‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 115 sur 120 · COMBAT DE MALAGA · texte numérisé non relu

COMBAT DE MALAGA

Voici la relation de ce combat, écrite a II. de Pontcbartrain par M. de Snurdeval.

Monseigneur ,

Le 24 au matin, on aperçnt la flotte ennemie qui venait veot arrière sur celle du roi ; elle était composée de soixante -cinq gros vaisseaux el de plusieurs galiotes à bombes, qui lui furent d'une grande utilité dans le combat. L'avani-garde était cornmandeè par l'amiral Showell . le corps de bataille par l'amiral Rook, et l'arrière -garde par l'amiral hollandais Kulembourg. Les armées éta:ent à onze lieues nord et sud de Mala .a.

Le comte de Toulouse se gouvernail sur la perpendiculaire du vent, pour régler ses mouvements sur crux des allies, lorsqu'il s'aperçut que leur avant-g irde arrivait sur la sienne, et qu'elle s'éloignait de leur corps de bataille pour profiter du veol arrière. Il conçut l'espérance de la couper et de la mettre entre deux feux, paire que le marquis de Viilelte. qui commandait son avant-ga>de. faisait en même temps avancer ses premiers vaisseaux, afin de I envelopper. Il retint donc le vent, et força de voiles tant qu'il put; mais, n'ayaii pas le venl pour lui, il ne put exécuter son dessein, L'amir-d Roo>, qui l'avait de son côté , et qui voyait le danger que courait son avantgarde, s'avança au plus toi et donna le signal du combai . il était dix heures du malin. Aussitôt il se lit un leu terrible d>ns toute la ligne. Les premiers vaisseaux du corps de bataille des alliés s'avancèrent sur l'avant-garde des Frauçais, ei l'amiral Rook attaqua le comte de Toulouse ; mais, n'ayant pu soutenir sou feu, il fui contraint de se retirer. Deux vaisseaux frais qu'il fit arriver prirent sa place et eurent le même sort; l'amiral, remis de son premier desordre, vint les relever, et redoubla ses efforts pour faire plier le comte de Toulou«e; mais ce fut lui-même qui plia avec toute sa division ; elle fut obligée de quitter prise, tant le feu de l'amiral français fut violent, bien réglé et bien soutenu. Du comte de Toulon e. l'amiral Rook passa au vaisseau du bailli de Lorruine, qui avait déjà soutenu le feu de trois frégates et de soixante pièces de canoa chacune. M de Grandprè le commandait alors, le bailli do Lorraine ayant été si dangereusement blessé qu'il mourut la nuit suivante. Il reçut avec tant de fierté l'amiral anglais el son matelot qui lui succéda, qu'il les força l'un et l'auirc de s'éloigner. Ce n'est pas que du côié des Français on ne cherchât avec ardeur â en venir à l'abordage: unis les alliés, oatires du vent, qui était frais, furent toujours en étal el eurent grand soiu de l'éviter; la mer même fui assez grosse pour empêcher les galères de rendre aucun service ; d'ailleurs, la fumée que le vent portail sur la flotte française nous empêcha de voir les différents mouvements de l'ennemi et d'en profiter, \tiisi, de tous ceux qui tentèrent d'aborder M. de Chamelin fut le seul qui put réussir. Il aborda trois fois un vaisseau plus grand que le sieo, el il était enfin ur le point de s'en emparer, lorsqu'il s'aperçut que le feu y était en trois endroits ; il se contenta donc d'en enlever une flamme, qu'il envoya au comte de Toulouse

Cepeudant le marquis de Viilelte se distinguait i l'avantgarde. Il s'était attendu a avoir affaire à l'amiral Showell ; mais Showell s'attarha a M. Durasse qui soutint dignement la réputation qu'il s'était acquise dans la marine, et le maltraita extrêmement. Pour le marquis de Viilelte, il eut affaire au matelot de Showell : au bout d'une heure et demie, ce matelot fut obligé de se retirer derrière son amiral. Trois autres vaisseaux prirent successivement sa place, et prirent, comme lui. le parti de la retraite. Enfin, le vice-amiral de cette escadre leur succéda : le marquis de Viilelte se Battait de le renvoyer comme les autres, lorsqu'une bombe tomba dans sa dunette, et. pénétrant jusqu'à la troisième batterie, fil sauter l'arrière du vaisseau et mit le feu dans toute sa poupe. Le désordre ou cet acci-

