du Portugal qu'ils pouvaient croire toujours allié de la France, ou bien entrer dans un port d'Kspagne, autre détermination non moins dangereuse, tous les points d'à i rivage étant strictement gardés par l'amiral Rook, qui avait fort habilement partagé son armée en quatre escadres pour que la riche proie qu'il attendait ue pût lui échapper.
On envoya donc un grand nombre de barques d'avis pour avertir cette flotte, l'espoir et la dernière res-ource de la France et de l'Espagne, du danger auquel elle était exposée ; heureusement ces avisos la rencontrèrent, et a la faveur inespérée d'une brume épaisse et d'un coup de vent de sud-ouest trèsviolent qui obligea l'amiral Rook de rentrer dans la rivière de Lisbonne, la flotte du Mexique mouilla dans le port de Cadix, * la grande joie des deux couronnes.
Hors d'inquiétude sur celte question des plus décisives, en cela qu'elle était, comme on l'a dit, la seule ressource pécuniaire que possédassent les deux nations en ce moment, on songea a donner A H. le comte de Toulouse une flotte ass<z considérable pour qu'elle pût combattre les ennemis avec avantage et réparer en tin l'ineffaçable échec de la Hogue, dont la terreur reteutissail enrore dans l'imagination des matelots.
On réunit donc toutes les forces navales du Ponant el du Levant, et H. le comte de Toulouse s'embarqua a Brest, le 14 m*i, avec une escadre de treuie vaisseaux, entra a Cadix, passa heureusement le détroit et se rendit au commencement de juin a Toulon, où il devait trouver pareil nombre de vaisseaux; mais, grâce au mauvais vouloir de M. de Pontrharlrain, N. de Toulouse dem-ura plus d'un mois a les y attendre, el peudant ce temps-la les ennemis opérèrent la réunion de leurs escadres, commandées par les amiraux Rook et Showell; jonction que M. de Toulouse voulait empêcher, el qu'il eût em-
f léchée eu effet si le ministre de la marine n'avait pas arrêté es armements, afin de rendre les chances de l'amiral de France moins favorables.
La flotte anglaise, composée de soixante-deux vaisseaux de ligne, élail plus nombreuse de dix vaisseaux, mais moins bien armée que celle de M. le comte de Toulouse qui avait de plus les gilères de France et d'Kspagne a ses ordre» ; avantage m* niaise, ainsi qu'il a été dit plusieurs fois, en cela que ces bâtiments so t de la plus grande utilité pour remorquer les vaisseaux désemparés.
M de Toulouse sortit de Toulon le 22 juillet, et fut cher-
cher les ennemis ; enfin, après diverses évolutions, les deux armées se rencontrèrent a la hauteur de Malaga. le M août au malin.