ET LOÙÎS XIV.

dent le mit Tut d'autant trios grand, qu'il y avait dans la galerie cinq mille cartouches de fusil, que les armes de rechange étaient dans les chambres et que le feu s'y mit. Les coups de ces armes, qui partirent a ('instant, portèrent sur le gaillard d'arrière, endroit où était le marquis de Villette avec les ofli. iers ; deux en furent lues quelques antres blessés, et luimême fut renversé environné d'éclats, dont il reçut plusieurs contusions II fut donc obligé d'arriver de deux aires du vent pour éteindre le feu de sa poupe. Cette manœuvre, -imli- pensable pour lui, mais qui ne devait être d'aucune conséquence, fut par malheur imitée par son avant-garde. Ainsi elie cessa tout à coup, et sans savoir pourquoi, un combat commencé avec beaucoup de valeur et qu'elle soutenait avec un grand avantage. Le* ennemis , en effet, étaieulsi fort maltraités, qu'ils n'osèrent la suivre.

Le vaisseau du marquis de Villette ne fut point le seul endommagé par le« bombes que les alliés faisaient pleuvoir sur la flotte comme sur une ville assiégée ; ceux de MM de Belle- Isle. de Grancey. d'Osmond. de Houvroi. de Pontac et de la Roche-Allard en souffrirent et furent obligés de sortir de ligne; mais tous, excepté le premier, après avoir éteint le feu. revinrent occuper leur poste, et se baitirenl avec une nouvelle ardeur.

I e combat ne fut pas moins vif a l'arrière-garde. Plusieurs vaisseaux furent obliges de sor.ir de li^ne pour se rrparer; mais le marquis de Langeron coula a fond un vaisseau hollandais et I amiral Kulrmbourg fut criblé de tant de coups qu'il ne put éviter le même sort. Il ne s'en sauva que l'amiral et neuf hommes, de sept a huit cents qui le montaient. On se c:monna ju>quc dans la nuit, quoique le feu eût cessé à cinq heures du soir * l avant-garde et à sept au corps de bataille.

Les deux floites maltraitées se sVparèrent sans se perdre de vue. Celle du roi permi beaucoup dans le bailli de Lorraine. M. de Reliugues. M de Be.le Me, le cheva i>-r Phelippcdux et le comte de i.hateaurenault, fils du maréchal, qui furent tués ou moururent des suites de leurs blessures; mais elle n'eut que quinze cents hommes tués ou h esses. Le comte de Toulouse recul deux éclats de vaisseau, dont l'un te blessa l.gèrement à la tempe et l'autre coupa sa cravate: quatre de ses pages forent tues ou blesse» a se» côtés. Les ennemis eu ent trois mille hommes tant tués qu- blesses, et leurs vaisseaux furent extrêmement délabrés. Ou les suivit pendaul la nuit, et le (rademain On les vil a la distance d une lieue, qui couraient, ainsi que la flotte du roi, a la cote d'Espagne, et, de part et d'autre, on passa la journée à se rrparer. Le soir, les vents ayant tourne & I ouest les allies passèrent la côte de Barbarie. Le comte de Toulouse pnt à minuit la même roule, afin de rejoindre quelques vaisseaux désemparés qui n'avaient pu le suivre, et se maintenir au vent des ennemis. Ceti» manœuvre lit que le '26 les deux armées s-' trouvèrent assex prés l'une de l'autre. Si le comte de Toulouse eût pu alors éire instruit à quel point ils avaient souffert dans l'action, et qu'il ne leur restait de poudre

Sue pour dix coups par chaque pièce de canon, il n'est pas nuteux qu il n'eût recommence I- combat, et que, par une défaite entière qu'ils ne pouvaient » viter, il n'eût rendu cette journée aussi avantageuse pour l'Espagne que glorieuse pour la France: mais, quoiqu'a leur contenance il dût les juger trèsaffaib.is, il ne pensa qu'à ramener sur la côte d'Espagne les galères, qui ne pouvaient se soutenir dans ses parages, se contentant de laisser derrière lui quelques frégates pour avoir de leurs nouvelles Sun éloiguement leur donna lieu de profiter d'un vent d'est qui s- leva; ils s'avancèrent, sans être aperçus de ces frégates, vers Gibraltar, où ils jetèrent des troupes et des provisions, et, passant le détroit, ils allèrent a Lisboone se rétablir La flotte française, de son côté, entra le 27 an matin dans le port de Uataga.

De Socbdrval.

II demeure donc bien évident que, si N. de Toulouse eût poursuivi les ennemis, il les ruinait entièrement, la Catalogne était sauvée, et peut-être Gibraltar était-il repris aisément sur

eux; mats tant de lenteur leur donna les moyens de s'y fortifier, et depuis ce fut en vain qn'oo tenu d'assiéger celte ville par terre et par mer.

M de Pomlis y fat d'abord envovê avec dix vaisseaux, ensuite avec uu plus grand nombre. Il en perdit quatre par un coup de vent, et fut obligé d'en détacher quelques uns pour l'Amérique, où l'on voulut rompre les fâcheuses intelligences que le président de Paoama entretenait avec l'a mirante de Cav tille1, dans la vue, dit-on, de livrer Panama aux ennemis, ce qui entraînait la perte du Pérou.

Cette diversion malheureuse fut cause que Gibraltar, une des places les plus importantes de l'Espagne, la clef de la Méditerranée, de tout le commerce du Levant, resta aux Anglais et pour toujours; ainsi tout l'avantage que la France et l'Espagne tirèrent du combat ta Malaga, honorable, d'ailleurs, aux deux nations et qui fut la dernière babille rangée qne livra la France, fut de retarder seulement les opérations des ennemis pour le reste de la campagne, et de laisser les affaires a peu près an même point où elles étaient d'abord.

Ce rut cette même année que la fameuse madame, desllrsins, dont on a vu en son lieu le mariage avec le duc de Bracciano, fut chassée de fa conr d'Espagne. Ayant longtemps dominé le roi. ,1a reine et tout son conseil, rien ne se faisait en Espagne que sous son influence directe; mais a la fin ses hauteurs, ses emportements, ses dédains et ses mœurs détestables la perdirent. Madame de Mainteoon. qui l'avait longtemps souienue, l'abandonna, et elle reçut l'ordre, de la part de Louis XIV, de quitter Madrid dans les vingt-quatre heures, ordre qui fut d'ailleurs si ponctue lement et si brutalement exécuié. que ta princesse des Ursins fut enlevée le soir, au milieu de l'hiver, en revenant d'une fête, et qu'il ne lui fut pas même permis de rentrer au palais pour prendre ses femmes et les objets indispensables à uu long voyage.

Voyant le peu de fruit que h marine avait retiré des armements de 1701, malgré l'avantage remporté sur l'ennemi lors du combat de Malaga. le roi, persuadé par M. de Ponlcbarlrain de l'inutilité des grands armements, et voyaut la pénurie des fonds, fit recourir au système suivi dans les dernières années de la précédente guerre, à savoir : de donner les vaisseaux du roi à drs armateurs particuliers, pour faire la course, alin de détruire ou au moins d'entraver ainsi le commerce des ennemis par la prise de leurs bâtiments marchands, et de leurs vaisseaux de convoi lorsqu'ils revenaient de l'Amérique ou de Indes orientales.

Le siège de Gibraltar, que les Espagnols avaient commencé au mois d'octobre i 704, aurait n-core ; quatre mille hommes de troupes de la marine du roi demeuraient toujours devant cette place ; mai> M de Pointis y ayant été envoyé avec quinze vaisseaux pour l'attaquer du côté de la mer, fut, par le manque de vivres, obligé de relâcher à Cadix avec toute son escadre.

Les ennemis profitèrent de son absence, envoyèrent â Gibraltar une escadre de quatorze vaisseaux qui après avoir jeté de nouveaux secours dans la place, se retira vers la rivière de Lisbonne Ce nouveau renfort fit traîner le siège en longueur, et son mauvais succès étant attribué à la lenteur du général espagnol, M. le maréchal de Tessé eut la conduite des troupes, et la résolution que l'on prit de le pousser avec vigueur fil donner ordre à M. de Pointis de partir de Cadix, afin d'aller battre la place par la mer, et d'empêcher qu'on n'y jetât de nouveaux secours.

M. de Pointis, prévoyant le danger de cette expédilion, représenta a la cour de Madrid que plus de trente vaisseaux de jjuerre éunt mouillés dans la rivière de Lisbonne, il était à craindre que l'ennemi, le sachant engagé dans une aussi mauvaise rade que celle de Gibraltar, avec le peu de forces qu'il avait, ne vtnt tomber sur lui avec des forces supérieures et ne l'enlevât.

Il proposa, en attendant le renfort qui devait Ini arriver de Toulon, de croiser â l'embouchure du détroit pour intercepter les convois qu'on pourrait envoyer de Lisbonne aux assiégés: mais, quelque judicieuses que fussent ces remontrances, elles

ne furent point goûtée», et il reçut desordres itératifs de Madrid et de Versailles auxquels il fut forcé d'obéir.

Il mit dune à la voile, débarqua devant Gibraltar toutes les munitions et canons dont il était chargé pour le siège; mais, selon ses prévisions, son escadre, peu après son arrivée, fut si maltraitée du gros temps, qu'elle ne put tenir à la rade. Huit des plus gros vaisseaux, forcés de prendre le large, se dispersèrent, tandis que les cinq autres ne lardèrent pas à être attaqués par les ennemis, qui $'«laient mis en mer au nombre«de trente-cinq vaisseaux dès qu'ils avaient reçu l'avis de son depart.

Trois de ces vaisseaux furent enlevés a l'abordage dans cette fâcheuse rencontre : les deux autres, dont l'un était monté par M. de Poinlis, après avoir essuyé tout le feu des ennemis et s'élro fait jour a travers le feu de leur escad#e, allèrent s'éebouer à la côte, où ils se brùlèreul eux-mêmes. Après cette malheureuse expédition, il ne fut plus question de continuer le siège de Gibraltar; on le convertit en blocus, cl on en retira peu après le reste des troupes de la marine, qui furent dirigées sur Malaga. afin d'être ensuite embarquées pour Toulon.

Les ennemis, devenus de la sorte maîtres du détroit, devaient profiler de leur avantage pour attaquer quelque place importante du littoral espagnol ou français; et, comme on n'ignorait pas que, depuis le commencement de la guerre, la prise de Cadix était le point où ils visaient surtout, les moyens de défense furent concentrés sur ce point. D'ailleurs, la France était particulièrement intéressée a sa conservation dans l'intérêt du commerce ; aussi le roi fit-il faire les instances les plus vives à la cour de Madrid, afin qu'on munit Cadix de tout ce qui était nécessaire pour sa sûreté, offrant d'y contribuer de sa part autant qu'il serait possible, eu égard A la pénurie des arsenaux.

Malgré la supériorité des ennemis dans la Méditerranée, où ils allaient encore faire entrer une armée de plus de soixante voiles alors mouillée à Lisbonne, le roi, vaincu par les instances de M. de Toulouse qui voulait sortir la marine de son apathie, se décida à allaquer Oneille. On disposa donc six vaisseaux et huit galères pour servir à celte expédition, avec un bataillon de cinq cents soldats de troupes de la mariue. Mais M. de Ponlchartraii), ayant, selon sa coutume, paralysé toute bonne )enséc par la haine jalouse qu'il avail de M. le comte de Tenons.•, démontra combien celte entreprise était hasardeuse, exagéra le risque que couraient les vaisseaux el les galères du roi sur cette côte, disant qu'ils n'y pouvaient trouver aucune retraite si les ennemis y envoyaient un détachement de leur armée : somme toute, l'expédition fut remise à la fin de la campagne.

Le bruit ayant couru que l'ennemi se disposait a attaquer Toulon, il fut ordonné a M. de Vauvré. intendant, d'établir de nouvelles batteries daus tous les endroits où il les jugerait nécessaires, de les bien garnir de munitions, de retenir les vaisseaux armés dans les darses, et de se concerter avec le commandant du port et celui de terre pour faire une vigoureuse defi-nse. M. le comte de Toulouse y fut enveyè pour y commander ; le roi lui donna six bataillons de troupes réglées el deux régiments de dragons pour s'opposer aux ennemis en cas de descente.

Heureusement ces précautions furent inutiles ; les ennemis, lii comptaient sur une révolution en Catalogne en faveur de archiduc, n'en voulaient qu'à Barcelone. Leur armée navale, composée de soixante-dix vaisseaux de guerre, arriva devant cette place le 22 août, y débarqua les troupes qui devaieut en former le siège par terre, pendant qu'elle la bloquait du côté de la mer.

La conservation de cette place, d'où dépendait le salul de la Catalogne, était trop importante au roi d'Espagne pour que la France ne fit pas les plus grands efforts pour la secourir.

Conséquemment, Louis XIV douna ordre à M. le comte de Toulouse, qui était â Toulon, de presser son armement et de faire en sorte d'avoir assez de soldats et de matelots pour équiper Ireote-deux vaisseaux; de se réduire à un plus peiit nombre de navires, s'il le jugeait a propos, pour en rendre les équipages plus forts et meilleurs ; de régler l'emploi de ces es-

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cadres suivant les démarches des ennemis; de les faire servir à porter des secours aux assiégés si leur flotte se retirait de devant Barcelone, el laissait cette place bloquée seulement par les troupes de terre ; mais, dans le cas où la flotte de l'ennemi eût été moins forte que la sienne, M. de Toulouse devait sortir de Toulon, et combattre afin de forcer les allies a se retirer pour rendre libre la communication par mer avec cette place.

Barcelone, u'avani pas résisté aussi longtemps qu'on devait l'espérer, se rendit le 4 octobre aux ennemis. Leur armée navale rentra dans l'Océan, et l'on ne relira d'autre avantage de l'armeinenl de Toulon que celui d'empêcher les ennemis de laisser dans la Méditerranée une escadre qui eût pu nuire aux projets ultérieurs de la France.

Après la retraite de la flotte, on mil le siège devant le château de .Nice. La marine contribua à celte expédition en bloquant cette place par mer avec trois vaisseaux et trois galères, pour empêcher l'entrée des secours.

M. de Vauvré fut nommé pour y servir en qualité d'intendant des troupes de terre.

Sur l'avis que les ennemis avaient quelque dessein sur le PorlMahon, afin de s'y ménager une retraite assurée pour leur flotte, le roi y fit passer un détachement de quatre cents hommes de troupes de la marine, commandés par M. de la Jonquière.

On fit garder cette année les cotes, depuis Antibes jusqu'à Savone el Oneille, par deux vaisseaux et deux grosses barques que l'on avait masquées en bâtiments marchands, et dont on changeait souvent la peinture afin de tromper les corsaires.

Eu Ponant, le roi lit ;irmer, tant à Brest qu'à Rochefort, dixbuit vaisseaux pour en foi mer une escadre sous les ordres du marquis de Coetlogon; l'objet principal de cet armement était de faire une diversion dans l'Océan qui pût empêcher les ennemis de faire passer toutes leurs forces dans la Méditerranée, où ils voulaient, pensait-on, tenter de grandes entreprises.

Mais, apprenant que les ennemis uc pouvaient être sitôt prêts, et qu'ils taisaient partir de temps en temps de petites escadres pour se rendre à Lisboune, M. de Ponlchartrain ordonna à M. de Coetlogon de sortir de Brest sans attendre les vaisseaux de Rochefort, d'aller croiser sur le passage de ces divisions, qui se rendaient à Lisbonne, afin de les combattre et de s'en emparer ; mais, cet ordre n'ayant pu s'exécuter, il lui fut enjoint d'attendre, pour sortir de Brest, que les ennemis, rassembles à l'Ile de Wight, eussent mis à la voile, el de partir aussitôt après avec toute son escadre pour aller croiser et tâcher de surprendre les vaisseaux qui pourraient rester demi re, ainsi que ceux qui voudraient entrer dans la Manche et atterrir aux côtes d'Irlande.

Malheureusement M. de Coetlogon ne put pas plus exécuter ce dernier ordre que le premier ; car les ennemis, inquiétés par son escadre, el qui, en passant dans la Méditerranée, ne voulaient pas le laisser maître d'agir dans l'Océan sans opposition, firent croiser une escadre beaucoup plus considérable sur Ouessanl. afin de le garder pour ainsi dire à vue ; ce qui empêcha l'amiral français de sortir de la rade de Brest, où il demeura bloqué dans l'inaction jusqu'au mois de septembre.

On désarma alors- les plus gros vaisseaux ; ceux qui étaient meilleurs voiliers furent employés à la course ou laissés au* ordres de M. le chevalier de Chaleaurenault pour les envoyer dans les différentes croisières qu'il jugerait couvenable de leur faire tenir.

On arma aussi à Brest de petits brigantins pour donner chasse aux corsaires de Jersey et de Guernesev, qui commettaient beaucoup de désordres entre ces Iles cl la côte de Bretagne.

Bien qu'en guerre, il n'était point de l'intérêt de la France de rompre tout commerce avec les Hollandais, car l'exportation des denrées que leur commerce facilitait était un avantage si précieux, à conserver qu'on ne balança pas à leur accorder pendant cette guerre les passe-ports qu ils demandèrent pour venir en France, et particulièrement à Bayonne el à Bordeaux, poui y acheter nos vius et eaux-de-vie.

Mais M de Ponlchartrain refusa de leur donner aucun passe

port pour Dunkcrqnc ne voulant pas introduire dans une plare aussi importante des vaisseaux ennemis, qui, sous prétexte de commerce, y auraient pu Tenir obseiver le fort et le faible de la place.

il refusa aussi de donner aucun passe-port pour les rades où se tenaient les vaisseaux du roi et où se faisaient les armements, afin d'oter a l'ennemi les moyens d'être ainsi informe de ce qui se passait dans nos ports. Pourtant ces passe-ports ayant donné lieu a quelques abus , en cela qu'ils procuraient aux Hollandais l'avantage de faire en sûreté le commerce du reste de l'Europe, et que les armateurs français se plaignaient de ne plus rencontrer en course que des vaisseaux hollandais munis de passe-ports de France , qui leur échappaient ainsi, M. de Pontebartrain jugea bon de désigner les ports de France où ces vaisseaux devraient désormais venir faire leur chargement; exigea que ceux à qui on accorderait ces passe ports donnassent caution en France qu'ils ne seraient point employés à d'autres usages, et que ces cautions ne seraient déchargées que quand il serait justifie de l'arrivée de ces vaisseaux dans un port de, France ; de la sorte, lorsque les armateurs rencontraient des bâtiments munis de ces passe-ports faisant une autre route que celle qui leur était désignée, ils les pouvaient arrêter et envoyer dans un de nos ports pour y être confisqués.

Les corsaires biscaïeus interrompant le commerce de Bayonne et de Kordeaux, en enlevant dans ces rivières les vaisseaux hollandais qui y venaient sous la garantie de ces passe-ports, Sa Majesté tit demander au roi d'Espagne un décret qui défendit aux corsaires espagnols de prendre aucun vaisseau muni de sauf-conduils de France ; mais comme on craignit depuis que les Espagnols ne voulussent rendre la clause réciproque, réciprocité qui eût extrêmement nui a la course, H. Amelot, ambassadeur, fut chargé de demander que cette défense ne s'étendit pas au delù des rivières du royaume.

Pour animer le zèle de Duguay-Trouin, à qui le roi venait de donner quelques-uns de ses vaisseaux a armer en course, ainsi qu'on Je dira tout a l'heure, Sa Majesté lui fit remise de son cinquième sur les vaisseaux de guerre de cinquante canons et au-dessus qu'il pourrait prendre.

M. de Sainl-Pol fut envoyé au commencement de celte année dans le Nord, avec quatre frégates, pour y interrompre le commerce des ennemis*. Il rencoutra dans sa croisière une flotte hollandaise escortée de deux vaisseaux de guerre, dont il enleva le commandant avec six vaisseaux marchands.

Il retourna ensuite vers les mêmes points de croisière avec le même nombre de frégates et quelques corsaires de Duukerque, attaqua une flotte hollandaise venant de Moscovie, l'enleva en partie, se rendit mattre a l'abordage de deux vaisseaux de guerre qui l'escortaient, et fut tue bravement dans cette action.

Les grands efforts que l'on continuait de faire par terre, pour maintenir la couronne d'Espagne sur la tête de Philippe V, laissaient peu de fonds à employer pour la marine ; aussi les armements furent-ils de peu d importance cette année 1706.

En Levant, on fit le siège de Nice, qui fut prise par M. de Vendôme; M. de Vauvré, intendant de la manne à Toulon, y servit avec distinction en qualité d'intendant d'armée et y dirigea l'artillerie elles munitions de la marine.

On entreprit aussi le siège de Barcelone, que l'on devait faire en hiver, pour que les ennemis fussent hors d'état d'y porter des secours. La marine fut chargée du transport des munitions qu'elle fournit a temps, et M. le comte de Toulouse s'y porta lui-même avec une escadre de dix vaisseaux pour bloquer le port ; mais la lenteur des Espagnols ayant retarde cette expédition, les ennemis eurent le temps de la traverser, et, se présentant le 18 mai avec cinquante vaisseaux devant Barcelone, ils obligèrent M. le comte de Toulouse de se retirer; puis, débarquant sans résistance huit mille hommes et des munitions dans la place, le siège en fut levé.

On entreprit aussi celui de Turin, qai ne fut pas plus heureux; la rrurine y avait fourni deux cents canonniers.

En Levant, M. le marquis de Roye» fut envoyé avec six galères pour garder les côte» du Roussillon et du Languedoc, et le

comte de Villars, avec quatre vaisseaux, pour transporter un bataillon de la marine a Minorque, qui s'était révolté, tandis que M. le comte de Toulouse restait & Toulon en observation avec le reste des vaisseaux, prêt a se porter où sa présence serait nécessaire, particulièrement A Naples et en Sicile, où l'on soupçonnait quelque projet de révolte.

En Ponant, il ne se passa que de rares actions particulières, M. Duguay-Trouin enleva sur les Sorlingues neuf vaisseaux marchands anglais, qui allaient en Amérique, et une frégate de trente-deux canons, qui les escortait.

On arma aussi a Brest, au Port-Louis et au Havre, des barques contre les corsaires de Guernesey, et on y fit contribuer les marchands.

Les ressources de la marine étaient si bornées, qu'on se précautionna contre une descente que les ennemis méditaient dans

le Cotentin.

Dans le Nord, M. de Forbin fut envoyé avec huit frégates pour croiser dans ces mers ; on lui défendit seulement d'attaquer les ennemis dans les ports de Danemark et de Suède.

11 enleva d'ailleurs dix vaisseaux d'une flotte anglaise revenant de Hollande, prit neuf vaisseaux de guerre hollandais, et en brûla un dixième qui escortait une flottt venant de Norvège ; mais le reste de la flotte lui échappa.

On ne put envoyer celte année de vaisseaux en Amérique, malgré le besoin pressant que l'on en avait pour le retour des galions.

En Levant, l'événement le plus mémorable de cette année fut le siège de Toulon par le duc de Savoie, ménagé de longue main avec beaucoup d'art pour a her le motif des préparatifs.

Les ennemis ne projetaient pas moins que de s'emparer d'un des ports les plus importants de la France, et de détruire ainsi la marine Ju pays et ruiner tout le commerce des Français.

Malheureusement ce projet, tenu fort habilement secret, ne fut éventé que fort tard. On fit à la hâte des préparatifs pour munir la ville de Toulon et les batteries de la rade de troupes et de mnnitions dont elles étaient dégarnies , puis les vaisseaux furent coules bas, ainsi que les canons qui ne purent servir.

Des camps retranchés furent élevés aux approches de l'en nemi, et beaucoup de brûlots restèrent prêts a être envoyés contre l'armée uavale ennemie qui enveloppait la place par mer, comme elle pensait bientôt la bloquer par terre.

Le duc de Savoie passa le Var le 11 juillet, et, s'il fût allé droit a Toulon, la place était perdue sans ressource ; mais la lenteur de sa marche donna au maréchal de Tessè le temps d'arriver avec des troupes. Il fil attaquer les hauteurs dont les ennemis s'étaient déjà empares, les reprit et marcha droit au duc de Savoie, qui. sachant que de nouveaux secours arrivaient au maréchal, ne l'attendit pas, et repassa le Var ; la maladie s'etant mise d'ailleurs dans son armée, le duc prit le parti de lever le siège et se contenta de bombarder Toulon, où il fit d'ailleurs peu de dommages; néanmoins il brûla dans la rade deux vaisseaux qui l avaient beaucoup incommodé par leur artillerie et que l'on n'avait pas voulu pour cela couler a fond.

Dans sa retraite, M. de Savoie perdit beaucoup de monde les défilés des montagnes.

Le comte de Villars fut envoyé avec quatre vaisseaux au secours de Minorque, où avait éclaté une révolte en faveur de l'archiduc; il attaqua les rebelles avec mille quatre cents hommes, reprit la ville et soumit toute l'Ile au roi d'Espagne. Il fut de la crois'ersur les cotes d Italie et de Catalogne, et contraignit uu vaisseau de soixante- quatorze canons de s'y échouer et de s'y brûler.

On eût souhaité pouvoir envoyer des vaisseaux croiser en Levant contre les Hessioguois qui y cau&aieot du désordre, mais les fonds ne le permirent pas.

En Ponant, on disposa une entreprise pour surprendre, avec quinze vaisseaux commandés par M Ducasse, les eûtes d'Angleterre dégarnies de troupes et de vaisseaux de guerre, et pour y brûler les (lottes du convoi ; mais, sur l'avis du retour d'une escadre anglaise supérieure, on divisa cette escadre en deux divisions : l une de dix vaisseaux commandée par M. du

(Juesoe-Mosnier, alla croiser de la rivière de Lisbonne aux Sorlingnes el au cap Flo e ; l'autre, de cinq vaisseaux, devuil croiser de Belle-Ile au cap Finistère. La première s'empara de quatorze bâtiments anglais a l'ouverture de la Hanche, et mil eu fuite deux vaisseaux de guerre.

Dans le Nord, M. de Forbin continua de croiser avec huit frégates dans la mer Baltique, prit en deux actions soixantedeux bâtiments marchand*, Uinl anglai» que hollandais, <leux vaisseaux de guerre qui les escortaient, et eu lit échouer un troisième. S ci ml joint ensuite avec Dugiiay Trouin, ils prirent trois des cinq vaisseaux de guerre qui convoyaient une lotie, en brûlèrent un quatrième; mais le cinquième se sauva. Le détail d- ces brillantes expéditions se retrouvera bientôt.

Enfin, en Amérique, le roi envoya M. Ducasse avec six vais»

faire qu'un détail assez imparfait du combat que nous avons rendu, tant parce que j'ignorais bien des cirroustaoces que le dpsurdre de mon abordage m'avait empérbé de voir, que par le départ de la po-te qui pressait et qu'il fallut faire relarder pour pouvoir faire psriir mes lettres, que je ne pus Taire qu avec précipitation, ce qui m'empéiha d'avoir l'honneur de vous écrire comme je l'eusse fait avec plaisir. J'ai cru que j'en ferais an de vous envoyer uue relation plus fidèle et mieux circonstanciée de ce qui s'est pas»é dans cette action.

Je mis à la voile le 19 du mois passé avec l'escadre de M. le comte de Forbin ; je me séparai de lui par un accident qui arriva au vaisseau f Achille, lequel se démâta ta nuit de son premier m ;H de hune. Nous nous rejoignîmes le 21, et eûmes connaissance d'une floue de quatre-vingts voiles, escortée par

Mort de Je»n B»rt. — rtet 474.

seaux pour ramener la flotte du Mexique dans les ports de France ou d'Lspagne. suivant les circonstances.

Tels turent le but et le résultat des différentes opérations pendant les années 1704, 1705 et 1706

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